lundi 6 juillet 2015

Les oiseaux de mon jardin

Mon jardin est adulte désormais et chaque année je fais le compte des oiseaux qui y reviennent. Les arbustes sont grands, les haies épaisses, les arbres ont pris du volume et cela fait plusieurs mois que je pense à écrire sur ces oiseaux qui me rendent heureux toute l'année.

Quand on était jeunes, à la ferme, mon père nous avait fabriqué une volière. Il y avait de canaris, bien sûr, des chardonnerets que mon frère Thierry allait chercher dans les arbres. Il savait trouver les nids pour en prendre un œuf qu'il déposait dans une couvée de canaris qui élevaient l'oisillon comme leurs petits. Plus tard, il y a eu des perruches, assez idiotes et agressives et leur arrivée a coïncidé avec notre adolescence, quand l'intérêt pour cette volière a commencé à s'évaporer. Notre père se mettait en colère quand nous avions oublié de nettoyer le sol, changé l'eau du bain des oiseaux. Pour lui, c'était une tache ménagère que nous devions assumer, comme tondre la pelouse, aider à la récolte des prunes et arroser le jardin. Mais pendant toutes ces années, la cour de la ferme était saturée du chant des oiseaux de la volière qui répondaient aux autres oiseaux de l'extérieur, libres eux.

Quand je suis arrivé dans cette maison de Normandie, la femme du maire m'a dit :" Si tu as des sittelles torchepot, il faut absolument les garder, cette espèce commence à se faire rare". Je ne connaissais même pas le nom de ces drôles de bêtes. Et en effet, un couple était déjà là, faisant son nid dans les trous du mur de la maison, façade sud. C'est un oiseau amusant à tous les points de vue, le seul capable de descendre le long des arbres, la tête en bas. En été, il aime bloquer les graines de pin entre les écorces de l'arbre pour en faire des réserves. À la fin de l'hiver, presque avant les mésanges, c'est le premier oiseau à marquer son territoire, dès le matin, très tôt. Leur plumage n'est pas très marquant mais sa petite corpulence est attrayante. La sittelle n'aime pas qu'on la regarde mais elle est très grégaire.

Cette année, je ne sais pas pourquoi, j'ai eu plusieurs espèces de mésanges. Des la fin de l'hiver, c'est connu, c'est l'oiseau le plus impétueux. Chez moi, elles frappent carrément aux fenêtres. L'année de la disparition de Sylvain Rouzières, une mésange charbonnière est devenue possédée, elle tapait tout le temps sur les fenêtres de la maison, oubliant de se nourrir, me suivant de piece en pièce. Je ne suis pas croyant mais c'est la première fois où j'ai envisagé la possibilité que l'âme de quelqu'un puisse se manifester à travers la persistance d'un oiseau. J'ai raconté à la mère de Sylvain que je pensais que c'était lui qui venait taper sur mes fenêtres. Pour me dire quoi, je ne sais pas. En tout cas, à force d'être réveillé tous les matins et harcelé toute la journée, j'ai fini par trouver ça moins poétique et j'ai été obligé d'installer un filet sur toutes les fenêtres pour décourager cet oiseau bipolaire.

D'une manière générale, tout le monde aime les mésanges, c'est pour ça qu'on trouve ces boules de graisse et de graines partout dans les supermarchés. Elles sont belles, colorées, courageuses, leur chant est agréable et fin. Et cette année, j'ai remarqué deux couples de mésanges à longues queues, très joueuses aussi, qui aiment bien se regarder dans le miroir des fenêtres pour venir y picorer les tout petits insectes.

Bien sûr, j'ai un rouge gorge, rien d'exceptionnel, tous les jardins en ont un. A part son joli chant, notre relation est la plus proche en plein hiver. Quand je travaille dans le potager ou que je désherbe un coin, il vient toujours à côté de moi, me regardant droit dans les yeux, attendant d'attraper un petit insecte à côté de ma main. Je peux lui parler, il n'y a pas de bruit, c'est entre lui et moi.

J'ai aussi un ou deux couples de troglodytes, toujours au nord du jardin ou dans les coins les moins visités, comme s'ils avaient besoin d'avoir un coin à eux. Là aussi, c'est un oiseau classique qui me rappelle ma jeunesse, c'est surement l'oiseau qui construit les plus jolis nids, souvent au sec à l'intérieur de la cabane, à l'intérieur d'une botte oubliée clouée sur un mur ou un chapeau, comme une grosse boule de mousse et de duvet. C'est le seul oiseau, avec le merle, qui se faufile dans les branches basses des arbustes, au niveau du sol. On le confond souvent avec une souris, il est méga cute.

Les merles. Ce sont peut être les oiseaux irréprochables d'un jardin. Si j'avais des hirondelles, je les mettrais en pôle position mais je crois que cette maison n'en a jamais eu, donc impossible de les faire venir, dommage. Les merles eux sont partout, nombreux, excités, ils possèdent le jardin. À la saison des cerises et des fruits rouges, ils sont tellement ivres de sucre qu'il y en a toujours un ou deux (souvent des femelles, je ne sais pourquoi) qui se fracassent contre les portes fenêtres de la maison, croyant rejoindre un coin sombre du jardin. Mais bon, tout le monde connaît les merles, il y en a partout en ville, dans les parcs et jardins, rien de sensationnel.

Je regrette ne pas avoir de moineaux. Mon ami Ray, qui vit juste à 1km de chez moi, a des moineaux et des hirondelles. Ces oiseaux si communs commencent à disparaître des campagnes, on ne sait pas trop pourquoi. D'oiseaux peu aimés et très courants dans les années 90, ils se font rares et c'est dommage.

Ma grande fierté de 2015, c'est un couple de corneilles qui s'est installé dans le grand cèdre. L'après midi, ils se promènent sur le bas de la pelouse, de gros spécimen. Il y a des gens que leur cri rend tristes ou mélancoliques, surtout en hiver. Moi, ils me font rire. Il y a une note effrayante dans ce cri, d'ailleurs le corbeau est l'oiseau le plus célébré du cinéma moderne, il est systématique dans les séries comme Games of Thrones, etc. Mais en avoir un couple dans les 5000m2 du jardin, c'est presque l'aboutissement de 13 années passées à la campagne. Ils virevoltent dans les airs, ce sont les gardiens de l'espace.

À côté d'eux mais un cran en dessous dans l'échelle naturelle, un couple de pigeons ramiers et cette année, enfin, un couple de tourterelles. Je commençais à m'impatienter car il y a des tourterelles partout et si vous prenez la route dans la campagne, les pigeons ramiers sont visibles sur les fils électriques le long de la route, partout.  Ces  tourterelles sont arrivées plus tard cette année, elles ont du s'imposer dans un coin différent des pigeons ramiers qui, eux, sont là depuis plusieurs saisons. Ce sont des oiseaux gentils, qui font claquer leurs ailes en s'envolant, que l'ont peut observer surtout le soir lorsqu'ils viennent s'abreuver une dernière fois à la mare. Régulièrement, ils perdent une grosse plume que je récupère dans la maison sur une lampe en osier trouvée chez Emmaüs.

