mercredi 15 juin 2011

Corps et âme


Oui je suis allé à Paris uniquement pour Body & Soul, mais en sortant du train je me suis dirigé vers un tatoueur que j’avais vu par hasard et je comptais prendre RDV pour un motif qu’ils ont et bien sûr il était fermé samedi et je me suis dit « Mmmm, des tatoueurs hétéros hardos qui prennent leur week-end de Pentecôte, j’aurais pas pensé ». Heureusement, on est allé voir « The Tree of Life » samedi soir et c’était merveilleux.

Dimanche, ça a donc commencé tôt, vers 13h chez Jean-Luc Morel et la bande de Robert + d’autres amis dans cet appartement rempli de belles photos et de dessins d’hommes avec des barbes et des moustaches du début du siècle dernier, toujours une belle manière de se préparer à écouter de la house. Noisette avait fait les choses parfaitement avec des déliciosités libanaises et des gaufres chaudes avec beaucoup de Chantilly et j’étais heureux de retrouver tout le monde. Ensuite on est allés à la Gaité Lyrique, certains en scooter et d’autres en métro et nous sommes arrivés assez tôt, vers 15h30, quand la salle était encore peu remplie. Le kid à la caisse était sweet, tout était beau comme je l’imaginais après avoir vu des reportages à la télé, j’ai rigolé en découvrant le foyer où une folle a du travailler pendant 9 mois sur la patine des murs comme s’il s’agissait de la chapelle Sixtine (« J’ai pas encore fini chef, je recommence tout car je voudrais mieux travailler sur le geste ») et Robert a râlé sur les fenêtres du foyer qui étaient fermées alors qu’on aurait pu aller sur le balcon pour fumer une cigarette mais bon, je ne dis rien, je ne fume plus de cigarettes.

Dans le cube, c’était comme les gens disaient, un très bon son équilibré dans n’importe quel coin, bonnes basses mais pas du tout d’agression sonore, exactement ce qu’il faut bien qu’on aurait pu mettre 5 à 10% plus de volume, mais c’est peut-être moi qui deviens sourde. Les lumières étaient simples mais directes, des néons au fond très K.A.B.P. du pauvre, un peu de fumigènes pour donner du relief à la salle et sur deux côtés des murs de ballons multicolores (bon ça c’était naff, quand on met des ballons, il faut juste une couleur ou deux maximum, pas du multicolore car c’est plouc mais c’était gentil quand même allez y’a de l’effort) et les mecs de la table de son étaient gentils, cool.

J’explique à mon mari qui sont les DJ’s (alors le vieux avec pas beaucoup de cheveux c’est Danny Krivit, il est disco et très gentil, le black avec le bonnet et les dreads c’est Joe Clausell qui est très fort sur les rythmes latinos et africains, il peut être parfois barbant quand il bloque trop sur ça mais c’est pas grave car c’est son truc, et le mec à droite c’est François K alors lui il est hallucinant parce qu’il peut mixer 4 disques en même temps tu vois). Bien sûr, quand on arrive, il y a déjà Elisabeth Lebovici et sa jolie amie et comme toute notre bande est arrivée, les cinquantenaires vont sur la piste de danse au centre, à 10 mètres des DJ’s et commencent à danser alors que très peu de gens dansent (une vingtaine) et ils sont incroyables, ils font toujours ça quand ils vont dans un club comme K.A.B.P., Otra Otra ou Culte, ils sont là dès le début à encourager par leur présence les DJ’s, dans le genre « On est là, this is our ground, we love you » mais sans en faire tout un foin non plus. C’est juste de la grande politesse de clubbing. La musique est déjà warm-up qui s’échauffe et Body & Soul est toujours très chaleureux dans ce style, ce sont des DJ’s qui savent vraiment bien faire leurs débuts et leurs fins de set.

Quand on sort du cube, le sas est si efficace et l’insonorisation est si parfaite que l’on entend pratiquement rien de l’autre côté où le bar est donc idéal pour discuter car il n’y a jamais de queue bien que si on veut une limonade il faut aller dans le foyer qui, lui, ne vend pas de bière, ah la Mairie de Paris, so conceptuel idiot. Moi je sais déjà que ça va être une soirée parfaite, je suis hyper content de voir tout le monde et je ne vais pas parler de tout le monde ici, c’est impossible car je n’ai pas pris de note (quand même !). Robert est super content mais n’arrête pas de souligner les incohérences politico-sociales de cet endroit, Tiphaine est drôle, Romain Tassinari est tellement beau qu’il a encore embelli depuis « Slow Jamz & Hot Songs », c’est pas possible ces mecs, Fred Agostini rigole en disant qu’à 40 ans c’est plus pareil mais je lui dis que 40 ans c’est rien du tout, Vix est Vix as always et je lui dis que la confiture de prune d’Henri Maurel était vraiment délicieuse, j’ai dévoré le pot en 3 jours, Alice est en forme et n’arrête pas de m’offrir des bières, Thomas Bourdeau devient de plus en plus aristocratique et part le lendemain en Ecosse faire du golf, mon mari Marc commence à avoir la fièvre à cause d’une angine qui se présente et les gens arrivent de plus en plus, il y a un black en hot pants très drôle avec son sac à dos Vogueing, Nick V est sexy avec sa casquette en cuir, il y a beaucoup d’hétéros avec leurs T-shirts Body & Soul achetés à New York et on sent bien qu’une grande partie du public est allé à NYC et connaît le club originel.

Au début, il y a quelques enfants de 10 ans sur le dancefloor et je trouve ça génial alors qu’Alice a entendu des gens dire qu’ils ne trouvaient pas ça bien et qu’ils sont à la limite de dire aux parents « Mais qu’est-ce que vous foutez avec vos gosses dans un club ? » - pff, c’est formidable au contraire, il est 17h, c’est toute l’idée de Kitsuné pour ados, si les gosses n’ont pas le droit de découvrir la house avec des adultes sur un dancefloor où on n’est pas les uns sur les autres, alors ça sert à quoi ? Vous croyez qu’à Woodstock, les bébés de 2 ans n’ont pas avalé des décibels et de la boue ? Bande de bobos crétins, il en faudrait davantage de kids !

Il y a Patrick Vidal qui est en forme comme toujours, Mandel Turner qui me dit qu’il va partir vivre à Bali parce qu’il a plus de travail là-bas, go girl mais tu devrais apprendre à nager car Bali sans la mer c’est un peu comme les cornflakes sans le lait. Il y a 3 gays sympas que je vois toujours dans les endroits bien et qui dansent dans le fond de la salle où on est vraiment à l’aise et ils font des sourires pendant « I Hear Music In The Streets » d’Unlimited Touch, Fabien porte un T-shirt destructuré à la Véronique & Davina, son mari Pierre-Jean est une crème totale car il a toujours des histoires à raconter comme qui est le vrai inventeur du Coca Cola, je tease Gérard Pina all night long parce qu’il n’a pas aimé « The Tree Of Life » (« C’est un pensum ! » dit-il). Ah non ça Gérard, venant de toi, tu fais du yoga bordel. Je vois Kamel danser au milieu du dancefloor, c’est comme si 50 visions de lui se superposaient, ramenant à d’autres clubs et d’autres années, toujours le même, menaçant et gentil à la fois, Rafael me dit qu’il a du mal à comprendre le décalage horaire de Madrid car il arrive toujours trop tôt ou trop tard quelque part, et son mari David me fout la honte en me demandant « Comment je m’appelle ? » et je regarde mes pieds car j’ai encore un trou de mémoire. Dehors c’est agréable de fumer ma pipe avec Yvan Lebleu, un marseillais qui connaît bien Pierre-Jean Chiarelli, en fait on se croirait à l’ancien hôtel Régina de Nice ou dans un palace de Monte Carlo où je ne suis jamais allé, mais la Gaité Lyrique, c’est assez ça. Patrick Thévenin arrive du Point Ephémère où il a passé des disques et il est dans une humeur cool, détachée gentille, à la fin Danny Krivit lance « The Love I Lost » d’Arold Melvin et les Blue Notes, la salle est remplie avec les bras en l’air, les mecs de la sono font des dance routines, il y a un black dans le fond à droite qui danse vraiment bien avec sa copine qui a the right moves aussi, il y a un rappel, puis deux, les gens sont contents et je tombe sur Christophe Hamaide Persion qui a toujours ce sourire.

On se retrouve dehors sous une pluie très fine, John qui accompagne Elisabeth a fait du shopping avant la fête et porte un sac avec des chaussures taille 43 je crois et un mec gentil vient me faire un compliment sur ma vie mon œuvre mon château mon cheval merde quoi et je lui dis « Oh tu es gentil mais tu sais, à la fin de la journée, personne ne veut coucher avec moi anyway » ce qui fait sourire à la ronde du genre « OMG, here she goes again » et on dit au revoir à tout le monde en montant sur le scooter de Robert, direction chez Morel pour avaler les restes du before et ensuite Noisette me fait gouter un thé chinois qui se présente sous forme d’une boule qui se déplie dans la théière transparente comme une petite méduse.

