jeudi 17 juillet 2014

Le chiffre 23 chez Tumblr


Chez Tumblr, il y a un numéro magique qui revient régulièrement quand vous tombez sur une photo ou une image particulièrement belle. Vous sursautez un peu, le grand écran de votre ordi (sorry MacBook guys) éclaire le visage dingue d'un homme comme vous n'avez jamais vu. Ou bien c'est un vieux tableau classique ou une sculpture ou un GIF de la mort. Et comme un robot, vous appuyez déjà sur le bouton Like mais, à la même seconde, vous regardez le nombre de personnes qui ont posté ce truc.

23. Ou son chiffre gémeaux, 29. Il y a 23 personnes au monde qui ont aimé ce post, après tout ce sont vos précurseurs, vos soul mates probablement puisqu'ils sont si rares quand on compare certains posts de Tumblr qui font 10.000 likes ou davantage. La proximité est réelle. Vous connaissez souvent les tumblr de ces 23 personnes et si vous n'avez vraiment rien d'autre à faire, vous pouvez carrément leur demander, directement, ce qu'ils ont aimé dans cette image. Ce serait une bonne idée de chronique mais j'ai des idées comme ça tous les jours, comme tout le monde.

Le chiffre 23 est joli, comme le chiffre 29. Je n'y connais rien en numérologie et franchement je n'ai pas envie de nourrir ce texte avec une pseudo recherche cabalistique sur Google.

Bon allez, si vous insistez, on y va, mais en général, c'est toujours du bullshit sentimental. On nous dit que c'est un chiffre qui déborde d'énergie (23 mai, c'est la Saint Didier, un nom tellement boring et beauf qu'on en fait des films pour se moquer, avec raison), c'est le numéro des anges, des archanges (très Dogma) et des Illuminati, dans la bible c'est la marque de la prospérité physique (I wish!), financière (pas chez moi, ever!) ou spirituelle (ok, c'est ce qu'on dit quand on n'a ni le look ET l'argent) et puis c'est aussi le numéro du psaume le plus connu (Le Seigneur est mon berger, c'est pourquoi j'ai craqué pour Brokeback Mountain). Jules César a été poignardé 23 fois, il faut 23 secondes pour que le sang circule dans l'organisme, les spermatozoïdes et les ovules comportent chacun 23 chromosomes.  Michael Jordan portait le chiffre 23 sur son maillot et David Beckam a fait pareil au Real Madrid. Il y a même un film qui a été fait sur ce chiffre et Jim Carrey a joué dans un autre, ce qui dit tout, vraiment. Dr Pepper (que j'adore!) cumule 23 saveurs et il y a plein d'autres superstitions associées à ce nombre, ici aussi. J'avoue que je n'avais pas du tout cherché sur Internet tous ces datas avant de me lancer dans ce post.

Mais surtout 2+ 3 = 5 donc ça a forcément de la valeur. 23 est un chiffre agréable à écrire, ça pourrait être le nom d'un parfum ou d'un club techno démodé.


Mais son côté magique vient de sa récurrence. On appelle ça l'énigme 23. J'avais oublié que William Burroughs a lui-même été surpris par les récurrences spooky du chiffre et il a fini par les noter. C'est pareil sur Tumblr. Bien sûr, je ne sélectionne pas des images selon ce critère, je peux poster un truc qui a été aimé par beaucoup de monde exactement comme je peux apprécier un truc qui vient d'une poignée de personnes. Je suis tout aussi sensible aux très belles images ayant un score de likes plus réduits comme 17. Et puis il est toujours touchant d'assister à la naissance d'une belle image quand un Tumblr que vous suivez vient d'afficher une image vierge, celle qui vient juste de sortir, qui est encore vierge du moindre repost. Pour Tumblr, le N°1 est celui de l'inédit, c'est ce qui se passe par exemple quand vous faites une capture d'écran d'un film ou que vous publiez une photo que vous venez de prendre. Vous savez très bien que ce post ne fera pas 10.000 hits, ce n'est vraiment pas le but, mais qui sait, elle reviendra vers vous dans quelques mois après avoir effectué la tournée des 6 degrees of separation.

Conceptuellement, on pourrait faire un Tumblr avec uniquement des documents qui ont 23 likes et on lui donnerait le nom 23, pourquoi aller chercher plus loin? Le numéro 23 n'est pas celui d'une snoberie mal placée. On ne l'aime pas uniquement parce qu'il rassemble 23 personnes triées sur le volet (comme on dit) mais parce qu'il est le chiffre de l'underground sur Tumblr, un média social qui change les gens d'une manière aussi profonde que Facebook ou Twitter. On ne parlera jamais de cette image, même sur Vice ou WIRED. Ce n'est pas un lolcat ou un morceau de Disclosure. C'est un secret partagé.

Le chiffe 23 vibre, c'est tout. "When you start looking for something you tend to find it". C'est le même phénomène qui survient quand vous regardez une horloge digitale chez vous et que vous tombez sur 11h11 ou 22h22. On sait que ça veut rien dire, bien qu'il doit y avoir un terme de geek pour décrire ce moment, mais vous n'allez pas en faire un tweet. Ce numéro 23 attire votre regard comme une apparition du surnaturel mais c'est trop zarbi pour l'exprimer, bien que c'est ce que je suis en train de faire en ce moment même.


lundi 9 juin 2014

Club happy


Bon ça fait six mois que j'ai rien publié sur ce blog parce que j'attendais de raconter ce qui s'est passé depuis dans ma love life mais ça attendra et puis les textes sont déjà prêts et écrits. Surtout, comme il y a quelqu'un dans ma vie désormais, je peux enfin sortir dans les clubs. Vous comprenez, quand je suis seul, triste et pas amoureux, c'est impossible pour moi d'affronter la musique, même quand elle est bien. C'est comme ça, j'ai plus la force, il faut vraiment que je sache que quelqu'un compte pour moi, même s'il n'est pas à côté sur le dance floor ou qu'il est à 500 kilomètres, il faut que je puisse penser à lui quand je danse pour aimer les autres dans le club. Autrement je suis juste une pauvresse seule et je peux pas sortir, c'est pour ça que j'ai raté toutes ces fêtes @ Concrete et Wanderlust.

Tout ceci pour dire que le Weather Festival au Bourget, c'était la preuve que lorsqu'on aime quelqu'un, ça vous fait danser jusqu'à 8h du matin. Je n'ai même pas envie de faire un topo sur la musique, je l'ai trouvée bien dans toutes les salles. La grande scène Automne, je m'en fous si le son était trop bougli bougla, c'était un putain de hangar XXXXXXL avec des lumières et un stage à la Tron et les kids étaient heureux, ça tapait fort. La scène Hiver, j'ai adoré les lumières et ses 10 écrans verticaux et on y était déjà  quand Manu Le Malin est passé. La scène Eté avec ses plantes ressemblaient à une vieille compile de F.Com c'était drôle. 

