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vendredi 14 janvier 2011

Archives envy


Ce qui est passionnant quand on publie ses archives sur le net, c’est de regarder en détail le traffic que cela provoque. Il y a des documents qui plaisent et qui font plaisir à tout le monde parce qu’ils s’y retrouvent. Il y a les vieilles photos en noir et blanc des années 80, tout le monde aime ça aussi, c’est innoffensif et ça n’engage à rien. Les articles vieux de 10 ans, déjà ça commence à être compliqué, ce n’est pas assez daté pour être vintage et c’est trop polémique pour être accessible à tous. Les chroniques qui ressemblent à ce que dit le détective dans « True Blood : « Avant ils se moquaient de moi parce que je disais la vérité, maintenant ils se moquent de moi parce que j’avais raison », ça les fait chier.

Et puis, il y a les récentes publications de Magazine. Quand j'ai mis les premières le 31 décembre dernier, il y a eu un intérêt, c’est vrai, mais moins prononcé que ce que j’imaginais. Je n’ai pas pris la mouche, après tout les gens font ce qu’ils veulent et puis les jours qui suivent le réveillon, tout le monde est de mauvais poil et pas très réveillé de toute manière. C’est quand l’interview de Butt sur Magazine a été publiée que le pic des visites a été impressionnant. Soudain, mon site dépassait tous les records précédents, je n’avais jamais vu autant de monde, c’est comme si c’était le premier jour des soldes dans un grand magasin. Le nombre de visiteurs après Butt m’a étonné. Visiblement, les étrangers qui vont sur le site de Butt sont beaucoup plus curieux que les français, pourtant plus directement concernés puisque la majeure partie des textes est en français. Faut dire que ça commence à être drôle: peu de médias gay français intéressés par l’expo Maga et de ces archives alors que Butt en parle, ça commence à être ridicule pour eux, m’enfin…

Tout le monde sait que pour motiver un intérêt durable sur n’importe quel site, il faut le nourrir tous les jours. Ce qui est totalement burdensome et factice de toute manière. On n'est pas la Poste et je n’ai pas envie de devenir slave to my own website après avoir passé 40 ans à être slave to the rhythm. Ma première analyse, c’est que les français sont moins intéressés par l’idée d’archives que les américains (le site de Butt est à New York, pas à Amsterdam). Ce n’est pas parce que les américains ont une population 5 fois supérieure à la nôtre, ils sont sincèrement curieux de découvrir des archives qu’ils ne comprennent pas entièrement mais qui font partie de la culture gay en général. Les français sont intéressés par les archives de Magazine, mais mollo, et c’est leur droit. Par exemple, ils sont très rares à forwarder sur leur site les archives de Maga, à en parler sur FB, Twitter et Tumblr, alors que les américains sont plus enclins à encourager un reblog, un commentaire.

On va encore dire que je privilégie la culture américaine, que je regarde toujours ce qui est positif chez eux et le négatif chez nous. Après tout, les américains ne se sont pas beaucoup mobilisés quand les librairies LGBT ont fermé les unes après les autres. Et la disparition de ces librairies célèbres et symboliques, comme A Different Light à New York et San Francisco, Giovanni’s Room à Philadelphie, accentuent ce phénomène alors que Les Mots à la Bouche de Paris existe encore. Un commentaire intéressant sur un site américain déplorait la fermeture de ces librairies gays et la perte de l’ambiance qu’on y trouvait. Il y avait dans ces endroits un feeling important et chaleureux. Alison Bechdel a fait beaucoup de BD à partir de l'univers des librairies lesbiennes. Pour ma part, à chaque fois que j’allais à New York ou à Londres, je ne pouvais pas concevoir de ne pas aller faire un tour tout de suite à Oscar Wilde Memorial Bookshop ou Gay’s The Word.