Quoi d'autre? Ah oui, à la fin de l'été, c'est le moment du geai des chênes, qu'on voit rarement le reste de l'année, à part quand il s'enfuit en criant.  Avant l'automne, quand le jardin est très sec, le couple se promène avec ses petits sur la pelouse mais le meilleur moyen de l'observer est de loin, à l'intérieur de la maison, quand ils ne savent pas qu'on est là. Joli plumage, jolie allure, joli bec.

Je bénéficie aussi du passage des chouettes. Elles nichent plus loin, dans les bois ou les grands chênes isolés des prés. J'ai même un couple de buses qui niche toujours dans le même chêne du pré voisin, on entend les petits qui appellent tout l'été. Les chouettes, c'est vraiment l'hiver qu'elles sont les plus sonores, c'est une des satisfactions de la saison morte. Quand j'étais jeune, il y avait une chouette Chevêche qui nichait chaque année sous le toit, au coin de ma chambre, orientation sud-ouest. J'ai grandi avec le petit bruit de son nid, c'était un privilège d'avoir de tels oiseaux si près de sa fenêtre. Pendant l'hiver les cris des chouettes se répondent à travers la campagne, parfois une d'elles vient hululer dans les branches du grand sapin qui donne sur ma chambre, comme une sirène de bateau.

Au même moment, avec le brouillard de l'hiver, une troupe d'étourneaux s'amuse sur les plus hautes branches des grands sapins des voisins, ça piaille et ça papote pendant des heures avant de rejoindre le bois de bambous de l'autre voisin en contrebas. Et parfois, vers le soir, ils passent au-dessus de ma maison en faisant des mouvements de masse comme dans les films de Terrence Malick. Magique. Mais c'est pas souvent.

De tous ces oiseaux, le rossignol m'a fait la surprise de s'installer chez moi l'année dernière. En fait, le jardin d'à côté, beaucoup plus grand que le mien, est un refuge pour oiseaux, ce qui attire sûrement des espèces qui débordent chez moi. Ce rossignol est revenu cette année et c'est amusant de vérifier que tous les clichés sur cet oiseau sont avérés. C'est un oiseau si terne qu'on ne le voit jamais dans les arbres et il déteste qu'on lève les yeux sur lui, il arrête son chant aussitôt. Mais la force de son chant est si unique, on dirait un merle qui aurait pris du MD, capable de singer le chant des autres mais il est si puissant qu'il parvient à faire taire les merles, surtout le soir.

Je ne peux terminer ce petit tour des oiseaux de mon jardin sans me plaindre, encore une fois, du pinson, le seul oiseau que je n'aurais pas peur de flinguer si je possédais une arme, ce qui n'arrivera heureusement jamais. Mais quel épuisement ce piaf, toujours à chanter 1000 fois par jour la même mélodie criarde, même pas agréable, d'une puissance hallucinante, comme si ce petit truc avait 15 baffles Bose dans le cou. Le tuer ne servirait à rien, il y en a au moins 3 sur mon terrain qui se répondent et c'est une espèce qu'on voit et qu'on entend partout. Assez joli plumage mais qui ne rachète pas du tout son ramage. Heureusement, il se tait au début du mois de juillet, ce qui marque l'arrivée du bel été, enfin calme, chaud, silencieux.



Voilà. Je remarque de plus en plus que les amis qui viennent chez moi ne connaissent pas ces oiseaux, pourtant très communs. Même mes anciens boyfriends ne semblaient pas très sensibles à leur présence. Je ne dis rien, mais c'est un peu la honte de ne pas pouvoir les reconnaître, ça doit être un signe des temps.

lundi 15 juin 2015

20 ans sous antidépresseur


Cela fait 20 ans que je suis sous antidépresseurs et j'ai réalisé que ces années ont presque été les plus productives de ma vie. L'idée courante, je sais bien, c'est que si l'on prend un tel traitement, c'est qu'il faut aller chez le psy. Or je n'y vais pas parce que je connais mes faiblesses et même mes névroses et je vis assez bien avec elles. Il n'y a pas de traumatisme profond chez moi, je n'ai pas été violé ou battu, à part quelques coups de ceintures de la part de mon père quand mes notes étaient mauvaises à l'école mais c'était les années 60, ça n'arrivait pas souvent, c'est le genre de choses qui se faisaient à l'époque et je savais malgré tout que mes parents et les frères m'aimaient. J'ai souffert du divorce de mes parents mais pas plus que des millions d'enfants. J'ai eu des complexes physiques dès mon adolescence mais rien qui m'oblige à adopter un comportement masochiste pendant ma vie, au contraire, je pense même que cela fait partie des obstacles qu'il faut franchir pour s'affirmer. J'ai fait une tentative de suicide à 18 ans mais c'était surtout une fascination de drama queen des années 70, les films de Visconti, Warhol, toussa. On a grandi à la ferme, loin des obligations sociales qui me hérissaient déjà et très vite j'ai décidé que je ne me marierais pas, que je travaillerais sans avoir à porter un costume et que l'indépendance se payerait cher, même si cela voulait dire que je ne serais jamais riche. Je n'ai pas fait d'études parce que je préférais être indépendant et travailler tout de suite afin de prendre de la distance avec ma famille. J'ai eu de belles histoires d'amour et j'ai choisi un métier en total autodidacte, sans avoir à sucer des bites. Jusqu'à l'âge de 37 ans, j'ai tenu bon, je me suis engagé, j'ai dépensé mon temps pour les autres car Act Up c'était ça, et quand je suis devenu séropositif à 28 ans, je ne me suis pas effondré, au contraire. Et je ne me suis jamais battu physiquement depuis 40 ans, je déteste la violence, je ne supporte pas ça un seul moment dans les relations.

En vieillissant, les anniversaires étranges se multiplient et un jour on réalise que cela fait 20 ans exactement qu'on prend cette pilule, toujours la même d'ailleurs, le Deroxat old school. Je connais ses effets secondaires sur le long terme, les pertes de mémoire, la libido affectée, la toxicité du médicament. Mon médecin me demande régulièrement si j'en ai toujours besoin. Plusieurs amis m'ont signalé que ces années sous traitement n’étaient pas "anodines" (comme on dit), que c'était forcement la raison d'un désespoir profond. A chaque fois, je leur ai répondu que je ne sentais pas le besoin d'aller chez le psy ou d'entreprendre une analyse. D'abord pour des raisons économiques, je refuse de financer ce type de commerce exactement comme je me suis promis de faire mon ménage moi-même, jusqu'au jour où je n'en aurais plus la force physique ou mentale. Je sais très bien qu'un travail avec un bon psy aiderait à résoudre des sentiments enfouis dans ma mémoire mais une chose a toujours aidé la vie, c'est la conviction rassurante que si l'existence fait trop mal, il faut l'abréger et il n'y a aucune honte à cela. Je connais assez de monde autour de moi pour qui se travail psy a été fructueux et je ne ressens même plus la méfiance que suscitait en moi les psys en général, le fait de consulter toutes les semaines pour parler des petits bobos de la vie. Je crois sincèrement que je me suis débarrassé  de nombreuses scories mentales en parlant beaucoup, en partageant trop (je suis le roi de l'overshare), en donnant beaucoup aussi, en dansant, en écrivant, en vivant à la campagne. Je veux me comporter en homme, en essayant de résoudre les problèmes par moi-même. Certains disent que je suis un manipulateur mais, franchement, si vous êtes au chômage comme moi depuis huit ans, cela veut dire que vos techniques de manipulation sont assez nulles, non?