Ensuite on arrive chez Christophe et Patrick qui ont un apparte vraiment joli et arty avec un jardin où je crois reconnaître un juncus strié à 2 couleurs mais je peux me tromper car il fait sombre et je retrouve Franck et Antoine que je n’ai pas vus depuis 4 ans au moins et Antoine parle parle parle et il me fait toujours rire avec ses idées de laïcard 100% pur jus, mais il m’explique les lignes de ma main et me dit que j’ai une ligne de chance maousse qui traverse toute la paume (« Of course je suis pas morte patate ») et Noisette me dit « Ah ta veste c’est Penfield » pendant que Jean-Luc raconte qu’il a vu au Cox ce soir même un Italien avec une barbe rousse dont la moustache remonte un peu en pointe ce qui est toujours super classe. Robert est surexcité d’ailleurs quand on va au Point Ephémère qui est juste à côté, il disparaît quand un Iranien ou un Afghan lui demande son chemin.

En faisant la queue pour acheter mon ticket il y a deux mecs derrière moi, un joli avec de belles lunettes et un black adorable et ils parlent de Larry Heard et du tout début et comme je suis de bonne humeur je me retourne un peu sans être trop invasif et je leur sors ma théorie de 1995 comme étant le sommet de la house, un peu comme certains disent que 1987 est le sommet du hip hop et ils me parlent de Maurizio et de Monolake et je souris quand ils s’adressent à moi en disant « vous » du genre « Mais alors vous avez vu des concerts de Can ? » et quand on entre dans la salle principale c’est déjà sombre, sweaty, bourré de monde et berlinois et il me demande mon numéro de portable que je ne connais pas encore par cœur parce que je l’ai que depuis 6 jours, puis ma carte de visite mais j’en ai pas et je lui dis de regarder sur FB et voilà, c’est comme ça que je rencontre Julien Haguenauer. House authentics.

Bon, je ne raconterai pas trop le reste de la nuit, un de mes meilleurs amis s’est séparé de son mec le soir même et ça me rend triste, vraiment, et très vite il y a tellement de monde que c’est impossible d’aller au bar pour offrir un verre à Noisette qui le mérite, il y a des mecs et des filles presque à poil sur le balcon et vraiment on n’a pas besoin de ça, même dans un endroit « alternatif » parce qu’à la base c’est la même chose qu’au Queen et je le dis à DJ Crame qui me regarde toujours comme si j’étais un énorme mystère pour lui et son copain Hervé Carvalho me fait une déclaration de 20 minutes et on parle de notre amour commun pour Guido, et de la house du début, et de Chez Moune et de la pop aussi, en fait je passe mon temps avec les fumeurs dehors à regarder les kids et le mélange de ce club est quasiment parfait avec des gens de tous les milieux et de tous les âges et Gildas sort trempé de 3 heures de danse et me demande « Ah bon, tu n’aimes pas te coller à la sueur des autres ? » - euh non enfin si, avant oui mais là non vraiment, Antoine est hallucinant de drôlerie mais on dirait que je suis le seul à m’extasier, c’est Monsieur ADD en chef, Christophe Ecoffet me parle de l’expo Anish Kapoor que je devrais aller voir bien sûr, Alfredo Piola fait pipi dehors, il y a un jeune black qui est mon préféré de toute la soirée qui arrive alors et à qui je serre la main alors qu’une bise ou rien du tout aurait suffi, trop de respect tue le respect, Paul vient dire bonjour et merci, il est 4h et il est temps de rentrer et en remontant vers Jaurès, 2 petits mecs de banlieue demandent à Ecoffet et Oscar « Tu crois qu’on peut rentrer comme ça ? » en montrant leurs fringues blanches de streewear hyper propre et on est dans la situation où 3 folles sont en train de rassurer 2 hétéros en leur disant « Bien sûr tu peux entrer comme ça, vous êtes très bien, tu crois qu’on s’est déshabillés pour entrer ? ». Sweet.

mercredi 8 juin 2011

Golum du coming out


Donc il étaient tous gays, c’est ça ? Même pour un homosexuel grand teint comme moi, les révélations successives sur la sexualité d’Abraham Lincoln, de Malcolm X, de Ghandi etc. sont une sorte d’émerveillement naïf. On y avait pensé, notre gaydar avait fonctionné et émis les signaux de rigueur, mais personne n’osait penser que de tels leaders politiques puissent être des suceurs de bites. Ben, c’est fait, c’est dit, c’est acté. Et on se demande toujours pourquoi l’homosexualité fait tellement peur, quand elle est associée à l’Histoire avec un grand H et au Destin avec un grand D. On finit par se dire que ces hommes étaient immenses dans leurs domaines parce qu’ils étaient vraiment amoureux des hommes – et pas seulement de l’humanité.

Chez les gays eux-mêmes, il existe toujours une part d’incrédulité quand on apprend que telle ou telle personnalité historique était gay. Je ne parle pas ici d'Etienne Daho, je parle des très grands leaders à la Alexandre. Dans le cas de Malcolm X, si quelqu’un avait osé affirmer une chose pareille il y a 30 ans, au moment de la sortie du fantastique maxi de Keith LeBlanc, personne ne l’aurait cru. Pareil pour Lincoln, il fallu un livre respecté et reconnu par l’académie pour imposer une idée relativement peu discutée : et si les USA, à leur naissance, avaient été influencés par un groupe d’homosexuels très visionnaires ? Ghandi, là on est au sommet de l’inavouable, d’ailleurs les réactions à ce livre, en Inde, on été si vives que le livre qui raconte tout ça est pratiquement interdit. Et quand j’ai consacré un chapitre entier sur l’homosexualité de David Henri Thoreau dans « Cheikh », j’ai été épaté de voir le dédain que cela a provoqué chez les spécialistes de cet auteur. Car si on additionne les figures américaines très importantes du milieu du XIXème siècle, de Melville à Whitman, il est très facile de démontrer que la naissance et l’essor des Etats-Unis, en tant que nation, ont été fortement marqués par une homosexualité décomplexée, franche, lumineuse, qui contribue toujours, pour moi en tout cas, à rendre l’Amérique plus gay que tous les autres pays. Car le mouvement gay est bien né aux USA, rappelons-le, pas dans l’esprit de cette folle coinçada de Foucault.

Je l’ai toujours dit. Je ne fais pas partie de ces gays qui sont à l’affut de ce qui est gay ou pas. Les newsletters des medias gays font ce job désormais. Je ne pensais même pas que Ghandi et Malcolm X étaient gays tels qu’on imagine des homosexuels sous le terme gay. Mais ce sont des hommes politiques de premier ordre, au niveau mondial, qui ont eu des relations sexuelles avec des hommes et des passions amoureuses avec des hommes et cela a influencé leur philosophie – et ça me suffit. Le premier homme dont je suis tombé amoureux à 18 ans n’était pas gay et pourtant il m’a aimé physiquement et sentimentalement comme peu d’homosexuels m’ont aimé. Je le mets, hétéro qu’il est, dans le TOP 10 des hommes de ma vie. Il m’a influencé, je l’ai influencé. Il m’influence d’ailleurs toujours aujourd’hui et je l’influence toujours aujourd’hui.

Quand on apprend, dans le détail des correspondances et des voyages, que des hommes illustres comme Gandhi ou Lincoln ou Malcolm X étaient homosexuels, cela rend encore plus méprisable le refus de célébrités beaucoup moins remarquables d’aujourd’hui à faire leur coming out. Bien sûr, Gandhi, Malcolm X ou Lincoln n’ont pas fait de coming out ; ils vivaient dans des époques où le terme de coming out n’existait pas vraiment. Mais ceux qui vivent aujourd’hui savent très bien de quoi je parle. Et ils se cachent. Alors que les scandales français sur la vie privée ne cessent de se multiplier – et il vont se multiplier car ils sont de plus en plus fréquents à travers le monde et la France n’est pas une île à part dans cette envie de transparence - les folles françaises dans le placard s’imaginent qu’Internet ne fera pas remonter au grand jour les cochonneries parfois pas très éthiques qu’ils ont pu accumuler ces dernières années. Car tout ce caca est beaucoup plus chargé émotionnellement quand il est caché. À partir du moment où vous écrivez un livre pour raconter vos expériences parfois borderline, comme Alex Taylor ou Olivier Py l’on fait, c’est complètement ouvert, c’est dit, c’est revendiqué. Et il n’y a rien à dire, il n’y a pas eu de backlash contre Alex Taylor ni Olivier Py, à la rigueur, ça devient de la littérature. Au contraire, tout le monde a dit que c’était courageux de raconter leurs histoires SM.

Mais les mêmes pratiques, cachées et défendues par une armée d’avocats qui entourent tel ou tel exécutif de maison de disques ou tel ou tel PDG industriel, c’est beaucoup plus explosif. Et ce qui est explosif explose toujours. Shit always happen. Un mec qui s’est fait contaminer par une célébrité le dit un jour ou l’autre. Et ce qui se passe au niveau des élites gays de ce pays est exactement ce qui se passe avec les élites politiques au sens plus large. Ces élites gays nous déçoivent parce que ça fait dix ans qu’on attend un geste politique de leur part et il ne vient toujours pas. Pire, ils nous préviennent en off dès à présent qu’ils ne feront pas de coming out à l’occasion des prochaines élections présidentielles.

