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mercredi 5 mars 2025

Mémoires : sortie aujourd'hui!


envoyé par Jimmy Somerville



Tout d'abord je ne suis pas mort. C'est drôle le nombre de personnes sur FB qui me demandent ça. Je suppose que si ce livre était posthume, vous le sauriez, non? J'ai voulu un titre minimal, à la Comme des Garçons, parce que ça se passe entre l'année de ma naissance et l'année du rendu du livre.

Ensuite, je vois que certaines personnes s'étonnent de ne pas être dans l'index du livre. C'est bien simple : ce livre fait 500 pages, j'en ai écrit le double. La première version incorporait même des interviews de mes frères, ma mère. Il a fallu couper ce qui dépassait à la tronçonneuse, des portraits d'ami(e)s, mais aussi des parties plus personnelles comme mes looks divers. Si le livre a un peu de succès, je les rajouterai sur mon blog, autrement, tant pis, c'est ce qui arrive. Et puis des extraits se terminaient mal pour certaines personnes, j'ai préféré finir ces Mémoires sur une note positive. Enfin, certains amis ne sont plus des amis comme Thomas et Rodolphe, qui n'ont pas accepté ce que je disais sur eux, donc là c'est réglé.

Comme je le dis dans la préface, on peut commencer ces Mémoires où l'on veut. Il y a cinq parties : de la naissance à 19 ans, les amours et les amis, le travail et le militantisme, la musique et enfin la nature. Je sais que vous serez nombreux à commencer par la musique, j'y consacre presque 100 pages, après tout c'est mon métier de base. A la fin du livre se trouve la playlist de ces Mémoires avec un cryptogramme, vous pouvez écouter 15 heures de musique sur Spotify, bonus cadeau. Le livre offre aussi 8 pages de photos à l'intérieur du texte, je n'ai pas pu tout mettre, mais c'est un autre bonus.

Forcément, quand on saucissonne sa vie en cinq parties, il y a des répétitions. La pire est "il n'est pas mon genre" utilisée pas moins de 4 ou 5 fois, oubliant de noter que j'en suis conscient! On pourrait en faire un t-shirt ironique et conceptuel. Il y a aussi une dizaine de coquilles dont une majeure et je m'en excuse, et cela aurait été tellement pire sans l'aide d'Emilie Pointereau chez Stock, la meilleure éditrice de ma carrière, qui a du supporter mes innombrables fautes de syntaxe, parfois même des contresens, corrigées par Sophie Harinck et Olivier de Solminihac qui ont fait un travail admirable, surtout dans la partie musique avec tous ces titres de chansons qu'il a fallu vérifier une par une. C'est la première fois que je donne crédit à ces corrections! Vraiment Emilie, merci, j'écris ce texte pour vous.

Pour un dernier livre, car c'est mon dernier, j'ai bénéficié des conseils de Guy Birenbaum qui m'a dirigé vers Stock (l'idée de Spotify c'est aussi lui, ainsi que le petit cahier de photos). Il m'a dit : "Il faut faire un beau livre". Je n'ai pas été censuré sur la Palestine, sur rien d'ailleurs.

Et enfin, merci à mon frère Lala qui m'a accompagné tout au long du livre, son aide a été précieuse pour les souvenirs et certains passages sont les siens, avec les nombreuses blagues qu'il faisait pendant notre enfance. Il a aussi corrigé un nombre incalculable de répétitions, il est la présence évidente de ces Mémoires. Je n'y serai pas arrivé sans lui.

En allégeant ce livre, il a gagné en simplicité, en reflétant ma voix. Mon écriture est plus fluide. Les deux cent premières pages se lisent d'un coup, c'est ce qu'on appelle un page turner. Je suis satisfait de ces Mémoires, malgré les coquilles, je vais enfin pouvoir m'occuper de mon jardin et de mon site perso, il va falloir refaire les archives de Magazine qui ont un glitch, et celles de Gaie Presse qu'il faut scanner, mais ce sera un plaisir de retraité.

Bonne lecture.

samedi 28 mai 2022

Adieu Paris



Au premier tour des Présidentielles, on a vu Anne Hidalgo et le PS atteindre leur plus bas niveau historique, avec moins de 2% de votes, une déchéance qui rejaillit sur la Marie de Paris, qui se trouve désormais dans une situation d’extrême faiblesse. On aurait pu espérer un changement de cap de la politique de la ville, ou au moins une remise en question de l’intransigeance d’Anne Hidalgo sur certains points, comme, au hasard, la situation des travailleur(se)s du sexe ou l’accueil des réfugiés non Ukrainiens. Mais Hidalgo est inébranlable et cette obstination se voit dans le sujet qui m’intéresse, celui du centre d’archives LGBT /sida. Ce projet, qui a désormais un nom de code, « l’arlésienne », traîne comme un boulet à la Mairie de Paris depuis plus de vingt ans, suivant l’exemple de Delanoë qui est parti sans tenir sa promesse de le voir ouvert. Hidalgo n’en parle jamais, laissant la patate chaude à son homme à tout faire, Jean-Luc Romero.

 

Il y a cinq ans, j’adressais un ultimatum à la Marie de Paris qui a eu un certain succès. Un compte-à-rebours était lancé. Entre temps, sous l’impulsion d’Act Up, un Collectif s’est formé et a présenté, au fil des années, tous les rapports demandés, et a mené avec constance des réunions difficiles. Un an plus tard, le dossier était toujours au point mort. Face à l’urgence du projet, la Mairie de Paris a choisi la pire option : traîner des pieds, jouer sur l’usure et surtout la zizanie entre associations (une technique que je connais bien, c’était celle des laboratoires pharmaceutiques face à l’activisme thérapeutique sida dans les années 90). Aujourd’hui, la situation est toujours bloquée à la veille des Marche de fiertés à travers le pays. Lassées, les lesbiennes ont quitté le navire, seule l’Académie Gay et Lesbienne est parvenue à trouver, enfin, la promesse de disposer d’un toit pour sa collection d’archives commencée il y a 3 décennies et plus.

 

Vous savez, en trente ans de militantisme, je n’ai jamais pu approcher Anne Hidalgo, sûrement à cause de sa détestation vis-à-vis d’Act Up. Après 2017 et le succès de « 120 BPM » qui abordait la perte de mémoire de l’histoire du sida en France, j’ai été invité à discuter avec Hélène Bidart à la Mairie, un rendez-vous poli et constructif, vite tombé à l’eau quand les relations entre elle et Act Up se sont détériorées parce qu’elle ne comprend pas le vocabulaire militant du groupe, rien de nouveau dans l’impatience d’Act Up sur certains sujets. Pendant vingt ans, j’ai fait la promotion du rêve de voir dans cette ville un lieu ouvert, spacieux, inclusif, et joli, dans une ville qui, plus qu’une autre en France, a été le centre de la vie communautaire LGBT et, malheureusement, le centre de l’épidémie du sida. Je suis fidèle et constant, malgré tous les avis contraires qui considèrent que ce projet est désormais tellement en retard par rapport aux centres qui existent à l’étranger et qu’il n’existera jamais. 

Bref, il serait maudit.


Lors de mon dernier déménagement, il y a quelques années à peine, pour une maison plus petite, j’ai dù jeter des cartons de mes archives personnelles sur le sida. Je n’en suis pas fier, je ne l’ai dit à personne, mais l’impossibilité de donner ces documents au Centre d’archives qui n’existait pas m’y a obligé. Je me vois encore en train de jeter des piles de compte rendus et d’abstracts sida dans les bennes de recyclage de papier. Voilà ce qui se passe quand il n’y a pas de maison pour protéger ce que vous avez mis des années à préserver.


Il y a un mois, au Conseil de Paris, Aurélien Véron a présenté le projet du centre. Il faut voir cet échange pour comprendre l’absurdité de la conversation. D’un côté un élu de droite qui a complètement compris l’enjeu de cette mémoire commune, et qui sait le défendre d’une manière sincère ; de l’autre un Jean-Luc Romero qui répond avec des arguments qui ont été tout de suite démentis par le Collectif. Bref, le bullshit habituel. Le vote du voeu au Conseil s’est avéré un échec, Romero votant contre, et je crois qu’Alice Coffin a voté contre aussi. Un comble.

 

Voilà, il est temps de prendre ses responsabilités et constater que tout ce processus est voué à l’échec. Pour travailler ensemble, il faut un minimum de confiance et je n’en ai plus aucune envers la Mairie de Paris. Mes archives, les oeuvres d’art photographiques des années 80 de la collection Magazine, elles n’iront pas à Paris, une ville que j’ai quittée depuis longtemps, mais qui a été la ville où j’ai tout construit, de Magazine à Act Up, en passant par Têtu et le TRT-5 qui fête ses 30 ans cette année. On me dit « Mais c’était couru d’avance Didier », à quoi je réponds qu’il fallait bien poursuivre le processus de négociation jusqu’à son terme, et il est désormais arrivé.

 

Aujourd’hui, il faut aller ailleurs et j’adresse ici un message aux villes du pays qui voudraient prendre le relais. Pourquoi pas Montreuil, ou Saint-Denis, d’où partira, le 4 juin, la marche des quartiers populaires ? Pourquoi pas Marseille, où le MUCEM poursuit une programmation pointue et courageuse, après l’expo sur le militantisme sida en France et l’expo actuelle sur Ald el-Kader. Je pourrais dès aujourd’hui offrir mon « Estate » au MUCEM, les yeux fermés, je sais que mon trésor serait bien traité. Alors que le projet parisien, on le sait désormais, risque d’être un endroit fermé au public, presque sans fenêtre, on parle même d’un mur qui séparerait l’espace choisi par la Mairie, rue Molière. Tout un symbole. Un mur. Comme s’il n’y en avait pas assez qui se construisent à travers l’Europe et ailleurs.