Je suis respecté par ma famille même si je suis le moins famille de la famille, j'ai toujours refusé qu'elle m'envahisse, j'ai perdu de nombreux amis, souvent par ma faute, mais j'en ai beaucoup d'autres aussi et je n'ai trahi qu'une personne dans la vie, ce qui est finalement assez peu quand vous travaillez dans mon métier. Je suis fidèle en tout, jusqu'à la bêtise et j'ai passé ma vie à réduire mon dark corner, surtout dans la sexualité et j'en suis très fier. Je ne fais de mal à personne au lit.

20 ans sous antidépresseurs, cela paraît incroyablement long mais, finalement, je fais partie de cette génération qui a découvert cette classe de médicaments avec tous les autres baby boomers. C'est arrivé en 1995, la pire année de la vie (2008 vient en seconde position). La principale raison fut le rejet amoureux, la séparation, quand on croit qu'on est arrivé au sommet de ce que qu'on espérait atteindre depuis tout petit et que tout s'écroule car, précisément, la relation virait au SM mental. Cet homme était beau, le plus beau de tous, intelligent, américain. Mais il ne m'aimait pas complètement et j'étais prêt à tout pour le garder. C'était donc voué à l'échec et je le savais. Pourtant la chute a été brutale, exactement au moment où Têtu sortait son premier numéro. Le média le plus important de ma vie, mon idée, mon concept, s'est fait dans les larmes jusqu'à ce qu'on me dise dans un ascenseur en allant au travail que ça devait cesser tout de suite, que j'étais ridicule, qu'il y avait des choses plus importantes dans la vie qu'une rupture. Je ne l'ai pas cru mais l'autorité de Pascal Loubet était là, il fallait recevoir cette gifle mentale pour le bien de l'entreprise et du projet. Mais quelque chose s'est cassé ce jour-là. La certitude que le sommet de la ma vie était dépassé. Que sentimentalement, ce ne serait plus aussi fort. Que les hommes seraient moins beaux. Qu'il fallait que je me downsize.
Mon médecin m'a alors prescrit le Deroxat, du Rohypnol pendant 6 mois, du Lexomyl aussi et cette camisole chimique m'a permis de ne pas me foutre en l'air et de travailler comme un robot. Ce qui est, des fois, la seule chose à faire dans la vie pour aller mieux.

À partir de là, mes attentes romantiques sur la vie ont été drastiquement revues à la baisse. Les gens mourraient du sida, 1995 fut malgré tout le sommet de la House en terme de beauté musicale, j'ai appris à demander moins à mes boyfriends tout en leur donnant toujours plus, je me suis défoncé dans le travail et une partie de moi a été mise en sourdine. C'est connu, la beauté de l'antidépresseur, c'est qu'il vous empêche de craquer quand un petit problème de la vie vient vous foutre en l'air, comme une assiette qui se brise sur le sol, un découvert à la banque, le loyer à payer, une phrase que vous dites en public et qui vous fout la honte pour le reste de vos jours, une merde de pigeon qui vous tombe sur la tête (véridique, how embarrassing). Et avec cette annonce prévue que Têtu est en redressement judiciaire, vous comprenez que malgré tout, vous avez réalisé les choses les plus importantes de votre vie. Neuf livres, ce qui n'était absolument pas prévu au départ. Même s'ils ne se sont pas vendus, je n'ai jamais grandi en pensant que c'était à ma portée. Survivre du sida, là aussi contre toute attente, et je vous rappelle que ça demande beaucoup d'énergie et de discipline. Quitter Paris pour vivre à la campagne tout en sachant, forcement, que cet éloignement des centres de décision vous appauvrirait, c'est l'idée de Thoreau. La décroissance. Mais pas un seul moment de regret, je n'aurais pas tenu à Paris anyway, ça ne fait pas de doute. Avoir trois autres histoires d'amour, sûrement bancales mais avec des hommes qui ont été assez gentils pour supporter mon caractère. Lancer un petit club avec des amis pendant 6 ans. Se renouveler sans cesse après ce licenciement pervers de Têtu en 2008, relancer Minorités et tout ca bénévolement, sans être payé. Affronter la vieillesse à l'époque de Twitter et Tumblr, tout un bordel.

Sans cette pilule, que se serait-il passé? Je suis bien conscient que notre pays est le champion des antidépresseurs et je ne prétends pas être un exemple de cette dépendance face à Big Pharma. Mais quand j'entends ce qui est couramment dit sur cette classe de molécule, j'ai envie de faire mon coming-out de drogué au Deroxat. Ok, je fais chier beaucoup de monde, je suis têtu, on dit que je m'enferme. Mais c'est bien cet antidépresseur qui m'a permis de me focaliser sur ce qui était important et de ne pas lâcher prise. Cette pilule a-t-elle été le moteur de mes convictions? Je serais peut être tombé dans l'alcoolisme, la drogue dure, le bareback en 2000 ou tout simplement l'oisiveté.


Je n'ai jamais été guéri du trauma d'il y a 20 ans. L'idée de l'amour masculin reste une des grandes urgences de ma vie. Ces vingt dernières années n'ont pas rempli ce manque mais je suis parvenu à sortir d'une relation où finalement, j'étais trop dominé. Je croyais être heureux parce que c'était de l'ego social mais au fond, je vivais de ma frustration. Et je sais maintenant que c'était bien de se libérer même si cela entraînerait la solitude, celle que je vis encore aujourd'hui. Et puis, tout cet argent non dépensé chez le psy, c'est aussi une petite victoire non? Le Deroxat a libéré ma parole tout en m'empêchant de me jeter contre les murs à cause de la révolte qui est en moi. Il y a d'autres pilules plus chiantes à avaler tous les jours, je vous assure.

mercredi 11 février 2015

Je suis une impasse virologique



C'est vrai quoi. Indétectable depuis plus de treize ans, sans mec depuis presque deux ans, safe depuis 27 ans, il n'y a pas de virus qui franchisse la porte de ma maison. Même pas une grippe, pas de nouvelles IST à la mode, je suis le bout silencieux d'une longue chaîne de contaminations qui n'arrive pas jusqu'à chez moi. Tout le monde baise et je n'en vois même pas la queue de la comète. Du fond de ma campagne, c'est comme si les vagues de gonorrhées et de syphilis se désintégraient sous mes pieds, je suis le rédempteur du party'n'play. Ce n'est pas que je ressens un besoin urgent de condylomes (j'ai donné il y a longtemps, merci), de gale (non sans façon les mecs), de morpions (je ne me rappelle même pas la dernière fois) et encore moins d'hépatite C (alors ça, c'est sans moi, j'insiste) mais une petite chaude pisse, ça serait drôle! Je me vois aller au centre de dépistage du coin de ma campagne avec un grand sourire et dire fièrement : "Selon ma connaissance du sujet, qui est assez vaste, je crois  réunir tous les symptômes d'une gonorrhée, dépistez-moi!". Une impression de participer activement à un mouvement majoritaire, pour une fois.

