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mercredi 5 mars 2025

Mémoires : sortie aujourd'hui!


envoyé par Jimmy Somerville



Tout d'abord je ne suis pas mort. C'est drôle le nombre de personnes sur FB qui me demandent ça. Je suppose que si ce livre était posthume, vous le sauriez, non? J'ai voulu un titre minimal, à la Comme des Garçons, parce que ça se passe entre l'année de ma naissance et l'année du rendu du livre.

Ensuite, je vois que certaines personnes s'étonnent de ne pas être dans l'index du livre. C'est bien simple : ce livre fait 500 pages, j'en ai écrit le double. La première version incorporait même des interviews de mes frères, ma mère. Il a fallu couper ce qui dépassait à la tronçonneuse, des portraits d'ami(e)s, mais aussi des parties plus personnelles comme mes looks divers. Si le livre a un peu de succès, je les rajouterai sur mon blog, autrement, tant pis, c'est ce qui arrive. Et puis des extraits se terminaient mal pour certaines personnes, j'ai préféré finir ces Mémoires sur une note positive. Enfin, certains amis ne sont plus des amis comme Thomas et Rodolphe, qui n'ont pas accepté ce que je disais sur eux, donc là c'est réglé.

Comme je le dis dans la préface, on peut commencer ces Mémoires où l'on veut. Il y a cinq parties : de la naissance à 19 ans, les amours et les amis, le travail et le militantisme, la musique et enfin la nature. Je sais que vous serez nombreux à commencer par la musique, j'y consacre presque 100 pages, après tout c'est mon métier de base. A la fin du livre se trouve la playlist de ces Mémoires avec un cryptogramme, vous pouvez écouter 15 heures de musique sur Spotify, bonus cadeau. Le livre offre aussi 8 pages de photos à l'intérieur du texte, je n'ai pas pu tout mettre, mais c'est un autre bonus.

Forcément, quand on saucissonne sa vie en cinq parties, il y a des répétitions. La pire est "il n'est pas mon genre" utilisée pas moins de 4 ou 5 fois, oubliant de noter que j'en suis conscient! On pourrait en faire un t-shirt ironique et conceptuel. Il y a aussi une dizaine de coquilles dont une majeure et je m'en excuse, et cela aurait été tellement pire sans l'aide d'Emilie Pointereau chez Stock, la meilleure éditrice de ma carrière, qui a du supporter mes innombrables fautes de syntaxe, parfois même des contresens, corrigées par Sophie Harinck et Olivier de Solminihac qui ont fait un travail admirable, surtout dans la partie musique avec tous ces titres de chansons qu'il a fallu vérifier une par une. C'est la première fois que je donne crédit à ces corrections! Vraiment Emilie, merci, j'écris ce texte pour vous.

Pour un dernier livre, car c'est mon dernier, j'ai bénéficié des conseils de Guy Birenbaum qui m'a dirigé vers Stock (l'idée de Spotify c'est aussi lui, ainsi que le petit cahier de photos). Il m'a dit : "Il faut faire un beau livre". Je n'ai pas été censuré sur la Palestine, sur rien d'ailleurs.

Et enfin, merci à mon frère Lala qui m'a accompagné tout au long du livre, son aide a été précieuse pour les souvenirs et certains passages sont les siens, avec les nombreuses blagues qu'il faisait pendant notre enfance. Il a aussi corrigé un nombre incalculable de répétitions, il est la présence évidente de ces Mémoires. Je n'y serai pas arrivé sans lui.

En allégeant ce livre, il a gagné en simplicité, en reflétant ma voix. Mon écriture est plus fluide. Les deux cent premières pages se lisent d'un coup, c'est ce qu'on appelle un page turner. Je suis satisfait de ces Mémoires, malgré les coquilles, je vais enfin pouvoir m'occuper de mon jardin et de mon site perso, il va falloir refaire les archives de Magazine qui ont un glitch, et celles de Gaie Presse qu'il faut scanner, mais ce sera un plaisir de retraité.

Bonne lecture.

jeudi 14 juin 2012

Tu sais que tu es gay quand...



Il y a trois mois, je suis allé voir Somerville à Londres et il m'a offert un tirage d'un portrait de lui, datant de 1985, où on le voit portant son bombers MA-1 de toujours avec le blason Keith Haring sur la poche de la manche gauche. On s'est tout de suite mis à plaisanter sur le fait qu'on s'était débarrassés de ce blouson (le mien était bleu lui aussi, avec un blason ACT UP New York à la place) après y avoir beaucoup réfléchi. Pour nous, c'était impossible de le cacher dans le fond d'un placard. Il fallait absolument le jeter. Même pas le donner à quelqu'un. Le jeter à la poubelle.