 

La Mairie de Paris est parvenue à me dégoûter de ce projet. Et Anne Hidalgo porte l’entière responsabilité de ce dégoût. Elle est la cause de l’effondrement de ce rêve, sa politique est de nous pousser à bout pour pointer le doigt vers notre impatience et notre dénonciation du temps qui passe – et qui détruit l’espoir. Je dois dire aussi que ce projet souffre du désintérêt des homosexuels au pouvoir dans le gouvernement Macron. Que font les Gabriel Attal et Franck Riester, et les autres ? Rien. Absolument rien. Un simple coup de fil de leur part pourrait débloquer le statu quo. Pareil pour l’ancienne Ministre de la Culture. J’ai adressé une lettre à Roselyne Bachelot il y a un an et demi. Pas de réponse. Et que fait Eve Plenel au niveau VIH ? Silence radio sur le sujet. Il faut voir que l'ensemble des associations parisiennes LGBT dépendent en grande partie de l'aval de Romero pour leurs aides, il y a ici un vrai problème d'asservissement politique. Alors on me dit que peut-être Rachida Dati pourrait trouver l’endroit magique dans un arrondissement qui ne serait pas le sien. Je ne la connais pas, mais elle est supposée être aimée par beaucoup de LGBT. Même si c’est une manoeuvre politique, je rappelle souvent qu’à travers l’Europe, certains droits LGBT, et pas les moindres, ont été accordé par des coalitions du centre. Le PS nous a trahi, il est temps d’en mesurer les conséquences.

 

Enfin, parce que je suis une des rares personnes dans la communauté LGBT à défendre systématiquement la cause palestinenne (on devrait plutôt m’encourager), je suis à nouveau la cible des mêmes trolls qui me reprochent ma critique de la position anti-BDS de la Mairie de Paris. Je n’ai rien à me reprocher, on est encore dans un pays où la critique d’Israël n’est pas de l’antisémitisme, il faut arrêter avec ce fonctionnement qui cherche à museler celles et ceux qui dénoncent la politique d’apartheid en Israël. On m’a demandé quel était le rapport entre le soutien inconditionnel de Hidalgo envers Israël et l’échec du Centre d’archives. Il est évident. D’un côté notre mémoire est jetée dans les poubelles, de l’autre la mémoire des Palestinien(e)s est détruite par l’occupation colonialiste et les meurtres dans les territoires occupés, qui sont quotidiens actuellement qui ont culminé avec l’assassinat de Shireen Abu Akleh. Le rapport entre ces deux sujets ? Le rapport est qu’on ne peut travailler avec une municipalité avec laquelle on ne peut s’accorder sur ces sujets primordiaux.

 

Le centre d’archives LGBT / sida de Paris sera une coquille vide parce que la Mairie de Paris nous déteste, tout simplement et refuse d’accepter ce que nous sommes. Et ce sujet n’est pas le seul, on le voit avec le travail du sexe, les TDS et d’autres revendications. Mon propos ici n’est pas d’argumenter point par point, je fais entièrement confiance au Collectif qui connaît le sujet par coeur et je le suivrai, quoi qu'il arrive. Mon propos est affectif, parce que notre mémoire est vitale, riche et belle, et je la vois piétinée par la Mairie de Paris depuis trop longtemps. Mettre des plaques commémoratives dans les rues de Paris, c’est bien, mais largement insuffisant. Nous voulions notre maison, Hidalgo ne la veut pas.

samedi 6 février 2021

Avis aux éditeurs

Je peux enfin l'annoncer : j'ai fini mon livre sur le porno, qui m'aura occupé pendant des années, dont je suis satisfait, mais qui est aura été le plus compliqué à terminer. Son titre provisoire, "I Love Porn", est une déclaration positive et politique, une anthologie sexuelle qui raconte l'essor de ce média et qui rassemble les références des nombreux articles écrits au fil des ans sur le sujet, pour des médias ou pour mon site perso. C'est l'équivalent du livre sur la musique que je n'ai jamais écrit, mais sur la sexualité. 

Pourquoi un tel retard ? Il faut remonter à 2017 qui fut une année difficile. La sortie de "120BPM" m'a occupé pendant six mois, j'ai traversé le pays pour présenter le film et j'ai finalement pris la place d'un community manager bénévole face aux centaines de messages que je recevais et à qui il fallait répondre. A force de voyager, je me suis appauvri. Je n'avais plus le temps d'écrire. Je n'avais aucune expérience du monde du cinéma, un média autrement plus puissant que tout ce que je connaissais. Découvrir le faste de Cannes et retrouver chez moi mon statut de RSA ne m'a pas vraiment amusé.

 

Je n'entrerai pas ici sur le clash avec la boîte de production du film, mais j'ai fini par en avoir marre de me faire avoir. Ce n'est pas la première fois qu'un aspect de ma vie sert de base pour une création littéraire, théâtrale ou cinématographique. Et à chaque fois, j'en sors plus usé et démuni qu'avant. Finalement, c'est de l'exploitation. Quelques mois après Cannes, mon compte en banque était à découvert et il aura fallu plus d'un mois pour recevoir le versement des 1500€ qui m'étaient dus. D'un côté un ego qui grossissait trop vite, de l'autre la conviction grandissante que mon engagement sert à faire de l'argent - pour les autres. Ce qui a provoqué le tweet sur l'affaire Weinstein et les conséquences que l'on sait. J'ai retiré mes comptes Twitter et Facebook, je me suis excusé, j'ai reçu des insultes qui font encore mal aujourd'hui. Ma seule solution était de me faire oublier pendant deux ans et d'abdiquer. Pas le meilleur moment pour sortir un livre. 

 

C'est un passage presque obligé dans le journalisme à l'époque de Twitter.  Il y a des hauts et des bas, et il faut accepter ces catastrophes avec la même dignité que les bons moments. Je croyais que "120BPM" allait m'aider, mais j'ai tout détruit en prenant la grosse tête. J'ai aussi mieux compris pourquoi je me suis toujours méfié du milieu du cinéma, un monde où les affaires d'abus et d'inceste sont si courantes. C'est un monde fermé, obscur, magouilleur, qui me dégoûte en fait.

 

Et puis, pendant ces voyages à travers la France pour présenter le film, quelque chose est arrivé. Après des années de problèmes dentaires (un truc de séropo), j'ai commencé à perdre mes dents. Toutes les incisives ont commencé à bouger, puis se déchausser. J'avais peur de manger. Ma hantise était de me retrouver devant un public et de voir une dent tomber. Ce qui m'est d'ailleurs arrivé à Bruxelles, heureusement devant des gays peu nombreux et compréhensifs. Pendant cet été si émotif, j'étais aussi en plein déménagement pour m'installer dans cette petite maison que me prête mon amie Chantal. Tristesse de quitter mon ancien jardin, surexposition médiatique, dégringolade financière, les conditions idéales pour un soixantième anniversaire.

 

Quelques semaines plus tard, je perdais toutes mes dents de devant. À cause des effets secondaires des traitements VIH, les os de mes mâchoires étaient trop fragiles, impossible d'y mettre des implants. Je suis devenu un "sans dents". J'ai commencé une nouvelle vie, avec deux appareils dentaires. Et ça m'a foutu en l'air, il m'a fallu deux ans pour commencer à m'y habituer. Entre parenthèses, je trouve incroyable qu'on ne parle pas de ce problème dans notre communauté où c'est un tabou total. J'ai dû assimiler ces changements en silence. D'ailleurs cela n'a pas arrangé ma vie sexuelle puisque ça va faire deux ans que je n'ai pas eu de rencontre (c'est vrai que le Covid n'aide pas non plus). Bref, l'image de soi en a pris un coup, et cela ne m'a pas vraiment encouragé à écrire. 

 

Début 2018, un ami m'a offert un petit job alimentaire d'écriture. C'était la première fois qu'on me disait : "J'ai un boulot en trop, est-ce que ça t’intéresse ?". J'étais fauché, j'ai accepté avec plaisir. Écrire tous les jours une petite brève de news est un boulot facile, mais ça demande une certaine concentration. Ça m'a déstabilisé dans mon écriture, mais je n'ai pourtant pas arrêté de prendre des notes sur ce livre. Et je me disais que si ces notes affluaient toujours, c'est que le livre n'était pas terminé dans ma tête. Quand on arrête de prendre des notes, c'est que le sujet est plein, qu'il est temps de conclure.

 

Je suis devenu plus humble. La leçon a été retenue. Je me suis aussi consacré davantage à ma mère, qui vit à 35kms et qui a eu des problèmes de santé. Je me suis forcé à être plus patient, plus attentif, et cela aussi bouffe beaucoup d'énergie. Heureusement des amis et des inconnus m'ont aidé financièrement, je ne sais pas comment j'aurais fait autrement. Je suis en train d'écrire un projet pour les remercier.

 

Maintenant il faut trouver une maison d'édition.

So spread the Word. 

Comme ce livre est truffé de références journalistiques, de scènes porno et de livres, une version à la fois papier et digitale semble obligatoire. Et puisque plusieurs chapitres décrivent la production internationale, ce livre aura peut-être un intérêt à l'étranger. Je l'ai écrit dans ce sens. C'est aussi un ouvrage avec des entrées multiples, on peut le commencer n'importe où. Qui sait, ce sera peut-être mon dernier livre et je suis heureux de voir qu'il apporte un message positif et moderne sur la sexualité LGBT, ce qui change de mes livres précédents, beaucoup plus axés sur les échecs politiques de la communauté. Si ce livre sort, je réfléchirai ensuite à un petit essai de 100 pages sur la musique, résumé d'une carrière journalistique, le livre que mes amis me reprochent de ne pas avoir écrit. Et si personne n'est intéressé, je commencerai mes mémoires, car il est temps. 