Mais on a passé tout notre temps devant la scène Printemps, Ricardo Villalobos a tenu compagnie au soleil qui se couchait et après Sonja Moonear vraiment sympa, ça se voyait, on était collés par le son crispy de cette scène, loud and clear, avec des gens adorables et surtout ces putains de lumières qui ont été de plus en plus belles toute la nuit, au point où on n'a pas arrêté de regarder la scène, ce qui n'est vraiment pas mon genre. Je veux dire, les gens qui ont fait ces lumières au Weather Festival ont respecté une charte graphique qui était déclinée de salle en salle, avec un VDjing de première classe, le genre de truc qui vous recouvre de belles couleurs et qui propulse la musique comme un MC old school pouvait le faire. Après, Cabanne, Onur Ozer, Seth Troxler étaient juste parfaits dans le groove et c'était vraiment honteux de partir au début de Derrick May qu'on entendait de loin en faisant la queue pour la navette du retour mais je me suis cassé la jambe il y a 2 ans et là je sentais qu'elle avait vraiment morflé et qu'il fallait rentrer. D'ailleurs aujourd'hui, je suis incapable de marcher lol, c'est pour ça que je vous écris.

Je veux insister surtout sur le fait que l'organisation était parfaite et ça, il faut que je fasse un statement après mes articles qui râlaient sur la scène techno. La première soirée à l'Institut du Monde Arabe, c'était un peu n'importe quoi au niveau musical, il y avait des moments interminables entre les artistes sur scène pendant lesquels on nous passait un vieux CD de vieux funk même pas sexy à la Keziah Jones, comme si vous étiez à Solidays, les kids voulaient que ça cartonne et ça n'a pas cartonné, l'IAM n'était même pas illuminé de l'intérieur (Jack Lang fait des économies d'éclairage, , c'est la France, how cheap is that), mais l'organisation était déjà parfaite : pas d'attente pour entrer, pour les VIP, pour les bars, pour le vestiaire, juste bien.

Mais au Bourget, c'était le textbook total pour méga rave. Franchement, je n'ai jamais vu ça en France ever. Je ne prétends pas avoir vu toutes les raves depuis 20 ans mais je n'ai jamais vu une rave française organisée comme une rave anglaise. Je veux dire, des navettes pour aller au Parc des expos du Bourget, une entrée facile pour tous, de chiottes si nombreuses qu'on n'attendait jamais, des bars partout avec du personnel qui reste adorable jusqu'au matin, des robinets d'eau froide gratuite, des lockers pour ranger ses affaires, des bénévoles partout, un service de sécurité qui fait pas chier, cette rave à tellement bien été planifiée que j'ai pas vu de kids par terre, pas d'OD, et en tout cas la preuve que lorsque c'est bien fait, il n'y a pas d'antagonisme et de frustration donc du coup les gens ne font pas de bad trips.

C'est formidable d'aller danser quelque part en sachant que le fait d'aller aux toilettes ne va pas être une galère qui vous prend 20 minutes d'un temps précieux qui pourrait être consacré à danser ou à rien faire d'ailleurs, que si vous voulez une bière ou un Red Bull ça va pas vous foutre la haine, que vous n'avez pas besoin de bousculer quelqu'un pour aller de A à B et C ou même Z, et que toute votre nuit est consacrée à la musique et rien que la musique. Tout ce qui parasite le clubbing d'habitude est juste épuré pour que le fait même de traverser cet immense Parc des expos se fasse d'une manière adorable, sous le vent doux, avec vos copains, sans se perdre, sans le moindre petit feeling d'inquiétude. You know you're safe, in good hands.

A minuit trente, on pouvait commencer à voir que les kids étaient bourrés et commençaient à mal se tenir. Au lieu de faire le détour de la foule, ils traversaient le dancefloor en diagonale (le pire crime du savoir faire déficient), emmerdant ceux qui dansaient déjà, les filles piaillaient au lieu d'écouter le DJ, des trucs pas graves mais qui montrent un désintérêt pour ceux qui sont là, heureux, et qu'il ne faut pas bousculer. C'est pour ça que je me mets toujours derrière, surtout quand le son est si bon qu'il est presque meilleur à 200 mètres de la scène. Et puis là, en plus, on voyait les fusées Arianne sur le tarmac d'à coté, les avions de US Air Force et même 3 hélicos qui sont passés dessus à 6 heures du matin, magic World War Z.

Mais très vite, avant 5 heures du matin et le début de l'aurore, tout était redevenu love. Le pic d'alcool et de drogue était passé, les kids étaient plus mellow, et dès le début du matin, la politesse est revenue en masse. Dehors, on voyait que tous ces clubbers avaient déjà une longue expérience, c'est comme si on pouvait deviner l'affichage de tous les clubs où ils étaient allés à travers le monde, après tout c'était le weekend de la Pentecôte et il y avait leur aura de teuffeurs au-dessus de leur têtes, comme des flammes, filles et garçons. Il y avait tellement de beaux mecs et de jolies filles, it was eye candy. I mean, je n'ai pas vu autant de jolis barbus quoi. Si on allait se promener dans d'autres salles, on sentait l'énergie et la foule en train de clamer, il y avait un bourdonnement de cris heureux, les lumières étaient belles partout et même dans ce petit club alternatif du fond de la rave, avec une tribu de 100 personnes dansant devant un petit camion, c'était love et rigolades, une sorte d'antidote de rave en minuscule, very sweet. Je suis sûr qu'il y a des couples qui se sont formés là. Dans 6 mois, ça fera des mariages et dans un an il y aura des bébés. Nés de la House.

Fred, Rodolphe et moi, on est arrivés ensemble, on est restés ensemble toute la nuit. Une rave sans nos mecs, juste entre amis, comme on devait le faire depuis longtemps. On n'avait plus de batteries sur nos téléphones, pas de temps perdu à faire des selfies ou des textos ou des images de club, juste trois mecs qui se suivent et qui s'autorégulent leurs prises de bonbons et d'alcool. C'est une chose adorable de passer toute une nuit entre dudes gays, de reprendre le contact tout en dansant, de se trouver entouré de tous ces gens qui ont une expérience différente de la nôtre et qui se mélangent si bien. C'est complètement thérapeutique et les gens qui organisent ça doivent savoir qu'ils font réellement du bien à des dizaines de milliers de personnes qui partagent le plaisir d'une rave telle qu'elle doit être, du début de l'accueil jusqu'au départ. Pas un seul barman désagréable, pas une seule personne du staff qui fait la gueule, les gens ont tellement bien été briefés que c'est toute la chaîne de la musique qui est préservée, encouragée, mise en valeur.

Allez au Weather Festival et oubliez votre psy, pour toujours, I hope.


vendredi 29 novembre 2013

Club lonely

Cela fait six mois que j'aide un mec qui m'a contacté sur FB. Disons qu'il n'allait pas bien et ce qui a commencé comme un simple échange de soutien a débouché sur un engagement de ma part parce que je ne pouvais pas laisser cet homme dans la merde, parce que surtout je le trouvais correct et aussi pas mal physiquement, ce qui ne fait jamais de mal. Un ami m'a sorti l'autre jour que j'étais l'exemple typique de l'agony aunt, la personne qui répond au courrier des gens désespérés, la tante que l'on appelle quand ça ne va pas, le vieux gay qui a du temps en trop, la tata homo qui a toujours des bons conseils. Je ne connaissais même pas cette expression, agony aunt.

