dimanche 1 mai 2016

9000 jours


Un ami m'a récemment dit qu'il n'avait plus le courage de mes indignations tant il était désabusé (ce qui n'est pas vrai, il se met heureusement toujours en colère sur FB) et sans lui répondre, j'ai fini par me dire, en secret, que c'était sûrement parce que je suis séropo. Ce mois d'avril marque le trentième anniversaire du test de dépistage qui m'a fait basculer de l'autre côté des choses. J'avais 28 ans, c'était au centre Fournier et je ne vais pas le raconter une fois de plus, ce fut un non événement. Je ne suis pas rentré chez moi en pleurant, je l'ai dit à mon premier vrai boyfriend de l'époque, Hervé Gauchet, qui est allé faire son test et qui était positif lui aussi, je l'ai assez vite dit à mes frères et ensuite je suis devenu un militant, c'est tout.

J'ai déjà décrit cette séropositivité au moment du dixième anniversaire, puis le vingtième, et le trentième me laisse perplexe, entre désintérêt et l'étonnant calcul qui me rappelle que 30 ans, c'est déjà une vie, dans le sens où je suis devenu séropo avant la naissance de certains de mes amis ou sexfriends.  Comme toujours, je me sens obligé de rappeler que je n'aurais jamais pensé vivre si longtemps. C'est la principale raison de mon incapacité à investir financièrement dans ma survie, je n'ai rien préparé, je ne suis pas propriétaire, je ne possède rien. J'aurais pu, je ne l'ai pas fait, ce qui d'ailleurs nourrit chez moi un dégoût physique des gens riches en général. Ma survie incertaine m'a précarisé dès le début en me motivant surtout à faire quelque chose de ma vie. Ensuite j'ai du me protéger contre le complexe de survivant quand les autres tombaient malades et pas moi, quand ils mourraient et pas moi. Progressivement je suis devenu très insensible à la disparition des autres. Je m'en fous totalement quand une célébrité meurt, je suis devenu la carapace que je me suis construite. Je pense d'ailleurs que la vie serait plus simple et plus dynamique si les gens qui nous gouvernent mourraient plus tôt.

Sur Facebook ou ailleurs, on voit pas mal de gays dont le trentième anniversaire du sida leur tombe dessus, ce n'est même plus original. Il y en a plein qui sont séropos depuis 35 ans. On a tous les mêmes visages. On sait tous que cette crise épidémiologique est la plus incroyable des temps modernes, ce qu'elle a inventé, ce qu'elle a modifié dans la science et la sexualité. Elle n'est pas terminée car le nombre de personnes affectées qui attendent un traitement dépasse toujours le nombre de personnes qui contrôlent leur maladie. Mais la victoire est réelle, indiscutable. Nous avons vraiment fait quelque chose de nos vies. Pour nous et les autres.

Maintenant, nous sommes dans une autre période, celle des merveilleuses infirmières que l'on a vues depuis le premier jour et qui quittent l'hôpital car c'est le temps de leur retraite. Notre sang est passé par elles, pendant des mois et des années de bilans médicaux. Nous-mêmes, dans quelques années, ce sera notre retraite. En vieillissant, on se cale sur ceux qui ne sont pas séropositifs, par amour de leur santé. On se retient de parler de ce que l'on a vécu. Souvent, je me dis que finalement, on ne vous a pas trop fait chier avec notre condition. On vous a préservé. On ne vous a pas raconté le pire de cette catastrophe, la majeure partie d'entre nous a utilisé des aphorismes qui sont devenus des clichés. Le pire du sida n'a pas été raconté. Les livres et les documentaires avaient trop peur d'effrayer un mouvement de solidarité que nous étions parvenus à créer. Et puis, il y avait toujours cette humble idée selon laquelle il y avait pire que nous, des maladies encore plus graves avec encore moins de traitement. Des accidents de la route vraiment plus destructeurs. Des victimes de guerre, d'attentats et de famine qui nous faisaient passer pour des privilégiés de la souffrance. Donc on ne vous a pas trop emmerdé finalement, même si certains ont trouvé le moyen de tirer à eux la couverture du dolorisme et se faire du fric au passage.

Aujourd'hui ce qui me met en colère, c'est de prendre cette dizaine de pilules tous les soirs. J'ai écrit plein de fois sur ça mais tous les soirs, tous les soirs, tous les soirs, cette répétition depuis 1991 me rend dingue intérieurement. Au fil des années, j'ai traversé toutes les circonvolutions de la colère face à cette obligation. Je suis épuisé par cette compliance et je sais très bien que cela ne sert à rien, c'est ma prison à moi, celle que personne ne peut voir ni comprendre. Elle me suit partout où je vais. Au pire, je me permets de sauter une prise tous les dix jours, comme ça, comme une friandise ou un soupir, juste pour ne pas devenir fou. Je sais très bien que c'est pas grand chose à côté des diabétiques mais je pourrais devenir insomniaque uniquement pour le plaisir de les prendre le plus tard possible dans la nuit. J'en suis arrivé à un tel degré de haine que je prépare ces cachets à part, comme si je les cachais de mes invités alors que je sais qu'ils s'en fichent, alors qu'avant je le faisais presque sciemment devant eux pour les endurcir, pour les éduquer aussi. Désormais, c'est comme si je voulais les préserver de ce cliché de moi-même.

Être séropo vous change irrémédiablement mais ces pilules, ce sont vraiment les sorcières que l'on devrait montrer à tous ceux qui pensent que c'est pas trop grave de devenir séropo en 2016.  Ma vie, c'est un plan fixe de 365 jours multipliés par 25 années donc 9125 prises de médocs ce qui, en plus, ne reflète pas du tout l'épuisante répétition du geste. Je ne sais même pas ce que ça veut dire 9000 jours, ça paraît très abstrait et très peu. Le pire, c'est que je suis reconnaissant. Ces pilules, même les plus toxiques, m'ont permis de vivre. Ma confiance dans la médecine est élevée. Les femmes et les hommes qui se sont occupés de ma santé, de ma peau, de mes dents, de ma vue, de mon cœur, de mes os et de mes entrailles, je leur dois mon équilibre mental. Mais trente ans, je n'aurais jamais pensé, je n'ai jamais voulu vieillir autant, ce n'était pas dans mon agenda. Je ne voulais pas mourir, mais je ne voulais pas vivre si longtemps pour autant.