Toute cette longue introduction (si vous êtes encore à lire ceci, c’est que vous êtres vraiment une persone curieuse) pour arriver à la description d’un des endroits que j’aime le plus au monde. J’ai souvent exprimé mon amour pour Housing Works, mais je n’ai jamais écrit de texte qui explique pourquoi j’aime tellement cette librairie sur Crosby Street à New York. Housing Works est une association qui a été créée au pire moment du sida. L’idée était simple. Les malades du sida mourraient et laissaient derrière eux des collectons entières de livres et de disques. Au lieu de jeter tout ça à la rue dans la précipitation d’un enterrement souvent problématique, Housing Works proposait de récupérer ces collections et les revendait. Et avec le bénéfice de la vente, l’association aidait les malades en leur offrant des appartements thérapeutiques pour ceux qui n’avaient plus de toit avant de mourir.

Non seulement le concept est unique et totalement généreux, mais surtout: il marchait. Grâce à une éthique et une organisation rigoureuse, les livres et les disques en vente provenaient directement de personnes disparues et on sentait dans ces objets le passé de là personne décédée. Certains livres étaient annotés, certains avaient même des dédicaces des auteurs, certains avaient des dédicaces d’homme gay à homme gay, et puis beaucoup de ces livres possédaient un parfum rare de la culture d’alors. Aujourd’hui, l’essentiel des livres vendus par Housing Works ne provient plus vraiment des personnes décédées par le sida, mais ce sont toujours des lots qui arrivent tous les jours, par cartons entiers, d’un décès, d’un déménagement, d'un divorce, d’un drame quelconque.

Ce n’est pourtant pas le drama qui m’intéresse ici. Housing Works est loin d’être un endroit lugubre. C’est un grand loft, ouvert sur la rue, avec une passerelle circulaire au premier étage, comme une bibliothèque classique, avec des rayons et des rayons de livres présentés par thème. Et ce qui est merveilleux dans cet esprit américain de la passion du livre, c’est qu’il y a un petit bar qui vend des jus de fruits, des cakes et tout ce qui est délicieux et simple dans le cadre d’une recherche de livre. Un autre intérêt non négligeable: dans une ville où il est si difficile de trouver un endroit pour faire pipi ou caca, il y a des toilettes libres toujours propres (avec de très beaux lavabos, fact fans). Donc quand on se promène dans Manhattan, il est toujours judicieux de prévoir un détour par Housing Works pour prendre un verre, se réchauffer (en hiver) et passer au pipi room.

L’ambiance de cet endroit est magique. On peut y rester des heures sans avoir le moindre regard d’interrogation de la part d’un employé. L’humeur est studieuse mais cool, les gens discutent à voix basse. Tout est en bois. Il y a une section LGBT assez renversante, avec des livres anciens et modernes. Il y a des sections historiques et scientifiques, tous les sujets en fait, c’est une sorte de mini-Strand où le prix des livres est affolant: 1 dollars pour un classique, quelques dollars pour un collector. Le seul dilemme est de se demander comment on va ramener tous ces bouquins en France, si lourds dans les bagages à l’aéroport.

Les années passent, tout change, mais dès que j’arrive à New York, Housing Works est toujours une des premières choses que je fais dès le lendemain de mon arrivée. C’est un lucky charm, une manière de commencer le séjour du bon pied, comme aller voir ce que vend la boutique Supreme, juste à côté. C’est un rituel de bienvenue, qui me donne aussi une idée de l’actualité littéraire américaine car dans le lot des livres, beaucoup sont récents. En un clin d’œil, on se met à la page du discours politique du pays. De part son histoire, Housing Works est une boutique gay frienfly, mais qui n’est pas gay en soi. C’est un endroit minoritaire, mixte, des femmes, des noirs, des latins, anything. Je me rappelle qu’un jour, je devais être particulièrement sentimental et quand je suis passé à la caisse, j’ai fait une sorte de déclaration, du genre « Je viens ici à chaque voyage à New York depuis 15 ans et je voulais vous dire que j’adore cet endroit » et le vendeur gay m’avait regardé avec un look détaché, comme si j’étais en plein overshare, et je m’étais senti con, mais je n’avais pas regretté d’avoir dit ce que j’avais sur le cœur. Comme Marvin Gaye quand il avait composé un double album à son ex-femme, « Here My Dear ».