 

Un extrait exclusif, dans le chapitre sur la musique :

Musique et porno

Aujourd'hui le porno est essentiellement en son direct, chez les gays ou les hétéros. C'est un des legs majeurs du cinéma amateur qui n'a ni les moyens, ni l'envie, de recouvrir les dialogues ou les gémissements d'une muzak que personne n'écoute. Le son direct paraît si évident de nos jours que les jeunes "écoutent" le porno avec le casque comme ils écoutent leur musique. Il semblerait en effet criminel d'ôter la parole des Brésiliens quand ils baisent ou des japonaises quand elles miaulent. Récemment, de nombreux articles ont commencé à analyser l’apport de la musique dans le porno, surtout hétéro, que certains appellent « porn groove ». Pourtant, pendant de longues années, jusque dans les années 90, la musique était le moyen de masquer l'origine géographique ou nationale des acteurs. L'envie commerciale de produire un X international où les acteurs provenant de pays différents sont noyés dans une langue unique, a volontairement caché les particularités linguistiques. Les onomatopées du sexe se sont uniformisées. 

 

Je suis pourtant arrivé dans le porno avec une oreille attentive.  Mon film séminal, "Muscle Beach" de Colt, avait une muzak légère presque jazzy qui m'a tout d'abord estomaqué. Avec ce film, je me suis tout de suite intéressé au support musical du porno, sachant que c'était le seul endroit où la musique qu'écoutaient les gays était associée à leur nudité, à part les backrooms des clubs. Et forcément, j'ai vite reconnu que la BO des films Fox Studio du début des années 80 était composée par le producteur de disco Patrick Cowley. En 2013, un petit label de San Francisco, Dark Entries, a surpris tout le monde en ressortant une compilation des meilleurs morceaux de films produits par Cowley. La presse musicale et générale s'en est emparée, c'est comme si on redécouvrait un joyau musical enfoui dans le temps. Plus récemment, le label du Bergain A-Ton a annoncé la sortie de la BO d’un film porno inconnu.

 

La musique est une des signatures d'un studio, comme sa typo ou son logo. Elle marque l'ensemble des titres dans une continuité de production avec souvent un thème mélodique qui finit par être associé à un certain genre de sexe. Par exemple dans "Darkroom" de Mustang, le riff de guitare est inséré dans l'éditing au moment où le réalisateur considère que l'action est parvenue à un nouveau palier d'excitation, pour rajouter un crescendo d'excitation. La base de la musique est un groove espacé où les synthés servent de fond sonore alors que les guitares, autre signature du studio, donne une impression de rock indépendant. 

Les films porno 70 étaient intéressants car autant la musique pouvait être une disco faite au kilomètre, autant on pouvait entendre de temps en temps un disque de rare groove, assez inconnu pour être volé sans payer les droits. Parfois un tube disco déboulait sans prévenir. Il faut se rappeler qu'à l'époque ce furent les sonorités rock et jazzy qui permettaient de mettre des instrumentaux sur les images. Falcon a fait ça pendant des années avec des morceaux qui avaient un aspect rugueux qui allait très bien avec le grain épais des pellicules. Ce mélange jazz/rock est aussi ce que l'on entend sur la BO de "Cruising", le célèbre film de William Friedkin où Al Pacino est un policier enquêtant dans le milieu SM de New York. 


Souvent, c'était le même loop qui était utilisé sur plusieurs films, ce qui signait la marque du studio, particulièrement chez les anciens films de Falcon. Mais parfois un thème musical était spécialement créé pour un film important comme "These Bases Are Loaded" qui est en soi un des meilleurs films témoin de son époque. Et puis il y a ce film où Jeff Striker montait sur scène pour jouer avec un (mauvais) groupe de rock. Plus tard, la musique des films de Kristen Bjorn rejoint une muzak d’adagios de guitare, comme pour rajouter de l’exotisme culturel. La mauvaise disco des années 80 est particulièrement présente dans les films brésiliens (« Brazilian Students – Paulo Guina Shower Scene »). Dans une autre scène avec Paul Guinoa, « Fishing Pole », on entend des oiseaux chanter dans les jardins et il y a même un marchand ambulant qui passe dans la rue d’à côté. Dans « Sex in the City » (Man Avenue), avec Berne Banks & Girth Brooks, la soft disco est très proche de celle  de Metro Area. Dans « Muscle stud Bobby Blake fucks White boy », on entend une musique improbable de ballades Country & Western. Dans « When Jamaica meets Puerto Rico » (RawFuckClub, 2019), on entend pour la première fois de la musique africaine écoutée par des Afro-américains. D’ailleurs, l’acteur Rhyhem Shabazz choisit lui-même la musique d’une scène de JustForFans (une variante de OnlyFans) avec du Quiet Storm et, pour la première fois en quarante ans de porno, « I Want You » de Marvin Gaye. De temps en temps, on entend le galop d’un cavalier dans le péplum « Sacred Band of Thebes » (Men, 2019), juste pour nous rappeler que le champ de bataille n’est pas loin. Dans « Pizza Cazonne (Cazzo, 2009), on a l’exemple typique de deep house idéale pour porno, pendant que Matt Hughes baise une pâte à pizza.

 



samedi 2 juin 2018

120BPM au pays de l'apartheid.


Tout le monde l'a remarqué. Le succès de "120BPM" aura eu des conséquences bien étranges. L'association Act Up, incapable d'accompagner le phénomène médiatique entourant la sortie du film, a fini par se diviser. Lors de la soirée des Césars, on a vu le président de l'association intervenir d'une manière si embarrassante que ce fut le dernier facepalm en date de ce groupe qui en a connu beaucoup d'autres. J'en ai moi-même payé les frais quand Robin Campillo m'a adressé un mail lapidaire pour me dire que mon tweet controversé d'octobre dernier était "antisémite" : c'est l'unique ami qui m'ait rejeté de cette manière, les autres sachant que ce tweet était mal écrit, mal réfléchi et illustrant ma colère après avoir lu le matin même l'article du New Yorker qui a reçu un prix Pulitzer.  

Je suis resté silencieux pendant les mois de cet hiver, essayant d'oublier ces mois de promotion d'un film qui n'est pas le mien, pour lesquels je n'ai pas reçu de remerciement de quiconque à la production et pour lequel il a fallu que je me déchaine pour recevoir en retard un dédommagement bien maigre. J'étais tricard de ce film, exclu des voyages prévus à Berlin et Stockholm alors que ces voyages avaient été organisés par des militants VIH / sida et non pas par la distribution du film. Silence total de la part des producteurs, je n'ai même pas reçu le DVD du film, ce qui n'est pas si grave mais qui montre bien le ridicule du comportement. Pour moi, cette histoire était close avec un goût amer, celui d'avoir été utilisé. Après tout, le cinéma n'est pas mon milieu et ce film ne m'aura pas fait changer d'avis sur son système. 

Tout ceci, je le garderais pour moi et mes intimes si 120BPM n'était pas programmé ce soir même au festival LGBT de Tel Aviv (TLVFest). Contacté ces derniers jours par Mohamed Paz (de LGBT pour la Palestine), BDS France et mon ami Jean Stern (auteur de "Mirage gay à Tel Aviv"), Robin Campillo a répondu par le biais de sa productrice Marie-Ange Luciani que les droits du film avaient étaient vendus en Israël, que la diffusion du film n'était plus de leur ressort, que Robin était fatigué de la couverture médiatique, qu'il ne serait pas présent lors de la projection (hors compétition du festival) et qu'aucune déclaration serait faite. Embarras. 

Rien ne change mon avis sur ce film, je l'ai écrit à Campillo en octobre dernier. "120BPM" est parfait. Mais l'argument "On a vendu les droits aux distributeurs israéliens" est une des pires excuses entendues dans un cas désormais avéré de pinkwashing. Je demande : quel est le montant des droits qui justifie un tel silence? Après tout, si l'autre producteur du film, Hugues Charbonneau, a fait les news nationales en refusant d'aller à l'Elysée pour protester contre la loi asile et immigration du gouvernement Macron, Robin Campillo peut se fendre d'un communiqué de presse lors de la présentation du film. Et qu'importe si on est épuisé par une surexposition médiatique, on le fait, c'est tout. Ou alors on suit l'exemple d'autres réalisateurs moins connus qui ont décidé de retirer leurs propres films de la sélection du festival. 

"120BPM" n'est pas un film comme les autres. C'est pourquoi il a provoqué une telle passion - et aussi, un tel mépris de la part de ceux, très nombreux dans la communauté LGBT, qui se sentaient agressés par cet hommage à la lutte contre le sida. Je l'ai bien vu lors des attaques personnelles, la plupart venaient de personnes qui soit n'étaient pas actives contre le sida à l'époque et qui en ressentaient une honte cachée, soit des personnes qui n'ont jamais aimé Act Up de toute manière. 
Mais ce film raconte que la désobéissance civile est fondamentale pour obtenir des droits et il est projeté à Tel-Aviv alors que le mois de mai qui vient juste de se terminer a vu la plus grande opération de désobéissance civile à Gaza, soldée par des milliers de morts et de blessés, y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées. N'importe qui avec un esprit sain y verrait une contradiction politique évidente. Face à tant de vies meurtries, face à la violence écœurante de ces snipers israéliens exécutant des manifestants comme des cibles amusantes, n'importe quel réalisateur politique ferait un geste. Qu'aurait-il fallu pour que Robin Campillo ou ses producteurs prennent la parole? Shakira annule son concert en Israël et Campillo ne peut pas annuler une projection? S'il ne veut pas boycotter l'événement, qu'il s'exprime au moins.

