mercredi 8 juin 2011

Golum du coming out


Donc il étaient tous gays, c’est ça ? Même pour un homosexuel grand teint comme moi, les révélations successives sur la sexualité d’Abraham Lincoln, de Malcolm X, de Ghandi etc. sont une sorte d’émerveillement naïf. On y avait pensé, notre gaydar avait fonctionné et émis les signaux de rigueur, mais personne n’osait penser que de tels leaders politiques puissent être des suceurs de bites. Ben, c’est fait, c’est dit, c’est acté. Et on se demande toujours pourquoi l’homosexualité fait tellement peur, quand elle est associée à l’Histoire avec un grand H et au Destin avec un grand D. On finit par se dire que ces hommes étaient immenses dans leurs domaines parce qu’ils étaient vraiment amoureux des hommes – et pas seulement de l’humanité.

Chez les gays eux-mêmes, il existe toujours une part d’incrédulité quand on apprend que telle ou telle personnalité historique était gay. Je ne parle pas ici d'Etienne Daho, je parle des très grands leaders à la Alexandre. Dans le cas de Malcolm X, si quelqu’un avait osé affirmer une chose pareille il y a 30 ans, au moment de la sortie du fantastique maxi de Keith LeBlanc, personne ne l’aurait cru. Pareil pour Lincoln, il fallu un livre respecté et reconnu par l’académie pour imposer une idée relativement peu discutée : et si les USA, à leur naissance, avaient été influencés par un groupe d’homosexuels très visionnaires ? Ghandi, là on est au sommet de l’inavouable, d’ailleurs les réactions à ce livre, en Inde, on été si vives que le livre qui raconte tout ça est pratiquement interdit. Et quand j’ai consacré un chapitre entier sur l’homosexualité de David Henri Thoreau dans « Cheikh », j’ai été épaté de voir le dédain que cela a provoqué chez les spécialistes de cet auteur. Car si on additionne les figures américaines très importantes du milieu du XIXème siècle, de Melville à Whitman, il est très facile de démontrer que la naissance et l’essor des Etats-Unis, en tant que nation, ont été fortement marqués par une homosexualité décomplexée, franche, lumineuse, qui contribue toujours, pour moi en tout cas, à rendre l’Amérique plus gay que tous les autres pays. Car le mouvement gay est bien né aux USA, rappelons-le, pas dans l’esprit de cette folle coinçada de Foucault.

Je l’ai toujours dit. Je ne fais pas partie de ces gays qui sont à l’affut de ce qui est gay ou pas. Les newsletters des medias gays font ce job désormais. Je ne pensais même pas que Ghandi et Malcolm X étaient gays tels qu’on imagine des homosexuels sous le terme gay. Mais ce sont des hommes politiques de premier ordre, au niveau mondial, qui ont eu des relations sexuelles avec des hommes et des passions amoureuses avec des hommes et cela a influencé leur philosophie – et ça me suffit. Le premier homme dont je suis tombé amoureux à 18 ans n’était pas gay et pourtant il m’a aimé physiquement et sentimentalement comme peu d’homosexuels m’ont aimé. Je le mets, hétéro qu’il est, dans le TOP 10 des hommes de ma vie. Il m’a influencé, je l’ai influencé. Il m’influence d’ailleurs toujours aujourd’hui et je l’influence toujours aujourd’hui.

Quand on apprend, dans le détail des correspondances et des voyages, que des hommes illustres comme Gandhi ou Lincoln ou Malcolm X étaient homosexuels, cela rend encore plus méprisable le refus de célébrités beaucoup moins remarquables d’aujourd’hui à faire leur coming out. Bien sûr, Gandhi, Malcolm X ou Lincoln n’ont pas fait de coming out ; ils vivaient dans des époques où le terme de coming out n’existait pas vraiment. Mais ceux qui vivent aujourd’hui savent très bien de quoi je parle. Et ils se cachent. Alors que les scandales français sur la vie privée ne cessent de se multiplier – et il vont se multiplier car ils sont de plus en plus fréquents à travers le monde et la France n’est pas une île à part dans cette envie de transparence - les folles françaises dans le placard s’imaginent qu’Internet ne fera pas remonter au grand jour les cochonneries parfois pas très éthiques qu’ils ont pu accumuler ces dernières années. Car tout ce caca est beaucoup plus chargé émotionnellement quand il est caché. À partir du moment où vous écrivez un livre pour raconter vos expériences parfois borderline, comme Alex Taylor ou Olivier Py l’on fait, c’est complètement ouvert, c’est dit, c’est revendiqué. Et il n’y a rien à dire, il n’y a pas eu de backlash contre Alex Taylor ni Olivier Py, à la rigueur, ça devient de la littérature. Au contraire, tout le monde a dit que c’était courageux de raconter leurs histoires SM.

Mais les mêmes pratiques, cachées et défendues par une armée d’avocats qui entourent tel ou tel exécutif de maison de disques ou tel ou tel PDG industriel, c’est beaucoup plus explosif. Et ce qui est explosif explose toujours. Shit always happen. Un mec qui s’est fait contaminer par une célébrité le dit un jour ou l’autre. Et ce qui se passe au niveau des élites gays de ce pays est exactement ce qui se passe avec les élites politiques au sens plus large. Ces élites gays nous déçoivent parce que ça fait dix ans qu’on attend un geste politique de leur part et il ne vient toujours pas. Pire, ils nous préviennent en off dès à présent qu’ils ne feront pas de coming out à l’occasion des prochaines élections présidentielles.