Nous, on a fait notre coming out depuis longtemps et il y a plein de gays et de lesbiennes qui font leur coming out tous les jours. Et ces célébrités se persuadent que ça ne sert à rien. Ils sont là, à tenir leur lâcheté politique comme le golum du « Seigneur des Anneaux » : « My precious ! » murmurent-ils comme des créatures souterraines qu’elles sont. My precious ! Ils imprègnent les partis politiques et le PS en particulier, que ce n’est pas important. De toute manière, pour le PS, ce n’est jamais le bon moment. Avant DSK, ce n’était pas le bon moment. Après DSK, c’est encore moins le bon moment. Il y a toujours une excuse pour la lâcheté de l’affirmation.

Et la colère gronde à la base. Le milieu associatif gay et sida a tellement reculé en France sur le coming out que les magazines gays préfèrent interviewer des stars hétéros sur le coming out qu’ils n’ont pas à faire plutôt que d’interroger des stars gays qui se cachent. A mon avis, Patrick Bloche n’a toujours pas fait de coming out officiel. On préfère se faire chier avec Lady Gaga plutôt que lancer une dynamique de l’affirmation qui aurait un vrai impact lors des élections présidentielles.

Car ces élections seront marquées par la vie privée et par toutes les casseroles éthiques et les boules puantes accumulées dans le secret de la classe politique et ça va être saignant. C’est donc aujourd’hui qu’il faut faire son coming out, tant que le climat n’est pas passé à la tuerie d’une échéance électorale qui risque de déchirer le pays. Car les gays et les lesbiennes, à la base, en ont marre. Ils défilent à la Gay Pride, mais ils ne voient toujours pas une seule célébrité à leurs côtés. Et bientôt, ils se tourneront vers le lobby LGBT qui est sensé défendre leurs droits et ils leur demanderont : « C’est tout ? Vous voulez dire que la Gay Pride de Moscou, c’est plus important que le coming out des leaders de ce pays ? Vous vous foutez de notre gueule ou quoi ? C’est marqué sur Google qu’ils sont gays !

dimanche 8 mai 2011

Cris et murmures


Il y a une chronique dans le New Yorker qui s'appelle "Shouts & Murmurs" et qui se moque avec drôlerie des délires techies, du genre « Wow, je vais t’envoyer une vidéo où je t’explique en temps réel comment je fais ce que je fais en temps réel ». Ou alors « Je t‘ai posté une vidéo sur Youtube pour t’expliquer comment écouter ce que je dis, ça s’appelle Ecoute ». Au niveau gay, ça donne ça :

- Non je suis dans les sciences sociales et ça m’intéresse beaucoup vos discussions sur FB sur l’affirmation identitaire – mais je signe sous un faux nom.
- En fait, je cache mon nom car je suis contre le contrôle policier des idées et le NPA, c’est vachement trop à droite pour moi tu vois.
- Nooooon, tu es anarchiste alors ?
- Non juste hétéro.
- Ah. C’est pour ça que tu es dans l’affirmation identitaire connard.
- Moi je suis militant, mais je ne supporte pas qu’on ne soit pas poli les uns envers les autres.
- Tu peux jouir dans mon cul, mais on dira au juge que c’était safe, OK ?
- J’ai 5 profils de cul différents avec des infos contradictoires sur la même photo, mais je suppose que je suis contre l’hétéronormalité.
- Je t’ai vu sur Grindr, j’étais juste à côté de toi quand tu t’es fait dépister pour la syph.
- En fait, je t’ai carrément suivi jusqu’à chez toi quand tu as lancé ta GPOW sur Tumblr.
- Ensuite j’ai publié sur Twitter les derniers datas sur mon dépistage du cancer du colon en précisant que j’avais pas 50 ans mais 22 – et fier !
- J’ai 3 chats qui me regardent à chaque fois que je baise avec mon mec, mais ça me gêne pas puisque tout le monde regarde aussi avec la webcam sur Internet as we speak.
- J’ai une app super délire de Homosexualités et Socialisme qui nous montre où on en est, en temps réel, de la réflexion de Martine Aubry et Fabius sur Tariq Ramadan.
- Si tu veux, j’ai un montage de pics de moi en slow motion sur le set de True Blood en train de boire du vrai sang.
- Que j’ai donné moi-même car je n’ai pas eu de relation sexuelle depuis 10 ans, c’est la loi en Angleterre pour les pédés.
- Oh j’arrive pas à t’envoyer un texto avec la taille de ma bite, j’ai les doigts trop gros.
- J’ai fait une hallu sur Salvia divinorum et c’était si fort que je suis tombé raide dans Séronet.
- J’ai reblogué 45 fois la même photo de Jean-Luc Roméro sur Tumblr et depuis je suis suivi par tous les hipsters d’Amérique du sud, et surtout du Chili, parce qu’ils ont pensé que c’était un collage arty.
- J’ai vu un de mes ennemis à Gambetta, il était si terne avec son par-dessus gris, ses vieilles chaussures en cuir marron, son cartable de prof, et son petit sac en plastic transparent avec le déjeuner pour midi dedans que je me suis vraiment demandé pourquoi je considère ça comme un ennemi. Vive l’Education nationale.
- Un autre que moi l’aurait pris en photo pour l’envoyer sur un site de barebacker, mais j’ai encore un peu de décence en moi.
- J’ai vraiment tout ce qu’il faut, un iPad, in MacPro, un iPod, un iPhone et un Tenga, mais quand je prends le train, j’ai une putain de valise sur roulettes et je me tiens bien droit à la gare pour faire croire que j’ai pas conscience du disconnect.
- I am gay !
- Il y a un mec qui s’est trompé de « logiciel » quand il a mis Joe Dallessandro dans la catégorie des twinkies. Attends, t’es conne ou quoi, tu as vu comment il était foutu dans « Heat » ? Si t’appelles ça un twinkie, autant dire que Michel Simon en était un aussi. Ah oui, et Freddy Mercury n’a jamais été un « bear » non plus pauvre conne.
- Il y a un Tumblr entièrement consacré aux corbeaux. J’attends celui de la 61ème association du centre LGBT qui s’appelle « Gay Corbacks for Antinoüs ». Ils ont payé leur cotisation, eux.
- Il va bien falloir s’habituer à l’idée selon laquelle nous serons tous géolocalisables quand on tirera la chasse des nouvelles chiottes de Philippe Stark, qui utilise une télécommenade. Je te dis pas les traces de caca qui s’incrustent sur la touche « Play » ou « Enter », je ne sais pas ce qui a été choisi pour le modèle d’exposition.
- Il y a un mec que j’aime tellement sur Tumblr, je l’appelle mon Tumbler swag.
- J’ai passé 2 jours à Chaumont pour le prochain Festival international du graphisme et je n’ai rien de vu de très LGBTQUIII je t’assure
- Oui mais c’est encore une manifestation de l’impérialisme homo masculin sexiste et pinkwashing.
- « Oui, c’est une sorte de Savignac pour Starbucks ! » - Mathias Augustyniak de M/M
- « Ils chantent des chansons mais ils ont oublié les paroles ! » - Mathias Augustyniak de M/M
- « A un moment, il faut les laisser subir leur propre laideur ! » - Mathias Ayugustyniak de M/M
- « Let’s not evangelize about that » - Daniel Mason
- « Ça c’est pas fini mon plus »
- Pour reconnaître les consonnes B et P, 22 sites du cerveau sont sollicités en même temps. Pour reconnaître DSK, il n’en faut qu’un seul.
- Je viens de voir sur le site IEM des pilules qui te donnent la trique pendant 36 heures, je me demande s’ils en vendent pour avoir un cou aussi épais de Channing Tatum dans « L’aigle ».
- C’est quand même incroyable que les pédés aient même peur de l’idée de bromance, dès que tu t’approches trop, tu reçois un coup de tazer.
- Roméro sort un livre sur l’histoire du mouvement gay en France et c’est chez un tout petit éditeur si marginal que ça doit être conceptuel comme démarche.
- Et je te jure, sa liste de références bibliographiques et docus fait UNE PAGE ET DEMIE et dedans il y a des livres super majeurs de l’histoire gay comme, wait for it, « Moi, l’autobiographie » de Ricky Martin et « Entre émoi et moi » de Catherine Lara « et surtout « Père comme les autres » de Christophe Girard !
- Il y a une conne anonyme qui a dit sur mon blog que c’était homophobe d’écrire sur le « pédé à chat ».
- Il y en a une autre qui ne comprend pas du tout cette manie de mettre des expressions anglaises dans l’écrit français. Hello ? Tu comprends GTFO ? Pauvre conne, tu lis encore Yves Navarre ?
- Caroline Fourest a été débordée par le printemps arabe sur FB. Son nouveau surnom c’est Irhal, as in « Irhal ! Irhal ! Leave ! Leave ! »
- Le concept de bromance est incompatible avec l’idée de kiss-in devant la Grande Mosquée de Lyon, surtout quand c’est organisé par des gens qui ont trop lu Charlie Hebdo.
- J’ai vu la fin de la Halde en direct sur Vevo.
- Oui tu crois, c'est trop ? 4800 copines sur FB, 456 followers sur Tumblr, 430 sur Twitter, 25 working girls sur LinkedIn et le matin je me réveille avec 150 mails et 99 notifications. Pourquoi ? D’un autre côté, comme je disais sur mon mur ce matin, ça fait 4592 jours que j’ai pas couché avec un Black et ça me manque grave là.

samedi 30 avril 2011

Le pédé à chat



C’est quand même incroyable d’avoir à le rappeler : cats are cunts. Désormais, même les gens les plus intelligents se montrent des images de chats sur leurs iPhones. On a beau leur dire que c’est une des plus grandes arnaques intellectuelles des temps modernes, ils le savent et répondent Ben oui, c’est comme ça, get used to it.