Je ne suis pas en train de me désintéresser des nouvelles contaminations VIH et de la prévention chez les gays. Comme si ça pouvait m'arriver... Autour de moi, ça arrive régulièrement et c'est loin d'être amusant. Cela ne veut pas dire que je vais devenir un méchant barebacker non plus, je crois sincèrement que je fais partie de ces pédés qui ont été si traumatisés par le port de la capote que ma sexualité est altérée pour toujours. Si dans 5 ans on nous prouve scientifiquement qu'on peut baiser sans capote, j'aurai tout de même cumulé trois décennies de sexe sous contrôle, par choix et par principe donc je ne pourrai jamais rattraper le temps perdu. On en a bavé comme vous n'avez aucune idée en détruisant progressivement tout ce qui était le plus naturel dans le sexe. On s'est sacrifiés pour montrer l'exemple. Les petits malins ont commencé il y a plus de dix ans à oublier la capote mais pour nous, c'était moralement impossible parce que c'était notre devoir en tant que militants.

Je n'ai pas écrit sur ce blog depuis plusieurs mois car je voulais garder pour moi le plus longtemps possible le secret que je n'ai partagé qu'avec une poignée d'amis proches. Il y a un an, ce kid est venu chez moi et m'a enculé sans capote. C'était discuté depuis longtemps, dans tous les sens, vous me connaissez quoi, je ne vais pas faire un truc pareil sans avoir vérifié et fait la liste des pros & cons avec mon partenaire. Et je ne suis pas du genre à me laisser aller "dans le feu de l'action" ou je ne sais quelle excuse hormonale, chimique ou alcoolique.

Ça s'est passé exactement dans le flow des choses, sans scrupule, sans regret, sans panique ni délire sexuel particulier (Creampie imminent! Amen! Alléluia!). Je suis juste redevenu le kid que j'étais avant de devenir séropo en 1986 avec cette bite qui entrait comme lorsque j'étais jeune et que je ne paniquais pas à l'idée d'enculer non plus. Juste naturel, facile, like old times.

À part que ce n'était pas old times non plus. Entre temps, comme je disais, j'ai passé la moitié de ma vie en tant que poster boy de la prévention. Le garçon en face de moi était lui aussi séropo, indétectable, sans IST ni hépatite C. Ce kid était le rêve idéal pour moi, un rêve aussi vieux que la séropositivité, et il insistait qu'il ne voulait pas me transmettre quoi que ce soit. C'est à ce moment où je me suis mis à rire en disant "écoute, j'en suis à ce point de virginité qu'une chaude pisse me rappellerait enfin ce que ça veut dire, être gay". Bring it on! Deux décennies dans la crainte des fluides corporels et j'ai choisi ce kid, lui et pas un autre, pour vivre ce secret ensemble. De toute manière, ce qu'on a fait reste de l'ordre du super basique de 2014.

C'était ce jeune mec attiré par les hommes plus âgés qui est venu vers moi en disant "On va pas laisser Didier Lestrade si misérable" et comme il est naturellement doué dans le sexe, il m'a apporté cette attitude "OK daddy, je vais m'occuper de toi!". Car je suis un daddy désormais, pas de doute, je commence à peine à vivre ce que j'espérais en écrivant Cheikh.... 7 ans après.
Le fait de baiser sans capote la première fois avec lui est arrivé dans des conditions simples, ce n'était pas du tout de l'ordre de la folie, de la transgression et encore moins la révolte ou le breeding. Je ne suis pas en train de dire que ces conditions sont différentes de celles qui mènent beaucoup de gays à baiser sans capote aujourd'hui.  Je sais que c'est comme ça dans la sexualité de Now et 10 ans après The End, de nombreux paramètres ont changé. Je dis juste que je suis une impasse virologique, que mon partenaire l'était aussi à ce moment-là et j'ai le droit, en presque trente années de sexualité exemplaire au niveau de la prévention, de m'accorder pour un weekend ce que font les autres tous les jours.

Décembre, janvier, février, mars, on a fait ça quatre fois dans une sorte de parabole affective typique de l'affection moderne. Envol parfait à J0, apex sentimental à M2, puis dégringolade et nadir passionnel à M4. C'est comme ça avec les mecs aujourd'hui, ils se lassent incroyablement vite, huit mois de textos passionnés et de quoi faire un livre de messages FB pour une saison d'hiver qui ne débouche sur rien. Au départ, il n'était pas question de sexe non protégé, juste un kid super beau et smart qui voulait aider à me faire sortir d'une longue période solitaire de rejet. Mon cœur vivotait dans le bac à légumes du réfrigérateur. Avec les radis. Ce que j'ai fait, je ne l'aurais pas fait il y a 15 ans, 10 ans ou même 5 ans. Mais cette histoire fut aussi importante qu'une postface de livre, elle résume toute la souffrance accumulée par nous, les survivants de la prévention  classique. Tout ça grâce à un jeune mec séropo qui fait un effort vers un de ces daddies qu'il aime tant. Malgré notre différence d'âge, nous étions à égalité. Lui avec son histoire de contamination et son excellence dans le sexe. Moi avec mon histoire de vieux séropo et mon excellence dans... l'abstinence. C'était le pity fuck qui débloque tout et qui vous sort de l'impasse.

Et au-dessus de nos têtes se forme en clef de voûte une chapelle Sixtine de visages avec la foule de barebackers qui chantent "Ah ben c'était bien nécessaire de nous faire chier toutes ces années" mélangée aux visages affolés des amis "Didier si tu fais ça, c'est inadmissible" et les haters qui ricanent comme des hyènes. Comme si je pouvais devenir un barebacker avec tout ce que j'ai dit dans le passé.

Maintenant que j'ai publié ce dernier livre sur le sida où je raconte pratiquement vingt années d'efforts et d'obligations militantes, dans lequel je décris le long processus qui passe de la peur à la fierté pour arriver à la santé retrouvée. Tant pis si, parmi les 130.00 personnes vivant avec le VIH en France, à peine quelques-unes se sentiront intéressées par ce témoignage. C'est parce que ce processus a été irréprochable en termes de prévention que je me permets d'évoluer. Les données scientifiques sur le TasP, la PreP, n'étaient pas aussi claires il y a quelques années. Elles n'étaient sûrement pas envisageables au moment de l'écriture de The End, mon livre de 2004 sur la prévention des gays. Désormais, elles ne font plus de doute. Je ne veux pas dire qu'il n'y a pas de risque, c'est le contraire puisque le gros problème désormais, c'est le silence autour de cette maladie et la fausse idée que c'est réglé. Mais c'est le monde à l'envers maintenant. Ce sont les kids qui me disent qu'ils ne veulent surtout pas me refiler quelque chose. Je leur réponds que c'est facile, il suffit de faire un test de dépistage avant de venir me voir. Si j'ai passé un quart de siècle sans contaminer quiconque, ils peuvent bien faire ça non?

mercredi 28 janvier 2015

Un beau weekend


Tout a commencé quand au bout de 14 heures il a compris qu'il pouvait farfouiller dans mon placard de CDs pour choisir les disques qu'il voulait écouter. C'est un moment qui s'est réalisé plusieurs fois dans ma maison à la campagne. Dans Cheikh je racontais les soirées pendant lesquelles Rob et Victor se décontractaient après une journée du dur travail dans la maison de Ray en alternant leur choix de chansons. On avait déjà mangé, ils avaient pris leurs douches, on était sur le divan à papoter ou à regarder le feu dans la cheminée avec un film à la télé sans le son.