Ce n'est pas que le drama soit pour moi un élément du sex appeal. Ca ne m'excite pas, je préfère de loin les gens équilibrés mais il se trouve que mes derniers boyfriends ont été des jouets cassés et je suppose que ça a marché avec eux parce que je savais comment les aider. Quand je quitte quelqu'un, ou qu'il me quitte, il est toujours en meilleur était que lorsque je l'ai rencontré. Vraiment, après ils sont plus stables, plus mûrs, surtout quand je leur permets d'évacuer certaines peurs irrationnelles sur le VIH ou l'identité gay. Je suis un giver.
Avec cet homme, au bout de plusieurs mois, on a passé deux nuits ensemble et puis après, comme je l'avais prévu avant même qu'on se rencontre, c'est passé au niveau "ça me fait bizarre de coucher avec toi, tu es mon ami" tralala, c'est tellement prévisible qu'il vaut mieux en rire même si on n'y arrive pas. Mais je reste correct et ce n'est pas parce qu'un mec ne veut plus m'offrir une tendresse affective que je vais le jeter et me comporter comme un porc.
Il y a quelques semaines, un kid joli de partout est venu passer 24 heures chez moi et là, ça a été parfait, du début à la fin.  Mais comme il est marié avec un mec de mon âge, là aussi je me tiens bien et il est hors de question que j'interfère dans une histoire d'amour que je rêverais d'avoir avec un jeune qui aime les mecs âgés. Je sais que ça existe, il y en a, pas beaucoup, mais en général ils sont tous pris. Cela m'a fait du bien de passer une journée et une nuit avec quelqu'un qui était vraiment attiré par moi, qui faisait les choses bien, généreusement, qui était un giver lui aussi. Sans plus d'attachement.

Dans le débat actuel sur la prostitution, il y a peu d'articles qui parlent de ce qu'on vit nous, les gays âgés. Une bonne partie des homos de mon âge disent qu'on a plus que les escorts à notre disposition. Car même s'ils sont séronégatifs et plus sexys que moi, passé 50 ans, ces amis sont invisibles eux aussi. Nous sommes toujours les mecs les plus vieux dans un club de house. On ne vous remarque plus, même si on a fait des choses assez extraordinaires dans la vie. Et quand on est seul, il faut payer pour obtenir un peu de contact physique. Le fait d'avoir quelqu'un dans son lit, le fait de caresser et d'être caressé.
J'ai toujours pensé que c'était pathétique d'en arriver là. J'ai toujours cru qu'il y avait quelqu'un, pas trop loin, qui pourrait correspondre à mes critères et pour qui je serais désirable. J'ai payé un escort une seule fois à New York et je n'ai même pas pris mon pied, ce qui est presque normal, c'était la première fois. Mais là, je me dis qu'il va falloir y aller parce que la solitude devient insupportable. Récemment, j'ai mis de côté tous mes principes en me mettant sur plusieurs sites de drague, une sorte d'abdication en soi, et ça ne donne rien. Je suis partout sur Internet, il suffit d'un clic pour me contacter. Et quand je contacte les mecs, les trois quart du temps, ça ne donne rien, ce qui est normal aussi. C'est comme ça pour beaucoup de gens.
Il y a plein d'articles qui montent le lien entre la crise économique et l'augmentation des escorts. Malgré tout, la prostitution masculine d'aujourd'hui est moins glauque que celle d'il y a dix ans. Tout le monde s'y met pour boucler son mois, les filles, les bis, les jeunes. C'est aussi le phénomène hookup culture qui déborde. Mon problème n'est pas de payer, j'ai de quoi vivre pour les deux années qui viennent et je sais faire ça sans que ça soit grossier. Même dans la prostitution, je suis obligé de me comporter comme un mec bien. Mieux : je n'arrête pas de me dire que si j'avais 22 ans aujourd'hui, sans fric, sans éducation, je me caserais chez un mec de mon genre pour passer la crise économique pendant un an ou deux, au chaud, à la campagne, avec un mec pas con qui a une bonne collection de disques, qui a des histoires à raconter, qui ne serait pas jaloux si le mec allait à droite à gauche. Si j'avais 22 ans aujourd'hui, je le ferais parce que j'étais comme ça à 19 ans en arrivant à Paris. On était prêt à coucher avec un mec uniquement pour qu'il nous paye l'entrée au Palace, c'est pour dire. On trouvait ça drôle. On était des pédés punk. Coucher avec un mec plus âgé, c'était comme un stage accéléré.


Demain, ça fera exactement un an que ma dernière histoire d'amour s'est terminée. Lundi, je vais dans une clinique pour une coronarographie et sûrement une angioplastie qui va me déboucher une artère ou deux afin que je retrouve mon énergie. Je l'ai déjà fait, après mon licenciement de Têtu. Ca arrive souvent quand on a des coups durs, quand on se sent trahi. Je n'ai pas le cœur fragile, après tout je suis tout le temps dehors à jardiner. Mais le cœur souffre de la solitude, du lit désespérément vide pendant 365 jours (moins 3), de l'impossibilité de donner l'affection qu'on a à donner pendant ces temps durs  - et de l'affection que l'on devrait recevoir si ce monde n'était pas aussi autocentré. Je suis une agony aunt et ce n'est pas la manière la plus sexy de se décrire mais ce n'est pas parce que je suis seul que je vais commencer à me comporter d'une manière perverse. Je n'ai pas envie de me venger sur les autres de cette solitude qui me ronge tous les jours. Mais mon cœur ne supportera pas ça indéfiniment. Il est gentil, mon cœur mais il déteste constater qu'il se fait toujours avoir, précisément parce qu'il est tendre. Trop tendre? A mon âge, le cœur n'est jamais trop tendre. C'est même une réussite de le garder dans cet état quand on passe la limite de péremption. 55 ans, quand on est gay et séropo, c'est déjà une réussite.

mardi 3 septembre 2013

La mèche de cheveux



Quand je montre Vikings aux amis de passage, je tombe toujours sur l'épisode 6 de la première saison où un personnage (méchant) qui a perdu ses deux fils se voit offrir par sa femme deux mèches de cheveux des disparus. L'apparition de ces mèches et l'émotion qu'elle suscite fait renaître des tas de souvenirs oubliés sur cette pratique sentimentale si rare aujourd'hui. Quand j'étais jeune, offrir une mèche de cheveux était déjà en passe de devenir ringard, comme une marque d'affection trop poussée, trop romantique, trop éternelle. Cela faisait penser à une courtoisie moyenâgeuse car cette mèche était presque magique, impossible à jeter, c'était un cadeau vivant, un extrait du corps humain qu'il fallait déposer dans une boite sur un bureau ou dans le tiroir de la table de nuit. Certains les portaient dans une poche de veston ou dans un porte feuille.

La mèche de cheveux offerte a disparu pour de nombreuses raisons mais le romantisme moderne pourrait très bien la réhabiliter. D'abord, il faut bien admettre que les hommes ont désormais les cheveux si courts qu'il serait bien difficile de prélever une mèche quelque part. Mon ami Robert a été le premier à dire qu'il en avait marre de ces gays qui se rasent les cheveux et, à 50 ans, on rêve de ces mecs qui se laissent pousser naturellement les cheveux, pouvoir sentir cette force, jouer avec la chevelure avec les mains, la voir mouillée après la douche ou la mer. Quand on regarde Vikings, il y a ces géants avec des boucles qui leur tombent sur les épaules et c'est si volubile qu'il n'y a aucun problème pour en prélever une boucle sans que la coiffure subisse un gros trou sur le crane. On offre une mèche de cheveux parce qu'on sait qu'elle va repousser ou que l'on en a tellement qu'on peut se permettre d'en sacrifier une. Et puis, ça ne se fait pas ça tous les jours.