J'entends toujours la même ritournelle. "Le festival de films LGBT de Tel-Aviv est très critique de la politique d'Israël". Je veux bien le croire, comme il existe une minorité d'israéliens qui proteste et milite pour les droits des Palestiniens. Mais ce n'est pas du tout le point. Ce festival reste une vitrine touristique et intellectuelle. Come le rappelle Jean Stern, le pays n'est pas un modèle de tolérance : "Israël reste très homophobe, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 47% des Israéliens considèrent que l’homosexualité est une maladie, contre moins de 10% en France et moins de 5% en Espagne ou en Belgique. Israël est un pays fracturé, d’abord entre laïcs et religieux, puis gauche et droite, colons et non colons, et aujourd’hui entre les hétéros et les gays. Tel Aviv a joué le rôle d’aspirateur à gays dans ce contexte car beaucoup étaient ostracisés, victimes de violence. Mais Israël reste un pays fondamentalement homophobe, dans une région fondamentalement homophobe".
Montrer "120BPM" dans un festival LGBT du pays qui fait l'objet du plus grand mouvement de boycott moderne encourage précisément le double jeu de la politique israélienne à l'encontre des LGBT. C'est un processus de propagande, comme l'expliquait le récent documentaire diffusé sur Arte. Voir ce film instrumentalisé  dans un cas évident de pinkwashing, voilà un effet néfaste que je n'avais pas envisagé en étant que fondateur de cette association. 

Bien sûr, je suis naïf. Tous les gens qui me  connaissent vous le diront. Ma naïveté est grande car je préfère être naïf que pervers, dans la sexualité comme dans la politique. Au début des années 2000, il y a eu une petite fête dans la maison incroyable de la famille d'Isabelle Saint Saëns à Montmartre. Il y avait toute la fine fleur intellectuelle d'Act Up, des gens bien. Comme c'était le moment de l'intifada, on était quelques-uns à participer aux manifestations contre Israël et je me demandais toujours pourquoi il n'y avait pas plus de militants d'Act Up à ces manifs. 
A un moment, pendant la soirée, je me suis tourné vers Philippe Mangeot et je lui ai demandé, à voie basse car j'avais l'impression de poser une question idiote car trop évidente : "Mais alors, Israël fait de l'apartheid à Gaza non?". Philippe m'a répondu "Oui, bien sûr". J'avais besoin d'un avis supérieur, considérant l'histoire, l'éthique, tout ça. Et vous voyez combien ce concept d'apartheid israélien a fait du chemin en quinze ans. Aujourd'hui ce n'est plus une question, c'est un fait, c'est un crime contre l'humanité. Et cette dimension coloniale devrait être encore plus évidente pour Robin Campillo qui est, comme moi, un pied-noir de la dernière génération. Nous avons une dette envers les Arabes et non, ce n'est pas, comme on me dit, un besoin malsain d'expier ses fautes et ses origines, c'est juste notre responsabilité d'accepter cet héritage en s'opposant aux politiques impérialistes partout où elles se manifestent. Nous sommes nés dans une guerre d'indépendance qui est devenue le blueprint de toutes les guerres d'indépendance. C'est ce que décrit Malek Bensmaïl dans son documentaire sur "La bataille d'Alger" quand ce film a été utilisé par les Black Panthers pour expliquer la similitude entre l'asservissement algérien sous occupation française et l'asservissement des Noirs dans la société américaine. 

Quand "Act Up, une Histoire" a été réimprimé l'année dernière, Robin Campillo a proposé d'écrire sur le bandeau du livre " Didier Lestrade est un génie politique". Par bêtise ou par humilité, j'ai trouvé ça too much. Robin m'a dit que j'avais tord. Je le sais. Mais le génie politique s'adresse désormais à Robin pour lui dire que sa lâcheté envers les problèmes que pourraient lui apporter un retrait de son film aujourd'hui entachent sa carrière, contredisent ses convictions politiques et détruisent une amitié que je croyais solide. Ce festival est l'antichambre de la propagande d'un pays dirigé par un bully qui pourrit l'ensemble de la politique mondiale, comme le fait Trump, Poutine ou Erdogan. Ne rien dire, ne rien faire, accepter l'argent des droits du film en échange du silence est une faute indélébile. Ce film raconte la résistance, la colère, la beauté de l'activisme à un moment où il n'y avait pas d'espoir. L'analogie avec le peuple palestinien est totale. Et ce peuple, je le soutiens depuis toujours.

lundi 23 octobre 2017

Rise and Fall


En l'espace de 5 minutes sur Twitter, j'ai perdu tout le bénéfice de 5 mois de travail et je ne peux que m'en prendre qu'à moi-même. Il y a encore une semaine ou deux, je vantais chez Brain que j'avais réussi à ne pas craquer ces dernières années et voilà, Bing. J'aurais bien du me douter qu'un burn-out arriverait, surtout après avoir suivi celui de Guy Birenbaum. 5 mois c'est long, surtout à mon âge, je n'ai pas passé une seule semaine entière chez moi depuis le mois de juillet et j'ai passé mes journées dans le train pour traverser la France. Je suis épuisé. Mon conseil : never tweet in a train. 

Il y a quelques jours à Nice, j'ai vu dans le regard des gens qui se sont occupés de moi cette gentillesse réservée qui disait "I'm sorry for you" et on m'a dit que je trouverais bien les mots pour m'expliquer parce que je savais écrire mais j'ai répondu non, il fallait surtout que j'adopte un profil bas. À mon retour, j'ai passé deux jours à couper des ronces et à aligner des pierres et tout ce que vous allez lire m'est apparu dans le calme de mon jardin. Et forcément, il fallait que je réponde parce que si cette affaire ne mérite pas un post, je me demande alors à quoi un blog peut servir.

Comme beaucoup de gens, je débloque quand je suis à découvert et non, ce n'est pas une formule poétique, c'est le résultat de 10 années de chômage. On ne se remet peut-être jamais d'un licenciement abusif et non justifié pour un média que l'on a soi-même créé, surtout quand on est obligé par les avocats d'un homme riche et célèbre de fermer sa gueule. Cette année, je n'ai pas été couvert par la Sécurité Sociale pendant au moins 4 mois parce qu'il y avait le renouvellement de la CMU et le formulaire est resté sur la table pendant tout ce temps parce que je n'avais pas la force de le remplir. La précarité vous force à ne pas faire ce qui est important, non pas à cause de la procrastination mais parce que l'injustice sociale vous empêche d'avoir l'esprit clair pour répondre aux questions idiotes qu'on vous demande. Voilà, vous avez une ALD, vous êtes séropo depuis 30 ans et ça vous mine tellement que vous montez les marches de Cannes et vous n'avez même pas de couverture sociale. Je vous jure que j'y ai pensé : avec ces chaussures en cuir Dior avec lesquelles je ne sais pas marcher car je n'en ai jamais eu de telles de ma vie, je me suis dit "Si tu glisses et que tu te tords le pied, comment feras-tu à l'hôpital?" Vous voyez une belle photo de festival mais moi je me dis : surtout ne glisse pas sur le tapis rouge. 

Vous croyez qu'on peut parler de ces choses? Vous portez ça comme une maladie inavouable, c'est comme ce dossier d'Allocation Adulte Handicapé que vous n'avez jamais rempli parce votre score de Karnofsky est sûrement supérieur à ce que demande le dossier, après tout vous êtes toujours capable de passer une journée dans le jardin sans manger parce qu'il n'y a rien dans le frigo et donc vous avez honte de réclamer à l'Etat que ce que l'on devrait vous donner de bon cœur car vous avez contribué à la société bordel. Mais non, ce dossier est la preuve que vous n'arrivez pas à joindre les deux bouts, que toute l'énergie politique que vous dépensez n'a pas de valeur pour obtenir une AHH parce que vous avez de la fierté et vous avez de la honte et vous ne savez plus lequel des deux vous immobilise le plus.
Vous croyez que je passe ma vie à me plaindre mais ce que je vous dis là, personne ne le sait, même pas ma famille, c'est un scoop. J'ai basculé dans la pauvreté à cause de mes soins dentaires. Vous allez voir une assistante sociale, adorable, qui sait ce que vous avez fait dans la vie, pas parce que vous lui avez dit, non elle est allée toute seule sur Google mais en fin de compte il n'y a pas d'aide pour payer vos soins dentaires et il vous faut un an pour payer le dentier de votre mâchoire inférieure et la seule solution c'est de se retourner vers les deux tantes de Montpellier qui ont un peu d'argent et vous êtes un homme de plus de 55 ans et vous faites la manche. Mais quand le chèque arrive, vous êtes fauché et vous êtes obligé de prendre cet argent pour payer le loyer en retard et l'assurance de la maison et la note d'électricité et finalement ce dentier, il met des mois et des mois pour être payé et ça vous tout en l'air parce que votre dentiste vous a fait un prix d'ami en plus. Alors quand, cet été, vous réalisez avec stupeur que votre bridge des incisives supérieures est en train de tomber, qu'il y a toujours une prémolaire qui vous manque ce qui fait que vous cachez votre sourire avec la main car il y a un trou que tout le monde peut voir, c'est toute votre image qui s'évapore car vous ne savez pas comment vous allez trouver les 2000€ pour payer les frais. C'est logique, on vieillit, les dents tombent comme par magie alors qu'on ne fait rien de spécial, la dernière fois mon bridge est tombé alors que j'étendais le linge dans le jardin et j'ai décidé d'en rire exactement comme ma grand-mère faisait quand il lui arrivait un truc désagréable. Comment voulez-vous draguer un joli mec de 26 ans quand vous passez un mois de vacances avec lui il y a 3 ans et que 2 molaires tombent, comme ça, en plein mois d'août, alors que votre dentiste est en vacances. Vous essayez de blaguer mais ce garçon de 26 ans ne voit qu'une chose : il sort avec un mec de plus de 55 ans qui perd ses dents et Bam, quelque chose est cassé, vous l'avez perdu. Je suis le cliché du sans dents, ces gens dont on se moque au plus haut niveau politique et qui ne peuvent même pas en parler parce que la bouche c'est le truc le plus tabou, c'est le baiser, c'est la fellation, c'est tout ce que l'on fait pendant l'amour et chez les gays c'est le sujet impossible à aborder, le symbole le plus stigmatisant de la vieillesse et ça, personne n'ose en parler, il faut que ce soit moi, encore une fois, qui se déshabille pour dire à la société que non, Président Macron, on ne peut pas attendre le fin de votre mandat pour avoir droit à des soins dentaires et des lunettes remboursées par la Sécu parce les mutuelles nous donnent rien, surtout quand on est au RSI. 
C'est un encerclement complet. Quand on vous invite au restaurant vous prenez un plat pas cher parce que vous ne voulez pas charger la note, quand on vous offre un verre dans un bar vous n'allez prendre que 2 bières parce qu'après ce serait abusé car vous ne pouvez pas offrir une tournée, quand vous êtes à l'hôtel vous n'êtes même plus à l'aise parce que la chambre est trop luxueuse et au lieu d'apprécier, vous êtes dans le calcul de ce que ça représente par rapport à votre RSA. Vous devenez un immigré dans votre propre pays, vous n'avez pas pris l'avion depuis des années, vous regardez ces pauvres qui arrivent sur nos rivages et vous vous sentez comme un frère pour eux et le pire c'est qu'il a forcement un Africain, un Kurde, un Afghan, un Syrien qui ferait votre bonheur et vous le sien, que vous pourriez aimer, aider, réconforter comme lui il pourrait vous aimer, vous aider et vous réconforter mais il y a un précipice entre vous et de quoi auriez-vous l'air si vous aidiez un réfugié uniquement pour l'aimer? À notre époque, ce n'est même pas politiquement correct.