Pendant ces trente années, nous sommes parvenus à vaincre cette maladie. Mais pendant ce temps, d'autres drames n'ont pas été résolus et se sont aggravés. La Palestine, la France et l'Algérie, le racisme. Un virus destructeur a été plus facilement vaincu que les conséquences du colonialisme. L'écologie est un cauchemar. La guerre qui nourrit les attentats. La faim et le manque d'eau. Le besoin hérétique des riches qui veulent toujours plus. Un autre ami qui est venu il y a deux jours me disait ce que je pense souvent, que pour les gays tout doit être happy happy happy. Même s'ils sont d'accord avec vous, ils vous détestent pour ce rappel de ce que nous sommes, de ce que nous avons traversé. Ils vous quittent un jour, par texto, sans expliquer pourquoi ils ne veulent plus jamais vous revoir. Et il faut se taire, ne pas se mettre en colère, accepter qu'on leur fait peur parce que, souvent, on est séropo et pas eux. Très récemment, deux anciens du militantisme gay sont morts, Jean le Bitoux et René-Paul Leraton. Les uns après les autres, nous mourrons alors que nous sommes des puits de connaissance, nous avons des milliers d'histoires à raconter et personne ne nous demande quoi que ce soit. Les archives de Têtu ont disparu, exactement comme les archives du Gai Pied. Les responsables de ces publications ont répété les mêmes erreurs, les mêmes crimes historiques parce que les jeunes ne veulent pas savoir et les vieux ont honte de leur passé. Dans un monde normal, nous devrions traverser le pays comme des raconteurs, vivre économiquement et socialement de ce souvenir, être accueillis by the old gods and the new. Ce gouvernement actuel nous a écarté comme toutes les archives non rassemblées où les morts vivent encore. Ce souvenir est délaissé au plus haut niveau car c'est une question politique évidente, exactement comme il fut compliqué de créer des archives juives ou comme on refuse toujours de créer des archives musulmanes. Ce qu'il reste, ce sont ces pilules que l'on cache et dont on ne parle pas. 
Et Sidaction est parvenu à restreindre le sida à sa plus simple expression : "C'est compliqué".

Ouais merci, on savait.


dimanche 21 février 2016

Officiellement vieux

J'ai vu passer des articles ou des hashtags avec des jeunes qui se disaient officiellement vieux à partir de 25 ans et je comprends la logique, c'est l'âge où, normalement, on se sent obligé de plonger dans le monde adulte, même si on en n'a pas très envie. Il existe aujourd'hui une nouvelle dilution de l'idée de vieillesse avec, chez les gays notamment, une définition du daddy qui commence dès 35 ans. À partir de cet âge, on est dans la catégorie des breeders, mariage gay ou pas. Il y a quelques années encore, la définition de daddy s'appliquait surtout à des hommes de 40 ans ou plus. Entre ceux qui ne veulent surtout pas vieillir et ceux qui sont dragués précisément pour leur âge (les DILF et les MILF), on est tous des adulescents, même quand on s'approche de la retraite. C'est pas très drôle et comme personne en parle ouvertement, je vais faire comme d'habitude : raconter.


Aujourd'hui j'ai 58 ans et ce n'est plus la peine de me voir comme un daddy, je suis officiellement un vieux. On peut se mentir jusqu'à 57 ans, c'est un joli chiffre, mais à 58 ans, on a pratiquement 60 ans et on bascule dans une période de la vie qui n'excite personne, à part quelques gérontophiles  - et on leur dit super merci quand on a la chance d'en rencontrer. La seule chose positive de la soixantaine c'est la retraite mais c'est encore trop tôt et puis je n'ai jamais fait confiance à la société pour subvenir à mes besoins. Pire, quand on a été séropositif la majeure partie de sa vie, atteindre cet âge est  miraculeux mais on est en plein complexe du survivant.

Encore une fois, je me trouve quelques années en avance sur la plupart de mes amis. La majorité d'entre eux viennent d'atteindre la cinquantaine ou ils s'en approchent (les autres sont presque tous morts) et ils sont inquiets de ne plus être dragués nulle part, ils sont invisibles dans les bars ou dans la rue, personne ne se retourne sur eux. Leur libido a changé, la solitude est réelle, le corps commence à montrer ses limites. On parle souvent de la crise de la quarantaine, qui est déjà la première vraie confrontation philosophique de l'existence (est-ce que j'ai encore de la morale, suis-je un pourri de la société, combien de personnes ai-je trahi pour en arriver là?) mais la cinquantaine c'est vraiment plus cruel. On espère encore mais toute la vie vous ramène en arrière, et le pire c'est qu'il ne faut surtout pas donner l'impression d'être nostalgique ou aigri. Sentimentalement, on admet que certains rêves ne se réaliseront pas avant la mort. Parmi ces rêves, il y a les plus beaux.

Le seul groupe militant LGBT que je regarde ces jours-ci, c'est celui de GreyPride. Pour la première fois en France, on commence enfin à se poser les questions importantes sur l'exclusion des seniors et la récente disparition de Thérèse Clerc  a encore mis l'accent sur ces vieux militants et vieilles activistes qui ont contribué à améliorer la société d'aujourd'hui. Quand on a vu Les Invisibles, on reste émerveillé par l'acuité de ces personnes qui ont changé le monde tout en s'amusant. Mais au sein de la société ou de la communauté LGBT, il n'y a rien de prévu, en France encore moins qu'ailleurs. C'est un autre combat nécessaire qui est l'illustration d'une communauté que l'on ne veut pas voir vieillir. Les gays font comme si ça n'existait pas, le reste de la société nous regarde avec vengeance et ironie. C'est comme la fable de La Fontaine : ah ouais, c'est sûr, vous les homos, vous savez faire la fête mais ça rigole moins quand on est à la retraite hein?

Dans mon cas, je suis parvenu à traverser la dernière décennie en me retranchant à la campagne parce que c'est beaucoup plus facile d'y vivre sans être confronté tous les jours à la compétition amoureuse et sociétale de la ville. Je l'ai déjà écrit dans ce livre, personne ne vous regarde vieillir à la campagne, et même si on est seul, il y a énormément de choses dans la nature qui vous disent, au contraire, que vous êtes à la bonne place. Je ne pourrais absolument pas vivre à Paris ou dans n'importe quelle grande ville et je n'envie pas particulièrement certains de mes amis et amies qui continuent de faire la fête à Berlin ou qui voyagent à travers le monde pour aller voir tel ou tel musée ou une plage qui est la plus belle. Je suis réellement dans la décroissance, c'est ma seule réponse face à la sauvagerie de la société actuelle qui prend une tournure politique qui nous écœure un peu plus chaque jour, il suffit de regarder ce qui est posté quotidiennement sur FB ou Twitter. Comme moi, les gens sont furieux de voir ce qui se passe, le cynisme est arrivé à un niveau sans précédent et je vous assure qu'on a vu des choses atroces pendant les décennies précédentes.

L'année prochaine, je prévois de quitter la maison que je loue depuis 14 ans et qui m'a abritée contre toutes les tempêtes. Mon jardin est arrivé à maturité, il n'y a pas grand-chose que je pourrais changer et je fonctionne souvent par cycle de 15 ans. Je suis resté à 15 ans à Act Up, 13 ans à Libé et à Têtu, je commence à voir le pattern. En vieillissant, cette maison est devenue trop grande, je reçois beaucoup moins d'invités, je n'ai plus besoin de 3 chambres. Vieillir, c'est aussi réaliser que l'on a besoin de moins de place, j'étais effrayé par mon père qui voulait quitter sa ferme pour un pavillon et finalement je vais finir par faire la même chose. Je veux m'enterrer, littéralement, dans un coin encore plus paumé de la campagne et ça m'excite plus de brûler des ronces que sortir en boite. Ça devient lassant d'expliquer qu'à 58 ans, vous êtes définitivement le mec le plus vieux dans le club ou la rave, que vous voyez dans le regard des kids quelque chose qui touche à l'effroi. J'ai déjà connu ça avec la maigreur du sida, je n'ai pas envie de le revoir sous MD, non merci. J'aurais rêvé être une sorte de Douglas Coupland, John Waters ou Gus Van Sant de la communauté gay, entouré de kids artistes ou juste de jolis branleurs mais ma carrière est très loin d'avoir atteint ce sommet, il faut dire que c'est plus difficile quand on a passé sa vie à lancer des alertes que les autres ne voulaient pas entendre.