Bref, tout ce texte pour parler d’archives. Internet ferme les librairies les unes après les autres et c’est normal. C’est irréversible, mais il y a dans ces endroits un feeling unique. Après tout, dans 10 ans, je suis persuadé qu’il y aura des livres qui feront l’apologie des premiers Starbucks à Paris, comme celui à côté du Cox à Paris. « Tu te rappelles le Starbucks à côté du Cox ?" diront les jeunes folles d’aujourd’hui, qui y passent des heures à papoter, à parler sur leur portable ou faire whatever the fuck they feel like doing. Donc je ne fais que susciter chez vous l’envie d’aller à Housing Works la prochaine fois que vous irez à New York. N’oubliez pas que ces endroits sont appelés à disparaître, comme la merveilleuse Pop Shop de Keith Haring qui se trouvait à 50 mètres de Housing Works. Il faut respirer l’ambiance de ces endroits avant qu’ils ne soient dispersés par le vent moderne d’aujourd’hui.

mercredi 13 janvier 2010

Juste la beauté


Je suis incroyablement heureux de voir le renouveau des revues et fanzines gays depuis cinq ans. Avec tout ce que l’on sait sur les difficultés de la presse, il y a des homosexuels qui s’acharnent à développer une liberté éditoriale et visuelle que les médias gays traditionnels ont du mal à offrir désormais, pour les raisons que l’on connaît. Il s’agit d’un tournant décisif de la culture gay moderne. Pendant longtemps, j’ai cru que l’époque de Magazine serait révolue pour de bon. Travailler avec le papier, aller à l’imprimerie, payer les factures de l’imprimerie, diffuser des revues d’une manière artisanale, se faire payer pour des pubs difficiles à obtenir, difficiles à conserver, dans le monde actuel, c’est un labour of love.
A New York comme partout, cela fourmille de publications. Il faut au moins un fanzine gay par pays. En fait, ce revival du support papier est une des adaptations évidentes face à l’omniprésence d’Internet. Comme je le dis toujours, Flickr est une mine d'hommes magnifiques. Laurent Chambon et d’autres n’arrêtent pas de me bombarder de sites qui rassemblent ces mecs. La photographie moderne regorge de visages et de corps. Je ne parle pas de bites ici, mais de portraits. Ces revues sont une manière de trier cette surabondance d’images et de faire du sens en choisissant certaines images plutôt que d’autres.
C’est ce que faisait Straight to Hell dans les années 80, quand Boyd McDonald juxtaposait des nouvelles de sexe (toujours bien écrites, avec beaucoup d’histoires de mecs qui se draguaient dans des coins paumés des USA, à la Joe Cage) avec des photos de mecs à poil provenant de studios divers, sans rapport avec le texte. Butt, Pinups ne cessent d’illustrer cette partie sexy de la culture gay moderne, avec un fort penchant bear, mais pas seulement. Il suffit de regarder la diversité des mecs dans le calendrier 2010 de Butt. Il y en a presque pour tous les goûts, comme on dit. Même si la colle de ce calendrier ne tient pas les feuilles, ce qui est l’erreur NUMERO UNO à ne pas commettre quand on se lance dans un calendrier qui, par essence, est un objet qu’on n’arrête pas de malmener. Les folles de Butt devaient avoir un lunch avec Marc Jacobs quand le calendrier est parti au brochage.
La France est encore à un bon niveau avec Kaiserin et Monstre. Belle impression, beau papier, un travail clair sur la maquette, une tradition du formalisme français, dont se réclamait Magazine à son époque. La très grande majorité des fanzines et revues pour hommes, à travers le monde, respectent des maquettes très basiques. L’American Typewriter de Butt est le même que celui de Maga. Ce sont des fanzines qui préfèrent souvent une impression en noir et blanc, pour mieux revendiquer un lien historique avec la vieille presse. C’est aussi une manière de garder des volumes pleins, des reliefs d’encre marqués, des trucs masculins quoi.
Les fanzines et revues françaises ont ce je-ne-sais-quoi d’inquiet qui ne m’a pas échappé, bien sûr. Monstre et Kaiserin ne sont pas des médias joyeux. Tous les autres titres étrangers sont plutôt happy happy happy, on ne parle pas trop de ce qui cloche chez les gays, tout le monde est sexy, c’est normal, ce sont d’abord des revues érotiques, il ne faut pas l’oublier. Les modèles de Butt sourient souvent et il y a un élément d’humour positif affiché. Il s’agit de la génération des gays de la trentaine qui a envie de vivre et de baiser, refusant de se caler sur la génération précédente qui a BEAUCOUP SOUFFERT LOL. Dans ces magazines, le sida est persona non grata.
Mais les Français sont plus inquiets. Est-ce que c’est un révélateur de la France ? Déjà, ils écrivent d’une manière beaucoup plus appliquée. On sent que ces garçons en ont gros sur la patate. Ce qu’ils veulent exprimer ici, ils n’ont pas pu le dire ailleurs. Le temps passe, les années aussi, et l’envie de s’imposer est brûlante. C’est très intense. Par exemple, j’ai totalement adoré le texte "Du voile et du placard" d'Ibrahim Abraham dans Monstre, mais je n’ai pas compris la première partie, tellement je suis cruche, ou tellement c’est compliqué. J’aurais été fier de publier quelque chose d’aussi brillant dans Minorités, même si je ne suis pas d’accord avec tout. Ce qui prouve qu’il y a des sujets transversaux qui apparaissent dans nos médias, sans pour autant rabâcher les banalités qui rassurent la communauté LGBT.
« Fanzine » a donc été un des mots-clefs des dernières années. Le renouveau du fanzine bouscule l’image des gays telle qu’elle se développe dans les pages des grands médias gays à travers le monde. Le type d’homme que l’on voit dans ces revues reste largement peu représenté dans les magazines majeurs. Et même si ces fanzines répondent à des niches très précises, avec des maquettes qui répondent à des codes bien définis dans le genre, certaines idées pourraient être adaptées par une presse dominante dépendante des nouvelles modes. Il y a plein d'idées dans No Milk Today ou Spunk.