Ce monde est abject, il le devient chaque jour davantage, ce n'est pas le miroir déformant de Twitter et des infos, non il devient effectivement plus intenable et tout cet amour à donner vous ne pouvez plus le donner parce que la solitude vous a enflammé, vous êtes dans le piège depuis des années déjà, vous n'avez pas baisé depuis la sortie de "120BPM", quelle ironie et il n'y a pas un seul jeune dans ce pays, gentil, barbu, poilu, qui serait intéressé à rentrer du bois avec vous, aller dans la forêt, faire des choses simples, même se branler devant un film porno sans tomber dans des systèmes bordéliques de sexe SM à la con. Cette beauté de la nature, vous en avez fait un livre mais personne n'est venu chez vous pour dire "j'en veux un peu" et les années passent et vos amis disent que ça va venir mais ça ne vient pas parce que la vieillesse gay c'est ça et tout le monde s'en fout alors que vous êtes soi-disant une icône gay - mais sans le sou, donc plus de voyages à New York et quand vous allez à l'étranger c'est parce que quelqu'un vous l'offre mais vous en avez tellement marre de la charité que ça vous fait horreur. C'est le syndrome du cadeau ou du mail gentil que vous recevez, ça vous prend des semaines pour y répondre parce que ne savez plus comment dire merci.
Quand votre père meurt il y a un peu d'héritage. Une partie de l'argent vous vous offrez des tatouages parce que vous voulez avoir un joli cadavre quand vous serez mort. Et puis un grand black vous écrit d'Auvergne et il est au le bord du suicide, au bout du rouleau, vous l'aidez, un autre morceau de l'héritage s'en va parce que c'est un mec génial et puis là vous avez les moyens d'aider vraiment quelqu'un, concrètement, en lui offrant le toit d'une maison. Au bout de plusieurs mois vous couchez avec lui et il a la plus belle bite que vous avez vue de votre vie mais 3 jours après il vous fait le coup du "Tu sais ça me dérange de coucher avec toi parce que tu es mon ami" et vous avalez l'ultime cliché de la non réciprocité. Le pire c'est que ce n'est pas parce que vous n'allez pas coucher avec lui que vous le foutez dehors, vous me suivez? Même quand vous êtes généreux, ça se retourne contre vous.

Quand vous êtes pauvre, vous devenez enragé. Et les super riches à la Weinstein, ça devient une manifestation du diable et de tout ce qui vous exclue et vous humilie dans la vie. Et ça vous rend fou, d'ailleurs tout le monde est devenu fou avec cette affaire. Vous avez essayé toute votre vie de vous comporter d'une manière correcte, il n'y a pas un seul rédac chef qui peut contredire le fait que vous ne les faites pas chier, vous donnez vos articles à temps, vous considérez à la base qu'ils sont débordés et donc vous leur facilitez la tâche. Vous respectez leur fonction parce que vous avez été vous-même un rédacteur chef. "BPM" sort, vous écrivez une tribune dans Libé que tout le monde adore même si c'est un appel au secours mais 5 mois plus tard, pas une seule proposition de chronique. Ah si, j'en ai eu une sur la nature, mon seul sujet non conflictuel, et on m'a proposé "le moins cher possible". 130€. Et je suis obligé de décliner car c'est de la confiture pour les cochons comme on dit. C'est mon métier d'être chroniqueur. Je l'ai fait depuis le Gai Pied en 1985 sur la musique, sur le sida, je peux le faire sur la nature, sur le porno, sur n'importe quoi et personne ne comprend. Et vous tournez en rond comme d'autres font des CV et reçoivent automatiquement des réponses négatives. "Oh comme tu écris bien Didier!". Mais ce n'est pas une pige et encore moins un salaire. "Oh tu as fait tant de choses!". Mais pas une seule récompense et maintenant, avec ce qui s'est passé sur Twitter, oublie la Légion d'Honneur, faut pas rêver hein. C'est le dédain qui pousse les gens à bout. On apprend à vivre sans chauffage parce que, tiens, c'est vrai ça, un sweatpant et un pull en laine c'est agréable pour dormir. On met de l'eau dans le jus de fruit pour le faire durer plus longtemps. On achète des sous-marques. On apprend à ne plus manger, je fais naturellement le ramadan au moins 3 jours sur 7, je commence à manger vers 18 heures, comme un endurcissement du métabolisme même si on sait que c'est pas forcément bon pour la santé. On espace les rendez-vous médicaux. On apprend à ne plus acheter de musique parce qu'on développe une théorie selon laquelle il y a trop de musique de toute manière. On vit avec une paire de chaussure par an (New Balance), un pantalon par an (Levi's ou Carahtt), 1 ou 2 pulls Uniqlo et c'est tout. Ça donne l'impression d'être bien looké mais finalement c'est un paravent de pauvreté. On devient invisible. 
Parmi les rares super riches que je connais, il n'y en a un seul qui me fait rire sur la mode, c'est David Mulliez mais c'est aussi parce que c'est le seul qui m'a aidé quand j'ai appelé au secours. Les autres sont des professions libérales mais la grande majorité ce sont des amis avec des petits jobs et ça je ne le supporte plus. C'est une chaîne de pauvreté. Les gays favorisés sont les premiers à me charger, ceux qui n'ont rien fait depuis des années et qui disaient déjà que je stigmatisais la sexualité gay quand je faisais des alertes sur le Christal et le Chemsex. You go too far.

Maintenant, dans le flot d'injures que j'ai reçues, je ne répondrai qu'à une seule. Un journaliste médical du service public me demande sur Twitter si je questionne les convictions sionistes des médecins qui me suivent et ça, c'est vraiment pervers. Alors je ne vais pas vous faire le plan du "j'ai des amis juifs" parce que ça c'est trop infamant mais ce qui suit, je ne l'ai jamais écrit.
Vous pouvez m'accuser de tout ce que vous voulez mais en 1990 j'ai choisi d'être suivi à l'hôpital Rothschild dans le service de Willy Rozenbaum parce que je savais déjà que toute une génération de médecins, femmes et hommes, à peine plus âgés que moi, tous d'origine juive, s'étaient engagés dans le sida parce qu'il y avait une communauté de destin dans cette maladie où les gens mourraient dans un état de cachexie telle que, forcément, ce n'était même pas la peine de le dire, ça leur rappelait les prisonniers des camps et leur propre histoire. Ils se mobilisaient dans cette maladie parce qu'elle était le symbole du rejet, de la peur, de l'intouchable. Quand on m'a proposé le Dr Gérard Israël pour remplacer le médecin qui me suivait, j'ai simplement vu que c'était un homme gentil avec qui je pouvais me confier et qui m'a suivi depuis 20 ans dans les pires moments psychologiques de ma vie. Tous mes ex qui cherchaient un médecin gay, je les ai envoyés vers lui. Ma dentiste Myriam Achour, c'est une des premières dentistes qui a accepté de soigner des séropositifs quand tant d'autres avaient peur de les approcher et je l'aime tellement que c'est la seule personne qui a le don de me laisser aller à pleurer, comme ça, sans prévenir (1 fois tous les 3 ans, je lui épargne ça le reste du temps) quand un ami meurt ou que je n'arrive pas à payer les soins des dents qui tombent. Ma premier ophtalmo, Lydie Zazoun, avant qu'elle ne quitte Paris, était la femme la plus belle que je connaissais et à l'époque où on allait tous faire des fond d'œil parce notre panique première était de perdre la vue à cause d'une rétinite à CMV, j'étais tout le temps dans l'étonnement surnaturel d'être suivi pour les yeux par une femme dont le regard était totalement magique et qui soignait nos frayeurs par des mots rares et réservés. Dois-je faire la liste complète? Mon cardio, tout les médecins qui me suivent sont d'origine juive et je leur dois, vraiment, ma santé et qui sait, ma vie. Et ça, sur la longueur d'une vie, je vous assure que ça vous apprend le respect.