Le seul truc qui me fait chier, et je crois que 58 ans est le bon moment pour l'annoncer, c'est que je ne crois plus au rêve de l'amour. Dans tous mes livres ou mes chroniques, j'ai décrit ce que je voulais, encore et encore, j'envoyais toujours le même message. J'ai attendu, j'ai cherché, j'ai espéré. Je voulais voir chez moi un kid qui comprendrait la nature. Mais ce n'est jamais arrivé. En fait, je suis aussi venu à la campagne pour ça : faire un nid qui intéresserait quelqu'un. Le jardin, c'était aussi pour cet homme. La terrasse, c'était pour les amis mais aussi pour l'amour. La rivière en bas, c'était pour l'été mais aussi pour le sexe. Et au bout de toutes ces années ici, j'ai fini par comprendre que ça n'intéressait pas mes mecs. Plus que ça : ils trouvaient ça joli, mais ils ne sortaient pas de la maison. Bon, il se trouve que je tombe toujours amoureux de mecs de moins de 30 ans et donc on pourrait mettre ça sur un décalage générationnel. Pourtant, je sais, au plus profond de mon être, que ça existe, des jeunes gays qui ont envie de regarder un artichaut qui fleurit, avec plein d'abeilles et de papillons et d'autres bêtes dessus, qui ont envie de couper du bois ou désherber un potager, faire de jolis bouquets ou passer des heures à regarder les étoiles. Je ne peux même pas dire que je suis tombé sur des mauvais numéros, j'ai réellement aimé ces jeunes, je les aime toujours et on est restés bons amis. Mais mon rêve était de trouver quelqu'un qui serait content de venir passer ses week-ends ici, ou le temps qu'il voudrait, se changer l'air de la ville, apprendre les légumes, ramasser les fruits, rentrer le bois, mettre ses mains dans la terre, travailler à deux.

Le premier passait son week-end ou ses vacances avec l'ordi sur les genoux. Il fallait que je le supplie de sortir de la maison pour aller au soleil. D'ailleurs il ne sortait pas s'allonger si je ne mettais pas une jolie couverture sur la pelouse. Il avait peur des bêtes. Il ne se baignait pas à la rivière, et pourtant elle est propre et peu profonde. Le second était plus curieux et il aurait pu apprendre davantage sur le jardin mais il m'a plaqué au bout de 6 mois. Pas le temps de faire quoi que ce soit. Super. Le troisième avait, lui aussi, son ordi sur les genoux. Mais toute la journée. Non stop. Il ne supportait pas le soleil. Quand on allait à la rivière, lui aussi ne se baignait pas. Il passait l'après-midi sur le rocher à lire. Sans parler. Là j'ai vraiment commencé à me dire qu'il y avait un sérieux problème avec la nouvelle génération et son rapport à la nature, surtout quand on voit leurs délires poétiques sur Tumblr avec des paysages de montagne et des mecs barbus stratégiquement posés dans le cadre, des cabanes au fond des bois, les bandes de mecs qui sautent dans les rivières, etc. Tous ces kids étaient nés en milieu périurbain et il fallait démystifier tout ce qu'ils avaient vu dans les films d'horreur sur la vie dehors. Enfin, le dernier est pareil (mais on n’est pas BF hein). Si on baise une fois dehors au soleil, c'est comme si c'était une faveur exceptionnelle, dans le genre "bon on l'a fait t'es content" et lui aussi a peur de me suivre dans la rivière. C'est vraiment pas comme si j'étais un baroudeur de la nature ou un caporal des travaux manuels! Je ne suis pas du tout à forcer les gens à aller se promener. Je les  laisse vivre comme ils veulent, avec leur putain de portable, je les invite juste à profiter du soleil et de l'air pur, sachant qu'ils le regretteront quand ils seront rentrés à Paris. Je suis né à la campagne mais j'ai passé 30 ans à Paris, faut pas oublier. Je suis le plus citadin de mes frères. Mais c'est désespérant de passer plusieurs années avec quelqu'un et de le quitter sans qu'il puisse faire la différence entre un cèdre de l'Atlas et un cèdre du Liban.

Avec l'âge, on devient très émotif. Cette fragilité de l'âge ressemble à une condition cardiaque, on n'a plus la force d'affronter les problèmes des autres. Alors que c'est précisément ce que les amis trouvaient chez moi : une attention à leurs problèmes, et les conseils qui allaient avec. J'ai aidé plein de gens dans ma vie mais là, avec ce qui se passe en France, la toxicité de ce gouvernement, je me sens submergé. Les fenêtres d'opportunité ne cessent de se refermer et elles ne s'ouvriront pas politiquement avant longtemps. C'est tellement affreux de voir ce pays se déchirer sur le racisme, moi qui rêvais de vivre avec un homme différent, prolo, noir, métis, arabe, whatever. 
J'ai 58 ans, né en 58, et encore, sous la Quatrième République. 
Talk about being old school.


jeudi 18 février 2016

Hookup culture et porno


Le porno a sauvé ma vie. Pendant toutes ces années de solitude et de terreur à cause du sida, le porno m'a permis d'avoir accès à une sexualité par procuration, ce qui est le plus important service que ce média offre à des centaines de millions de personnes tous les jours, à n'importe quel moment. Quand le sexe faisait défaut, quand il était synonyme de mort et de maladies, quand on avait surtout peur de transmettre le virus (c'était mon cas), il y avait toujours cette option, finalement inoffensive, qui nous reliait à des fantasmes qui restaient réels dans notre imagination. Être témoin de ce que les gens font, comme dans n'importe quel domaine de création culturelle, était une manière de rester vivant, de garder le contact avec le corps des autres, leur beauté, leur attirance. Pour une fois, le sexe pouvait être vu sous un angle généalogique, avec une évolution illustrée des pratiques, des looks, des différents pays. En l'espace d'un demi-siècle, j'ai été témoin de l'évolution du porno. Au début une production marginale et souvent underground pour devenir ce qu'il est aujourd'hui : un media aussi important que la musique ou le sport.

Le sexe de l'après sida
Trente ans après l'apparition du virus du sida, les options thérapeutiques VIH sont si efficaces que la peur de la sexualité est redevenue à un nadir qui rappelle ce qui s'est passé chez les gays à la fin des années 70 et surtout le début des années 80. Une redécouverte du sexe, en inventant de nouvelles manières de se rencontrer (backrooms, sex clubs, etc.). Le débat sur le bareback a duré 15 ans et il est désormais épuisé. Avec La PreP, la prévention VIH dispose aujourd'hui d'un traitement préventif plus efficace qu'un vaccin toujours hypothétique. Depuis quelques années, le retour à une sexualité sans crainte est général, chez les gays mais aussi chez les hétéros. La très grande majorité d'entre eux n'est sûrement pas au courant des dernières avancées médicales, l'information sur le sida est à son plus bas niveau, le déni persiste mais globalement tout le monde est conscient que le sida, dans les pays occidentaux, est un problème "réglé".