Quand j'ai écris ce texte pour Têtu sur le même sujet, en novembre 1999, je prévoyais le revival du bombers autour de 2005. Nous sommes en 2012 et ce revival n'est toujours pas là, ce qui prouve que cet item possède une histoire trop lourde chez les gays et que nous n'avons encore pas fait le tour du processus. Pourtant, Jimmy et moi sommes passés par tous les stades de la bathmologie et les diverses étapes de réflexion se résumaient, à la fin des années 90, à ça :
- Je ne veux plus le voir, ce blouson
- D'un autre côté, ça fait 15 ans que je le porte
- Mais justement, c'est complètement out
- Mais ça va revenir, c'est obligé
- Oui mais même dans ce cas, tu ne peux pas faire comme Montana, porter ça à 54 ans, même au millième degré
- Montana peut le faire, pas toi
- Donc je le jette ou je le cache à la cave?
- Non tu le jettes pour être vraiment certain que tu ne le porteras plus jamais, même plus tard, même si tu adores ce blouson.

Et c'est comme ça que je me suis regardé mettre ce blouson dans un sac de poubelle, puis dans un autre sac de manière à ce qu'un voisin de ne le trouve pas dans le container de l'immeuble. Que ça arrive chez Emmaüs, pas de problème, mais je ne veux même pas m'en charger moi-même. Quelqu'un porte mon bombers quelque part et je m'en fiche, je ne veux pas le savoir, c'est tout.
Comme je disais dans le papier de Têtu, ce blouson d'aviation américain avec sa doublure intérieure orange était LE symbole gay des années 80 et 90. Il y avait tellement d'hommes qui le portaient que c'était un signe de reconnaissance et c'est en partie grâce à lui que l'on a inventé le terme de clone chez les homosexuels, que beaucoup de gens ne comprennent toujours pas d'ailleurs (on me demande toujours "C'est quoi un clone gay?" et il faut que je sorte l'Encyclopædia Britannica. Il y avait trois modèles : le vert kaki (très classe avec un treillis), le bleu foncé à reflets canard (chic en toute occasion) et le noir (plus anar, plus SM). Bien sûr, je n'ai jamais porté de bombers noir, pouah, et puis je me disais, ça va, deux couleurs ça suffit hein.
Ce qui était merveilleux avec ce blouson, c'est qu'on pouvait avoir passé le pire (ou le meilleur) week-end, recouvert de bière et d'autres liquides, puant la transpiration et la cigarette ou les différentes fragrances de poppers, il suffisait de le jeter dans la machine à laver pour qu'il réapparaisse comme neuf. En nettoyant son bombers, on remettait les pendules à l'heure, tout était oublié, comme après confesse (j'y vais pas mais vous avez compris), prêt à faire d'autres bêtises. Même quand on avait une sale gueule, ce blouson vous rendait sexy. On sortait dans la rue et c'était comme si vous disiez "Je suis prêt, TUVAWARE".

Pourquoi j'en parle aujourd'hui. Parce que j'ai été épaté de voir que Jimmy avait fonctionné de la même manière. Ce n'était pas un blouson que l'on pouvait offrir, même si on savait que cela aurait été un geste généreux. Il fallait vraiment effectuer le geste symbolique de s'en séparer parce qu'il avait accompagné nos plus belles années de drague et de danse et qu'à partir d'un certain âge, il fallait tourner la page, même si cela voulait dire que l'on n'aurait plus jamais un look aussi pratique. Cet ami-blouson était l'accessoire N°1 du basique gay, quand on n'avait pas beaucoup d'argent : un jean, un bombers, des Doc Martens et voilà, pas besoin d'acheter autre chose. C'était l'anticonsumériste gay minimal à son sommet. Et on l'avait tellement aimé, on était si reconnaissant, ce blouson avait été si fidèle en vous accompagnant partout, en France et à l'étranger, vous protégeant du froid et de la pluie, parfois même de la violence et des coups, qu'il était chargé de trop de souvenirs. C'était pas possible autrement, à moins de risquer un anévrisme en le découvrant par hasard, quelques années plus tard, dans le fond mystérieux de ce placard où on ne va jamais.

Je sais qu'il existe toujours des gays qui portent ça et à la limite je le respecte même si je trouve le procédé borderline zarbi. On est en 2012 les mecs. Autant porter un loden, c'est tout aussi effrayant socialement et culturellement. Au secours quoi. Et je sais que ce blouson bourgeonne chez les stylistes de mode qui ne cessent de tourner autour, essayant de trouver le truc qui le réhabilitera dans l'exemple éblouissant d'un post modernisme qui ne respecte plus rien. Car ces stylistes savent bien qu'ils ont un classique en face d'eux, que l'on peut décliner avec plein d'autres tissus, de coutures, d'idées. Le jour où une célébrité comme Michael Fassbender, suivi pour son flair vestimentaire, se promènera d'une manière répétée avec un bombers new style, qui parvienne à être fidèle à l'original tout en étant complètement réinventé et que cette image se trouve sur une pub de parfum, on aura atteint un revival massif de rue avec des milliers d'hipsters et de kids hétéros qui s'y mettront.