Rob allait chercher un disque, puis Victor allait en chercher un et d'une manière très décontractée, l'un et l'autre lançaient un classique ou une chanson secondaire d'un album oublié. C'était du ping pong sans DJ. C'était soit de la soul anglaise comme The Revival de Martine Girault ou un vieux Dionne Warwick ou un disque plus cheesy mais très bon de Take That. À chaque fois, je ronronnais de plaisir : "You guys are the best selectaaaas" parce que je n'avais rien à faire et je pouvais redécouvrir un aspect de ma collection (que je n'écoute plus) à travers le regard de deux soul boys blancs londoniens, ce qui est déjà une catégorie musicale en soi. C'était un an après Let Me Love You de Mario et ce disque était souvent choisi par Rob ou Victor. Nous étions tous renversés par la pureté de la construction du morceau. Il n'y avait que Ray qui bougonnait en disant "So what's the deal with this kid?" et on lui expliquait en riant parce qu'il n'avait pas pigé.


Donc là il a commencé à sortir les CD de Nelly et des trucs beaucoup plus pointus, je crois qu'il voulait me tester. Et tout d'un coup, il est devenu gaga en réalisant qu'il y avait plein de CDs de R.Kelly et de Keith Sweat et en discutant je voyais que de kid connaissait le concept du Quiet Storm par cœur tout en regrettant que ce genre musical soit désormais dépassé. D'habitude c'est moi qui explique mon amour pour le Quiet Storm, d'où ça vient, les émissions de soirée sur WBLS et Kiss FM et les cassettes de NYC que j'ai faites au fil des ans. À un moment j'entends un cri de joie quand je le vois tomber sur l'album signé de Kevin Little parce que j'avais presque été le seul à le chroniquer à cette époque et que la maison de disques m'avait envoyé un des derniers albums signés. Il met Turn Me On et c'est là qu'il me dit "Mais Didier, je n'ai jamais rencontré de blanc qui a des disques comme ça!" et je lui réponds "Bah c'était mon métier de journaliste quand même et puis n'oublie pas que je me suis spécialisé dans la musique noire depuis l'âge de 22 ans". Il me fait marcher en me demandant si j'aime les Cure mais en fait non.


La veille il est arrivé à midi et à 14h30 on avait déjà baisé, super bien, sur le divan du salon. Le kid est attiré par moi, même dans mes aspects les plus complexes. La maigreur de mes jambes toujours lipodystrophiées ne le dérange pas, il adore juste le daddy barbu aux yeux bleus que je suis, avec mes tatouages et ma pipe. C'est un énorme ajustement quand on rencontre quelqu'un pour la première fois qui n'est pas effrayé par ce qui repousse les autres et pour qui, au contraire, c'est l'ensemble de mon corps qui l'excite. Je ne suis plus habitué à ce niveau d'intérêt, mes anciens boyfriends n'ayant pas vraiment montré une grande curiosité de ce côté. Ça m'excite et ça me bloque en même temps. Je sais que ce genre de scrupule finit par s'évaporer avec la répétition du sexe mais on n’en est pas encore là. C'est d'ailleurs mon problème : la répétition a disparu.


Trois heures plus tard, alors qu'il fait encore jour, le feu brule dans la cheminée, tout est cosy et il dit "Maintenant ça serait bien de me fister". Il sort le matos et j'attends de faire ce qu'il me dit de faire. Je m'y prends bien et assez vite mon bras glisse au fond de lui et je ressens pour la première fois cette chaleur qui irradie mon poignet, mon bras. On s'arrête un peu pour respirer. Ensuite trois autres tentatives mais je sens que je perds mon assurance et donc je m'y prends mal. Il me dit que lui, la première fois, n'avait pas fait aussi bien anyway. Je suis content de l'avoir fait, encore une fois il me sort "Je suis étonné que tu n'aies jamais fait ça à ton âge, enfin tous les mecs que je connais l'ont déjà fait". Je lui réponds que ça se faisait moins à mon époque, qu'il n'y avait pas tous les gels et jouets d'aujourd'hui et puis, surtout, je n'ai jamais rencontré de mec à qui j'avais envie de le faire. Ça me dégoûtait en fait.


La soirée avance et il dit "ça serait bien qu'on écoute de la musique qu'on aime tous les deux". C'est limite shaddy mais je ne le prends pas comme ça. Je comprends que ce kid a besoin d'un daddy mais aussi d'un bro. Parfois il parle de disques ou de la carrière de Madonna comme s'il était Christian Bale dans American Psycho dans un registre moins psycho killer quand même lol. Il raconte ça nonchalamment, en ouvrant des boitiers de CD pour vérifier les titres. This kid...


Parfois il vient s'assoir à coté de moi sur le divan et il se prend la tête dans les mains et murmure "C'est la première fois que je rencontre quelqu'un qui comprend vraiment ce que j'aime dans la musique, à part ma famille". Il s'allonge dans mes bras, je le tiens en silence pour essayer d'ARRRETER de parler bordel pendant que je regarde la tempête qui frappe sur les portes et les fenêtres du salon, it's warm inside, on a toujours pas faim et on est en train de décider que non, en fait, on n'a pas besoin de foie gras et d'escargots et que la vodka suffira.


Il est 4 heures du matin. Chez lui, il est habitué à écouter la musique dans son casque ou à petit volume pour ne pas déranger les voisins et il s'inquiète régulièrement de la puissance de mon ampli qui, enfin, pousse ses enceintes dans une efficacité non retenue. Je le fais crier quand je balance So Sick de Ne-Yo, il connait les paroles par cœur qu'il chante doucement, presque pour lui, comme faisait Victor dans Cheikh. Chaque disque nous rapproche, comme si on était sur un dancefloor. Ensuite, il me dit qu'on devrait aller dans ma chambre et se mettre dans le lit pour écouter les disques de son iPod sur les enceintes de l'ordi. Il fait une play-list rapide pendant que je me mets au lit, lights dim down, et il me fait découvrir des artistes que je ne connais pas, c'est bien de bout en bout.
Et tout d'un coup, BAM, il envoie les 14 minutes du Shining Star de Get Far, le Pornocult Vocal Ouverture Mix (forcément pas sur Youtube) et ça fait dix fois dans la soirée qu'on a parlé de cheesyness dans la musique au point où il a sorti toute sa théorie sur le I Believe de Cher qui, quoi qu'on dise, est presque le premier morceau avec de l'autotune. Bien sûr, j'étais tombé sur le CD single, je lui ai mis, ça l'a rendu barge. Mais le disque de ce weekend, c'est quand je lui fais découvrir Paper Doll de PM Dawn, il demande à l'écouter deux fois à la suite et ensuite tous les remixes du CD single. Je savais que le côté flower power de ce disque allait lui entrer dans tous les pores de sa peau.