La hookup culture, inventée par les jeunes
Ce changement de paradigme sexuel dans la société accompagne ce que l'on appelle la hookup culture, un phénomène très présent dans les universités américaines où les rencontres sans lendemain, spontanées, "au feeling", sont presque devenues la norme. 90% des étudiants américains pensent que la vie sur le campus est dominée par cette tendance, développée lors des vacances de Spring Break et surtout grâce à l'usage du téléphone portable et du sexting. Tout est enregistré, diffusé sans anonymat, avec les noms des participants. Dans les vidéos gays, on voit des kids de 18 ans faire de l'abattage dans leurs chambres de campus, ce qui n'existait absolument pas il y a encore une décennie. Ils ont réinventé la backroom. La hookup culture est le signe d'un abandon sans précédent de la pudeur et les jeunes révèlent leur anatomie et leurs tatouages sur Twitter et Tumblr, les réseaux sociaux sans censure qui autorisent la nudité (contrairement à Facebook). L'usage banalisé des drogues est aussi un facteur important. Le Viagra est consommé hors de sa population d'âge initiale. Des nouvelles drogues de synthèse spécifiquement liées au sexe sont désormais disponibles via Internet. On a parlé de révolution sexuelle dans les années 60 et 70 mais le XXIème siècle est celui d'une révolution du sexe qui semble prolonger celle qui a commencé il y a un demi siècle.

Les jeunes sont beaucoup plus précoces que leurs aînés dans leurs pratiques. Ils utilisent fréquemment les sex toys et rejouent les scènes de porno qu'ils regardent sur leurs portables. Certains, à 25 ans, disent avoir déjà tout fait et se demandent comment leur sexualité évoluera dans le temps puisque de nombreux fantasmes sont déjà réalisés - et parfois déjà usés. Le porno est un des domaines qui expliquent et illustrent ce qui se passe dans la sexualité de nos sociétés. La production ne cesse de se développer dans des pays qui n'étaient pas connus pour être des sources de niches érotiques comme l'Argentine, la Colombie, la Turquie - et on n'a encore rien vu de la Chine et de l'Inde... D'autres pays leaders comme les Etats-Unis, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Espagne produisent l'avant-garde du porno hardcore. Ce livre est donc un essai, avec de nombreuses références et liens hypertexte, qui explique en quoi le porno change la sexualité moderne, tout en respectant (même par la contradiction) les théories féministes qui s'y opposent.

Le porno est politique
J'ai déjà beaucoup écrit sur le porno. Gay surtout, mais souvent en mettant en perspective ce qui se passe chez les gays et les hétérosexuels. Dès le début de la création de Têtu, en 1995, nous avons décidé que ce média gay et lesbien devait parler du porno d'une manière à la fois positive et encyclopédique. Ensuite, j'ai compris que ce que j'écrivais devait être encore plus franc, direct, et c'est pourquoi j'ai créé mon propre site en 2008 qui possède l'intégralité des textes écrits sur le sexe. De la décoration intérieure jusqu'à la notion du temps dans le X, je me suis amusé à raconter ce que je voyais. Et j'ai vite réalisé que ces textes étaient les plus lus. L'étape suivante fut de proposer des textes sur le X pour des medias généralistes comme Vice, Slate ou Brain. J'étais étonné de constater que les rédacteurs en chef de ces médias, hommes ou femmes, étaient très encourageants. J'ai compris que les hétéros avaient fait d'énormes efforts depuis une décennie. L'homophobie n'était plus la même. Le bro love, qui désigne une amitié poussée entre hommes, pendant les binges d'alcool ou de MDMA, a banalisé la nudité, la promiscuité, la rigolade "sans tabou".

La fin du séparatisme gay / hétéro
C'est à ce moment qu'il m'a semblé évident qu'une jonction était en train de se former entre le sexe gay et le sexe hétéro. Là où persistait une gêne mutuelle, sinon un dégoût, apparaissait une curiosité réciproque avec des pratiques de plus en plus généralisées, comme le fist, comment se doucher avant une pénétration anale (pour les filles) et d'autres conseils sur le mode de l'humour comme : sucer à fond, faire des biffles. Le débat sur le mariage gay dans de nombreux pays a encouragé ce rapprochement entre les sexualités. Tous les thèmes qui étaient réservés à la culture gay il y a encore dix ans se trouvent aujourd'hui diffusés par les médias hétéros qui aiment parler de la signification du gay for pay, des looks modernes (tattoos, pilosité, barbes). Tout ceci encourage une mixité de plus en plus importante des identités gays, hétéros, bi, trans, voulue par une jeune génération qui est désormais leader en ce qui concerne les pratiques sexuelles. Les jeunes, gays ou hétéros, pratiquent le fist dès 20 ans, quelque chose qui n'existait absolument pas il y a 25 ans. La commercialisation des sex toys y est pour quelque chose mais des phénomènes de masse sont apparus ex nihilo comme ces partouzes que les jeunes anglais organisent en rentrant du lycée, chez eux, avant que leurs parents rentrent à la maison. Tout est fait par texto. L'influence de Craigslist dans les rencontres rapides aux Etats-Unis est telle qu'elle a des répercutions épidémiologiques dans la diffusion de certainesIST. Craigslist a imposé l'idée banale que l'on peut négocier du sexe comme on négocie n'importe quoi sur AuBonCoin. Certains hommes baisent avec des partenaires pour se faire de l'argent de poche afin de s'acheter des cigarettes. C'est une prostitution locale, banalisée, avec une notion de troc élargie à son paroxysme. C'est  la hookup culture, le fait de baiser tout de suite et sans engagement, filles et garçons, un phénomène absolument nouveau dans cette tranche d'âge.

La révolution des applications de drague
Cette idée de sexe sans engagement a longtemps été le privilège des gays mais aujourd'hui, les hétéros baisent comme les gays d'il y a 30 ans. Les applications de rencontre style Grindr semblaient impossibles à transposer chez les hétéros, elles sont désormais disponibles. Tinder permet de mélanger gays et hétéros, ce qui ne s'est jamais fait auparavant. D'autres applications permettent la drague d'une fille qu'on vient de croiser dans la rue. Le portable est devenu une interface qui rend la drague moins agressive, moins physique. Les filles revendiquent de plus en plus une position dominante dans la drague : elles définissent les critères du désir, de la position sociale et comment cela doit se passer. Les adolescents considèrent que le sexe n'engage pas forcément une relation. La hookup culture est donc une étape importante dans l'émancipation des femmes au moment de choisir leurs partenaires. Quand on regarde sur Google, une grande partie des magazines internationaux a déjà écrit sur ce phénomène mais il reste un livre qui recenserait ce qui se passe et comment cette révolution est en train d'affecter les codes de la rencontre.