Chez les femmes, c'est différent. Elles ont des cheveux si parfaits de nos jours qu'il est risqué de casser l'uniformité de la coupe en prenant une paire de ciseaux sans faire une attaque de panique qui va prendre des proportions à l'échelle de tout un quartier. L'Oréal est passé par là, on ne rigole plus avec sa coiffure et pour une fille c'est un des principaux aspects du sex appeal, ce qui se voit tout de suite. Même dans les petites villes de campagne, on voit ces adolescentes avec des coupes parfaites, des cheveux lisses, à la rigueur faut pas les toucher hein. Et puis les filles redoutent probablement de faire un tel cadeau à leur amoureux: offrir une mèche de cheveux à un homme, c'est plus chargé que lui faire une pipe dans la voiture. La pipe, le mec sera toujours content. La mèche de cheveux, il pourrait n'y rien comprendre.


La mèche de cheveux est donc un de ces mythes romantiques disparus depuis plusieurs décennies qui a pourtant une grande valeur graphique. La mode devrait s'en emparer, Tumblr aussi, idem pour le tatouage car une mèche de cheveux, retenue par un ruban ou un simple élastique, c'est un joli dessin, une jolie photo. C'est une preuve d'amour quasi éternel que tout le monde reconnaît, même si on n'en a jamais vu pour de vrai. C'est un objet que l'on caresse entre ses doigts quand on se rappelle un amour passé, c'est aussi puissant qu'un parfum, d'ailleurs il faudrait faire un flacon avec une mèche de cheveux attachée au capuchon, ça marcherait. Moi je dis ça, je dis rien, idée gratuite de marketing N°5834.

Maintenant que les hommes laissent pousser leur barbe et que dans Vikings et The Hobbit, ça prend des proportions inouïes avec carrément des tresses et des bijoux, la mèche de cheveux va peut-être devenir une mèche de barbe, blonde, douce, régulière, un souvenir de virilité associé à un geste d'offrande. Et puis comme on voit de plus en plus de gays avec des dreads, ça pourrait avoir du succès aussi. Une mèche de cheveux, c'est pour la vie. Une séparation arrivera forcément, les disputes aussi, la solitude ensuite, mais cette mèche est impossible à jeter, c'est presque un sacrilège et je ne veux même pas envisager l'utilisation dans la malédiction vaudou, LOL. C'est un cadeau de pureté, quelque chose qui capture l'ADN de la personne aimée et quand tout est détruit, il reste cette mèche de cheveux qui rappelle l'amour à son sommet, quand on croit vraiment que c'est pour la vie.

dimanche 25 août 2013

Le bel été


Deux mois de soleil insistant. Et malgré la tristesse du monde, la solitude, la dureté du semestre précédent, l'inquiétude face au futur, l'annonce d'une année à venir politiquement désastreuse, le bel été a fait son travail: il fait beau, les gens respirent, d'une manière répétitive, exactement comme l'hiver et le printemps avaient apporté la pluie et le spleen d'une manière répétitive. En Normandie, ces deux mois ont été les plus beaux depuis longtemps. Sur la colline, le vent et le soleil ont fini par nettoyer les mauvais souvenirs. Enfin la chaleur qui donne envie de nettoyer et lessiver la maison du sol au plafond, brosser la poussière des murs de pierre, bouger les meubles pour découvrir un ou deux étuis de capote oubliés et poussiéreux datant de l'été dernier, derniers vestiges de sexe, retourner les matelas, laver vitres et fenêtres, ranger les papiers, faire le tri de tout, remplacer la fatigue par l'odeur du propre, mettre toutes les couvertures, les tapis et les oreillers en plein soleil, vivre de l'aération.

A force de laver les draps qui sèchent sur la pelouse grillée, le soleil et la chaleur pénètrent dans chaque fibre de tissu, délavant davantage les couleurs et cette douceur se dissipe dans le lit le soir quand on est seul. La maison respire, elle emmagasine cette chaleur qui lui fera défaut plus tard, le toit brûle, les papillons réapparaissent, les libellules sont partout cette année, grosses, multicolores, chassant les insectes dans les graminées. L'été fait taire les oiseaux, c'est le silence complet de la campagne, seuls les pigeons ramiers, les tourterelles, les buses et les corbeaux dans le ciel. La terre s'assèche en profondeur. Les prunes sont plus grosses, plus juteuses, plus sucrées. Désherber les coins perdus du jardin est facile. Les mauvaises herbes sont déjà grillées, il suffit de tirer dessus et faire de grands feux avec toutes les branches élaguées des haies. L'odeur des flammes et de la fumée s'attarde dans le jardin, riche d'huile de branches de laurier, de sauges, de mélisse. Cette fumée s'accroche aux haies de pruneliers, effrayant davantage les mauvais insectes, les parasites des arbres, on les voit s'envoler plus loin. Et puis soudain le vent tourne et tout devient clair.

Le bois coupé est rangé, prêt à sécher dehors pour les deux années à venir, comme des autels de rondins de bûchers, comme des sculptures aux quatre coins du jardin, des abris pour les bêtes en hiver. En arrachant les ronces et les branches inutiles, on découvre à nouveau les cachettes du jardin délaissées à cause d'une jambe cassée l'été précédent. On retrouve une pipe oubliée qui a passé des mois dehors, recouverte de broussailles. On monte dans les arbres pour délivrer les rosiers du bois mort. On arrache le lierre au sol qui va trop loin ou celui qui pousse sur les arbres. Après on décore les deux cèdres avec des bijoux, comme d'autres les habillent avec des tricots. On brûle un bouquet de sauge séchée dans la maison pour chasser les mauvais esprits. On ne regarde plus les news à la télé ou sur Twitter pendant des semaines. A midi, impossible de manger sur la terrasse, le soleil est trop fort. D'ailleurs, on oublie de manger, la chaleur suffit. On saute les repas. On préfère s'attaquer à des choses qui auraient d'être faites depuis plus d'un an comme tailler les aubépines pour leur redonner une forme ronde. Offrir les joubarbes aux amis qui s'en vont après quelques jours de repos. Récolter toutes les graines de lychnis, de camomilles ou d'ancolies. Des millions de graines. Couper les branches basses de sapin, de cèdre et de pin et les passer au broyeur pour parfumer le sol d'un chemin. S'attaquer chaque jour à un coin du jardin pour encourager la lumière, le vent, le bien être des arbres. Cicatriser les plaies au goudron, ça sent bon. Travailler jusqu'à la nuit, jusqu'à ce que le dos n'en puisse plus.

En bas, la rivière n'a plus de pêcheurs, plus de touristes. L'eau rebondit sur les rochers, on est seul avec les amis, le soleil est exactement dans l'axe du courant. La Sarthe se traverse à pied, à gué. Tumblr pour de vrai. L'endroit est idéal pour une histoire d'amour mais tout le monde est parti à la mer, loin, le plus loin possible, sur d'autres continents qui nourrissent les photos de Facebook. Moi je n'ai pas vu la mer cet été et je le regrette, bien sûr. Mais il y avait tout ça à faire. Les bouquets de thym et de marjolaine, les siestes. Et toujours cette question: pourquoi être seul avec toutes ces jolies choses quand on a tant à partager?