Il est 6 heures et la lueur du matin commence à apparaître à travers le fond de la campagne et à un moment il dit "ça serait bien de me mettre le butt-plug là" et il commence même à se préparer, je trouve ça sexy mais la musique est plus forte et un autre morceau de sa playlist le dirige dans mes bras, le morceau suivant est Phill Collins et on se moque gentiment des gens qui n'aiment pas Phil Collins, les cons. Lentement je sens ses yeux qui se ferment et que je prenais pour une écoute attentive se prolonge vers un sommeil léger. Je suis toujours high mais j'ai pris mes pilules pour dormir et je sais que ça arrivera plus tard. Je me lève doucement pour baisser le son de l'ordi pour qu'il s'endorme plus paisiblement. Moi, je reste les yeux rivés sur les captures d'écran de l'ordi où défilent mes acteurs pornos préférés pendant que s'écoule sa sélection de disques préférés.


Ce kid est impressionnant mais je sais qu'il y en a des dizaines comme lui, ma malédiction est de les effrayer alors qu'ils sont partout. Il est 7 heures, le jour se lève, je n'ai pas passé de weekend comme ça depuis... oh trop longtemps, je le regarde endormi dans mes bras et je cale ma respiration sur la sienne, je respire le parfum de sa sueur, j'attends ce moment où le sommeil viendra après une heure de parfaite synchronisation avec ses souffles, son sommeil profond. C'est un triste moment quand je me lève pour éteindre l'ordi et laisser place au silence. Je le retrouve dans le lit, heureux, contre moi, mes mains sous son T-shirt, mon corps contre le sien en spooning de la mort.


Je sais que c'est une histoire d'amour impossible, encore une, parce qu'il est amoureux d'un autre et c'est OK, ça fait partie du deal depuis le début. Entre les moments de respiration, je rêve de ceci ou cela, je fais le point sur les conneries que j'aurais pu dire pendant le weekend ou le fait de trop parler, je visualise cette collection de disques sur le sol du salon que je ne partage avec personne parce que, précisément, je n'ai personne avec qui la partager, c'est mort quand vous n'avez personne avec qui écouter tous ces moments uniques de la musique des 40 dernières années. Tout est délaissé parce que l'amour me fuit comme la peste qui dévore le choléra (oui, je sais que c'est pas ça l'expression).

mardi 27 janvier 2015

9ème livre


Parfois, on n'a pas envie de parler. Les gens ont envie d'oublier. Vous regardez d'un œil extérieur ce qui se passe sur FB et vous comptez machinalement le nombre de commentaires sur les pages des autres. Sur Twitter, beaucoup plus intéressant si on s'intéresse encore à la politique ou aux news, le moteur principal est la colère, mais une colère souvent vouée à l'échec, une impuissance devant les injustices de notre époque.

Ma petite théorie sur notre époque, c'est que la crise est là non seulement pour nous fragiliser mais surtout pour nous faire abdiquer. Avec la pauvreté qui grandit, c'est la purge intellectuelle et politique. Chaque mot devient un risque, il est fortement déconseillé de se faire remarquer - ce qui est très paradoxal à une époque moderne où, précisément, l'auto proclamation est la nourriture du selfie et de la célébrité. Aujourd'hui, pas une tête ne doit dépasser ou elle tombe, ce qui a un impact profond dans la culture, surtout dans un moment d'uniformité nationale.

La crise fonctionne comme une épuration, ceux qui sont bien placés survivent. Les autres n'ont plus envie d'être témoins des choses affreuses qui se produisent, on n'a plus envie de rire ou même de se moquer. L'avenir ne ressemble à rien de bon, il nous rappelle des décennies perdues à espérer quelque chose qui n'arrivera plus. Comme, en premier, moins de racisme. La récession est républicaine mais on la défend, on aime sa police. Objectivement, tout est plus grave. Ce qui se dit à la télé, dans les médias est si pervers que n'importe qui peut le voir désormais. C'est limpide.

Plusieurs mois sans rien dire en attendant que mon neuvième livre sorte parce que je tenais à ce que cela soit fait pour passer à autre chose. Et si ce premier livre édité chez BoD a pris beaucoup de retard, ce n'est pas grave. Des fois, ça ne sert à rien de précipiter les choses, surtout quand on se doute bien que le livre restera mineur. J'ai passé l'année 2014 à me consacrer à une relation amoureuse, en y donnant énormément de temps, d'espoir et d'attention. J'ai moins écrit parce que j'ai beaucoup aimé. J'espérais sortir enfin de la solitude. Mais ça n'a pas marché.

Comme je l'explique dans l'introduction de mon premier iBook, ceci est mon dernier livre sur le sida. J'ai presque tout dit à part quelques idées et expériences récentes dont je parlerai plus tard ici. J'ai passé presque vingt années à écrire ces 120 chroniques qui sont le fil invisible de mes livres. Si je les publie aujourd'hui à compte d'auteur, c'est parce que je m'en débarrasse. Ce sont mes mots mais ils sont tellement anciens que je les lis avec beaucoup de distance. Je les mets à disposition pour montrer les principes qui ont été ceux de beaucoup de personnes pendant les années tristes du sida. Mais deux décennies plus tard, nous avons changé, la sexualité et les traitements ont changé, le monde n'est plus du tout le même. Ca, en revanche, c'est bien.

Ce qui m'a intéressé dans ce projet, c'est de le faire comme si le livre était secondaire car c'est sa version Kindle que je mets en avant. Comme toujours chez moi, dans mes boîtes de disques ou mon site, c'est du home made. Le look nunuche du livre est assumé, j'aime les fleurs de mon jardin et Fred Javelaud a toujours su les capter au meilleur moment. L'impression de BoD s'avère décevante mais ce livre, posé sur la table, est un joli petit objet. Mais j'insiste, c'est la version iBook qu'il faut acheter parce qu'elle est supérieure. C'est fait exprès.

Tout d'abord, j'ai choisi de baisser son prix à son maximum, à 4,99€, c'est le prix d'un magazine donc on peut le voir comme un achat impulsif à moindre coût. Ensuite la version Kindle offre forcement plus d'éclat et la profondeur des photographies est préservée. Enfin, cette version compte des liens hypertexte qui dirigent vers des archives d'articles, des morceaux de musique que j'écoutais au moment où j'écrivais ces chroniques, année par année. Les textes des chroniques sont laissés brut, sans commentaires ni mise en contexte. J'aurais pu truffer ces textes de commentaires, je ne l'ai pas fait, je préfère toujours l'option simple à l'option érudite. Je vous encourage donc fortement à acheter la version à 4,99€ plutôt que la version à 19€ que je trouve de moins bonne qualité. Et puis, qui a vingt euros pour un livre de nos jours, je me demande...

Quand je dis que c'est mon dernier livre sur le sida, j'en suis convaincu. Et puis je suis entouré d'amis qui me conseillent depuis pas mal de temps déjà d'en sortir. Le sujet a disparu de la sphère culturelle, je dois être un des derniers à publier des news VIH sur Twitter alors que même les associations oublient de le faire. C'est mon dernier livre parce qu'on est passé à une autre époque. Pour ceux qui ont envie de comprendre (ou de se souvenir) de tous les sentiments que nous avons ressenti pendant ces deux décennies de survie communautaire, c'est un document source qui reflète l'expérience que la majorité de personnes séropositives ont traversée, à un moment de leurs vies. 