Mon père spirituel est Larry Kramer, le fondateur d'ACT UP qui a écrit "Reports From The Holocaust" (que vous n'avez pas lu) et qui est la seule personne qui a établi le lien entre la pandémie du sida et la Shoah. Il a été critiqué mais comme il est riche, qu'il est allé à Yale, son livre a eu un retentissement si fort que j'ai commencé à écrire comme lui, en lettres capitales, quand je suis en colère. Mon style d'écriture, basé sur l'oralité, comme si je vous parlais directement quand j'écris, ça vient de lui. Il y a 10 ans, pendant une intifada, je me suis tourné vers lui pour lui demander conseil afin de gérer ma colère et il m'a répondu "Didier, j'ai abdiqué depuis longtemps sur ce sujet, il n'y a rien à attendre". J'étais déçu mais je l'ai compris en me disant que c'était sûrement la seule position viable mais voilà, moi je n'y arrive pas et tous les jours je vois sur Twitter que les maisons de Palestiniens sont détruites, que les logements sont construits au centre de Jérusalem, que l'eau est volée, que les gens meurent parce qu'ils doivent passer par des check points pour aller à l'hôpital et forcément, à force de voir que personne en parle, je deviens fou. 
Il y a 15 ans, j'ai essayé de retrouver le seul boyfriend israélien avec qui je suis sorti dans les années 80, je l'avais perdu de vue, c'est une des plus belles relations de ma vie, il était barbu, doux, il sentait bon, c'était un artiste bohème sans un sou et après toutes ces années je croyais qu'il était mort du sida. Quand je l'ai retrouvé, après de longs mois de recherche, il était content de m'écrire mais il a fini par me dire qu'il ne fallait pas que je parle de lui parce que ça pouvait lui poser des problèmes. Ça m'a crevé le cœur, je le retrouvais, il était en bonne santé, vivant à Jérusalem, mais nos mondes s'étaient éloignés à cause de la politique de nos pays. 
À 4 ans je ne sais pas comment mais j'ai compris tout seul qu'on devait partir d'Algérie et à 9 ans j'étais en colère pendant la guerre des 6 jours. À 10 ans j'étais pour les grèves de mai 68. Alors ne me reprochez pas mes convictions politiques, tout le monde a le droit d'en avoir en République, il paraît. J'ai une aversion totale pour tout ce qui ressemble à du colonialisme parce que je suis un produit de ce colonialisme et en tant que gay ça devrait être respecté. 


J'ai fauté et je m'excuse, surtout envers les personnes que je respecte comme Matthieu Duplay. Maintenant je vais poster ce blog sur FB et Twitter et après je fermerai mes comptes car je n'ai plus envie de vous voir. J'ai passé 5 mois à célébrer un film qui n'est pas le mien. J'ai déménagé depuis 3 mois et les cartons sont toujours là. J'ai une maison à repeindre et un livre à finir. J'ai 4 hectares à débroussailler. Comme mon seul luxe est ma liberté, je peux me permettre d'annuler tous mes engagements, comme la participation au festival Chéries-Chéris, j'étais heureux à l'idée de passer une semaine à Paris pour voir des films LGBT mais je n'irai pas, même à la projection du documentaire qui est fait sur moi, "The Doom Troubadour". Paris me dégoûte. À ce stade, je ne sais même pas si j'irai à Berlin mais une chose est sûre, c'est que je ne suis pas du tout dans l'humeur pour le Berghain parce que les gays Chemsex qui me font des leçons d'éthique, j'ai pas envie de les voir, surtout dans le noir. Cette semaine j'avais 3 rendez-vous à Paris pour mes bilans VIH, pour la dermato et la dentiste et je n'irai pas, j'ai envoyé ce matin 3 lettres pour m'excuser et pour prendre un autre rendez-vous. Je serai content de me retirer de FB et de Twitter pour quelques mois, et quand je reviendrai ce sera selon mes règles. C'est pas la peine de me téléphoner, je ne réponds pas. Je vous souhaite une bonne année 2018. 

jeudi 12 octobre 2017

Tour de France



Le moins qu'on puisse dire, c'est que  depuis plus de 4 mois j'ai fait la promo de "120BPM". Pendant les débats, je me présente des fois comme l'homme à tout faire du plan média, le PR non-officiel, la fille facile qui répond toujours aux interviews. J'y ai beaucoup réfléchi, surtout au début, après Cannes, quand j'ai vu ce buzz arriver et que la première réaction a été de tout refuser par réflexe de protection. Et puis, il y a quelque chose avec le cinéma, c'est une industrie effrayante qui s'infiltre par tous les petits trous et quand on est sur FB, Twitter, Tumblr et le reste, ce sont finalement des gouffres aussi grands que celui de Padirac (souvenir d'enfance). Alors j'y suis allé parce que j'aimais trop le film et que les producteurs étaient sympas, ce qui n'est pas toujours le cas, surtout en France. Je  considère que c'est mon boulot d'expliquer au public le contexte de ce film. J'ai pris mon petit sac et j'ai passé pas mal de temps dans le train, allant là où on me demandait, imaginant que je rencontrerais au passage un homme pour une nuit ou plus. Rassurez-vous, il ne s'est rien passé, c'est toujours pareil.

D'abord il y a eu Saint-Étienne parce que Robin Campillo était là avec Arnaud Valois que je rencontrais pour la première fois.  Réservé, pas distant mais pas assez proche non plus, ce que je comprends tout à fait, j'étais content de le voir et il y avait Franck de Mémento que j'apprenais à connaître - un homme drôle et attentionné, toujours une bonne combinaison. J'étais dans une ville que j'aime, dormant pour la première fois dans le nouvel appartement de Rodolphe et son mari Stéphane, encombré de boîtes à rythme, d'instruments de musique et tout un bordel de dudes. Et deux chats.

La salle était remplie, il y a eu deux projections simultanées je crois et j'ai revu "120BPM" pour la seconde fois après Cannes, assis au premier rang (vraiment trop près de l'écran) avec Rodolphe à qui j'ai tenu la main pendant tout le film. Pas pour le réconforter, il est assez costaud pour ça mais juste parce j'en avais envie et ça me rappelait quand on était ensemble. Le débat avec Campillo et Arnaud fut bien, j'ai compris qu'avec Robin on faisait un bon tandem, lui abordant les aspects techniques et politiques du film et moi faisant le clown comme d'habitude. A un moment, Robin a dit un truc qui m'a désarçonné, ma voix lui rappelait celle de Jean-Luc Godard et j'ai compris ce qu'il voulait dire, cette diction parfois traînante, cet accent dont on ne sait pas d'où il vient, une manière de parler sans bullshit. Godard du sida, ça sonne bien.
Après le film, personne ne voulait vraiment partir. On est restés une vingtaine au bar du cinéma, un endroit sympa avec un barman gentil et un assemblage d'amis de Rodolphe et de jeunes queers du coin tous intéressants, très dans une approche politique et précaire des sujets gays. La journaliste du Nouvel Obs qui m'accompagnait regardait ça avec gourmandise, une discussion entre les jeunes et l'ancien. 
Ensuite on est rentrés à l'appartement de Stéphane et Rodolphe, ce dernier mettant de bons disques mais un poil trop fort et une nouvelle discussion avec Dominique Thévenot, un daddy que j'adore qui a tout fait et tout connu, quelqu'un que je mets proche de Nikos Karolas d'Athènes, ces gays juste un peu plus âgés qui ont toujours des histoires magnifiques à raconter.

Je n'ai pas fait les grandes avant-premières à Paris à part celle du cinéma des Lilas car je me trouvais déjà dans une impression de débordement. Comme je disais plus haut, la puissance de la promotion du cinéma n'a rien à voir avec ce que je connais, et god knows que j'ai contribué à des buzz importants dans le passé. J'ai refusé trop vite les premières invitations de Bordeaux et d'autres villes, pourtant avec qui j'avais des liens associatifs sincères. Pareil pour le festival de Douarnenez et le grand festival de formation d'Alternatiba : j'ai  raté de belles occasions de me trouver entouré de jolis hétéros écolos qui sont au cœur d'un de mes plus grands fantasmes sexuels. Et puis mon déménagement n'était pas terminé, il y avait des choses dans la maison à jeter ou à vendre, bref j'avais le sentiment de ne pas pouvoir tout faire.

Présenter un film et mener un débat ensuite est relativement facile. Le film est en vedette, c'est lui que le public vient voir donc on a une position de retrait. Mais quand le film est si émotif, on ne présente pas seulement le cadre d'une œuvre, on l'accompagne. "120BPM" se termine par un long générique silencieux qui aggrave la claque reçue pendant la dernière demi-heure et il faut savoir retourner ce choc en blaguant avec le public. "Ça va, vous avez pas trop morflé?" est une manière simple et attentive de dire " OK, je vais essayer de vous aider" et les questions se libèrent plus facilement. Chaque ville et chaque cinéma sont différents et pour moi, habitué depuis des années à des débats associatifs où j'attire un maximum de 50 personnes, être confronté à des salles pleines est une manière excitante de faire un show. Je commence toujours par des notes amusantes pour finir avec le bazooka. Je considère que si le public reste jusqu'à la fin du débat, même s'il a raté un dîner à cause du film qui dure 2h20, il est mûr pour un message fort. C'est à la base des appels à la révolte ou, au moins, à la riposte.