Bientôt viendra le moment d'offrir un nouveau toit de tolles métalliques à la cabane et les repeindre en rouge, remplir le pick-up de toutes les cochonneries en plastique pour la déchetterie, finir la serre et enfin, le meilleur pour la fin, puisque la chaleur s'en va: sortir le ciment et les pierres, finir les murets du jardin. 
Et il n'y a pas un seul homme joli qui n'ait pas envie d'en profiter. 
You must be joking.

mercredi 31 juillet 2013

Daft Punk, 3 mois après



Après tout le délire sur la sortie de l'album des Daft, je me demande s'il ne serait pas temps d'aborder leur travail sous l'aspect de la neuro-science sociale. Oui, je sais que c'est un domaine à la mode où on arrive à faire dire n'importe quoi dans tout ce fatras d'études cogno-scientifiques dont les Américains sont particulièrement friands. Un article du NYT, "Popneuroscience under attack" parlait précisément de cette batardisation du "porno cérébral" par les écrivains à succès comme Malcolm Gladwell. Il est courant de voir les médias résumer et embellir des résultats des études scientifiques, surtout sur les liens entre le fonctionnement du cerveau et ses conséquences altruistes.

Mais après tout, les Daft sont supposés être un duo de faux cyborgs et leur dernier album s'appelle Random Access Memories donc nous sommes en plein cœur du sujet. Comment les souvenirs influencent, excitent et déforment notre attrait pour la musique. Il est donc peut-être temps d'aborder leur disque sous l'angle de ce qui se passe dans le cerveau quand on l'écoute.

Etant donné que cet album, encore une fois, ne prend absolument pas en considération l'incroyable crise mondiale qui nous entoure, comme si la musique des Daft prenait son origine sur les belles collines de Los Angeles où Thomas Bangalter a sa maison (et où Guy-Manuel de Homen-Christo a rangé sa Porsche), il faut bien chercher la valeur intrinsèque de ce disque si attendu dans les profondeurs du mental. En ces périodes difficiles, la pop se débarrasse de toute profondeur militante, disait déjà en 2011 Jon Pareles. Nous sommes entourés de disques qui réduisent le besoin de concentration du public: c'est la loi du tube de 3 minutes avec deux idées parce que les jeunes ont trop d'information à digérer pour trop peu de temps disponible. Dans ce sens, les Daft se situent plus que jamais dans un monde immatériel, à mi-chemin entre la chambre et le seul endroit qui a encore du prestige, le club, ou plutôt sa partie V.I.P. En choisissant cette place, sans trop d'affect dramatique, sans engagement, sans description du monde moderne tel qu'il est, comparé au monde moderne du début de leur carrière, les Daft rejoignent ce que dit le critique de musique Steve Almond quand il réalise que son métier n'est plus nécessaire: "J'en suis venu à définir un concept que j'appelle le Paradoxe du Critique Musical : le simple fait que même les meilleurs critiques, ceux qui, contrairement à moi, ont de l'entrainement et du talent, ne parviennent pas à commencer à comprendre ce que cela veut dire d'écouter de la musique. Car écouter de la musique est un processus collectif. Les fans ne restent pas là (comme les critiques le font) en train de découper en tranches l'intérêt d'une chanson. Ils apportent à chaque chanson leurs propres besoins émotionnels, leurs désirs et leur tristesse, leurs espoirs et leurs cœurs brisés. Suis-je en train de suggérer que la critique musicale est un exercice qui ne sert à rien? 
Oui, je le crois".

Pour moi, les Daft utilisent cette désaffection mentale de la musique exactement comme les corporations utilisent notre perte d'espoir en un  meilleur futur. C'est un deep learning qui vient des ordinateurs qui sont conçus de plus en plus pour penser comme nous - et donc nous apprennent à penser comme eux. Les Daft ont toute l'intelligence pour créer l'hymne de la révolution que les 5 continents attendent. Les Daft ont aussi ce côté rugueux, imprévisible, érudit. Il n'y a vraiment rien qu'ils ne puissent accomplir. A 40 ans, ce duo "arafo" pourrait enfin satisfaire ce que j'attendais d'eux, moi un "arafaifu" (autour de 50 ans), prouver qu'ils vieillissent dans le bon sens du terme. Montrer de l'affection pour les autres. Prouver qu'ils développent leur comportement prosocial à travers des actions qui aident les gens. Il y aurait pu avoir toute une théorie, tout un angle dans cet album qui aurait enfin montré que les Daft pouvaient contribuer d'une manière altruiste au monde. Essayez de lire cet article sur comment une chanson peut vous faire pleurer.

Un exemple. Avant même que l'album sorte, j'étais persuadé que le succès serait tel qu'il changerait le cours de l'été 2013. Cet été aurait pu être le second été de la French Touch. Avec toute une série de tubes collés les uns aux autres, Daft Punk aurait pu entraîner dans leur comète toute une nouvelle génération d'artistes français vers l'international. Finalement, trois mois après la sortie de l'album, il est évident que l'été 2013 ne sera pas un été particulièrement Daft. OK, un énorme tube mondial avec Get Lucky, mais la suite? C'est vraiment pas le raz-de-marée que j'avais imaginé.

Et donc on peut imaginer que les Daft ont fait un mauvais pari. Leur album était foncièrement mental, même s'il est enregistré avec des vrais instruments. En 2013, nous sommes au sommet de l'Existenzmaximum, le phénomène apparu dans les années 80 avec le lancement des appareils portables, le Walkman, et depuis les iPods, les casques qui vous protègent des bruits extérieurs et les autres produits digitaux qui nous permettent de vivre cloisonnés des endroits publics les plus sonores. Et les Daft ont raté cette occasion de cristalliser ce moment unique de notre culture en créant quelque chose qui soit vraiment dans leur domaine, celui de la neuroscience.

L'album

J'étais si prêt à aimer Randon Access Memories que j'avais décidé de l'acheter pour de vrai, le CD et tout. C'est l'objet que je voulais, pour lire les crédits et regarder la pochette en détail, ne pas se contenter d'un achat iTunes. Avant que l'album ne sorte, je le défendais déjà dans les discussions. Mon point de vue était simple: quand les Daft travaillent avec Giorgio Moroder ou Nile Rodgers, je ne vais pas bouder mon plaisir.

Le jour de la sortie de l'album, je suis allé au supermarché pour faire les courses et... j'ai oublié de l'acheter. Pourtant, ramener les Daft de Carrefour, je trouvais ça assez cool, même au troisième degré. Et puis un ami était chez moi, il avait téléchargé l'album et pendant le weekend, j'ai refusé de l'écouter. Je tenais vraiment à le découvrir en CD. Finalement, par facilité, un moment d'ennui et de spleen et je me suis dit "Bah tant que tu es là, ce serait vraiment stupide de ne pas l'écouter".

Je sais très bien que certains albums nécessitent plusieurs écoutes pour vraiment pénétrer dans votre cortex intime. Mais je connais les Daft et ils ont toujours cette approche instantanée, right in your face, on comprend tout de suite ce qu'ils veulent dire, ce qui est une qualité dans ce monde de folles qui se triturent l'esprit à chaque fois qu'elles ouvrent une bouteille d'eau minérale. J'étais dans un état d'esprit vierge, prêt à me laisser surprendre, prêt à découvrir n'importe quoi même la plus grande hérésie musicale, même une éjaculation faciale, c'est pour dire.