Ces sentiments ont valeur d'archive dans le sens où ces chroniques décrivent toutes les étapes séquentielles depuis les premières bithérapies peu efficaces contre le sida jusqu'au supermarché qu'est devenu le marché VIH d'aujourd'hui. L'itinéraire de ce livre est donc transparent : un long tunnel qui débouche sur une renaissance abîmée, déçue, solitaire.

Ces Chroniques du Journal du Sida sont mon premier livre sans éditeur, sans maquettiste, sans promo. Il est parfaitement adapté à la lecture sur iPad. Vous pouvez en changer la typo, lire les chroniques dans le désordre, commencer par la musique par exemple. Vous pouvez en tirer des extraits, les publier sur FB ou ailleurs. Si vous avez une carte de presse ou si vous êtes journaliste, vous pouvez en commander un exemplaire chez BoD. Si vous êtes contre Amazon, vous pourrez le commander chez d'autres libraires ici ou encore ici.


jeudi 17 juillet 2014

Le chiffre 23 chez Tumblr


Chez Tumblr, il y a un numéro magique qui revient régulièrement quand vous tombez sur une photo ou une image particulièrement belle. Vous sursautez un peu, le grand écran de votre ordi (sorry MacBook guys) éclaire le visage dingue d'un homme comme vous n'avez jamais vu. Ou bien c'est un vieux tableau classique ou une sculpture ou un GIF de la mort. Et comme un robot, vous appuyez déjà sur le bouton Like mais, à la même seconde, vous regardez le nombre de personnes qui ont posté ce truc.

23. Ou son chiffre gémeaux, 29. Il y a 23 personnes au monde qui ont aimé ce post, après tout ce sont vos précurseurs, vos soul mates probablement puisqu'ils sont si rares quand on compare certains posts de Tumblr qui font 10.000 likes ou davantage. La proximité est réelle. Vous connaissez souvent les tumblr de ces 23 personnes et si vous n'avez vraiment rien d'autre à faire, vous pouvez carrément leur demander, directement, ce qu'ils ont aimé dans cette image. Ce serait une bonne idée de chronique mais j'ai des idées comme ça tous les jours, comme tout le monde.

Le chiffre 23 est joli, comme le chiffre 29. Je n'y connais rien en numérologie et franchement je n'ai pas envie de nourrir ce texte avec une pseudo recherche cabalistique sur Google.

Bon allez, si vous insistez, on y va, mais en général, c'est toujours du bullshit sentimental. On nous dit que c'est un chiffre qui déborde d'énergie (23 mai, c'est la Saint Didier, un nom tellement boring et beauf qu'on en fait des films pour se moquer, avec raison), c'est le numéro des anges, des archanges (très Dogma) et des Illuminati, dans la bible c'est la marque de la prospérité physique (I wish!), financière (pas chez moi, ever!) ou spirituelle (ok, c'est ce qu'on dit quand on n'a ni le look ET l'argent) et puis c'est aussi le numéro du psaume le plus connu (Le Seigneur est mon berger, c'est pourquoi j'ai craqué pour Brokeback Mountain). Jules César a été poignardé 23 fois, il faut 23 secondes pour que le sang circule dans l'organisme, les spermatozoïdes et les ovules comportent chacun 23 chromosomes.  Michael Jordan portait le chiffre 23 sur son maillot et David Beckam a fait pareil au Real Madrid. Il y a même un film qui a été fait sur ce chiffre et Jim Carrey a joué dans un autre, ce qui dit tout, vraiment. Dr Pepper (que j'adore!) cumule 23 saveurs et il y a plein d'autres superstitions associées à ce nombre, ici aussi. J'avoue que je n'avais pas du tout cherché sur Internet tous ces datas avant de me lancer dans ce post.

Mais surtout 2+ 3 = 5 donc ça a forcément de la valeur. 23 est un chiffre agréable à écrire, ça pourrait être le nom d'un parfum ou d'un club techno démodé.


Mais son côté magique vient de sa récurrence. On appelle ça l'énigme 23. J'avais oublié que William Burroughs a lui-même été surpris par les récurrences spooky du chiffre et il a fini par les noter. C'est pareil sur Tumblr. Bien sûr, je ne sélectionne pas des images selon ce critère, je peux poster un truc qui a été aimé par beaucoup de monde exactement comme je peux apprécier un truc qui vient d'une poignée de personnes. Je suis tout aussi sensible aux très belles images ayant un score de likes plus réduits comme 17. Et puis il est toujours touchant d'assister à la naissance d'une belle image quand un Tumblr que vous suivez vient d'afficher une image vierge, celle qui vient juste de sortir, qui est encore vierge du moindre repost. Pour Tumblr, le N°1 est celui de l'inédit, c'est ce qui se passe par exemple quand vous faites une capture d'écran d'un film ou que vous publiez une photo que vous venez de prendre. Vous savez très bien que ce post ne fera pas 10.000 hits, ce n'est vraiment pas le but, mais qui sait, elle reviendra vers vous dans quelques mois après avoir effectué la tournée des 6 degrees of separation.

Conceptuellement, on pourrait faire un Tumblr avec uniquement des documents qui ont 23 likes et on lui donnerait le nom 23, pourquoi aller chercher plus loin? Le numéro 23 n'est pas celui d'une snoberie mal placée. On ne l'aime pas uniquement parce qu'il rassemble 23 personnes triées sur le volet (comme on dit) mais parce qu'il est le chiffre de l'underground sur Tumblr, un média social qui change les gens d'une manière aussi profonde que Facebook ou Twitter. On ne parlera jamais de cette image, même sur Vice ou WIRED. Ce n'est pas un lolcat ou un morceau de Disclosure. C'est un secret partagé.

Le chiffe 23 vibre, c'est tout. "When you start looking for something you tend to find it". C'est le même phénomène qui survient quand vous regardez une horloge digitale chez vous et que vous tombez sur 11h11 ou 22h22. On sait que ça veut rien dire, bien qu'il doit y avoir un terme de geek pour décrire ce moment, mais vous n'allez pas en faire un tweet. Ce numéro 23 attire votre regard comme une apparition du surnaturel mais c'est trop zarbi pour l'exprimer, bien que c'est ce que je suis en train de faire en ce moment même.


lundi 9 juin 2014

Club happy


Bon ça fait six mois que j'ai rien publié sur ce blog parce que j'attendais de raconter ce qui s'est passé depuis dans ma love life mais ça attendra et puis les textes sont déjà prêts et écrits. Surtout, comme il y a quelqu'un dans ma vie désormais, je peux enfin sortir dans les clubs. Vous comprenez, quand je suis seul, triste et pas amoureux, c'est impossible pour moi d'affronter la musique, même quand elle est bien. C'est comme ça, j'ai plus la force, il faut vraiment que je sache que quelqu'un compte pour moi, même s'il n'est pas à côté sur le dance floor ou qu'il est à 500 kilomètres, il faut que je puisse penser à lui quand je danse pour aimer les autres dans le club. Autrement je suis juste une pauvresse seule et je peux pas sortir, c'est pour ça que j'ai raté toutes ces fêtes @ Concrete et Wanderlust.