Dès les premières projections, j'ai réalisé ce que j'ai dénoncé sur FB, il y a relativement peu de gays à ces projections. On a beau dire que les avant-premières de l'été ont attiré beaucoup de gays et que dès la commercialisation du film, ils étaient nombreux dans les salles. Mais je sais reconnaître quand les gays regardent ailleurs, j'en ai fait une spécialité de ma carrière. Quand j'arrive dans une grande ville avec une foule de mecs sur les apps de drague locales, je vois une démographie d'homosexuels qui n'a pas du tout envie de participer à un débat sur un film qui est en train de devenir un phénomène culturel. Même parmi ceux que je connais, il y a encore plein de gays qui ne sont pas allés voir "120BPM" par crainte d'être confronté à des traumatismes. Ou par pure flemmardise. Il est donc intéressant de noter que lorsqu'un film réalisé par un gay avec une équipe d'acteurs remplie de gays affirmés sur un sujet éminemment gay devient un événement, une partie non négligeable des gays n'y va pas. Et je suis le seul à pouvoir donner un tel avis car j'ai traversé la France en plusieurs directions et le constat est le même partout. Le public est largement formé de femmes de tous les âges, de jeunes, et une petite minorité de gays, rarement dans la trentaine. Je peux les reconnaître, je regarde le public droit dans les yeux.

Bayonne
C'est ma ville préférée en France (je ne connais encore pas assez bien Marseille mais ça va changer). Bayonne a le don de me remuer, à chaque fois c'est un voyage spirituel. Txetx m'attend à la gare et comme d'habitude, tout est déjà prêt quand j'arrive. Plusieurs interviews avec des médias Basques, un grand papier dans Sud-Ouest où on fait notre coming-out de "frères militants" et le plaisir de voir tous ces hommes magnifiques dans le vieux Bayonne. Dès mon arrivée, direction le cinéma Atalante où deux projections de "120BPM" sont programmées à la suite dans une salle surchauffée. Il y a Jon Palais de Bizi et le président de l'association LGBT basque Bascos qui m'accompagnent en introduction du film et pour le débat. Pendant la projection, pas un moment de répit : signature de livres, interviews, je commence à avoir la tête qui tourne et puis je revois des amis pas vus depuis longtemps, Peio et Frédéric Forsans, ces hommes hétéros que j'adore avec qui je me sens si proche. Au second débat, je suis moins bon, je commence à fatiguer car le voyage en train du matin commence à se faire sentir. Il y a un couscous délicieux qu'on mange à table sur le trottoir avec l'équipe du cinéma à qui je raconte les potins du film à Cannes. Je dors dans l'appartement de Txetx où un nouveau matelas m'attend dans la chambre d'amis.
Le lendemain, interview à la librairie Elkar, signature de quelques livres, on m'offre un livre sur Ramiro Arrue, mon peintre basque préféré. L'après-midi, réunion de travail avec Bizi sur la stratégie de l'association. Je m'enfonce de plus en plus dans l'ambiance basque.

Le lendemain, direction Pau dans le van increvable de Txetx. Au volant, il me lit des extraits du Guide du pèlerin de Saint Jacques de Compostelle (XIIème siècle) qui décrit le peuple basque comme le pire des obstacles sur le chemin du pèlérinage. Les Basques sont vus comme le plus barbare des peuples, sale, obscène, violent, sans culture, vivant comme des animaux et ça nous fait rire. Je demande à Txetx de ne pas prendre l'autoroute vers Pau mais plutôt la nationale pour voir la campagne car j'ai aussi une affection pour le Béarn (on passe pas loin de Salies-de-Béarn où j'avais passé quelques jours dans la maison de Jacques Renaud et sa femme avec Robert dans les années 90).    
A Pau je suis accueilli au Méliès par l'équipe du cinéma et Matthieu Lamarque avec qui je m'entends instantanément. Et puis il y a mon amie Solange, fille de Pau, peut-être ma première fan féminine, une femme qui me suit depuis des années et que j'aime énormément, qui a le même accent des Landes que Jean-Marc Arnaudé qui ne me parle plus depuis dix ans. Cette fois-ci, je lui ai apporté un sac de noix de mon jardin car la dernière fois, elle était venue avec des cadeaux. Sachant que je ne voulais pas me trimbaler des objets encombrants, elle m'apporte un joli petit aimant en métal,  c'est le genre de folk art que j'adore. Les gens m'offrent des cadeaux, c'est nouveau, et ça me déstabilise. Je ne sais pas quoi dire. La salle du Méliès est remplie, c'est un beau cinéma et le débat après la projection est formidable. À deux reprises, je suis au bord des larmes en parlant des migrants et en faisant le lien avec la crise du sida qu'on a connue. Sur le chemin du retour, sur l'autoroute dans la nuit, on écoute de la musique et Txetx me raconte ses histoires de baston indépendantiste quand il était jeune. De retour chez lui, avec une bière, je lui fais découvrir le clip de "Rapper's Delight" qu'il n'avait jamais vu alors que c'était un des 2 morceaux de défouloir total sur lequel ses amis et lui dansaient comme des dingues après les manifs d'affrontement massif.

Dans mon lit, tout d'un coup, enfin seul, je sens les larmes qui coulent et je ne peux pas m'empêcher de pleurer. Depuis la sortie commerciale du film, je reçois sans cesse des messages sur Messenger des gens qui sortent du film et qui ont besoin de dire à quel point ils ont été remués. Des gens que je connais mais surtout des gens que je ne connais pas. Je suis obligé de faire un post sur FB pour leur demander gentiment de m'envoyer moins de messages. Un mois après Cannes, c'est le moment de la décompression, je prends conscience du raz de marée émotionnel qui me tombe dessus. La beauté des hommes basques de Bilbao que je vois sur Tinder fait le reste. Je suis sur un volcan émotionnel et je suis seul.
Comme je suis fragile, Malika m'amène l'après-midi à la plage de Bayonne. On s'aime beaucoup depuis des années, on parle souvent de l'Algérie et de politique, elle me montre une photo de son fils qui vit à Paris. Arrivé sur la plage, je vais directement à l'eau, je ne suis pas allé à la mer de tout l'été et tout va tout de suite mieux. La mer me recale, me rassure. Chaque voyage au Pays Basque a le don de me transformer, tous les gens que je rencontre me font du bien, si je ne vivais pas là où je suis c'est vraiment l'endroit où j'aimerais finir mes jours. Je suis nourri par les discussions avec tout le monde, c'est un bain culturel, politique et érotique. J'y trouve la camaraderie entre hétéros et gays que j'aime tellement.

Ces derniers jours se terminent avec un défi personnel : il faut vite remonter à Paris pour le 28 Minutes de Arte avec Philippe Mangeot. C'est la seule télé que j'accepte de faire et je suis très tendu. Mais les retrouvailles avec Philippe que je n'ai pas vu depuis Cannes sont joyeuses. Dans la loge, j'ai préparé les sujets que je veux aborder mais je finis par comprendre que nous n'aurons que quelques minutes à l'antenne. Je n'aurai pas le temps d'exposer mon point. Tant pis, je me laisse faire et Philippe parle beaucoup, il rentre de vacances et il est plein d'énergie. Je suis content d'être avec lui même si je n'ai pas pu dire ce que je voulais. 
Tout de suite après, j'enchaîne et je retrouve ma bande d'amis au Louxor pour voir le film. L'idée était d'aller à une séance normale, sans tralala ou avant première, juste pour passer un quality moment ensemble. Il y a Alice et Thomas, Mustapha et son mari, Jean Christophe, Jean-Luc, Isabelle Meda et Frédéric Gibout que je n'ai pas vus depuis longtemps, il y a aussi Simon Collet et Stéphane Trieulet. A la fin du film, deux femmes en pleurs restent dans la salle dont une vraiment bouleversée que je réconforte d'un geste sur l'épaule. C'est la troisième fois que je vois le film et il me fait toujours de l'effet. Maintenant je me focalise sur des tout petits détails. Je commence à dire à tout le monde qu'il faut le voir deux fois en fait. La première pour absorber le choc, la seconde pour la beauté de l'ensemble. On passe une bonne soirée chez Alice.

Saint-Denis
Particulièrement heureux de faire une projection dans cette ville que j'aime par sa mixité et son dynamisme. Lors de la signature à la librairie Folies d'Encre, je fais un speech parfait, je suis en forme, il y a beaucoup de monde, beaucoup de femmes. Au cinéma Le Grand Ecran,  je suis accompagné du président d'Aides Île-de-France et de Madjid Messaoudene, conseiller municipal de la ville. Bon débat où le sujet principal tourne autour de la tolérance entre les différentes communautés. Je commence à découvrir des directeurs de salles de cinéma qui m'impressionnent par leur gentillesse et leur générosité. Je voudrais que ça dure plus longtemps.

Caen
Quelques jours plus tard, retour à Caen et cette fois l'université a fait les choses en grand. 650 personnes, je n'ai jamais vu une telle queue pour voir le film. C'est à partir de Caen que je remarque que le public évolue. Quelques notables, pas mal de lesbiennes, beaucoup de jeunes, très peu de gays alors que le débat est organisé avec le centre LGBT de la ville. En terme de foule, Caen est le sommet de cette tournée, j'ai rarement eu l'occasion de parler à autant de personnes d'un coup. Il y a quand même beaucoup de monde qui part à la fin du film, mais c'est tout à fait normal. Tout se passe bien, je rentre chez moi le lendemain content et inspiré.