Nous, on a fait notre coming out depuis longtemps et il y a plein de gays et de lesbiennes qui font leur coming out tous les jours. Et ces célébrités se persuadent que ça ne sert à rien. Ils sont là, à tenir leur lâcheté politique comme le golum du « Seigneur des Anneaux » : « My precious ! » murmurent-ils comme des créatures souterraines qu’elles sont. My precious ! Ils imprègnent les partis politiques et le PS en particulier, que ce n’est pas important. De toute manière, pour le PS, ce n’est jamais le bon moment. Avant DSK, ce n’était pas le bon moment. Après DSK, c’est encore moins le bon moment. Il y a toujours une excuse pour la lâcheté de l’affirmation.

Et la colère gronde à la base. Le milieu associatif gay et sida a tellement reculé en France sur le coming out que les magazines gays préfèrent interviewer des stars hétéros sur le coming out qu’ils n’ont pas à faire plutôt que d’interroger des stars gays qui se cachent. A mon avis, Patrick Bloche n’a toujours pas fait de coming out officiel. On préfère se faire chier avec Lady Gaga plutôt que lancer une dynamique de l’affirmation qui aurait un vrai impact lors des élections présidentielles.

Car ces élections seront marquées par la vie privée et par toutes les casseroles éthiques et les boules puantes accumulées dans le secret de la classe politique et ça va être saignant. C’est donc aujourd’hui qu’il faut faire son coming out, tant que le climat n’est pas passé à la tuerie d’une échéance électorale qui risque de déchirer le pays. Car les gays et les lesbiennes, à la base, en ont marre. Ils défilent à la Gay Pride, mais ils ne voient toujours pas une seule célébrité à leurs côtés. Et bientôt, ils se tourneront vers le lobby LGBT qui est sensé défendre leurs droits et ils leur demanderont : « C’est tout ? Vous voulez dire que la Gay Pride de Moscou, c’est plus important que le coming out des leaders de ce pays ? Vous vous foutez de notre gueule ou quoi ? C’est marqué sur Google qu’ils sont gays !

12 commentaires:

Anonyme a dit…

D'accord, mais la Gay Pride de Moscou, ça vaut quand même la peine d'en parler... oui, non? Et je pense que c'est quand même aussi important que le coming out de quelques personnalités bien placées et influentes.
-david

Anonyme a dit…

Google c'est pas terrible pour le coming out.
Si je prends un chanteur pour minettes des années 80, j'ai d'abord le droit à juif comme proposition (un classique google). Puis en aidant un peu google avec la lettre G c'est guignol qui sort, gay n'arrive qu'en seconde position.
En fait non, google c'est super efficace il est probablement plus guignol que PD.

Anonyme a dit…

Google c'est pas terrible pour le coming out.
Si je prends un chanteur pour minettes des années 80, j'ai d'abord le droit à juif comme proposition (un classique google). Puis en aidant un peu google avec la lettre G c'est guignol qui sort, gay n'arrive qu'en seconde position.
En fait non, google c'est super efficace il est probablement plus guignol que PD.

Anonyme a dit…

Et que pense "Homosexualité et Socialisme" de ses précious députés in the closet ?

Un point de vue ? Ou rien ? !

Comme d'habitude.

question a dit…

ça existe encore homosexualité et socialisme ?

Didier Lestrade a dit…

Bien sûr, ça exist encore H&S, je les appelle les rois fainéants de la comunauté gay, 20 ans à rien foutre et le PS qui croit connnaître les gays parce qu'ils ont Denaloë... Normal que ça nne marche pas.

Madjid Ben Chikh a dit…

Bloche, c'est pour moi un cas unique. Sorti du placard a 18 ans, en couple avec la platine Ducloux, puis retour au placard ou il s'est enferme a double tour...

Fatbear a dit…

M'en tape que les hommes ou les femmes politiques sortent publiquement du placard. Par contre j'aimerai qu'ils fassent leur boulot et qu'ils donnent les mêmes droits à tout le monde.

Anonyme a dit…

super bonne itw de Macé-Scaron par Yannick Barbe

http://tv.yagg.com/2011/05/25/joseph-mace-scaron-auteur-de-ticket-dentree-on-ne-sera-jamais-quun-invite-au-grand-banquet-social/

qui étaye tes propos !

tousfichés a dit…

google and co ça fait un peu peur

http://gw2.geneanet.org/index.php3?b=jfabienne&lang=fr&m=N&v=LESTRADE


http://www.fondationtanagra.com/popup.cfm?nsypopup=2837&cfid=81064&cftoken=53357

fille de Pau a dit…

Oui, je suis d'accord avec toi "tousfichés" : l'avenir risque de nous réserver quelques surprises dans ce domaine de la protection d'une vie "privée".
A ce sujet, je ne suis pas toujours d'accord avec les idées exprimées par Didier sur la transparence. Certes je comprends les arguments d'un militant de la cause Gay mais... moi-même je me croyais lesbienne à 20 ans et, vingt-cinq ans plus tard, je me définirais nettement bisexuelle.
Le président sortant de la CNIL, Alex Türk vient de publier un livre terrible sur ce sujet "La vie privée en péril"....

tousfichés a dit…

merci pour la référence. grace à Didier j'ai aussi découvert owni et cet article sur le sujet http://owni.fr/2011/06/23/les-reseaux-sociaux-au-service-de-la-societe-de-surveillance/