L'angoisse des parents n'y peut rien
Le porno est aussi majeur que la musique ou le sport parce qu'il appartient désormais à ces sujets dont tout le monde parle, hommes ou femmes. Il est le dessus de l'iceberg qui permet d'utiliser le sexe comme un sujet d'humour et de provocation (le thème principal des stand-up comedians et des films d'ados). Il est la source des inquiétudes des parents et des médias, il est au centre des questions sur l'évolution des mœurs et des sentiments, il est un élément fondamental d'identité et d'éducation sexuelle. Même si on refuse d'en regarder (il y a quand même beaucoup de personnes que cela n'intéresse pas), le porno illustre et modifie nos désirs. Il les anticipe et les développe, il crée des niches érotiques là où, souvent, il n'y avait rien. Dans la grande discussion politique sur le porno, son influence sur les jeunes et la sexualité des femmes imposée par les hommes, son impact sur les applications de rencontre, le porno est vu comme un danger de société. Il touche à des débats très modernes sur la prostitution, le travail du sexe, la promiscuité sexuelle, les abus sur les mineurs, le tourisme sexuel, une éducation sexuelle toujours tristement en retard. Le sexe fait évoluer la société trop rapidement selon une grande partie de la population. Les tabous subsistent dans les familles et à l'école.

Le 21ème siècle est donc celui du porno. À cause ou grâce à Internet, sa diffusion n'a plus de limite. Ce qui était rare il y a encore vingt ans est devenu visible par tous. À partir du tronc commun de la sexualité basique, une multitude de fétichismes a été créée avec des significations profondes, tribales. Nos désirs sont le résultat d'une hiérarchie d'images, belles ou traumatisantes, exactement comme le cinéma influence notre culture à partir de son histoire. Personne ne s'étonne que le 7ème art soit analysé d'une manière érudite, encyclopédique. Le porno est arrivé à un niveau de sophistication et d'influence mondiale qui permet aussi de le présenter comme un mouvement culturel à part.

Un sujet littéraire vierge
En 2015, la sexualité reste le sujet caché de notre culture. Pourtant, quand un article est publié sur le sujet, même avec un angle pointu, il peut devenir un objet mainstream. Les grands journaux abordent régulièrement ces sujets parce qu'ils sont le reflet de ce qui est réel et intime. Le sexe fait vendre mais le sexe reste toujours aussi mal décrit. Il fait encore peur et peu s'aventurent, à visage découvert, dans un vrai traitement du sujet. Même à travers les blogs, peu en discutent ouvertement. Relativement peu de films, de livres, encore moins d'expositions et de travaux sociologiques. On demande à l'auteur de garder ses distances, de ne pas trop se révéler. Et il est difficile de trouver le bon équilibre entre ce qui est privé et scandaleux. C'est un domaine où l'écriture à la première personne est obligée, sinon la crédibilité en souffre. On ne peut pas parler du porno dans un esprit d'anthropologie participative polie. Parler du porno engage la personne car la masturbation est obligatoirement un passage naturel, partagé presque quotidiennement par tout le monde. C'est un rite intime, auto-suffisant, que l'on peut même d'écrire comme hygiénique au niveau mental. C'est l'activité sexuelle la moins dangereuse pour soi et pour les autres. Et qui se répète de l'adolescence à la vieillesse, ce qui lui donne une valeur quasi existentielle. Je dis souvent que le porno, c'est ce qu'on regarde quand on est libre de regarder ce que l'on veut. C'est aussi ce que l'on fait quand on est seul. C'est ce que l'on regarde quand on n'a pas les moyens, ou le courage, de la prostitution. C'est une occupation qui n'a pas de concurrence dans la vie amoureuse. Même lors de mes plus belles histoires d'amour, je me suis toujours branlé et je l'ai toujours dit à mes partenaires.

Le sexe comme illustration du melting pot ethnique
C'est ce qui rend le porno si universel. On peut regarder un film porno japonais en France, un film porno brésilien en Afrique, un film porno berlinois en Californie. Tous les pays et toutes les origines ethniques sont désormais représentées dans les plateformes de téléchargement. Pour moi, le porno est l'ultime outil contre le racisme puisqu'il nous fait découvrir des hommes de toutes les origines et de tous les âges. La place des arabes dans le X est un phénomène relativement récent. On les entend parler, on découvre des manières de faire l'amour qui ont des spécificités locales, nationales. Par exemple, ces films sont un moteur de rapprochement inter générationnel qui n'a jamais été aussi assumé que de nos jours. Ce n'est pas seulement les Cougars et les daddies, le mélange des générations est un autre signe de la pénétration domestique de la hookup culture. La curiosité motive les jeunes et facilite les échanges. Sans lui, les préjugés culturels existeraient toujours et on doit considérer le porno comme un vecteur important de changement dans nos sociétés qui montrent par ailleurs tant de signes de blocages politiques ou causés par les crises qui effraient notre époque.

À la limite, le sexe est une des rares ré-inventations d'un monde bouleversé par sa jeunesse. Après avoir travaillé plus de 15 ans sur la prévention du sida, ce qui m'a enfermé dans un rôle de lanceur d'alerte, j'étais impatient de commencer un livre qui me réconcilierait avec la sexualité, d'une manière positive et moderne. Je viens de recevoir le refus de l'éditeur que j'avais choisi. Je cherche un autre éditeur qui y verrait, lui, une "viabilité commerciale". Spread the word.

mercredi 20 janvier 2016

Post-13 novembre : Netflix, Twitter et Nutella

Deux mois après les attentats qui ont fait basculer le pays dans l'état d'urgence, le constat est là : j'ai survécu grâce à Netflix, Twitter et un relapse dans le Nutella.

Disclaimer : je suis tout à fait conscient que ce n'est pas délicat de commencer un texte par "J'ai survécu au 13 novembre 2015 grâce à une pâte de chocolat remplie d'huile de palme".  Et je n'ai pas été payé non plus par Netflix et Twitter pour faire une promotion corporate. 130 personnes ont perdu la vie lors de ces attentats, des centaines ont été blessées, des milliers traumatisées. Tandis que moi, j'étais protégé à la campagne, rien ne pouvait m'arriver. Mais j'étais comme tout le monde, en colère, déprimé, impuissant, désespéré. Je savais que ces attentats allaient plonger la France dans un climat de haine et de racisme qui a été largement utilisé depuis lors des élections régionales et ensuite par les déclarations de Valls. Bref, l'apartheid social pour de bon.

Au bout de deux jours, impossible de regarder la télé et les news, ça me dégoûtait trop, et pourtant je suis un couch potatoe total, je passe mon temps à zapper. Mais là, c'était physiquement intenable. Alors, j'ai décidé de m'attaquer à un grand projet, comme regarder tout Downton Abbey que je n'ai jamais vu. Quatre saisons d'un bloc, pourtant j'ai fini par sentir que même les intrigues de cuisine me faisaient du mal. Impossible non plus de rattraper des séries comme Ray Donovan ou Luther, le moindre cassage de gueule policier était inapproprié. La France était en train de lancer son vaste programme de perquisitions musclées, tout le monde était sous écoute, la parano était grande. Je ressentais le besoin de films dépourvus de violence, de dessins animés, de documentaires animaliers. Je me suis donc dirigé vers les docus sur la nature, la jungle, les océans, l'espace. Mais j'étais si flippé que même les bagarres animales me mettaient mal à l'aise. Il suffisait que des bisons se tapent sur la gueule ou que des lions déchirent une gazelle et je devais détourner le regard de ce sang qui me rappelait la tuerie du Bataclan.