Mais ce n'est pas encore fait, loin de là. Je peux me tromper mais je pense qu'il faudra attendre encore un an ou deux, ou plus. Je suppose que Rihanna ne s'est pas encore penchée sur le sujet, ni Madonna (et pourtant...) ni Lady Gaga. Et puis, c'est quand même un blouson essentiellement masculin. Mais quand ça arrivera, selon la formule consacrée, remember where you read it first.


lundi 28 décembre 2009

All the young dudes


Je reste quand même impressionné par la succession de coming out importants en ce moment. Le dernier en date, Gareth Thomas, a surpris même mes copines anglaises, qui ne sont pas souvent surprises. On a déjà tout dit sur cette affaire émouvante, mais pourquoi a-t-on l’impression que le système du coming out est plus dynamique dans d’autres pays ? il y a sans cesse des apparitions de gays à pouvoir comme le ministre des affaires étrangères allemand ou la maire lesbienne récemment élue de Dallas, Texas. Partout à travers le monde, c’est une lumière de plus qui clignote du Brésil, du Canada ou d’Espagne. Ca blippe de partout.

Je ne vais pas encore radoter sur la place silencieuse de la France dans cette frénésie générale. On dirait qu’à l’étranger les gays et les lesbiennes n’arrivent plus à se cacher. La peur quotidienne, ils ne veulent plus la vivre. Ils arrivaient à surmonter cette terreur, il y a dix ans, mais ils se trouvent tous confrontés à la facilité de la vie gay. Ces hommes et ces femmes de carrière voient autour d’eux des gays de 16 ans totalement affirmés et ils se disent : « Pourquoi pas moi ? ». En France, on dirait qu’ils ont moins de scrupules à vivre sans beaucoup de courage.

L’Angleterre est plus dynamique dans le coming out parce que ça remonte à loin. Avant même les campagnes d’outing spectaculaires, avec plus d’une centaine de membres de clergé dénoncés, l’Angleterre a vécu à travers les vies privées des grands dinosaures, Boy George, George Michael et Elton John. En fait, ces folles ne se sont pas vraiment fait remarquer par leur coming out, mais par leurs problèmes avec la justice précisément parce que leur sexualité était problématique..

Quand culture Club avait beaucoup de succès, Boy George se disait bisexuel. Quand Wham ! avait beaucoup de succès, George Michael se disait hétéro. Nous, à l’époque, ça nous faisait bien rire, mais on ne va pas revenir sur ça non plus.

Il s’agit, encore une fois, de très grands artistes. Je ne vais pas revenir sur la popularité de Boy George en 1984 et je ne radoterai pas non plus sur les qualités de compositeur de George Michael. J’ai adoré leurs disques, ils étaient camp, c’était le golden age de la pop anglaise. Parallèlement à leur succès, Jimmy Somerville avait fait son coming out dès le début. Boy George et George Michel étaient mal à l’aise face à ce précédent. Jimmy les forçait, dans un sens, à se positionner.

Tout le monde connaît cet angle du militantisme des années 80. Ce qui est moins discuté, et là j’arrive à mon sujet, il est temps au bout de 2500 signes, c’est que Boy George et George Michael ont finit par rejoindre la position de Somerville, à travers leurs problèmes avec la justice. Le premier passe 15 ans dans la drogue et séquestre un rent boy chez lui. Le gosse finit par s’échapper, à poil dans la rue, traumatisé par le traitement subi. Meanwhile, George Michel était devenu une divinité de la musique, mais il s’est fait choper plusieurs fois dans les chiottes publiques à travers le monde. A chaque fois, les médias ont été particulièrement atroces. L’anecdote du paparazzi qui l’a suivi en bagnole de Londres à Brighton pour le choper juste au moment où il sortait de sa voiture est assez révélatrice.