Disclaimer aussi: je sais que Random Access Memories a été promotionné d'une manière parfaite mais cela ne m'influence pas du tout, dans un sens ou un autre. Les Daft avaient déjà fait le coup pour le BO de Tron et c'est la moindre des choses quand on a 25 avocats (estimation à la louche) qui travaillent pour le groupe. Le plan média des Daft, c'est comme la promo de la nouvelle console Nintendo, je m'en fous totalement. Donc pas de méchanceté ici sur le pouvoir de la machine commerciale, ça ne m'intéresse pas du tout.

1) Give Life Back To Music
Donc le premier morceau comporte une vraie intro avec fanfares et trompettes et tout de suite, on est en terrain conquis, un groove comme on aime, Nile Rodgers dès l'ouverture d'un titre qui ne dit qu'une chose: c'est notre maison, elle est immense, il y a des escaliers larges de 4 mètres et une vue fantastique sur Los Angeles, voici Sofia Coppola sur la gauche, il y a des gens qui s'amusent et rigolent et on les entend dans le titre, un des effets musicaux que j'adorais dans Rappin' de Kurtis Blow (la version longue fait 8 minutes et l'instru, j'en parle même pas) mais là ça ne dure que 10 secondes. Ce morceau est une intro et une note d'intention, je vous dis. Là, dans mon esprit, je met un caillou de côté.

2) The Game of Love
Premier bon morceau et le second me fait rigoler intérieurement, je vois qu'on est dans le registre du midtempo avec des paroles sentimentales et je comprends que les Daft ont envie de parler perso, de montrer leur côté fragile parce qu'ils ont vieilli et forcément les histoires d'amour affectent les robots privilégiés aussi, ce n'est pas moi qui vais les critiquer quand ils pleurent en public. Le Game of Love et le rejet sont le fond de commerce de la composition musicale et les Daft n'ont plus peur de s'y aventurer. Ce deuxième titre est parfait pour ce qu'il est: "Je suis la deuxième chanson de l'album et je vous prends par la main pour aller dans une chambre de la grande maison pendant que Sofia et les autres s'amusent en bas et sur la terrasse". I love it. Deuxième caillou.

3) Giorgio by Moroder
Moroder apparaît enfin et, well, j'aurais fait la même chose si je devais faire un disque avec lui. Laisser parler un vieux monsieur qui n'a jamais parlé. Je ne crois pas que je l'aurais fait parler sur cet aspect de ses souvenirs mais l'idée est touchante, il parle de ses débuts, de l'étrangeté de la découverte de la disco quand on est soi-même l'inventeur. Bien sûr Philippe Doux-Laplace n'a pas pu s'empêcher de pondre un tweet très drôle en disant, je résume: "Je me demande si ça aurait été mieux si Moroder avait raconté la liste de ses commissions au supermarché, dans le genre du monologue qui dure dix heures, qui commence dans les années 60 pour terminer par Ne pas oublier le café et le poivre, et tiens je me demande s'il reste des Springles. Quand la voix revient à 5:15 sur le thème musical très banal quand on pense à ce que Giorgio aurait pu aider à pondre, il y a un très joli break et puis après ça vire à du Craig Amstrong puis Air avec de vraies batteries et là mes sourcils froncent même si je comprends très bien pourquoi ils ont fait ça, c'est pour donner du Ommph live mais ce batteur en fait trop, ça sent le requin de studio à 1000 nautiques à la ronde et franchement, je m'en fous si le mec est connu parce que c'est même pas un jeu de batterie très raffiné, il me semble que Jean-Michel Jarre pointe son nez dans le studio pour pousser Moroder dehors. Et puis ensuite ce solo de guitare de merde. Non mais les mecs, on est sur les platebandes de Moroder, c'est pas Cerrone quoi. Bref, j'avais déjà mis un caillou de côté parce que j'étais fan de Moroder avant que les Daft soient nés mais cette fin est tellement naff que le caillou est jeté au compost de mon jardin.

4) Within
Intro comme du Frankie Knuckles circa 1995 et donc je dis chapeau mais après ça tourne à François Feldman avec une mélodie tellement rance que perso ça m'aurait fait mal de sortir un truc pareil sous mon nom. Je me dis "Bon les Daft ont vraiment envie de nous montrer qu'ils sont humains, ce qui est OK, mais la phrase "I am lost - I even can't remember my name" est si dodgy que ça va finir en slogan de surmoi pour Tumblr, faut être vraiment en delirium pour ne PAS se rappeler son propre nom et Manuel de Homen-Christo je crois que tu te rappelles très bien de ton nom donc fais pas semblant de faire la bipolaire, la folie mentale est un sujet sérieux, et la solitude aussi, arrête de faire croire aux kids qu'à 14 ans c'est super cool de ne pas se rappeler son nom. "Mais Maman, je t'assure, je suis si perduuuuuuuuu que je ne me rappelle pas mon nom!" Un caillou dans la poubelle.

5) Instant Crush
Ca commence comme du Lio qui ferait une autopsie chez "Les Experts" mais je respecte, je suis en train de comprendre que l'album est mou fait exprès, on est dans l'easy listening et la muzak et God Knows que je n'ai rien contre ça mais pour moi les Daft sont un groupe qui arrache en live et je me demande quand même quel est l'apport ici des Daft quand on a déjà Todd Rundgren et Steely Dan. Et pof encore un solo de guitare, la marque du méchant requin de studio: il en donne une autre couche au cas où on aurait pas pigé la première fois. Tout ce qui nous a dirigé vers la house en 1986, c'était précisément de ne plus entendre de solo de guitare EVER, c'est pour ça qu'on aime les synthés les mecs mais forcément, ça vous excite à un niveau pervers de mettre un deuxième solo de guitare, vous devez probablement être en train de rigoler comme des fous dans le studio d'enregistrement "Waou on est en plein déliiiiire, fais-nous un solo de guitare mec". Encore un caillou dans le broyeur SFA (j'en ai pas, c'est pour faire un petit gag).

6) Lose Yourself To Dance
C'est parfait. Une idée dans le morceau et c'est génial. Je garde mon caillou.

7) Touch 
Ca commence comme du Spielberg sous Quaalude donc je dis oui. Sweet & camp, nice, belle intro qui nourrit le suspense, rien, de renversant, on dirait du FSOL et je me dis "OK, il fallait ça dans le melting pot de l'album, il faut dire que Paul Williams est là pour faire un featuring qui peaufine le calcul mathématique du disque en termes de cross-over et tout est beau jusqu'à 3:20 où on est en plein Savannah Band et Cherchez la Femme, un peu de Dixieland ne fait jamais de mal surtout avec des vrilles de synthés et finalement, c'est le morceau le plus classe de l'album, les arrangements de violons et de coeurs sont super, je n'ai rien à dire, la construction du track, mélange plein d'idées dans un mash-up qui est exactement ce que l'on peut attendre des Daft quand ils jouent à Lou Reed dans Goodnight Ladies. Quatrième caillou.

