Ca commence comme du Spielberg sous Quaalude donc je dis oui. Sweet & camp, nice, belle intro qui nourrit le suspense, rien, de renversant, on dirait du FSOL et je me dis "OK, il fallait ça dans le melting pot de l'album, il faut dire que Paul Williams est là pour faire un featuring qui peaufine le calcul mathématique du disque en termes de cross-over et tout est beau jusqu'à 3:20 où on est en plein Savannah Band et Cherchez la Femme, un peu de Dixieland ne fait jamais de mal surtout avec des vrilles de synthés et finalement, c'est le morceau le plus classe de l'album, les arrangements de violons et de coeurs sont super, je n'ai rien à dire, la construction du track, mélange plein d'idées dans un mash-up qui est exactement ce que l'on peut attendre des Daft quand ils jouent à Lou Reed dans Goodnight Ladies. Quatrième caillou.
mercredi 31 juillet 2013
Daft Punk, 3 mois après
Ca commence comme du Spielberg sous Quaalude donc je dis oui. Sweet & camp, nice, belle intro qui nourrit le suspense, rien, de renversant, on dirait du FSOL et je me dis "OK, il fallait ça dans le melting pot de l'album, il faut dire que Paul Williams est là pour faire un featuring qui peaufine le calcul mathématique du disque en termes de cross-over et tout est beau jusqu'à 3:20 où on est en plein Savannah Band et Cherchez la Femme, un peu de Dixieland ne fait jamais de mal surtout avec des vrilles de synthés et finalement, c'est le morceau le plus classe de l'album, les arrangements de violons et de coeurs sont super, je n'ai rien à dire, la construction du track, mélange plein d'idées dans un mash-up qui est exactement ce que l'on peut attendre des Daft quand ils jouent à Lou Reed dans Goodnight Ladies. Quatrième caillou.
mercredi 18 juillet 2012
As One
L'autre jour je suis tombé par hasard (as you do) sur "Fantasy" d'Earth Wind & Fire et en chantonnant machinalement les paroles, j'ai réalisé à quel point cette idée du "As One" a disparu du vocabulaire de la musique moderne. Vous n'entendez plus un tube décrire cette unicité dans un monde où les teenagers, qui décident des orientations de la pop, n'ont plus du tout cette idée dans la tête.
And we will live together
Until the twelfth of never
Our voices will ring forever as one
Comme le décrit si bien Sherry Turkle dans un de ces nombreux articles qui tentent de déchiffrer comment la conversation moderne passe par de nombreux médias comme le SMS et FB, la nouvelle idée moderne c'est d'être "seuls ensemble". La vie contemporaine est remplie de "technologies qui nous offrent l'illusion de la compagnie des autres sans les demandes d'une vraie relation". Les jeunes surtout, communiquent tellement entre eux qu'ils ne supportent plus la solitude. "Quand les gens sont seuls, même pour quelques instants, ils ne tiennent pas en place et se jettent sur n'importe quel appareil. Ici la connexion fonctionne comme un symptôme, pas comme une guérison et notre besoin constant et involontaire de nous connecter à d'autres détermine une nouvelle manière de vivre".
Donc, As One existe toujours, c'est ce besoin d'être seuls ensemble alors que le As One de ma génération était l'espoir de dépasser le racisme sous toutes ses formes. Depuis les années 70, la pop nous incitait à nous rassembler. Les festivals de Woodstock et de l'ile de Wight, c'était ça. Ensuite la disco et danser ensemble, ce qui était totalement nouveau, c'était ça aussi. Ensuite la house et le message messianique de Chicago, la terre promise, c'était ça aussi. Ensuite la techno en a fait un tel symbole, à travers MayDay, la Love Parade et les teknivals, que Dirk Degiorgio reprend le terme pour faire de la deep techno chez Warp. Ce qui est intéressant, c'est que l'idée rebondit en 99 en Asie avec le duo Coréen du même nom...
Nous avons traversé la musique des années 60, 70, 80, 90 avec cette idée à construire et l'idée était si présente dans les paroles des chansons que c'était presque devenu un cliché. On avait presque les yeux au ciel, par une tendre ironie, quand on entendait un disque dans un club qui nous incitait à rassembler nos mains, élever nos esprits, coller nos corps. Earth Wind & Fire parlait de ça dans "Fantasy", un titre qui montre que tout ceci était un rêve et il ne tenait qu'à nous qu'il devienne réalité.