Ce qui est intéressant dans ces affaires, ce n’est pas la déchéance sexuelle. Ce qui est intéressant, c’est qu’à un moment, il y a 3 ou 4 ans, les deux George (puisqu’on va les appeler ainsi), se sont dit « what the fuck ». Ce n’est pas parce que Boy Gorge a eu des problèmes de drogue dans les années 90 qu’il est arrivé à une binge sexuelle SM où il finit par violer un prostitué. Et ce n’est pas parce que George Michael a été chopé dans les chiottes publiques à LA qu’il a décidé de ne pas le faire à Londres (ou partout où il va d’ailleurs). A un moment, ces homosexuels ont décidé de faire ce que Somerville avait décidé il y a bien longtemps, en 1985 : sa célébrité ne l’empêcherait pas d’aller draguer dans les parcs et de se bourrer la gueule. Je suis bien placé pour le savoir parce que j’étais là souvent quand il faisait la première page des tabloids parce qu’il avait fracassé sa pinte de bière sur la tête d’une folle qui la faisait chier en boite. Mais, depuis, Jimmy drague toujours et, aux dernières nouvelles, de temps en temps il se coltine une cuite mémorable en public. Mais les médias n’en parlent plus. Il fait tellement partie du décor des folles célèbres de Londres qui se bourrent la gueule et qui baisent avec des freaks que ce n’est plus du matériel à scandale.


Gareth Thomas a sûrement fait son coming out parce qu’il avait toutes les qualités pour débloquer gravement, comme l’ont fait les deux George. Dans son domaine, il est à ce niveau de perfection, c’est un artiste du rugby. La violence qui est dans son jeu de sportif, c’est la même violence qu’exprime Boy George dans le sadisme de sa relation avec le rentboy, c’est la même que s’inflige George Michael quand il va sucer une bite dans des toilettes publiques et qu’il sait qu’il va se faire attraper par les médias. Somerville m’avait raconté, en 1984, que lorsque Elton John avait découvert le premier tube de Bronski Beat, il avait envoyé sa voiture pour aller chercher Jimmy, Larry et Steve car il voulait les rencontrer. Le problème, c’est que Jimmy habitait à l’époque dans les tours de Camberwell. Et qu’Elton avait envoyé sa Rolls, qui attendait à côté de l’entrée. Jimmy m’avait dit : « Tu comprends, c’est gentil de sa part, mais c’est complètement débile, il n’y a jamais de Rolls qui passe par là, il pourrait se la faire brûler. Et puis, on a l’air de quoi ? Il cherche à nous impressionner ou quoi ? ». En fait, Jimmy savait déjà, à cette époque, sans avoir rencontré Elton John, que ce dernier vivait dans un monde qui était très éloigné de celui du commun mortel. C’était déjà « Sunset Boulevard » sur la Tamise. C’est la folle à son niveau le plus dingue, celle qui arrive chez Colette et qui fait fermer la boutique pour faire son shopping et qui achète tout en 4 exemplaires, pour être certain que ses 4 maisons principales auront chacune un set complet des objets qu’il vient d’acheter. C'est de l'extravaganza.

Elton John est un peu la vieille multi-millionaire anglaise, le mothership en quelque sorte. Elle a une responsabilité de mère par rapport à toutes ces stars gays qui ont faire leur coming out depuis 25 ans. Il doit préparer une fête pour Gareth Thomas as we speak. Mais ces hommes célèbres n’ont pas choisi de faire leur coming out uniquement pour être libérés de la peur du secret. Ce n’est pas uniquement une question d’identité ou de fierté. Ils n’ont pas envie de devenir des rôle modèles. Eventuellement, ils s’affirment en tant que gays pour pouvoir jouir des droits de tous les gays, c’est-à-dire : faire des conneries de gays. C’est ce que dit George Michael quand il se moque méchamment d’Elton en disant : « Je sais très bien qu’il attend que je vienne chez lui, chialer à sa porte, pour qu’on me mette en cure de désintox ». Il n’a surtout pas envie d’offrir ça à sa grande sœur Elton John.

Et je crois que l’Angleterre est en avance sur nous, en termes de coming out, parce que les Anglais vont beaucoup plus loin que les autres dans le délire de ce que l’on peut faire – ou non. Ce n’est pas seulement l’influence des tabloïds, le côté rance de la justice anglaise, leur violence urbaine, l’alcool, le foot, la force des séries à la « Little Britain » ou Catherine Tate. Ce sont ces dinosaures de la pop et du cinéma qui établissent ces limites, les Boy George et les Isaac Julien, les George Michael et les Ian McKellen. Et même quand Rupert Everett semble sortir des phrases définitives de vieux réac sur son coming out, il ne faut pas oublier qu'il n'aurait pas pu faire autrement. Il devait faire son coming out. Ces hommes ont souffert pendant toute leur vie des privations causées par la vie dans le placard. Quand ils arrivent à en sortir, c’est comme si leurs pulsions submergeaient leur self contrôle. Il faut qu’ils déconnent.

Bien sûr, en France, le pays où le off est roi, les gays au placard peuvent à la fois déconner, et jouir de leur cachette. D’où l’ennui.