NOT. A cause des chats, Youtube est devenu payant. Vous avez vu ces pubs de 20 secondes qu’ils nous infligent maintenant au début de chaque vidéo de Justus Köhncke ? Quand la moindre vidéo avec un chat au piano fait 6 milliards de hits (OK j’exagère) c’est le média lui-même qui change parce que s’il n’y avait pas eu ces chats, il n’y aurait pas eu un tel succès capitaliste et on n’aurait pas passé la première décennie du siècle sous le signe du chat qui se casse la gueule, puis qui recommence le même truc, con comme il est. C’est tout un média qui bascule alors sous le signe d’un animal en particulier, et pas le plus gentil en plus, c’est celui qui porte plein de germes de maladies particulièrement sournoises. A l’époque du sida grave, il était fortement conseillé de ne pas vivre avec des chats, des oiseaux et des poissons qui transportent tous les merdes du monde moderne (d’ailleurs c’est logique puisque le chat mange les oiseaux et le poisson).

Là, aujourd’hui, c’est Tumblr. Il y a encore 4 mois, il y avait 10 chats sur ce nouveau réseau social, pas plus. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux, même sur les Tumblr de pédés. Personnellement, j’ai décidé d’une nouvelle règle de comportement : ne plus suivre un mec qui met des images de chat sur son blog. Je trouve ça atrocement pas masculin. OK, on laisse ces idioties aux filles de 12 ans. Mais un mec de 30 ans qui met une photo de chat sur son profil FB, c’est juste un surrogate marker pour crétine. Même s’il met des photos géniales par ailleurs.

Pour moi, un chat ça sert à attraper les souris. Comme il n’y a plus de souris dans le monde moderne (enfin, vous croyez), le chat est devenu un membre de la famille. Quand on est gay, c’est un symbole si envahissant que ça fait du mec un « pédé à chat ». Le mec qui va vivre jour après jour avec l’odeur du pipi et qui te jure que ça ne sent pas mauvais parce qu’il sait comment laver la litière pour qu’elle reste propre. Oui, c’est cela, c’est comme le mec qui a un labrador de 6 mois et qui sait comment faire pour que les pieds de chaise en bois de sa cuisine ne soient pas réduits à des allumettes. On connaît. Le pédé à chat, c’est celui qui s’imagine que ça ne nous dérange pas qu’il se comporte comme un félin quand il te fait une pipe ou, pire, qu’il invite le chat sur le lit pour qu’il puisse participer en regardant. Berk. Le pédé à chat, c’est celui qui va vivre avec l’odeur du ronron qui sèche dans la soucoupe parce que cet idiot de minet n’est pas foutu de finir son repas (c’est d’ailleurs un des rares animaux à faire ça, on n’a jamais vu de fourmi se dire « Ah tiens, je vais prendre la moitié de ce grain de riz et je viendrai prendre le reste dans 4 semaines »).

Ce que l’on n’accepterait jamais de son enfant, on l’accorde au chat. Le pédé à chat, c’est celui qui sera OK pour dépenser des centaines d’euros pour faire un scanner d’animal pour un bobo qui reste à diagnostiquer, j’attends impatiemment le concept de coloscopie féline, de chirurgie réparatrice pour museau ou d’IRM pour chat de gouttière, une sorte d’oxymoron en soi. Le pédé à chat, c’est celui qui ne sait plus quand il faut arrêter vraiment les frais et piquer cette putain de bête car elle souffre là et qui se prend pour un « protectionniste » doublé d’un « humaniste » (voir le très bon article du NYT du 11 mars dernier). Le pédé à chat, c‘est celui qui lui offre plus d’affection qu’à son propre mec (une manifestation de névrose totale selon moi qui appartient à la classe des « dominionistes) et qui est la source de nombreuses disputes conjugales. Enfin, le pédé à chat, c’est celui qui a besoin d’un animal de compagnie pour ne pas péter un câble face à la vie et la société et au lieu d'être un mentsch ou d’acheter un chien, ce qui est toujours plus masculin (et encore), c’est celui qui va chercher la solution la plus simple, la méchante petite bestiole qui engage à moins, qui prend moins de place, qui est facile à transporter dans le train (même si c’est un tue l’amour total).

Pour moi, un mec qui a un chat, même s’il a une bite de 25 cm, c’est comme si sa bite ne faisait plus que 20 cm. C’est rogné aux angles. Ca rabote la personnalité. C’est des discussions incroyablement ennuyeuses. C’est much ado about nothing. C’est something recherché mais pas vraiment. C’est le mec qui s‘est fait avoir à la SPA alors qu’il aurait pu envoyer 20 euros en Afrique à une personne qui en a VRAIMENT besoin. C’est se satisfaire d’une structure de poils alors qu’il y a 200 types de chats et pourquoi tu vas prendre celui-là pitite connasse alors qu’il y a un Assyrien sur le marché pas loin de chez toi ? Ah oui, toi tu as choisi le gros chat persan blanc à la Alice aux Pays des merveilles qui a tellement de poils qu’il se chie et se pisse sur lui-même, c’est haram. En fait, le mec à chat, c’est celui qui reste tellement chez lui devant l’ordi à regarder des chats sur le câble, Youtube, FB, Twitter, Tumblr et même LinkedIn qu’il a aussi besoin d’un chat sur les genoux (bonjour les hémorroïdes, l’effet secondaire assuré du chat) ou pire, carrément sur l’ordi puisqu’il est toujours branché et donc chaud.

Le pédé à chatte, je veux même pas en parler tellement je trouve ça zarbi. C’est celui qui croit qu’il va avoir des petits chatons et ça remplacera le mari et les enfants qu’il n’a pas parce qu’il ne s’est pas pris par la peau du cul pour trouver le mari et avoir des vrais enfants mais c’est à cause de la société qu’est homophobe hein. Je me demande en moi-même : Delanoë a un chat ? Passons. Le pédé à chat, c’est celui qui répond aux questions d’un bloggeur de chat, qui pose réellement des questions du genre : « Et pourquoi tu l’as appelée Philistine ? » et qui trouve normal de publier ça comme si on parlait d’un être humain. Ca ne le dérange pas de savoir que les animaux de compagnie affectent la hiérarchie de la famille, son rythme social, son entourage. Les animaux sont tellement mal élevés de nos jours que l’on les laisse gueuler comme les enfants. Et des fois, à Paris, vous entendez des chats dans les appartements qui font plus de bruit que leurs maîtres. Sick. Totally sick, man.

En 1995, je me suis juré que je ne tomberais plus amoureux d'un mec à chat, même si le mec est une bombe. Souvent, le chat est laid, il est gros et vieux, il a les yeux qui coulent et il a un nom d’humain. OK, c’est parfois drôle, quand votre mec n’est pas là ou qu’il est dans la cuisine et qu’on fout une torniole au chat parce qu’il vous regarde en chien de faïence. C’est presque aussi jouissif que lorsqu’on a mis du Tabasco dans l’eau de sa soucoupe. Trois ans après, je suis allé voir sur le site du mec et il avait toujours son chat, encore plus vieux et avec une flaque d’eau sous lui à cause des yeux qui coulent. Je me suis dit que ce mec qui avait des idées précises sur les do's & don’t de tout dans la vie avait un sérieux angle mort dans son axe de direction.

Pour moi, un chien est un animal qui doit être habitué à dormir dehors le plus souvent possible (enfin pas les petits chiens, je suis pas un monstre) car il doit garder la maison, parce qu’il est résistant, qu’il aime ça en plus parce qu’il écoute tous les petits bruits de la nuit, à condition qu’il ne pleuve pas et qu’il ne gèle pas. En tout cas never never never dans la cuisine et dans la chambre.

Bref, il y a un tel délire sur les chats dans la culture pop moderne que si vous voulez avoir du succès, c’est comme Lady Gaga, il suffit de se mettre un chat entre les jambes et vous êtes assuré de pulvériser tous les records de vente, ever. Et ça va continuer car ce n’est pas une mode, c’est un signe des temps qui durera longtemps puisque les parents sont si crétins qu’ils offrent des chats à leurs enfants pour aller avec le stylo Kitty et qu’ensuite les enfants achètent d’autres chats pour tenir compagnie à leurs poupées et tout ça grouille ensemble et the family that cats together stays together. C’est l’industrie agroalimentaire qui se frotte les mains et Monsanto qui fait une herbe à chats transgénique et la boucle est bouclée puisqu’il faut plus de bètes pour nourrir les bètes et vous avez compris ma démonstration.