Le seul truc qui me tarabiscute (un drôle de verbe !) avec ces fanzines, c’est (soupir, here we go again) le peu de noirs et de mecs de toutes les couleurs. Butt en choisit toujours quelques-uns, et montre aussi des latinos et quelques asiatiques, mais on ne peut pas dire qu’ils sont aussi intéressés à l’idée de montrer des noirs que des Espagnols ou des Jordaniens. Dans toutes les revues marginales, les noirs ne sont pas là. Ça m’énerve parce que ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Et ça m’irrite d’un point de vue érotique aussi, parce que je trouve qu’il faut vraiment le faire exprès pour ne pas tomber gaga devant toutes ces photos de blacks gays super beaux qu’on voit partout. Pareil pour les Arabes. Je ne parle pas de ces photos super jolies où les mecs posent devant des photographes pros, mais toutes ces photos où on les voit au naturel. Ceux que l’on voit dans ces revues, ce sont finalement ceux qui appartiennent au circuit des A gays, de la scène art/sexe/Liban/whatever qui est à la base de ces fanzines.
Ces fanzines, c’est toujours une affaire de mecs blancs, middle class. Et la lacune de la mixité raciale m’énerve d’autant plus que les gays qui dirigent ces fanzines vivent tous dans des pays où la mixité raciale existe dans la communauté gay. Par exemple, Facebook est un média de cliques, c’est bien connu. Mais même dans FB, on voit bien que beaucoup de personnes ont des « amis » noirs ou beurs ou turcs ou whatnot. Au moins, si ce n’est pas réel, ces minorités ethniques sont là grâce à un fantasme et j’ai la bêtise de penser que c’est déjà ça. Or il y a plus de mixité raciale sur FB que dans ces fanzines, qui sont pourtant le domaine du possible, de l’expérimentation, de l’audace.