Mâcon
Quand je prends le train vers Lyon ou Mâcon, je suis toujours émerveillé par les paysages que le TGV traverse à grande vitesse. C'est pratiquement l'endroit de la France que j'aime le plus regarder, j'aime ses grandes vallées et ses immenses prairies saupoudrées de vaches blanches, on dirait que la laideur de l'agriculture moderne n'a pas envahi cette région. En arrivant à Mâcon, le relief se plie et se contracte, les vignes sont superbes et je suis encore attendu par un autre directeur de cinéma adorable. La salle n'est pas remplie mais ce n'est pas grave, parler avec peu de personnes, c'est mon boulot de berger. Le soir, je dors dans un hôtel un peu trop chic, du coup le matin je me trompe de gare mais j'arrive à temps à Montpellier où je rencontre un autre directeur de salle de cinéma formidable, c'est vraiment une série.

Montpellier
C'est une ville que je connais bien, une partie de ma famille y habite mais mes tantes sont trop âgées pour venir voir un film pareil, d'ailleurs je ne leur ai pas dit que j'étais en ville. Au cinéma Utopia, je retrouve Patrick Cardon, toujours pareil, drôle, grande dame, Hussein Bourgi, Jesse Hultberg et son mari. Il y a deux projections simultanées car il y a trop de monde. Le débat est super dans une salle où, pour la première fois, une partie du public ne part pas à la fin du film. Montpellier signe le changement démographique du public : désormais, comme à Caen, c'est une majorité de jeunes qui viennent. Ils ont compris, à travers les médias et le bouche à oreille, que ce film est fait pour eux. À chaque fois, le sujet de l'éducation sexuelle revient, toujours plus insistant. Les jeunes sont furieux de voir que l'enseignement sexuel est si mal fait dans les collèges et les facs et je les encourage à s'organiser localement, lycée après lycée, sur Facebook et ailleurs, pour contrer l'influence de Sens Commun qui s'oppose à l'éducation sexuelle.  On sent cette génération bourdonner, pleine d'envies et de frustration. Un haut niveau de communication dans la salle.

Paris
Invité aux rencontres Fnac à l'espace des Blancs Manteaux, je me retrouve à signer des livres mais c'est surtout le débat avec Robin Campillo qui me fait plaisir. Parler avec lui est une récompense, on raconte des histoires drôles sur Act Up et sur le film, j'adore tout chez lui que je n'ai pas vu depuis Saint-Etienne et désormais le film est un blockbuster. On a alors dépassé le cap du demi-million d'entrées. Il y a aussi Franck de Mémento et à la fin on décide d'aller prendre un verre au Cox où je n'ai pas mis les pieds depuis longtemps, la dernière fois c'était avec Rodolphe mais j'en suis pas sûr, ça doit remonter à plus longtemps encore. Rodrigue est super content de nous voir. J'en profite pour poser des questions sur le film à Robin que je n'osais pas poser avant, comme, c'est quoi l'histoire de ce garçon dans la scène du zap au lycée? Pourquoi le voit-t-on si bien dès le début de la scène et jusqu'à la fin?  Et puis pourquoi Boston est mentionné au moment de la cassette de musique? Il ne s'est pourtant rien passé dans le coin au niveau de la House ou de la techno! Est-ce que je peux l'accompagner à Londres pour faire venir Jimmy Somerville ou à New York pour essayer de faire traduire mon livre sur Act Up? Le Cox est toujours pareil, on passe un bon moment, tout le monde est gentil. Je rentre seul à l'hôtel, épuisé.

Fontenay sous Bois
Quelques jours plus tard, Université populaire de Fontenay sous bois, invité avec Alice Rivières du collectif DingDingDong qui travaille sur la maladie d'Huntington pour parler de l'impact des malades dans la recherche et les soins. Une cinquantaine de personnes seulement mais un accueil adorable de la part de tout le monde. Ludovic Bouchet est venu avec sa femme, c'est une joie de les revoir tous les deux, je reste longtemps à discuter. 
Le lendemain, journée chargée avec déjeuner avec Ian Brossat, puis rendez-vous à la mairie de Paris sur le projet des archives LGBT sida, puis signature pour les Mots à la Bouche à la mairie du IVème arrondissement avec Christophe Girard. Plus de 200 personnes, Marc Endeweld sourit du fond de la salle, il connaît mon discours par cœur, il y a des amis, des anciens d'Act Up et les nouveaux et il y a tellement de livres à signer que j'en ai le tournis. Beaucoup de messages d'affection de la part d'inconnus et puis ces lectrices fans qui me suivent sur Facebook ou Twitter et que je rencontre pour la première fois. Ça ne m'était pas arrivé avant, ça doit être le signe d'un tournant littéraire, je vois désormais que mon cœur de lecteurs n'est plus dans le milieu gay mais dans le lectorat féminin. 

Nantes
A Montpelier, dans la salle, il y avait aussi Pr Jacques Reynes que je connaissais à travers les réunions de l'AC5 à l'ANRS. Pendant ces années de travail avec les chercheurs, j'ai découvert cette génération de médecins qui ont fait bouger les soins et la recherche en province. Je sais que c'est mon pragmatisme qui les séduit, ils se plaignent de la lourdeur du système des COREVIH que j'ai toujours considéré comme une usine à gaz mais mon point est : dans l'immense unanimité médiatique sur "120BPM", pas un seul article à abordé un angle médical. Le milieu associatif a bien sûr bénéficié de toutes les louanges mais on a oublié de rappeler à quel point nos vies de séropositifs ont été sauvées par un corps médical exemplaire. Que serais-je devenu sans certaines infirmières à Rothschild, sans ma dentiste, sans mon ophtalmo, toutes ces femmes qui ont été les premières à monter au créneau? Alice a été la première à me le dire, je devrais faire un article sur le sujet. 
 Nantes, j'arrive devant une salle comble de 350 étudiants en médecine et le débat est mené avec Pr Raffi du CHU de la ville, un hôpital qui a été leader dans le développement des antiprotéases et du VIH en général. Raffi était aussi à l'AC5, on a pratiquement le même âge, je l'aime beaucoup, et le débat est rapide, avec un public qui, encore une fois, reste après le film pour discuter. Tout l'échange sur le médical est intense, ce qui me change des rencontres précédentes. Il y a plein de beaux mecs. 
Apres on va prendre un verre avec les étudiants qui ont organisé la rencontre. Il est 1h du matin, il fait doux, les jeunes sont dans la rue à boire et draguer à côté de l'hôpital, j'aime vraiment beaucoup cette ville. Pas un seul gay identifiable au cinéma. Le matin, je dois me lever tôt pour prendre le train et j'oublie les billets dans la chambre de l'hôtel, presque trop luxueuse encore une fois.

Angers
Sur le chemin, je réalise que c'est mon dernier voyage autour du film. Finalement, je n'ai pas fait tant de villes que ça mais ça m'a pris beaucoup de temps et beaucoup d'énergie. Stéphane Corbin m'attend à la gare et il a tout organisé pour moi. C'est un des rares militants LGBT en qui j'ai confiance, on est d'accord sur tout. Si le mouvement LGBT était dirigé par des personnes comme lui, on aurait déjà obtenu ce qu'on nous refuse depuis des années. La salle est remplie, ce qui est un exploit alors que le film est sorti depuis plus d'un mois maintenant mais les représentants de Aides ont visiblement oublié de venir, ce qui dit tout vraiment. Désormais, à chaque rencontre, je martèle que Aides ne fait pas son travail en direction des migrants alors que c'est normalement leur prérogative : dépistage de personnes marginalisées, écoute, information, remontée des infos du terrain. Je suppose qu'ils attendent des "budgets fléchés" pour faire leur boulot. Malgré tout, la fatigue est réelle lors du débat, je ne suis pas aussi bon que d'habitude, et puis je suis toujours moins à l'aise quand je suis filmé.

Je suis bien sûr conscient que les grandes villes n'ont pas été celles que j'ai visitées. Ces grandes villes ont eu la présence de Campillo. Mon travail était d'accompagner le film pour délester Robin qui, depuis deux mois, travaille surtout sur la promotion du film à l'étranger. J'étais heureux de rencontrer tout ce monde, écouter les gens, essayer de les motiver dans l'engagement à un moment où tout le monde déserte le milieu associatif LGBT. "120BPM" et la réédition de mon livre sur Act Up m'ont réparé après des années creuses et difficiles, marquées par l'abandon de deux amis très proches qui ne me parlent plus, quelque chose qui m'a fait plus de mal, finalement, que ma solitude affective. Tout ce travail, je l'ai fait seul avec l'aide de Franck de Mémento et Cécile Gateff de Denoël mais tous ces articles, ces tribunes, c'est moi tout seul, sans agent, sans attachée de presse, sans plan media. Je construis un momentum qui se dirige vers la projection de "The Doom Troubadour", le premier docu qui me laisse parler et qui sera projeté lors du festival Chéries-Chéris de novembre dont je suis membre du jury. Mon rêve est que mon livre sur Act Up soit traduit en anglais. J'espérais aller à New York pour la première afin d'essayer de rencontrer des éditeurs mais cela ne s'est pas fait. Tchip. Je commence à en avoir vraiment marre de voir que mes amis américains ou anglais n'ont finalement rien lu de ce que j'ai écrit toute ma vie. Cela fait 17 ans que je vis avec cette injustice alors qu'une grande de partie de mon écriture est en direction du monde anglo-saxon. Chacun de mes livres a été écrit avec une ouverture vers l'étranger. C'est pour ça que je n'aime pas le monde de l'édition, je le trouve incapable, il ne cherche absolument pas à exporter ses idées. Et quand ces idées sont forcément minoritaires, c'est un fonctionnement qui rejoint d'autres fonctionnements d'isolement culturel et politique. Arriver à 60 ans et ne pas pouvoir s'adresser à l'Amérique quand toute sa vie a été nourrie par ses hommes et sa culture.  C'est une manière de vous rabaisser pour ne jamais pouvoir discuter d'égal à égal. Et ça, on sait ce que ça veut dire.