8) Get Lucky
C'est le morceau dont la mélodie vous apparaît régulièrement au réveil. C'est l'effet tube de l'été 2013, le morceau est tellement sublime qu'il est devenu un earworm planétaire. C'est la fusion parfaite, sans excès, du passé et du présent et je suis simplement content, pour la première fois de cette écoute et j'adore tout: le groove, les paroles, la douceur du morceau qui colle à l'irrésistible envie de se lever qu'il procure, ça vous fait rêver au mec qui danserait avec vous dans le salon ou partout où il vous emmènerait, c'est la chanson typique "C'mon & get my love baby" et les vocaux sont tellement sexy. C'est un classique moderne, no doubt. Le genre de morceau qui rassemble tout le monde, les kids de 15 ans comme les vieux de 60 ans, c'est limpide, sincère, gentil, généreux, everlasting. Bravo les mecs.

9) Beyond
Franchement, c'est bien de A à Z. Intro grandiloquente, filmique. Hitchcock groovy quoi.

10) Motherboard
C'est mignon. Mais c'est de la muzak. Admettez-le.

11) Fragments of Time
Je commence à fatiguer. I'm loosing it, je sais très bien que c'est ce genre de mélasse que vous avez envie d'entendre sur la Route 66 ou la D676  entre Bergerac et Monflanquin mais je pose la question: c'est quoi l'idée derrière tout ça? Je n'arrête pas d'imaginer la gueule des Daft en studio, du genre "Yeeahhhhhh encore de la pedal steel guitar mister!!!! Man, on est tellement wasted avec notre Coca Light qu'on vit à 100 à l'heure. C'est donc ça l'alternative à Rihanna et Pitbull? Je ne crois pas. Encore un caillou jeté à la mer, bien loin, bien profond.

12) Doing It Right
Oui, c'est bien, vraiment Daft comme il faut avec un rythme pédestre électro légèrement pressé dans le genre "Si je veux m'acheter cette montre à 1800 euros chez Colette, c'est NOW avant que ça ferme d'un autre côté je suis millionnaire et je peux avoir la boutique ouverte à 23h rien que pour moi comme Elton John, la crise c'est pour les autres bébé, pas pour les Daft". Patrick Thévenin a cette théorie selon laquelle cet album est parfait parce qu'il prend tout le monde à contrepied et il a raison, je vois très bien ce qu'il veut dire, c'est un geste d'indépendance par rapport aux attentes et c'est là où la répétition de cet album fonctionne avec ces vocaux qui hachent les notes les unes après les autres et le bourdonnement des boites à rythmes, un morceau sans excès, vraiment très joli, une matrice pour plein de remixes merveilleux à venir. Je garde ce caillou SVP.

13) Contact
Les voix des cosmonautes regardant la Terre ne constituent PAS une idée originale, mes chers adolescents trainspotters, mais c'est très agréable quand on aime la SF et ce que ça veut dire. Ce qui commence comme un joli track de synthés va bientôt être méthodiquement détruit par ce putain de batteur relou qui prend toute la place. Dans l'histoire des (mauvais/pléonasme) groupes de rock de baloche, il y avait toujours le batteur connard qui tape comme un branque et qui éclipse tout le monde, dans le genre Vander de Magma mais en beaucoup plus beauf. Je crois que les Daft ont la nostalgie de cet aspect bourrin du rock et je ne leur en veux pas, ils étaient juste trop jeunes pour connaître à quel point c'était avilissant, tous ces solos de batterie pendant les concerts. On se dirige vers la fin de l'album, un morceau qui préfigure très bien ce que pourrait être la fin de la prochaine tournée des Daft, et je m'en fous s'il n'y a pas de tournée, çà ce stade je suis en train de perdre mon intérêt. Ce n'est pas que cet album ne ressemble pas à celui que j'avais imaginé dans mon esprit retardé de vieux mec qui vit à la cambrouse et qui n'a jamais discuté avec Sofia C, ce qui je suis en train de réaliser, c'est plutôt que cet album n'est PAS un CD que j'aurais voulu acheter en vrai.

Résultat: 7 morceaux que j'aime sur 13. Et pourtant, je ne suis pas difficile. Sur la musique comme dans le sexe ou les films d'action, je me contente de peu car il faut toujours être heureux d'avoir juste ce qu'il faut. Un album qu'on aime à moitié, pourquoi pas? Mais si l'autre moitié vous irrite au point de faire fast forward afin de sauter 6 titres c'est énervant. J'étais prêt pour cet album, prêt à mettre de côté toutes mes considérations politiques et éthiques pour n'écouter que la musique, commencer une page neuve, atteindre un niveau de convergence harmonique avec les Daft - après toutes ces années. Finalement, même si je comprends chacun de leurs gestes, je ne vois toujours que deux hommes aisés qui ne sont pas du tout attentifs à ce qui se passe autour d'eux. Ils ont presque 40 ans tic tac et parviennent toujours à se projeter dans le monde des kids, ce qui est déjà très bien mais I KNOW TOO MUCH et eux aussi savent tout ce qu'il faut savoir sur la musique et je ne trouve pas chez eux cette impression de découvrir quelque chose qui arrache et qui soit présenté d'une manière instantanée, comme quand j'écoute les mixes de ART Department.

Je m'entends réfléchir quand j'écoute les Daft alors que je ne devrais entendre que leur musique. Et j'en ai marre d'entendre la musique moderne tout en visualisant le wall chart de toutes leurs influences. "Alors ce son vient de là et celui-ci c'est complètement 1967 et ces synthés c'est 1987 à donf et ainsi de suite". J'aimais ce procédé intellectuel avant parce que ça me donnait l'impression d'être intelligent mais ça ne m'intéresse plus du tout aujourd'hui. J'aime les artistes qui ont cette connaissance et qui trouvent un moyen de faire oublier leur technique et les grosses ficelles de leur comportement. Les Daft Punk sont encore très loin de ça. La musique conceptuelle, c'est bien pour les étudiants en école de commerce un peu originaux, mais pas pour moi. Je veux m'oublier dans la musique et cet album y parvient sur quelques titres, c'est un verdict très décevant.

Pourtant, j'étais vraiment vraiment vraiment prêt.

dimanche 16 juin 2013

La Chocha @ K.A.B.P., 2002


Il y a deux mois, j'ai passé une soirée merveilleuse avec Patrick Thévenin et Anna La Chocha. Quand je suis arrivé chez Patrick, je SAVAIS que ce ne serait pas une visite rapide comme j'en ai la spécialité, ce serait forcément 4 heures de rires, de confessions et de politique. Je n'avais pas vu la Chocha depuis plusieurs années, elle était en Floride et à Cuba chez sa smala familiale à faire des films. On avait beaucoup de choses à se raconter et puis j'étais en plein désespoir sentimental, un peu à fleur de peau. Patrick disait : "Je suis tellement content qu'Anna squatte chez moi, c'est un vrai antidépresseur humain, cette lesbienne!".