Ca fait partie de la métrosexualisation du chat, le chat n’a pas un engagement politique contrairement au chien (de garde, de police, de chasse, d’attaque, etc.). c’est un handicap pour bouger, pour être libre, pour partir demain matin si on veut. Un chien te suit, mais c’est toi qui suis le chat – et tu dois le porter en plus le connard! Et il lui faut 2 jours pour "décompresser" !

Je dis tout ça et ce sont mes derniers mots puisque demain je serai mort, mordu de partout par tous les chats de mon village. Je sais que je prends de très grands risques politiques face au courroux que ne manqueront pas de provoquer tous ces propos médisants sur les Lol Cats. JE SAIS que les Lol Cats sont très importants dans votre vie. Vous les utilisez comme ringtones, for fxxxsake. Mais je suis là, seul contre l’adversité féline et je dis fièrement : « Donnez-moi un homme sans chat ! ».

PS : Parce que je me sens incroyablement isolé et j’invoque à moi les forces du bien pour me sauver de tous ces Lol Cats qui débarquent dans ma vie, au point où même mes amis m’envoient des chats par mail uniquement pour me narguer et certains tentent même de m’attirer vers une Scientologie du Chat en me parlant de la mythologie du chat égyptien ou, pire, de la psychologie franchouillarde du chat dit de gouttière. Il am calling you au secours ! C’est un peu comme ces folles qui se promènent à 4 pattes sur le lit en miaulant vers vous avec la patte devant et qui ronronnent à la Eartha Kitt en disant ; « Je suis LA féline ! »
HELP !!!! Et c’est quoi aussi, cette mode de la panthère qui revient depuis 2 ans, vous regardez d’un œil distrait des photos de clubbing gay et tout à coup il y a une panthère qui apparaît. Le mec est entièrement habillé en panthère. Même au studio 54 il n’y en avait pas beaucoup! Nous voila devant la félinisation de la société, phrase zémourienne du jour car nous devons nous lever, ensemble, et nous préserver de tous ces Lol Cats et de leurs prières de rue ! Voulez-vous vivre à jamais avec des poils de chats coincés dans le clavier de votre ordi ? Oh merde, ton chat ne vient pas de pisser sur ton iPad, là ?
Miaou.

lundi 25 avril 2011

Dance, fools, dance ! (1931)



Les magazines de jardinage abordent très rarement un aspect caché de la nature, quand elle s’emballe et qu’elle joue avec nos nerfs. On fait généralement du « how to », comment choisir les plantes, comment les installer et les tailler. Tecknikart de son côté, poursuit son travail de moquerie des geeks de la nature, ceux qui font pousser des tomates dans leur cuisine, indoors, ce qui est une absurdité totale quand on pense à la dose de soleil brut, tapant, violent, pour qu’une tomate ait un goût de quelque chose. Après les idiotes qui font leur compost dans la même cuisine avec des lombrics (eeek !), le jardinage est en train de dépasser toutes les limites du n’importe quoi. Et je ne peux rien dire, je n’ai rien écrit sur ce blog depuis un mois. Le printemps est décidément arrivé trop tôt.

Ce n’est pas la même chose qu’en 2004, quand il a fait si chaud dès le mois de mars après la sécheresse de 2003. Les grillons s’étaient réveillés vers le… 15 mars (pour comparer, ils s’y sont mis ici cette semaine). Cette pelouse était déjà pratiquement grillée par le manque d’eau et les grillons s’étaient mis à grignoter méthodiquement le moindre brin d’herbe qui osait pousser, tout ça dans un délire de chant qui était si puissant qu’il produisait une onde sonore qui vous plaquait contre la porte quand vous osiez sortir de chez vous. Moi, ça ne me dérangeait pas, je suis toujours heureux à l’idée de ne pas utiliser la tondeuse.

Bref, cette année, c’est pas si grave mais la sécheresse est bien là, assez perturbante pour exagérer l’avancée du printemps avec des pics de chaleurs vraiment pas normaux. Ce mois d’avril a foutu en l’air tout ce qui était prévu de longue date pendant cet interminable hiver pendant lequel on a eu assez de temps pour rêver aux plantations et décider à l'avance du travail à faire. Mais la nature s’est emballée, peut-être à cause du Gulf Stream qui ne fonctionne plus normalement, il n’y a pas eu du tout de giboulées de mars et pas de pluie en avril non plus. Cela fait longtemps que les seaux en bas des gouttières sont vides et secs, les parisiens sont heureux, pas nous.

Je me rappellerai toujours le regard sombre qu’avait mon père quand il revenait des champs et qu’il pestait parce que ça allait trop vite, parce que les vergers étaient envahis en quelques jours par un parasite quelconque, parce que l’orage avait fait tomber les fleurs, parce que la pluie ne venait pas, parce qu’il fallait aller chercher quelque chose à la coopérative alors qu’il fallait aller labourer tout de suite, parce que c’est comme ça, les plantes n’attendent pas. Il parlait alors de scoumoune pour les grandes catastrophes, mais c’était souvent un énervement passif face au déclenchement de la nature, que les agriculteurs respectent et voient venir, comme les pêcheurs avec la mer.

Chez moi, c’est beaucoup plus terre à terre. Quand il faut finir un livre pour le 30 avril, et je déteste dépasser mes deadlines, le mois le plus important de l’année, en termes de plantations, est foutu. Quand, en plus, j’ai des dizaines et des dizaines de gros pieds de vivaces à diviser et planter moi-même dans les jardins des amis Ray et Chantal, c’est la panique. Chaque jour sans pluie est un risque accru quand on divise et plante, chaque pic de chaleur fragilise un peu plus les jeunes sujets. Lors d’un mois d’avril normal, pluvieux et assez frais, il suffit de diviser la vivace, faire un trou, la planter sans ménagement, tasser la terre, bien arroser et attendre que la pluie fasse le reste, gardant la plante à l’humidité, tassant la terre un peu plus – on est tranquille.

En ce moment, c’est tout le contraire qui se passe. Bien sûr, il fait beau, ce qui a d’énormes avantages aussi. Les fruitiers n’ont pas eu leurs fleurs lessivées par la pluie, tous les insectes butinent et fécondent à mort, pas de gelées dangereuses, les fleurs restent plus longtemps belles, sans agression extérieure et l’on peut désherber au soleil sans vergogne avec du vinaigre dans le pulvérisateur, ce qui grille les mauvaises herbes en un temps record. Les oiseaux et les insectes sont heureux, puisqu’ils n’aiment pas la pluie.

Comme la sécheresse sévit sur les deux tiers du territoire, grosso modo toute la partie ouest et centrale, toute plantation devient risquée. Normalement, on peut toujours pousser les plantations plus tard, tricher un peu, dépasser mai et même juin. Mais là on a un temps de juin en avril et en mars c’était déjà mi-mai. Tout va beaucoup trop vite. La saison des primevères coucous a été hallucinante cette année, les bords de route grouillaient de ces fleurs simples qui sont pratiquement mes préférées du règne végétal (j'en ai des rouges aussi, encore plus belles). Mais les grosses chaleurs ont fait passer les fleurs plus rapidement et, chez moi, je dois arroser mes propres primevères, ce qui est une hérésie. Le rosier le plus précoce chez moi, le Primavera, qui est précisément appelé ainsi parce qu’il fleurit avec la première primevère, avec ce jaune doux et frais qui les caractérise, a encore fleuri plus tôt que les années précédentes (c’est tellement étrange de voir un rosier fleurir en début avril, il faut absolument en avoir un dans tout jardin et le mettre devant une fenêtre, en plein soleil, pour voir ses pétales simples en contre jour. Vous êtes là à faire des spaghettis et tout à coup, vous restez devant la fenêtre, hypnotisé, oubliant que l’eau est en train de bouillir).

Quand un jardin arrive à l’âge adulte comme le mien, beaucoup de choses doivent être divisées. Les vivaces deviennent trop grosses, il faut les partager pour leur donner une deuxième jeunesse, c’est ce qu’elles attendent. Alors, il faut avoir des amis pas loin et remplir leurs jardins naissants de toutes ces vivaces qui ne peuvent rester chez vous car elles sont trop nombreuses. Et quand il s’agit de soulever un gros pied de miscanthus, de le sortir de terre, le diviser à la bèche ou au gros couteau, l’amener chez des amis, faire des trous, planter çà nouveau, arroser, et que vous faites ça avec 30 énormes pieds de centaurées dealbatas, de carex pendula, de marjolaine qui envahit tout chez moi, des euphorbes, des tenuissima, des milliers de muscaris qui se sèment dans le gravier et qu’il faut transbahuter dans la terre, les euphorbes fétides, les anémones Honorine Jobert, les pulmonaires, le fenouil vert et bronze, le pick-up est rempli et il faut planter ça en une après midi, presque en courant, sous le soleil et la chaleur, avec une horloge interne qui dit « Attends, ça va être encore plus dangereux chez Ray avec sa terre qui est de la glaise pure et chez Chantal, c’est sympa aussi puisqu’elle n’a pas encore de tuyau d’arrosage et qu’il faut tout arroser avec le bidon ». C’est maintenant ou à l’automne prochain, il n’y a pas d’alternative, ce n’est pas en juin ou en été que l’on plante, en tout cas pas chez moi.