Tout ceci pour dire que le Weather Festival au Bourget, c'était la preuve que lorsqu'on aime quelqu'un, ça vous fait danser jusqu'à 8h du matin. Je n'ai même pas envie de faire un topo sur la musique, je l'ai trouvée bien dans toutes les salles. La grande scène Automne, je m'en fous si le son était trop bougli bougla, c'était un putain de hangar XXXXXXL avec des lumières et un stage à la Tron et les kids étaient heureux, ça tapait fort. La scène Hiver, j'ai adoré les lumières et ses 10 écrans verticaux et on y était déjà  quand Manu Le Malin est passé. La scène Eté avec ses plantes ressemblaient à une vieille compile de F.Com c'était drôle. 

Mais on a passé tout notre temps devant la scène Printemps, Ricardo Villalobos a tenu compagnie au soleil qui se couchait et après Sonja Moonear vraiment sympa, ça se voyait, on était collés par le son crispy de cette scène, loud and clear, avec des gens adorables et surtout ces putains de lumières qui ont été de plus en plus belles toute la nuit, au point où on n'a pas arrêté de regarder la scène, ce qui n'est vraiment pas mon genre. Je veux dire, les gens qui ont fait ces lumières au Weather Festival ont respecté une charte graphique qui était déclinée de salle en salle, avec un VDjing de première classe, le genre de truc qui vous recouvre de belles couleurs et qui propulse la musique comme un MC old school pouvait le faire. Après, Cabanne, Onur Ozer, Seth Troxler étaient juste parfaits dans le groove et c'était vraiment honteux de partir au début de Derrick May qu'on entendait de loin en faisant la queue pour la navette du retour mais je me suis cassé la jambe il y a 2 ans et là je sentais qu'elle avait vraiment morflé et qu'il fallait rentrer. D'ailleurs aujourd'hui, je suis incapable de marcher lol, c'est pour ça que je vous écris.

Je veux insister surtout sur le fait que l'organisation était parfaite et ça, il faut que je fasse un statement après mes articles qui râlaient sur la scène techno. La première soirée à l'Institut du Monde Arabe, c'était un peu n'importe quoi au niveau musical, il y avait des moments interminables entre les artistes sur scène pendant lesquels on nous passait un vieux CD de vieux funk même pas sexy à la Keziah Jones, comme si vous étiez à Solidays, les kids voulaient que ça cartonne et ça n'a pas cartonné, l'IAM n'était même pas illuminé de l'intérieur (Jack Lang fait des économies d'éclairage, , c'est la France, how cheap is that), mais l'organisation était déjà parfaite : pas d'attente pour entrer, pour les VIP, pour les bars, pour le vestiaire, juste bien.

Mais au Bourget, c'était le textbook total pour méga rave. Franchement, je n'ai jamais vu ça en France ever. Je ne prétends pas avoir vu toutes les raves depuis 20 ans mais je n'ai jamais vu une rave française organisée comme une rave anglaise. Je veux dire, des navettes pour aller au Parc des expos du Bourget, une entrée facile pour tous, de chiottes si nombreuses qu'on n'attendait jamais, des bars partout avec du personnel qui reste adorable jusqu'au matin, des robinets d'eau froide gratuite, des lockers pour ranger ses affaires, des bénévoles partout, un service de sécurité qui fait pas chier, cette rave à tellement bien été planifiée que j'ai pas vu de kids par terre, pas d'OD, et en tout cas la preuve que lorsque c'est bien fait, il n'y a pas d'antagonisme et de frustration donc du coup les gens ne font pas de bad trips.

C'est formidable d'aller danser quelque part en sachant que le fait d'aller aux toilettes ne va pas être une galère qui vous prend 20 minutes d'un temps précieux qui pourrait être consacré à danser ou à rien faire d'ailleurs, que si vous voulez une bière ou un Red Bull ça va pas vous foutre la haine, que vous n'avez pas besoin de bousculer quelqu'un pour aller de A à B et C ou même Z, et que toute votre nuit est consacrée à la musique et rien que la musique. Tout ce qui parasite le clubbing d'habitude est juste épuré pour que le fait même de traverser cet immense Parc des expos se fasse d'une manière adorable, sous le vent doux, avec vos copains, sans se perdre, sans le moindre petit feeling d'inquiétude. You know you're safe, in good hands.

A minuit trente, on pouvait commencer à voir que les kids étaient bourrés et commençaient à mal se tenir. Au lieu de faire le détour de la foule, ils traversaient le dancefloor en diagonale (le pire crime du savoir faire déficient), emmerdant ceux qui dansaient déjà, les filles piaillaient au lieu d'écouter le DJ, des trucs pas graves mais qui montrent un désintérêt pour ceux qui sont là, heureux, et qu'il ne faut pas bousculer. C'est pour ça que je me mets toujours derrière, surtout quand le son est si bon qu'il est presque meilleur à 200 mètres de la scène. Et puis là, en plus, on voyait les fusées Arianne sur le tarmac d'à coté, les avions de US Air Force et même 3 hélicos qui sont passés dessus à 6 heures du matin, magic World War Z.

Mais très vite, avant 5 heures du matin et le début de l'aurore, tout était redevenu love. Le pic d'alcool et de drogue était passé, les kids étaient plus mellow, et dès le début du matin, la politesse est revenue en masse. Dehors, on voyait que tous ces clubbers avaient déjà une longue expérience, c'est comme si on pouvait deviner l'affichage de tous les clubs où ils étaient allés à travers le monde, après tout c'était le weekend de la Pentecôte et il y avait leur aura de teuffeurs au-dessus de leur têtes, comme des flammes, filles et garçons. Il y avait tellement de beaux mecs et de jolies filles, it was eye candy. I mean, je n'ai pas vu autant de jolis barbus quoi. Si on allait se promener dans d'autres salles, on sentait l'énergie et la foule en train de clamer, il y avait un bourdonnement de cris heureux, les lumières étaient belles partout et même dans ce petit club alternatif du fond de la rave, avec une tribu de 100 personnes dansant devant un petit camion, c'était love et rigolades, une sorte d'antidote de rave en minuscule, very sweet. Je suis sûr qu'il y a des couples qui se sont formés là. Dans 6 mois, ça fera des mariages et dans un an il y aura des bébés. Nés de la House.

Fred, Rodolphe et moi, on est arrivés ensemble, on est restés ensemble toute la nuit. Une rave sans nos mecs, juste entre amis, comme on devait le faire depuis longtemps. On n'avait plus de batteries sur nos téléphones, pas de temps perdu à faire des selfies ou des textos ou des images de club, juste trois mecs qui se suivent et qui s'autorégulent leurs prises de bonbons et d'alcool. C'est une chose adorable de passer toute une nuit entre dudes gays, de reprendre le contact tout en dansant, de se trouver entouré de tous ces gens qui ont une expérience différente de la nôtre et qui se mélangent si bien. C'est complètement thérapeutique et les gens qui organisent ça doivent savoir qu'ils font réellement du bien à des dizaines de milliers de personnes qui partagent le plaisir d'une rave telle qu'elle doit être, du début de l'accueil jusqu'au départ. Pas un seul barman désagréable, pas une seule personne du staff qui fait la gueule, les gens ont tellement bien été briefés que c'est toute la chaîne de la musique qui est préservée, encouragée, mise en valeur.

Allez au Weather Festival et oubliez votre psy, pour toujours, I hope.