On a parlé de tout, des temps qui changent, des pédés, des lesbiennes et des trans, de la nouvelle génération, des projets d'écriture de docus de chacun, du mariage gay, de musique. À un moment, Chocha m'a rappelé un truc que j'avais complètement zappé. Il y a dix ans, elle avait filmé une nuit entière de la soirée qu'on faisait à l'époque, K.A.B.P. C'était la nuit en hommage à Sextoy qui venait de décéder. La politique du club était démoniaque: pas de vidéos à l'intérieur, pas de photographes. On en avait marre de voir dans les autres clubs des bourrins traverser le dancefloor avec des projos et une grosse caméra sur l'épaule et on avait décidé "Pas de ça chez nous, les clubbers doivent danser tranquilles". Donc il n'y a pas de souvenir vidéo de ce club qui a duré 4 merveilleuses années. Mais Anna Margarita Albelo La Chocha n'est pas comme tout le monde. À ce moment, elle habitait avec Patrick Vidal, le DJ résident et donc ça la mettait dans une position de magna princessa latina.

Bref, elle a filmé une série de séquences qui racontent toute la soirée de K.A.B.P. du début à la fin, en commençant par le samedi matin, vers 11H, avec Patrick Vidal qui commence consciencieusement à travailler son set pour le soir même. Ensuite Anna se filme l'après midi pour un sketch en répondant au téléphone: "Dring!!! Oui c'est pour la liste? Toi + 1? OK". 5 minutes plus tard: "Dring Dring!!! Oui c'est pour la liste? Toi + 1? OK" et ainsi de suite jusqu'à fasse un ad lib du genre "Mais c'est quoi ces folles qui attendent le dernier moment pour se mettre sur la liste? The cheek of it!"

La vidéo reprend le soir quand Vidal et Anna arrivent à la Boule Noire. Au bout de deux ans K.A.B.P était à son sommet, à 11H30 il y avait déjà la queue devant le club et Anna remonte toute la file avec toutes les folles (filles et garçons mind you) qui la saluent criant les bras en l'air "La Chocha! Que tal?". Tout le monde est joyeux, on dirait un mix de The Magician. La caméra passe devant le physio (c'était Fabien?) puis dépasse le vestiaire et on arrive dans la salle, déjà remplie, jumping, les néons créées par Robert qui clignotent au fond derrière le DJ. Chocha longe la foule et partout c'est "LA CHOCHAAAAAAA".

Plus tard, elle arrive au backstage qui était rempli et c'te folle intervient dans les discussions de chaque petit groupe et tout le monde rigole parce que tu ne peux pas résister à la Chocha. On voit très bien l'ambiance de ce grand backstage, gratuit, ouvert à tous, qui était le plus produit de ce club. À un moment, elle monte l'escalier vers les toilettes et, bien sûr, cliché complet, y'a deux mecs en train de se faire un rail de coke. Pourtant on leur avait bien dit!

Après avoir écumé le backstage dans chacun de ses petits recoins, elle attaque la salle principale et là c'est peak hour, les gens dansent, les néons sont full blast, Vidal joue son set en honneur de Sextoy, c'est parfait et émouvant. On voit les visages de tous les gens qui ont fait de ce club un endroit sympa et mixte. Et comme la Chocha vivait chez Patrick, elle était toujours assurée de rentrer chez elle avec lui en taxi et donc elle reste jusqu'à la fermeture, 7 heures, les kids qui ne veulent pas partir, il faut les pousser littéralement dehors en rigolant pendant que Robert et moi et quelques amis rangeons le matos et les lumières en parlant de la soirée. "Tu as gobé? - Non". "Tu as bu au moins? - "Même pas, j'ai oublié". La vidéo se termine sur le boulevard Barbès au matin, la Chocha montant dans le taxi de Vidal avec les derniers clubbers qui leur font des signes. Classique.

Enfin, la vidéo ressemble à ça quand La Chocha me l'a décrite car je ne l'ai pas encore vue. La Chocha est une lesbienne imprévisible (pléonasme ou quoi) et si vous lui passez un disque dur pour qu'elle y mettre le film, vous pouvez être certain que ça prendra 6 mois ce bordel. Alors, comme j'insiste, elle finit par balancer 2 minutes du backstage sur YouTube, comme si ça allait me faire patienter et comme elle est une femme et attentionnée, elle choisi le bout de la vidéo où je suis en train de parler. Mais c'est pas ça que je voulais Chocha, je voulais voir LES AUTRES, le club, les lumières, mais surtout pas mon visage lipodystrophié de 2002.

En 2002, il y avait déjà le New Fill mais j'ai été un des derniers à m'y mettre. Comme on avait suivi ce produit au TRT-5 depuis le tout début, j'étais même allé au Ministère de la santé pour faire avance le dossier de remboursement à la Direction Générale de la Santé, il fallait vraiment montrer à ces fonctionnaires pourquoi l'accès à ce produit (cher) était si urgent pour les personnes séropositives. "Vous voyez mon visage? J'ai l'air de sortir d'un camp de concentration nan?" Ça les effrayait et ça a marché. La France a été un des premiers pays à accorder un accès gratuit au New Fill pour ceux qui n'avaient pas l'argent de se le payer.

Mais en 2002, une sorte de délicatesse idiote me faisait hésiter à me faire injecter ce truc dans le visage et me voilà dans cette vidéo, c'est comme si vous retrouviez une photo oubliée de vous après un tabassage de skins. Plus de graisse sur le visage, un look de vieux freak avant l'âge, que des os, la maigreur du Sida Old Times. Bien sûr, je n'ai pas regardé la vidéo sur YouTube jusqu'à la fin, ça va je suis pas maso et pis y'a que 2 personnes qui l'ont regardé merci Dieu tout puissant. Je n'ai jamais aimé être filmé mais on est tous passés par ces années de lipodystrophie et ça vous marque pour toujours. Cette maladresse accentue la maladresse de mes blagues même pas drôles, vous savez en même temps que vous parlez que les gens n'entendent pas vos mots, ils sont juste en train de s'acclimater à cette maigreur. J'étais dans mon rôle, au backstage, pour m'assurer que les gens se comportaient bien, que ça ne partait pas en live avec des mecs qui baisaient ou qui prenaient de la drogue devant tout le monde. J'étais la maîtresse qui fait peur. Je me rappelle très bien une nuit, quand le backstage était archiplein et que ça devenait limite incontrôlable. J'étais monté sur une chaise et je m'étais exclamé "OK les filles, je suis la patronne et je vous demande gentiment de vous calmer de 20%". Et là, j'ai vu pour la première fois le look surpris et effrayé de beaucoup de gens que je ne connaissais pas qui m'ont vu, comme un épouvantail dans un champ rempli de gazelles et de corbeaux, le visage vidé de sa substance. Je sentais dans leur regard la peur du sida, de l'énervement aussi, du genre "Mais elle devrait se cacher, elle nous fait peur, on va faire un bad trip". Je suis redescendu de la chaise. Cette image est restée dans mes cauchemars, un exemple flagrant d'overshare en public.

Aujourd'hui mon visage a été sauvé grâce aux injections de New Fill. Dix ans plus tard, j'ai l'air plus jeune qu'en 2002. Mais ce passage par les lipoatrophies du visage, nous sommes des milliers à avoir connu ça et ça fait encore mal quand on tombe par hasard sur des images ou des films qui vous rappellent ce moment atroce de votre vie. C'est d'ailleurs à ce moment que je suis parti vivre seul à la campagne, la nature est gentille à cet égard. Donc Chocha, va à Bonne Nouvelle récupérer le disque dur que j'ai passé à Robert pour toi et qui t'attend depuis deux mois pour que les fans de K.AB.P. puissent se revoir, 10 ans plus jeunes, au milieu d'une soirée parfaite.
With love, chica.