Netflix m'a aidé en me donnant la possibilité de regarder des programmes absolument pas nécessaires comme Under The Dome. Je ne fais pas de pub, je dis juste que j'avais besoin de cette plateforme qui n'avait rien à voir avec la télé et Facebook avec ces portraits en bleu-blanc-rouge, ces bougies à la con, ces montagnes de fleurs du lobby Interflora. Netflix m'a permis de rattraper mon retard sur des séries super idiotes, pour me vider la tête, et je dis merci. Ensuite, ce fut une avalanche de stand-up, encore plus de films comiques débiles. Je me retranchais.

Twitter fut le seul réseau social consulté pendant cette période. Il faut bien l'admettre, c'est le seul endroit où l'on peut encore critiquer le PS  et le gouvernement sans être exterminé dans la grotte d'Ouvéa (remember 1988?). Bon, on dirait qu'on est juste une vingtaine à avoir le courage de dire quoi que ce soit mais on se sent moins seul. Twitter a donc été un bon antidépresseur dans ces moments de panique nationale.

Au bout d'une semaine de ce lavage de cerveau, je commençais juste à faire surface. Dehors, la campagne normande était toujours aussi calme, comme elle l'est toujours à mi-novembre. Mais je sentais confusément un manque. Un goût bizarre dans la bouche. Un désintérêt culinaire qui faisait écho au dégoût des médias. Que me manquait-il?

Du Nutella. Ça m'est venu comme un drogué qui n'avait pas eu son fix depuis une décennie. Car j'en achète jamais en plus, j'aime tellement ça que je n'en ai jamais chez moi. C'est trop bon mais écologiquement pas sérieux, il faut se retenir. L'huile de palme, c'est haram. Mais je me suis rendu à l'évidence. Si ce n'était pas un moment Nutella, alors quoi, fallait-il attendre la guerre civile? Nutella m'est apparu comme la drogue du moment, une crème à la noisette qui fait perdre tous les mécanismes de défense diététique. Il me fallait du Nutella ou je deviendrais fou.

J'ai survécu à ces deux derniers mois mais j'ai perdu une partie de mon cerveau. Je n'étais plus le même. La déprime. Novembre, décembre, impossible d'écrire. Ce fut la plus longue période de ma vie sans publier quoi que ce soit, je ne me suis jamais senti aussi handicapé. Face à Valls, j'ai encore dégringolé l'échelle sociale, je fais partie de cette petite minorité qui n'approuve pas l'état d'urgence, tout ce délire constitutionnel, la perversité de la gauche, les mensonges. 85% des Français qui trouvent ça normal. Et apparemment, on est à peine 31% à se sentir mal, à vouloir tout quitter. Le dégoût définitif envers le gouvernement, la diversion, l'arnaque. Le désintérêt pour ceux qui veulent (ou qui peuvent) vivre comme d'habitude, leurs petites soirées entre copains, leurs anniversaires, leurs nuit de clubbing où l'on met une perruque parce qu'on a 30 ans et c'est super drôle tu vois. En Espagne, on voit une génération de militants arriver au pouvoir et en France, la génération des trentenaires qui ne fout rien en terme politique, surtout chez les gays. Pas le moindre début de sursaut social. Pour un pays qui manifeste pour tout et pour rien, l'excuse de l'état d'urgence est trop belle. J'ai bientôt 58 ans, c'est-à-dire 60 ans. Normalement, je devrais suivre les jeunes qui protestent. Mais je suis un vieux sans leader et c'est ce qui me rend le plus triste.

Netflix, Twitter et Nutella.

Le programme du pays pour les années qui viennent.

jeudi 19 novembre 2015

Vendredi 13/11 420


La meilleure histoire sur le 11 septembre 2001 m'a été racontée par deux amis. Ils étaient en vacances à New York et ils étaient en train de baiser quand ça s'est passé. Le sexe était hot, ce qui est toujours remarquable pour un couple gay ensemble depuis plusieurs années et les téléphones n'arrêtaient pas de sonner dans la chambre d'hôtel. Ils ont décidé de ne pas répondre avant d'avoir fini pour réaliser que tous leurs amis leur envoyaient des messages paniqués depuis la France. "Vous allez bien?"

Ils ne racontaient pas ça par manque de respect pour la tragédie qui a changé le monde ce jour-là. C'était surtout pour souligner le côté irréel de la situation. Faire l'amour quand le monde bascule.

J'ai passé le week-end de ce vendredi 13 catastrophique, à baiser, boire, fumer, gober et faire l'amour. Cela peut paraître grossier mais c'était prévu à l'avance et je ne suis pas la pire cochonne au monde, c'est connu. Au contraire, ce genre de week-end est trop rare pour que j'en fasse un sujet de vantardise.
Ça m'arrive tous les mois à peu près. Je suppose que c'est ça qui me garde vivant. Ce jeune sexfriend vient chez moi, on écoute de la musique jusqu'au matin, on boit, on baise. Ça avait commencé le jeudi soir très doucement, en regardant Magic Mike XXL qu'il avait téléchargé pour moi. J'avais nettoyé la maison, fait les courses, j'étais allé le chercher à la gare. Tout était prêt pour un week-end de TLC 420, un truc que je sais faire, où je suis vraiment bon. Comme toujours, on s'est endormis très tard par un cuddle et un spooning dans le lit. Pendant le sommeil, je le tenais contre moi, son odeur contre mon visage, mon nez contre son cou, mes mains sur son ventre. Je vis pour ça.

Le lendemain, à midi, on était un peu nazes mais je lui ai fait deux œufs au plat avec du bacon, des toasts et du jus d'orange, le truc basique, et il a travaillé toute l'après midi car il avait des choses à finir. Le vendredi soir, on a recommencé. Le feu dans la cheminée, la transpiration, un porno, du good times. Vers 22 heures, il regarde machinalement son portable. Twitter est en feu. Oh fuck. Pendant une demie heure, on regarde ça, hébétés. Une descente dans les règles. On est toujours high mais c'est comme ces deux amis en 2001 : entre le plaisir qu'on vient d'avoir et les images du carnage, l'Histoire vient de prendre un tour qu'on espérait ne jamais connaître. Je dis "C'est fini. Après les attentats de janvier dernier, on est foutus, le pays est foutu". On hésite à mettre la télé et les chaînes d'info. On négocie en fait, je veux être certain qu'il peut voir ça. Je dis : "Juste un peu". On est toujours à poil, dans le salon le mix de house est toujours un peu fort. À un moment, je me permets de suggérer d'arrêter la house africaine, c'est un peu obscène d'écouter ça pendant qu'une telle catastrophe a lieu. Il est d'accord.

Après les attentats de janvier, je sais déjà ce qui va se passer. On est tous les deux sur le divan, il regarde son portable, je regarde le mien. A minuit, on regarde Hollande annoncer l'état d'urgence. Ensuite on éteint les news. En quelques heures, nous venons de basculer dans le tout sécuritaire. Les frontières fermées, bien pratique pour limiter l'immigration syrienne qui, de toute manière, n'est toujours pas arrivée en France. La presse sous contrôle, l'âge de l'autocensure. Je dis : "En tant que journaliste, cela change tout ce que l'on peut écrire désormais". L'élection 2017 déjà gagnée. Le dégoût et la terreur car le Bataclan est toujours sous le feu. C'est décidé, cette fois je ne dirai rien sur Facebook, je me limite à liker ceux qui disent être safe.