Vous allez dire, même dans le jardinage, il faut qu’il râle. Mais non. La sécheresse a réduit les nappes sous-terraines, les agriculteurs pompent l’eau comme des branques pour faire lever des semis qui devraient, normalement, germer tous seuls, les arbustes sont en train de réaliser que, mince, ils n’ont plus de réserve d’eau pour leurs racines et les arbres sont hésitants entre l’appréciation de la chaleur et le manque de ressources. Il n’y a vraiment que les animaux à être contents, les papillons sont là, les souris font des bébés partout, les fourmis se croient en Afrique et les oiseaux gueulent comme s’ils avaient pris possession de l’affiche de la Gay Pride, eux aussi.

Et pendant cette course à la montre, car il faut aussi faire tout ce qu’il faut faire à ce moment de l’année: traiter contre les maladies et les pucerons, planter les derniers rosiers, tondre la pelouse, arracher les mauvaises herbes qui deviennent bonkers, couper les miscanthus et les passer au broyeur, nettoyer les allées et le potager, ranger la cabane (pas fait), curer le fossé du bord de la route (pas fait), aller chercher le bois offert par le voisin (pas fait), acheter 800 Kg de gravier pour le chemin (pas fait), déterrer les buis pour les mettre ailleurs (pas fait) et des centaines de boutures (pas faites). Quand on rajoute à ça le livre à finir, les articles pour Minorités, un autre livre à commencer, ma mère qui déménage, je ne me suis même pas attaqué au ménage de printemps. Pour la première fois chez moi, l’intérieur de la maison est plus sale que le jardin. C’est rempli de poussière ici !!!

Parce que c’est ça, un jardin. C’est pas lovey dovey tout le temps. On n’est pas toujours dans la sérénité et le zen et tout ça. Les plantes vous observent passer devant elles alors qu’elles vous attendent, comme un champ d’agriculteur est observé par les voisins agriculteurs qui se moquent parce qu’on n’a pas encore passé la herse pour casser les mottes de terre qui durcissent chaque jour davantage. Il y a un coin de mon jardin où je n’ai pas mis les pieds depuis des mois, ça doit être envahi de serpents. C’est le bordel quoi. Le jardin peut être dans votre esprit comme une idée qui vous nargue. C’est comme certaines fleurs qui ne durent que 5 jours. Votre appareil à photo est juste à côté de la porte d’entrée et vous avez tellement de choses à faire que vous réalisez, chaque soir, que vous n’avez toujours pas pris la photo. Et chaque année, cette fleur n’est pas photographiée car elle a le chic d’apparaître au moment du printemps où vous êtes le plus charrette et guess what, vous n’avez jamais cette photo à regarder en hiver pour vous faire rêver de la belle saison.

Quand on grandit dans un environnement agricole, c’est encore pire car on sait que ce que l’on ne fait pas pour les plantes, c’est de l’argent gagné en moins. Moi ça va, je ne vais pas vendre des fraises que je n’ai pas, mais si on ne change pas un arbuste de place parce qu’il est devenu trop grand ou parce qu’il étouffe et qu’il est assoiffé tout le temps, il peut mourir. Vous avez acheté une plante cher (ou pas), elle est devenue adulte et belle (ou pas), vous l’avez entretenue pendant des années (ou pas) et elle crève. Si vous ne lui trouvez pas un autre endroit pour vivre en avril dernier délai, il ne vous reste qu’à prier pour qu’une catastrophe n’arrive pas avant le mois d’octobre pour la bouger pour de bon dans un meilleur spot.

Alors, vous comprenez, quand vous recevez des messages de folles qui disent « je viens – je viens pas » ou qui vous envoient un message au dernier moment pour vous dire qu’elles ne viennent pas « parce qu’il fait trop beau », c’est un peu comme le connard barebacker qui était venu chez moi il y a 6 ans et qui m’avait dit qu’il y avait « trop de fleurs ». Les gens sont vraiment stupides avec la nature de nos jours. Ils ont perdu le fil.

lundi 28 mars 2011

Deux tendances inévitables



J’ai compris à Joiners que le fait de fumer la pipe était un très bon conversation starter. Dès que Marc et moi avons pénétré dans ce bar / club de l’est de Londres, je me suis senti chez moi, ce qui est loin d’être le cas dans la majorité des endroits gays aujourd’hui. Il était 23h30, on était passé au George & Dragon juste à côté, le pub où tout le monde nous disait d’aller pour commencer une soirée dans le coin. Rien de renversant à part une ambiance sympa, ce qui est déjà très bien, et un mélange agréable d’hypsters, de lesbiennes, de mecs plus âgés à l’aise et une musique mélange de hits des années 80 Electro et de disques plus récents tout aussi Electro 80 joués par des jeunes teenagers qui auraient pu être des trans. On était serrés, la déco était drôle mais n’importe quoi dans le genre kitsch.
Joiners, à 200 mètres, était bien mieux. D’abord c’est plus grand avec de la place pour aller au bar, pleins d’endroits pour se mettre pour regarder ce qui se passe, des toilettes propres et modernes et le truc génial: une petite cour extérieure pour ceux qui veulent prendre l’air ou fumer une cigarette. Il y avait encore peu de gens qui dansaient mais c’était déjà bien rempli, on s’est mis naturellement devant un groupe de mecs funkys dont un barbu brun vraiment joli et souriant qui dansait.

Il y a plein d’endroits comme ça à Londres qui existent depuis des années et qui sont des clubs locaux, sans prétention, qui traversent le temps pour redevenir à la mode à un moment. Joiners me rappelle certains bars et clubs de l’East Village avec des murs laiteux, en tout cas pas sombres, quelques posters au mur qui n’ont rien de spécial mais qui ne font pas mal au yeux, quelques lumières (au plus fort de la soirée, j’ai noté UN spot qui clignotait — à ce stade du rudimentaire, c’est presque classe) et un mix parfait de beaux mecs (blancs, blacks, asiats, clones, bears, hypsters, folles) pas du tout prétentieux du genre « Je suis joli et je vais t’écraser avec mon look surcool », assez peu de filles mais quand même, des hétéros par ci par là, bref de quoi draguer des mecs vraiment bien sans être dans un bar de pré-cul bien lourdingue comme ailleurs.
Tout ceci a l’air très banal mais on sait, à Paris, que même le banal de ce type est rare, avec un personnel sympa, un vestiaire qui va vite et même, youpi, un distributeur de billets dans un coin si on a besoin de liquide. Après être allé aux toilettes, j’ai remarqué un barbu gentil qui me regardait d’une drôle de manière et 10 minutes plus tard, il est venu me voir et on a réalisé qu’on se connaissait depuis des conférences sur le sida des années 90. Il était là avec son mari psy américain juif, joli lui aussi, et ils connaissaient bien, forcément, le joli barbu brun dont je parlais plus haut, qui est espagnol, of course, et qui était au centre d’une bande de mecs tout aussi sympas. Tout à coup, entre la musique et le club qui commençait à prendre forme, on parlait de prévention et de Crystal parce que cet homme était au THT et il était confronté depuis des années à des gays qui lui reprochaient son jugement trop moral sur le cul et la drogue et la capote. On était sur la même longueur d’onde, tout en rigolant de ce qu’on nous faisait subir comme bêtises.

À ce moment, et c’est là où j’arrive au sujet, je me suis dirigé vers la cour extérieure avec l’envie de fumer une pipe. Il n‘y avait pas beaucoup de monde dehors, à la porte une femme noire en gilet de sécurité jaune fluo qui s’assurait que tout se passait bien et que les gens avec des cigarettes ne revenaient pas sur le dancefloor. Flying High de Freeez passait et je n’ai pas pu m’empêcher de souffler de soulagement à un petit black et son copain blanc : « Mmmm, I know this song » en sortant ma pipe et mon tabac. Le temps de sortir le briquet et de me mettre contre le mur pour ne pas déranger, j’ai senti le regard de 15 personnes se tourner vers moi, comme si j’avais un gros masturbateur Tenga Flip Hole à 89,90€ ou que je me faisais un fix devant tout le monde.

Les anglais et Marc sont venus me rejoindre avec des bières, tout le monde parlait comme si on se connaissait depuis longtemps, Marc s’est fait brancher par un beur français magnifique, un des plus beaux de la soirée, grand et smart, qui avait passé deux ans à Berlin et qui se souvenait des articles de Marc. Le psy juif américain avait passé deux ans à Toulouse et c’est la première fois que j’ai entendu un gay américain de me parler, en français, des merveilleux champs de tournesol sur les collines qui entourent Condom, dans le Gers, et des étendues des pins des Landes. L’espagnol nous a rejoint et de près il était encore plus joli et souriant, surtout quand un de ses copains espagnols, qui avait l’air d’être héréro – mais s’il était gay ? Mon dieu, ce serait le phénix des hôtes de ce bois — est venu dire qu’il allait partir. Un skinhead hollandais de 35 ans vivant à Londres est venu me voir pour me parler de ma pipe et, comme tout le monde, m’a dit que ça lui rappelait son grand père qui avait toujours à proximité une allumette pour relancer sa pipe éteinte. Je lui ai dit que c’était tout nouveau pour moi, que je ne fumais plus à cause de mon cœur et que je n’avais pas encore trouvé mes gestes naturels. « I haven’t got my moves yet » et alors il m’a pris la pipe pour me montrer en faisant des poses à la Popeye et j’ai souri en lui disant que non, justement, ce n’était pas ça que je voulais faire. Il faut savoir fumer la pipe sans attirer l’attention et ressembler à un cartoon.