Dans le sexe chez les hétéros, être un c'est dépasser par l'orgasme la différence entre homme et femme. Chez les gays et les lesbiennes, c'est être un dans le réconfort d'une jumellité. Être un avec quelque chose (la nature, la musique, le sport), c'est avoir travaillé au plus profond de soi pour s'abandonner tel que l'on est tout en assimilant tous les codes et les règles qui font que l'on peut faire le grand saut. As One, c'est l'idée d'un habitant de la Terre, non pas parce qu'on est tous pareils comme voudrait nous le faire croire l'universalisme, mais parce qu'on est tous différents. Et très différents.
As One, en tant qu'idée, a disparu des paroles de la musique en une décennie à peine. Tout à coup, le R&B, la techno et la pop ont décidé qu'il fallait tourner la page et adopter le point de vue des kids. Ces derniers vivent ce besoin de rassemblement dans "une nouvelle forme de désillusion qui accepte la simulation de la compassion comme suffisante - pour la journée". Bref, tout est moi moi moi dans ce monde moderne.
As One a perdu sa dimension généreuse. Ces 40 années d'appel au rassemblement ont effectivement révolutionné le monde car nous vivons mieux qu'avant. Mais As One n'est plus une exigence. As One était une idée de camaraderie qui a presque disparu, par exemple, chez les gays. Et cette désillusion n'est pas seulement économique et politique. Nous ne faisons plus confiance à nos dirigeants et c'est chacun pour soi. Pourtant les crises sont toujours une période, aussi, pendant lesquelles nous disposons plus de temps pour nous occuper des autres. Alors pourquoi As One est un concept qui a disparu depuis la fin du siècle dernier?
La réponse se trouve dans les paroles d'Earth, Wind & Fire. Et ce qui se dit, encore, malgré tout, dans le Hip Hop. Ou dans "Friends" d'Amii Stewart. Bien sûr dans "Imagine" de John Lennon. Dans les mots de Martin Luther King qui ont été tellement samplés par la house. C'est un message que l'on passait de génération en génération, comme une légende vocale : "Je te dis ça parce qu'avant il y a eu Marvin Gaye avec "Mercy Mercy Mercy (The Ecology)". Et 23 ans après Marvin, il y a "I'm Your Brother" de Round One. Et 9 ans après, il y a "He Said" de Dominique.
Mais ces disques sont désormais des petits bleeps dans un ciel toujours aussi vaste alors que le bruit de la musique, aujourd'hui, est celui du moi moi moi. Au stade où même si les artistes modernes sont formidables, on refuse de se faire avoir. OK Beth Ditto, tu es brillantissime mais c'est trop toi. OK Daft Punk, vous avez réussi à traverser 15 ans de techno, mais c'est trop vous vous vous. Et même si le monde s'écroule sur nos têtes et que la récession ne va pas cesser de nous appauvrir, pouvons-nous croire à un nouvel espoir, un nouveau "Fantasy"? Celui d'être ensemble malgré l'adversité car non, les disputes ne nourrissent pas l'ego (POR FAVOR!?) mais le bien commun. Pour être As One, pas seulement sur FB et Twitter et Tumblr, mais ensemble devant le coucher de soleil. Et sans mettre un casque sur les oreilles ou un téléphone dans la main. You can do it.