Mais un truc se passe. On est ensemble jusqu'à dimanche. Et on a trop attendu, tous les deux, pour ce week-end de câlins. On met un film idiot juste pour décompresser. Ensuite on remet de la musique. Il me fait écouter les trucs récents qu'il a découverts depuis qu'on ne s'est pas vus. Sur Spotify, je lui fais découvrir quelques classiques qu'il ne connaît pas. Revival de Martine Girault, Let It Roll de Doug Lazy, Summertime de DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince, It Takes Two de Rob Base & DJ E-Z Rock. Je le caresse sur le divan, je le tiens dans mes bras, like a daddy should. Je lui fais des pâtes au thon, anchois et câpres, la recette de Lala qu'il me demande toujours. On regarde Dope. Les heures passent, on s'endort dans ma chambre alors que le jour se lève et que les premiers merles se mettent à chanter. La campagne est loin de la terreur parisienne. Le silence est doux.

Samedi 14 heures, réveil avec le même petit déjeuner que la veille. Je décide de ne pas allumer mon ordi, il va rester éteint tout le week-end. Pour moi, ce pays que j'aime est fini, au moins pour les années à venir. Je n'y crois plus. Quand on a connu les attentats de Saint Michel, Pasqua, toussa, c'est la fin de tout ce que j'espérais dans la vie, la mixité, la tolérance, le melting-pot. Tout le monde sort le drapeau national. Police state. 
I'm way too old for this.

So. More music, more Vodka, more everything. Je mets un poulet au four avec des patates et des pruneaux, une heure après on l'avale presque d'un coup. Ce kid est avec moi, dans mes bras, tout le temps.  Il prend ce drame avec presque plus de philosophie que moi. Lui-même est un succès de l'immigration. Depuis la veille, on a décidé que le week-end ne serait peut être pas aussi sexuel qu'on l'avait prévu, mais on est contents de traverser ce moment si dur ensemble, loin de Paris et de la mort et des centaines de blessés. Ce n'est pas de l'égoïsme ou du désintérêt, c'est plutôt le besoin d'être avec quelqu'un qu'on aime quand tout va mal. Je lui dis que si j'avais été seul, j'aurais passé le week-end à zapper toutes les chaînes d'infos avec Twitter dans la main, car c'est toujours là que ça se passe finalement. Je le laisse regarder son portable car il a 24 ans, c'est normal, mais moi je me retiens. Je reçois des messages mais je ne réponds pas. J'appelle ma mère, c'est tout, pour l'écouter. Elle réagit bien mais tout le monde est effondré. On est en province, en Normandie, loin de Paris, mais ce type d'événement traumatise pendant des jours, des semaines, des mois.

Dehors, il fait doux dans le jardin. Je ne sors que pour chercher du bois pour la cheminée. J'apporte les plus belles bûches pour mon invité, sans lui dire que je les avais réservées pour lui parce qu'elles ont une belle forme. Il n'a pas remarqué les jolis bouquets du salon. La quantité de musique qu'on avale est phénoménale, jusqu'à 6h du matin. Entre autres, on écoute Spiritual Tapes 1 de Buruntuma, DJ Shimza au Djoon, We Love DJ Shimza 10th mix,   I Know What's On Your Mind de Black Coffee, The World To Me (Nikos Diamantopoulos Remix) et puis comme toujours Text Message de Jamie Foxx et plein, plein, plein d'autres trucs (check it out!). Que de la musique noire quoi. Une sorte de réponse à ce qui se passe. 
Plus que quelques heures ensemble avant que la tristesse nous reprenne.




lundi 6 juillet 2015

Les oiseaux de mon jardin

Mon jardin est adulte désormais et chaque année je fais le compte des oiseaux qui y reviennent. Les arbustes sont grands, les haies épaisses, les arbres ont pris du volume et cela fait plusieurs mois que je pense à écrire sur ces oiseaux qui me rendent heureux toute l'année.

Quand on était jeunes, à la ferme, mon père nous avait fabriqué une volière. Il y avait de canaris, bien sûr, des chardonnerets que mon frère Thierry allait chercher dans les arbres. Il savait trouver les nids pour en prendre un œuf qu'il déposait dans une couvée de canaris qui élevaient l'oisillon comme leurs petits. Plus tard, il y a eu des perruches, assez idiotes et agressives et leur arrivée a coïncidé avec notre adolescence, quand l'intérêt pour cette volière a commencé à s'évaporer. Notre père se mettait en colère quand nous avions oublié de nettoyer le sol, changé l'eau du bain des oiseaux. Pour lui, c'était une tache ménagère que nous devions assumer, comme tondre la pelouse, aider à la récolte des prunes et arroser le jardin. Mais pendant toutes ces années, la cour de la ferme était saturée du chant des oiseaux de la volière qui répondaient aux autres oiseaux de l'extérieur, libres eux.

Quand je suis arrivé dans cette maison de Normandie, la femme du maire m'a dit :" Si tu as des sittelles torchepot, il faut absolument les garder, cette espèce commence à se faire rare". Je ne connaissais même pas le nom de ces drôles de bêtes. Et en effet, un couple était déjà là, faisant son nid dans les trous du mur de la maison, façade sud. C'est un oiseau amusant à tous les points de vue, le seul capable de descendre le long des arbres, la tête en bas. En été, il aime bloquer les graines de pin entre les écorces de l'arbre pour en faire des réserves. À la fin de l'hiver, presque avant les mésanges, c'est le premier oiseau à marquer son territoire, dès le matin, très tôt. Leur plumage n'est pas très marquant mais sa petite corpulence est attrayante. La sittelle n'aime pas qu'on la regarde mais elle est très grégaire.

Cette année, je ne sais pas pourquoi, j'ai eu plusieurs espèces de mésanges. Des la fin de l'hiver, c'est connu, c'est l'oiseau le plus impétueux. Chez moi, elles frappent carrément aux fenêtres. L'année de la disparition de Sylvain Rouzières, une mésange charbonnière est devenue possédée, elle tapait tout le temps sur les fenêtres de la maison, oubliant de se nourrir, me suivant de piece en pièce. Je ne suis pas croyant mais c'est la première fois où j'ai envisagé la possibilité que l'âme de quelqu'un puisse se manifester à travers la persistance d'un oiseau. J'ai raconté à la mère de Sylvain que je pensais que c'était lui qui venait taper sur mes fenêtres. Pour me dire quoi, je ne sais pas. En tout cas, à force d'être réveillé tous les matins et harcelé toute la journée, j'ai fini par trouver ça moins poétique et j'ai été obligé d'installer un filet sur toutes les fenêtres pour décourager cet oiseau bipolaire.

D'une manière générale, tout le monde aime les mésanges, c'est pour ça qu'on trouve ces boules de graisse et de graines partout dans les supermarchés. Elles sont belles, colorées, courageuses, leur chant est agréable et fin. Et cette année, j'ai remarqué deux couples de mésanges à longues queues, très joueuses aussi, qui aiment bien se regarder dans le miroir des fenêtres pour venir y picorer les tout petits insectes.