Tout ça a commencé il y a 3 mois quand mon cardiologue m’a dit: « Vous savez, si vous êtes vraiment frustré à l’idée de ne pas fumer, vous pouvez fumer sur une pipe de temps en temps ». Je lui ai dit que j’arrivais très bien à ne pas fumer, ça faisait trois ans, mais que ça avait changé ma relation au jardinage, le fait de finir une journée de bon travail et de ne pas pouvoir regarder le jardin avec une cigarette, comme une récompense ou un plaisir de contemplation. Par exemple, il m’est totalement impossible d’aller à la mer et de passer une après midi sur la plage ou de revenir de la baignade sans fumer une cigarette. La mer, c’est tellement beau que je refuse catégoriquement de m’empêcher de fumer une cigarette ou deux parce que c’est une célébration de cet espace, de tous les souvenirs de ma vie associés à la mer et à l’amour des hommes qui m’ont accompagné et qui sont restés avec moi sur le sable, comme les amoureux le font. En fait, je crois que je ne passe plus de vacances à la mer parce que je redoute inconsciemment de retomber dans le tabac.
Quand il m’a parlé de la pipe, j’ai été surpris et je me suis dit: un cardiologue qui autorise une pipe de temps en temps ? C’est pas possible. Et puis il m’a dit que le tabac des cigarettes était nettement plus nocif que celui de la pipe, ce que je savais, mais j’en suis resté là. Au fil des mois, je me disais que fumer la pipe pourrait contribuer à une autre image de moi-même, plus daddy, plus calme, comme un tatouage dans le cou ou comme le fait de se tenir un Komboloï comme le font les papys grecs ou turcs sur la place du village.
Et puis un jour je suis passé par l’Emmaüs de ma ville et, bien sûr, dans une boite il y avait plein de pipes que personne ne voulait acheter et je me suis dit qu’il valait mieux essayer avec des vieux objets à 1 euro pièce plutôt qu’acheter une pipe toute neuve et réaliser ensuite que ce n’était pas une bonne idée. Je suis revenu à la maison, j’ai démonté les pipes et je les ai nettoyées et désinfectées. La première, droite et simple, était la plus basique. La seconde avait cette courbe old school qui retombe sur le menton, pour essayer aussi.
Et après, j’ai fumé ma première pipe, dans le jardin. J’ai tout de suite retrouvé l’impression de mes 5 ans, quand j’essayais la pipe froide de mon père qui était passé par là avant d’arrêter pour de bon les cigarettes pour ne plus revenir en arrière. Je me suis regardé dans la glace en rentrant dans la maison pour vérifier si j’avais une gueule de vieux schnock ou pas. J’avais acheté le tabac le plus doux. Je suis sorti à nouveau dans le jardin. En effet, le cardio avait raison, la nature avait l’air plus belle encore, comme si la petite fumée qui sortait de la pipe me liait davantage avec le paysage de la fin de l’hiver.


Quand nous sommes partis de Joiners, Marc et moi étions très heureux de notre nuit. Personne ne s’attendait à rencontrer qui que ce soit et tout le monde dans ce club était génial. En traversant le quartier, à trois heures du matin, le George & Dragon était entouré de camions de flics qui disaient à tout le monde de quitter la rue RIGHT NOW comme si une explosion de gaz était imminente, mais les rues étaient envahies de party goers hétéros bourrés, drôles, se jetant sur n’importe quel vendeur de snacks pour faire marcher le système digestif après tant d’alcool et de bières. Tout le monde me dit que l’ecsta disparu de Londres et que tout le monde est revenu à l’alcool, like old times. En passant devant ce qui était avant le LA Bar où j’allais parfois, le grand pub slash club SM slash cuir des années 90, et désormais un club hétéro, il y avait plein de beaux mecs bourracha, Londres quoi. Moi qui ne voulait pas sortir, j’étais très content de cette nuit, malgré le froid. Dans le bus de nuit pris à Old Street, plein de filles qui jacassaient et rigolaient, typique. La nuit à Londres est toujours plus rigolote, même quand il gèle le 31 décembre.
Depuis sur Tumblr, je vois de plus en plus de photos de mecs barbus avec des pipes. Il y a 4 mois, je ne crois pas que j’en voyais autant ou alors je ne faisais pas attention. Hier soir, dans True Grit, Matt Damon fumait une ce ces très belles pipes blanches du Far Ouest. Je n’ai pas encore cherché la pipe que je vais m’acheter pour passer de la pipe Emmaüs à une vraie, mais j’ai toujours aimé ces pipes banches ou beiges. Très Hemingway. Il y a définitivement un revival de la pipe qui va s’étendre aux plus jeunes, c’est gros comme une maison, et je me trouve dans cette tendance grâce à un cardio qui a été assez gentil pour m’offrir, à condition de ne pas le faire souvent, un moyen de me reconnecter avec mon jardin et mes sorties dans les clubs gays.

L’autre tendance irrévocable, c’est celle des initiales sur les chemises. Bon là je m’avance dans un domaine fashion qui n’est pas le mien, mais je ne suis pas la dernière idiote non plus sur ces sujets et je suis capable d’être le premier à découvrir Supreme et Nixon dans les années 90 mais on ne va pas crâner non plus hein. Les tendances, je les vois venir gros comme un pustule de condylome sur l’anus d’une folle pas safe. Il y a 4 ans, dans Cheikh, je racontais que j’avais remarqué une boutique de blasons dans le centre de Saint Malo et je m’étais dit que c’était inévitable. Et pouf, on a vu après des blasons apparaître sur toutes les vestes preppy ou pas, puis déborder sur le streetwear, des logos de Ralf Lauren qui multiplient leur taille par 110%, une hérésie si vous me demandez mon avis. Et là, sur Brick Lane, on voit des dizaines et des dizaines de magasins de fripes dirigés par des anciens babas house, exactement comme Flip à Covent Garden dans les années 80 ou rue Tiquetonne dans les années 90. Le vintage (ce mot !) développe même des marques comme Canterbury de Nouvelle Zélande (qui ne voudrait pas avoir un logo brodé de kiwi ?) qui font des polos de rugby avec tellement de logos et de couleurs que c’est exactement ce que faisait le Sentier en… 1985.
Quand on était petits (il y a très longtemps !), nos mères et nos grand mères brodaient sur nos serviettes, nos gants et nos chemises les initiales de nos noms pour ne pas mélanger les habits des frères et ne pas perdre les survêts à la gym. On n’aimait pas particulièrement ça, on ne nous demandait pas notre avis de toute manière, c’était la France des années 60 quand les habits se gardaient longtemps et que les parents étaient trop heureux de personnaliser les habits pour mieux les posséder, je suppose. Il y avait déjà, à cette époque, un côté vieux jeu et old times dans ces petites languettes avec vos initiales (dans mon cas, DL, ou Down Low pour les intimes) et mes frères et moi n’aimions pas particulièrement ça.
Et puis, il y a 5 ans, quand mon père a vendu sa ferme et qu’il a fallu aider à vider la maison pour trier tout ce qu’il fallait jeter, je suis tombé dans les placards sur un certain nombre de torchons et de petites serviettes au nom de mon frère ainé. Je les ai prises car je les ai trouvées jolies, la broderie de ses initiales était simple et ça m’a attiré.
Ces dessins de lettres se trouvent aujourd’hui dans le tatouage. Et il est évident que l’obsession actuelle pour le logo, la marque, l’estampille, le tampon, le marquage, le branding, tout ce qui peut transformer une chemise toute bête, ça va revenir, c’est obligé. Dans les dernières décennies, seuls les gens très riches qui se font faire des chemises sur mesure chez Charvet continuaient à mettre leurs initiales. C’était vraiment un truc de bourge de la rive gauche. Aujourd’hui, tout le monde va s’y mettre. Vous imaginez un barbu sympa, hypster mais pas dingue, en train de porter une chemise toute simple avec ses initiales brodées en petit sur son cœur avec une pipe en bois de bruyère de Saint-Claude. Pfff, it’s a turn-on assuré. Et quel conversation starter ! Love comes quickly !

samedi 12 mars 2011

Super des pilules!