Il y a un an, grâce à Facebook, j’ai retrouvé beaucoup de personnes avec qui je travaillais à l’époque de Magazine. Billy Miller, par exemple, qui dirige aujourd’hui Straight To Hell, faisait partie de l’underground arty de Chicago (je crois) et je possède encore des tirages photos de ses performances. Comme AA Bronson, il fait partie de ces mecs sympas et érudits qui n’ont cessé d’aimer ce support alternatif. Moi j’ai arrêté ces fanzines dans les années 90 et 2000, parce que j’en avais marre de la vie instable imposée par des factures d’imprimerie toujours en retard, mais eux n’ont pas cessé, ils sont restés fidèles. Quand le revival des fanzines est arrivé, ils étaient forcément aux premières places, avec des tonnes d’images à publier. Sur FB, il est très facile de repérer ce microcosme fanzine international, on voit clairement qui est ami avec qui, c’est aussi tellement plus facile de contacter les gens qui ont la même passion pour ces revues parallèles.
Si je devais faire un fanzine aujourd’hui, ce serait 1) soit Capture le projet de Thomas Doustaly, mais c’est son idée donc c’est pas possible 2) soit un fanzine qui reprendrait une partie de cette icono immense de mecs, gays ou pas, sur Flickr. En les mélangeant avec des photos de mecs vraiment bien de Facebook. Pas forcément les plus beaux (bien que), mais surtout ceux qui ont l’air d’être les plus sympas, comme lui par exemple.
Je pense même qu’il y a largement matière pour un bouquin Tashen. Exactement comme les fanzines comme Butt et Pinups illustrent d’abord une attraction pour les bears et les mecs naturels, et les sacralisent en tant qu’objets que l’on peut garder chez soi, il faudra bien que quelqu’un tente de figer une partie de la surabondance des photos de beaux mecs, d’où qu’ils viennent. C’est une question de santé mentale ! Par exemple, je retrouve désormais sur des sites des photos qui ont été, pour moi, la base de mon identité sexuelle. Des pleines pages de Playgirl d’il y a 40 ans. Je croyais être le seul à avoir un délire particulier pour telle image, je croyais surtout qu’elles étaient oubliées à jamais, et les voilà qui réapparaissent sur Internet.
De même, les librairies LGBT sont remplies de bouquins de photo érotiques où les mecs sont beaux, mais aussi très pétasses. Il doit y avoir un marché pour ça puisque ces bouquins ne cessent de sortir, et l’industrie porno a envahi ce créneau aussi. Mais il y a beaucoup moins de livres de photos qui montrent la vraie vie des centaines de milliers de gays à travers le monde
Ce qui se passe sur Flickr depuis plusieurs années est absolument à se tirer les cheveux. Et les gens ont besoin d’avoir un objet chez eux qui résume une partie de cette hypertrophie picturale. Exactement comme dans la musique. Plus elle devient virtuelle et plus les gens ressentent un désir confus de posséder un objet qui symbolise cette activité, qui sert de focalisation matérielle. L’iPod a servi à ça, c’est connu. Aujourd’hui, les vinyles réapparaissent. Il faut un livre qui résume et rassemble ces photos. Bien sûr, il y a le bouquin de Rough Gods, mais il devrait y en avoir beaucoup plus.
Dans la dernière décennie, il y a eu une profusion de livres de photographie sur le hip hop, le skate, le surf, les tatoos, tous les bouquins vendus chez Colette. Juste à côté, les revues et les fanzines. Ce sont des objets qui vivent ensemble. C’est pourquoi, par exemple, je ne fais pas de différence entre une revue et un fanzine. Le dénominateur commun, c’est de sortir des systèmes de diffusion de la grande presse. Et il y a eu assez de revues qui copiaient les fanzines et assez de fanzines qui copiaient les revues pour savoir que la frontière est souvent fine. Ces produits sont vendus ensemble. Vous trouvez Butt dans chaque grande libraire internationale et 50 mètres plus loin, il y a une boutique American Apparel. C’est comme ça.
Donc, pour moi, le rêve, c’est de revenir à des revues ou fanzines où ces mecs de Flickr et de Facebook sont réunis. Sans trop de blabla intellectuel. Sans trop parler de « problèmes ». J’entends certains dire que je n’y connais rien à l’art moderne. Comme si on devait être cuting edge sur tous les sujets. Comme si je n’avais pas remarqué le jargon de l’art moderne et à quel point c’est du bullshit. Moi ce qui m’intéresse, c’est un sujet beaucoup plus bête, beaucoup plus facile, beaucoup moins intellectuel. C’est juste la beauté. Il faudrait un Jamel Shabazz gay.