vendredi 19 juin 2009
Mad as hell
J’ai toujours adoré, dans « Network » de Sidney Lumet (1976), quand les gens ouvrent leurs fenêtres et se mettent à crier : « I am mad as hell and I won’t take it anymore ! ». Je viens de dépasser la cinquantaine et je crois que je ressens toujours ce sentiment de colère. C’est pourquoi je vis à la campagne : au moins personne ne me voit quand je suis furieux. Par exemple, beaucoup de gens disent que la télé est pourrie (ce que je n’ai jamais vraiment pensé) parce que la télé est la meilleure fenêtre sur cette colère. Il suffit de regarder n’importe quelle chaîne info, tous les jours, pour s’imbiber de cette révolte. La seule observation du traitement de l’info mondiale est le meilleur moyen de préserver quelque chose en nous qui reste authentique, qui n’est pas foutu en l’air par tous les gens qu’on déteste avec fidélité depuis toujours. Franchement, je trouve trop facile de se définir par rapport aux choses qu’on aime (bien que je n’aie pas honte de mes 50 pages de fans sur FB). Il est beaucoup plus révélateur de faire une liste de ceux que l’on déteste. Les maires gays des capitales qui ne foutent rien et qu’on entend jamais sur les sujets qui fâchent. Les gens qui vous blacklistent parce que vous avez le malheur de soutenir Gaza. Les associations qui hébergent des militants qui finissent par être plus bornés que ceux qui travaillent dans les ministères. Les médias qui nous font encore chier avec des produits de luxe à 5000 euros que personne peut acheter. Les gens trop riches qui deviennent encore plus riches grâce au Pacs alors que ce dernier n’a pas été créé pour ça. Le cinéma français dans son ensemble, la chanson française dans son ensemble, les putes de Daft Punk qui foutent en l’air ce qui reste de l’esprit de la house, les Socialos qui n’ont toujours pas accepté les Noirs et les Beurs au plus haut niveau politique (comme au plus bas d’ailleurs). Les cons qui ne recyclent pas et ces putains de drogués qui nous emmerdent avec leurs dépendances chimiques ou sexuelles.
Selon Gilbert & George, « It takes a boy to understand a boy’s point of view ». Je n’ai jamais prétendu être autre chose. Je parle de ce que je connais. D’où je suis. Nous sommes en train de vivre une crise sans précédent et tous les gens qu’on admire sont en train de nous convaincre de ne pas regarder là où ça brûle. Music as usual ? Business as usual ? You must be joking ! This is a moment of a lifetime !
Ce qui est notable désormais, ce n’est pas le nombre de personnes qui ont des problèmes psy et qui consultent. C’est la très grande partie de ces personnes qui se plaignent du peu d’aide que leur procurent les psys qu’ils consultent. Mais le pire absolu, c’est qu’ils acceptent cette situation, comme si cela faisait partie du marché psychanalytique.
J’oublie souvent que je parle comme quelqu’un qui n’a rien à cacher. Pour la première fois depuis vingt ans, je ne travaille pas pour quelqu’un d’autre, je suis libre, je peux dire ce que je pense. Je suis fondamentalement attaché aux faits et je frémis à chaque fois que je vois ces homosexuels à la télé, dont certains sont séropos, qui ont vécu ces dix dernières années à se cacher. Ils sont persuadés que personne ne voit leur mensonge. Les sourires et les applaudissements qu’ils reçoivent à longueur de temps sont une manière de cacher cet étonnement intime, quand on se demande : « Mais pourquoi ne le dit-il pas ? ». Le temps passe. Chaque année, ce temps s‘étire et la déception finit par gonfler en prenant des formes très visibles. Tout le monde se chauffe sur l’homophobie, mais personne, vraiment personne ne montre le doigt vers ces pédés planqués pour dire que ce sont eux, les principaux fautifs de cette homophobie. D’anciennes menaces d’outing s’oublient et s’ajoutent à d’autres déceptions militantes qui fusionnent avec d’autres incohérences politiques. Je me rappelle que lorsque nous avons créé Têtu en 1995, j’étais persuadé que nous finirions par rattraper le retard que la France avait face à ses pays voisins. Force est de constater, en 2009, que l’échec est total sur ce sujet – et Têtu n’est pas fautif, c’est l’ensemble de la culture gay française qui a refusé de bouger. Quand je dis que le crise économique actuelle ressemble souvent à la déception vécue à l’intérieur de la communauté gay, c’est un peu ce que d’autres remarquent dans leur propre domaine. Gail Collins, le 12 décembre 2008, écrivait dans l’International Herald Tribune que la culture pop n’avait toujours pas abordé le problème de la crise. Dans « The Good News From Illinois », elle remarquait : « Yet Hollywood starlets and pop singers have been unhelpfully quiet ».
Six mois plus tard, rien n’a changé.