Cela fait des années que je prends un traitement contre le sida et j’en ai parfois parlé dans le contexte de mes chroniques du Journal du Sida qu’il faudra bien publier un jour et puis là pour m’amuser je me suis mis à faire la liste des impressions qui me passent par la tête tous les soirs quand je prends mes médocs. Ce n’est pas pour se plaindre, je me trouve chanceux de ne jamais être tombé malade à cause du sida depuis 1987 et comme j’ai commencé un traitement en 1990 ou 1991 je crois (à ce stade une année de plus ou de moins, je m’en fous un peu) mais ça fait quand même 20 ans et ça donne un peu une idée de la fatigue sur le long terme, à prendre ses putains de cachets. Je pourrais mettre ici 850 remarques mais à partir d’un moment, ça tourne toujours autour de la même idée : fait chier.
- Fait chier.
- Fait chier mais on peut pas faire autrement.
- Fait chier mais c’est pas très différent d’hier soir.
- De toute façon je les prends tout le temps.
- Mais certains soirs je me permets de ne pas les prendre parce que ça me donne l’impression d’être super wild tu vois.
- Attends il manque la toute petite de Bisoprolol, où elle est c’te pute.
- Alors la soucoupe, je le dis toute de suite mais c’est fondamental ce truc pour encourager la compliance, vous devez avoir une petite soucoupe qui a une valeur affective et je vous assure que ça vous aidera à prendre vos médocs pendant des années. Le truc est simple, soit vous avez un pilulier (pas groovy) soit vous les mettez dans un bol ou une petite coupelle qui vous rappelle un joli moment de votre vie. Moi c’est un truc en métal violet que m’a offert mon mari Jim en 1991. Donc je me dis que si je ne suis pas mort, c’est grâce à cette soucoupe dans laquelle je mets mes médocs tous les soirs et que des gens prennent pour un cendrier et il faut que je leur dise que ce truc est magique et qu’il ne faut pas mettre des mégots dedans.
- Ou des cendres.
- À partir d’un certain stade, vaut mieux pas savoir combien vous prenez de pilules exactement (10 ? 11 ? who cares) parce que c’est déprimant. Sortez-les des blisters et avalez-les, c’est le seul truc qu’on vous demande pour rester vivant.
- Non, vous n’êtes pas une personne incroyablement spéciale parce que vous êtes séropo, il y a des maladies 100 fois plus graves que le sida et au moins vous avez la Sécu donc arrêtez de geindre.
- Des fois je me couche très tard car je retarde inconsciemment le moment où je devrai prendre ces putains de pilules tellement ça me fait chier.
- Le pire, c’est de savoir qu’on est toujours surdosé, les industriels mettent toujours la dose la plus forte pour prévenir les échecs thérapeutiques.
- Le sida ça commence par la trithérapie avec 3 molécules (dont une qui est pas top, je reviendrai là-dessus) mais après c’est toujours more.
- À partir de 10 ans de pilules, on en a déjà très marre.
- À partir de 20 ans de pilules, il y a une sorte de banalité dégoûtante qui peut être le sujet de beaucoup de blagues.
- C’est comme un running joke tous les soirs.
- J’aime pas déballer mes pilules devant tout le monde mais des fois je le fais tellement je m’en branle.
- Tous les 3 mois mon médecin de demande gentiment mais avec une certaine insistance si je ne devrais pas arrêter le somnifère mais je lui dis tous les 3 mois « ça va pas la tête, si j’avais pas cette pilule qui est la seule que je suis content de prendre, alors les autres je ne les prendrais jamais ! C’est le somnifère qui me fait avaler les autres avec ! » Et il sourit.
- Si je compte bien, ça fait 3 appartes et une maison dans lesquels j’ai vécu et dans lesquels on a entendu tous les soirs le petit bruit que font les pilules quand elles tombent dans la soucoupe. C’est comme un exorcisme ou « The Omen ».
- Je n’ai jamais eu de mari qui me préparait les pilules, thank god.
- Des fois on a un boyfriend séropo aussi, on fait des concours super cons comme celui qui sort les pilules le plus vite des blisters. On s’amuse comme on peut.
- Quand tu penses qu’il y a des folles qui ont pensé à un pilulier électronique. Booooo-ring ! C’est vrai qu’à notre époque, on ne peut pas avaler une pilule sans passer par le portable. Bientôt la putain de pilule qui apparaît en fond d’écran sur l’iPad, I can’t wait.
- « Oh toi tu est jolie la super grosse pilule bleue ! ». Quand vous commencez à parler à vos pilules, il est temps de mourir.
- Si votre médecin insiste pour que vous preniez du Sustiva même si vous ne vous rappelez plus l’adresse de votre maison, je suggère une transhumance thérapeutique et changer de médecin qui ne sera pas complètement vendu au Big Brother pharmaceutique.
- Non, avaler votre trithérapie avec deux litres de bières n’est pas une bonne analyse de la situation.
- Un jeu toujours drôle: faire avaler une pilule de votre multithérapie à un ami séronéga ! Quelle bonne blague ! La tête qu’ils font ! Très fun !
- Vous savez que ces pilules sont un miracle de la science, non ? Pas une seule infection opportuniste en 20 ans !
- Bon remarquez je suis cardiaque à cause de ces pilules aussi, c’est vrai.
- Non en fait si je réfléchis bien, je suis devenu cardiaque à cause de quelqu’un donc ça ne compte pas.
- Nan je rigole, c’est les cigarettes.
- Tiens ce soir je vais me faire une petite gâterie, je vais les prendre dans le désordre.
- Tiens ce soir, je vais me faire une petite gâterie, je vais prendre une ecsta à la place.
- Pffff je rigole, j’ai pas pris d’ecsta depuis des années.
- Et ça me manque.
- Le pire c’est quand on part en vacances dans un endroit magnifique qui vous coupe le souffle et qu’il y a toutes ces pilules qui font partie du voyage aussi.
- Je crois que je prends plus de pilules que mon père. Non ça c’est pas possible en fait. En tout cas, je suis sûr que j’en prends plus que ma mère.
- Oh merci d’avoir créé une app pour mon iPhone ! Prendre des pilules ne sera plus jamais pareil ! not
- J’en suis au stade où je connais tellement bien mes médicaments que mon inconscient s’amuse à me faire oublier leurs noms ! So freudien !
- À un moment j’ai pensé à épingler sur le mur tous les blisters vides et puis je me suis dit qu’il valait mieux que ça soit une folle conceptuelle qui fasse ça.
- Genre, ça serait joli en tout cas.
- Quand tu vois tous ces pédés séropos qui font de la musique et y’en a pas un seul qui a fait une (bonne) chanson sur ça. Genre un morceau de house qui s’appellerait The Medication (STD Remix).
- Remarque y’en a pas beaucoup qui ont fait leur coming out et c’est normal, sur FB ils disent tout que ce qui est important c’est l’art et l’artiste mais pas s’il est gay à 80%. Le reste des 20%, on ne sait toujours pas ce que c’est.
- Quand je pense que je me fais cher à avaler ces pilules quand Delanoë dort déjà. Il se couche tôt quand même.
- C’est un peu Chirac sans la bière.
- Le truc qui est incroyablement répétitif avec ces pilules, c’est la répétition.
- Ah tu en veux toi aussi petit chenapan. Ben non tu peux pas, passe ta séroconversion d’abord.
- Je ne crois pas que les mecs de Warning prennent des pilules depuis 20 ans, autrement ils diraient pas la même chose.
- En fait, ces pilules ça forme la jeunesse comme les voyages.
- J’espère que vous n'avez pas pris du vintage Kaletra car ça a beau avoir été la Rolls Royce des antiprotéases il y a quelques années, la carrosserie de la voiture était quand même aspergée de caca tous les jours.
- Même parfois plusieurs fois par jour.
- Mais c’était il y a 10 ans.
- Les mecs de Warning étaient alors tous séronégas.
- Moi dans ma boite à médocs, j’ai gardé le petit bout d’ambre que m’avait ramené Hervé Gauchet de Marrakech et là comme Hervé est mort depuis 3 ans, l’ambre ne sent plus du tout.
- Quand tu penses qu’en Afrique du Sud y’a des blacks qui avalent le Sustiva comme si c’était une drogue hallucinogène. Finalement on va finir par apprendre que la formule moléculaire c’est du MDMA frelaté.
- Chaque soir quand j’avale mes pilules, c’est comme si je gobais un chèque avec pleins d’euros dessus.
- Tous les mois, ce traitement, c’est l’équivalent de mon loyer multiplié par 4.3.
- C’est comme la haute couture mais c’est juste l’industrie pharmaceutique.
- Ah bon c’est pas LVMH qui fait les pilules ? Pourtant ça serait logique comme positionnement industriel.
- C’était pas ces pilules là Galliano mais rappelez-vous : ça coûte la peau du cul quand même !
- Quand tu prenais les premières trithérapies, ça faisait comme une bombe H dans ton estomac. Aujourd’hui tu pètes un coup et c’est tout.
- Bon qu’est-ce que je pourrais faire ce soir pour changer la monotonie ? Avaler les cachets la tête en bas et les pieds en l’air ? Mmmm pas casher.
- Peut-être que si je m’abrutis avec 3 films à la télé et deux séries je serai assez naze pour ne pas remarquer que je prends encore une fois ces putains de pilules.
- Des fois je me dis que je suis en unisson avec plein de folles à travers le monde qui avalent leurs pilules en même temps. Ça fait chaud au cœur.
- Mais non ça n’interfère pas avec les relations sentimentales ! Tu peux passer 4 ans avec ton mec et il sait toujours pas ce que tu prends !
- C’est ma part de mystère à moi.
- T’as gobé ?
- Oui oui on peut aller se coucher. Laisse moi regarder mes mails d’abord.