Bien sûr, j'ai un rouge gorge, rien d'exceptionnel, tous les jardins en ont un. A part son joli chant, notre relation est la plus proche en plein hiver. Quand je travaille dans le potager ou que je désherbe un coin, il vient toujours à côté de moi, me regardant droit dans les yeux, attendant d'attraper un petit insecte à côté de ma main. Je peux lui parler, il n'y a pas de bruit, c'est entre lui et moi.

J'ai aussi un ou deux couples de troglodytes, toujours au nord du jardin ou dans les coins les moins visités, comme s'ils avaient besoin d'avoir un coin à eux. Là aussi, c'est un oiseau classique qui me rappelle ma jeunesse, c'est surement l'oiseau qui construit les plus jolis nids, souvent au sec à l'intérieur de la cabane, à l'intérieur d'une botte oubliée clouée sur un mur ou un chapeau, comme une grosse boule de mousse et de duvet. C'est le seul oiseau, avec le merle, qui se faufile dans les branches basses des arbustes, au niveau du sol. On le confond souvent avec une souris, il est méga cute.

Les merles. Ce sont peut être les oiseaux irréprochables d'un jardin. Si j'avais des hirondelles, je les mettrais en pôle position mais je crois que cette maison n'en a jamais eu, donc impossible de les faire venir, dommage. Les merles eux sont partout, nombreux, excités, ils possèdent le jardin. À la saison des cerises et des fruits rouges, ils sont tellement ivres de sucre qu'il y en a toujours un ou deux (souvent des femelles, je ne sais pourquoi) qui se fracassent contre les portes fenêtres de la maison, croyant rejoindre un coin sombre du jardin. Mais bon, tout le monde connaît les merles, il y en a partout en ville, dans les parcs et jardins, rien de sensationnel.

Je regrette ne pas avoir de moineaux. Mon ami Ray, qui vit juste à 1km de chez moi, a des moineaux et des hirondelles. Ces oiseaux si communs commencent à disparaître des campagnes, on ne sait pas trop pourquoi. D'oiseaux peu aimés et très courants dans les années 90, ils se font rares et c'est dommage.

Ma grande fierté de 2015, c'est un couple de corneilles qui s'est installé dans le grand cèdre. L'après midi, ils se promènent sur le bas de la pelouse, de gros spécimen. Il y a des gens que leur cri rend tristes ou mélancoliques, surtout en hiver. Moi, ils me font rire. Il y a une note effrayante dans ce cri, d'ailleurs le corbeau est l'oiseau le plus célébré du cinéma moderne, il est systématique dans les séries comme Games of Thrones, etc. Mais en avoir un couple dans les 5000m2 du jardin, c'est presque l'aboutissement de 13 années passées à la campagne. Ils virevoltent dans les airs, ce sont les gardiens de l'espace.

À côté d'eux mais un cran en dessous dans l'échelle naturelle, un couple de pigeons ramiers et cette année, enfin, un couple de tourterelles. Je commençais à m'impatienter car il y a des tourterelles partout et si vous prenez la route dans la campagne, les pigeons ramiers sont visibles sur les fils électriques le long de la route, partout.  Ces  tourterelles sont arrivées plus tard cette année, elles ont du s'imposer dans un coin différent des pigeons ramiers qui, eux, sont là depuis plusieurs saisons. Ce sont des oiseaux gentils, qui font claquer leurs ailes en s'envolant, que l'ont peut observer surtout le soir lorsqu'ils viennent s'abreuver une dernière fois à la mare. Régulièrement, ils perdent une grosse plume que je récupère dans la maison sur une lampe en osier trouvée chez Emmaüs.

Quoi d'autre? Ah oui, à la fin de l'été, c'est le moment du geai des chênes, qu'on voit rarement le reste de l'année, à part quand il s'enfuit en criant.  Avant l'automne, quand le jardin est très sec, le couple se promène avec ses petits sur la pelouse mais le meilleur moyen de l'observer est de loin, à l'intérieur de la maison, quand ils ne savent pas qu'on est là. Joli plumage, jolie allure, joli bec.

Je bénéficie aussi du passage des chouettes. Elles nichent plus loin, dans les bois ou les grands chênes isolés des prés. J'ai même un couple de buses qui niche toujours dans le même chêne du pré voisin, on entend les petits qui appellent tout l'été. Les chouettes, c'est vraiment l'hiver qu'elles sont les plus sonores, c'est une des satisfactions de la saison morte. Quand j'étais jeune, il y avait une chouette Chevêche qui nichait chaque année sous le toit, au coin de ma chambre, orientation sud-ouest. J'ai grandi avec le petit bruit de son nid, c'était un privilège d'avoir de tels oiseaux si près de sa fenêtre. Pendant l'hiver les cris des chouettes se répondent à travers la campagne, parfois une d'elles vient hululer dans les branches du grand sapin qui donne sur ma chambre, comme une sirène de bateau.

Au même moment, avec le brouillard de l'hiver, une troupe d'étourneaux s'amuse sur les plus hautes branches des grands sapins des voisins, ça piaille et ça papote pendant des heures avant de rejoindre le bois de bambous de l'autre voisin en contrebas. Et parfois, vers le soir, ils passent au-dessus de ma maison en faisant des mouvements de masse comme dans les films de Terrence Malick. Magique. Mais c'est pas souvent.

De tous ces oiseaux, le rossignol m'a fait la surprise de s'installer chez moi l'année dernière. En fait, le jardin d'à côté, beaucoup plus grand que le mien, est un refuge pour oiseaux, ce qui attire sûrement des espèces qui débordent chez moi. Ce rossignol est revenu cette année et c'est amusant de vérifier que tous les clichés sur cet oiseau sont avérés. C'est un oiseau si terne qu'on ne le voit jamais dans les arbres et il déteste qu'on lève les yeux sur lui, il arrête son chant aussitôt. Mais la force de son chant est si unique, on dirait un merle qui aurait pris du MD, capable de singer le chant des autres mais il est si puissant qu'il parvient à faire taire les merles, surtout le soir.

Je ne peux terminer ce petit tour des oiseaux de mon jardin sans me plaindre, encore une fois, du pinson, le seul oiseau que je n'aurais pas peur de flinguer si je possédais une arme, ce qui n'arrivera heureusement jamais. Mais quel épuisement ce piaf, toujours à chanter 1000 fois par jour la même mélodie criarde, même pas agréable, d'une puissance hallucinante, comme si ce petit truc avait 15 baffles Bose dans le cou. Le tuer ne servirait à rien, il y en a au moins 3 sur mon terrain qui se répondent et c'est une espèce qu'on voit et qu'on entend partout. Assez joli plumage mais qui ne rachète pas du tout son ramage. Heureusement, il se tait au début du mois de juillet, ce qui marque l'arrivée du bel été, enfin calme, chaud, silencieux.



Voilà. Je remarque de plus en plus que les amis qui viennent chez moi ne connaissent pas ces oiseaux, pourtant très communs. Même mes anciens boyfriends ne semblaient pas très sensibles à leur présence. Je ne dis rien, mais c'est un peu la honte de ne pas pouvoir les reconnaître, ça doit être un signe des temps.