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mercredi 5 mars 2025

Mémoires : sortie aujourd'hui!


envoyé par Jimmy Somerville



Tout d'abord je ne suis pas mort. C'est drôle le nombre de personnes sur FB qui me demandent ça. Je suppose que si ce livre était posthume, vous le sauriez, non? J'ai voulu un titre minimal, à la Comme des Garçons, parce que ça se passe entre l'année de ma naissance et l'année du rendu du livre.

Ensuite, je vois que certaines personnes s'étonnent de ne pas être dans l'index du livre. C'est bien simple : ce livre fait 500 pages, j'en ai écrit le double. La première version incorporait même des interviews de mes frères, ma mère. Il a fallu couper ce qui dépassait à la tronçonneuse, des portraits d'ami(e)s, mais aussi des parties plus personnelles comme mes looks divers. Si le livre a un peu de succès, je les rajouterai sur mon blog, autrement, tant pis, c'est ce qui arrive. Et puis des extraits se terminaient mal pour certaines personnes, j'ai préféré finir ces Mémoires sur une note positive. Enfin, certains amis ne sont plus des amis comme Thomas et Rodolphe, qui n'ont pas accepté ce que je disais sur eux, donc là c'est réglé.

Comme je le dis dans la préface, on peut commencer ces Mémoires où l'on veut. Il y a cinq parties : de la naissance à 19 ans, les amours et les amis, le travail et le militantisme, la musique et enfin la nature. Je sais que vous serez nombreux à commencer par la musique, j'y consacre presque 100 pages, après tout c'est mon métier de base. A la fin du livre se trouve la playlist de ces Mémoires avec un cryptogramme, vous pouvez écouter 15 heures de musique sur Spotify, bonus cadeau. Le livre offre aussi 8 pages de photos à l'intérieur du texte, je n'ai pas pu tout mettre, mais c'est un autre bonus.

Forcément, quand on saucissonne sa vie en cinq parties, il y a des répétitions. La pire est "il n'est pas mon genre" utilisée pas moins de 4 ou 5 fois, oubliant de noter que j'en suis conscient! On pourrait en faire un t-shirt ironique et conceptuel. Il y a aussi une dizaine de coquilles dont une majeure et je m'en excuse, et cela aurait été tellement pire sans l'aide d'Emilie Pointereau chez Stock, la meilleure éditrice de ma carrière, qui a du supporter mes innombrables fautes de syntaxe, parfois même des contresens, corrigées par Sophie Harinck et Olivier de Solminihac qui ont fait un travail admirable, surtout dans la partie musique avec tous ces titres de chansons qu'il a fallu vérifier une par une. C'est la première fois que je donne crédit à ces corrections! Vraiment Emilie, merci, j'écris ce texte pour vous.

Pour un dernier livre, car c'est mon dernier, j'ai bénéficié des conseils de Guy Birenbaum qui m'a dirigé vers Stock (l'idée de Spotify c'est aussi lui, ainsi que le petit cahier de photos). Il m'a dit : "Il faut faire un beau livre". Je n'ai pas été censuré sur la Palestine, sur rien d'ailleurs.

Et enfin, merci à mon frère Lala qui m'a accompagné tout au long du livre, son aide a été précieuse pour les souvenirs et certains passages sont les siens, avec les nombreuses blagues qu'il faisait pendant notre enfance. Il a aussi corrigé un nombre incalculable de répétitions, il est la présence évidente de ces Mémoires. Je n'y serai pas arrivé sans lui.

En allégeant ce livre, il a gagné en simplicité, en reflétant ma voix. Mon écriture est plus fluide. Les deux cent premières pages se lisent d'un coup, c'est ce qu'on appelle un page turner. Je suis satisfait de ces Mémoires, malgré les coquilles, je vais enfin pouvoir m'occuper de mon jardin et de mon site perso, il va falloir refaire les archives de Magazine qui ont un glitch, et celles de Gaie Presse qu'il faut scanner, mais ce sera un plaisir de retraité.

Bonne lecture.

dimanche 16 juin 2013

La Chocha @ K.A.B.P., 2002


Il y a deux mois, j'ai passé une soirée merveilleuse avec Patrick Thévenin et Anna La Chocha. Quand je suis arrivé chez Patrick, je SAVAIS que ce ne serait pas une visite rapide comme j'en ai la spécialité, ce serait forcément 4 heures de rires, de confessions et de politique. Je n'avais pas vu la Chocha depuis plusieurs années, elle était en Floride et à Cuba chez sa smala familiale à faire des films. On avait beaucoup de choses à se raconter et puis j'étais en plein désespoir sentimental, un peu à fleur de peau. Patrick disait : "Je suis tellement content qu'Anna squatte chez moi, c'est un vrai antidépresseur humain, cette lesbienne!".

On a parlé de tout, des temps qui changent, des pédés, des lesbiennes et des trans, de la nouvelle génération, des projets d'écriture de docus de chacun, du mariage gay, de musique. À un moment, Chocha m'a rappelé un truc que j'avais complètement zappé. Il y a dix ans, elle avait filmé une nuit entière de la soirée qu'on faisait à l'époque, K.A.B.P. C'était la nuit en hommage à Sextoy qui venait de décéder. La politique du club était démoniaque: pas de vidéos à l'intérieur, pas de photographes. On en avait marre de voir dans les autres clubs des bourrins traverser le dancefloor avec des projos et une grosse caméra sur l'épaule et on avait décidé "Pas de ça chez nous, les clubbers doivent danser tranquilles". Donc il n'y a pas de souvenir vidéo de ce club qui a duré 4 merveilleuses années. Mais Anna Margarita Albelo La Chocha n'est pas comme tout le monde. À ce moment, elle habitait avec Patrick Vidal, le DJ résident et donc ça la mettait dans une position de magna princessa latina.

Bref, elle a filmé une série de séquences qui racontent toute la soirée de K.A.B.P. du début à la fin, en commençant par le samedi matin, vers 11H, avec Patrick Vidal qui commence consciencieusement à travailler son set pour le soir même. Ensuite Anna se filme l'après midi pour un sketch en répondant au téléphone: "Dring!!! Oui c'est pour la liste? Toi + 1? OK". 5 minutes plus tard: "Dring Dring!!! Oui c'est pour la liste? Toi + 1? OK" et ainsi de suite jusqu'à fasse un ad lib du genre "Mais c'est quoi ces folles qui attendent le dernier moment pour se mettre sur la liste? The cheek of it!"

La vidéo reprend le soir quand Vidal et Anna arrivent à la Boule Noire. Au bout de deux ans K.A.B.P était à son sommet, à 11H30 il y avait déjà la queue devant le club et Anna remonte toute la file avec toutes les folles (filles et garçons mind you) qui la saluent criant les bras en l'air "La Chocha! Que tal?". Tout le monde est joyeux, on dirait un mix de The Magician. La caméra passe devant le physio (c'était Fabien?) puis dépasse le vestiaire et on arrive dans la salle, déjà remplie, jumping, les néons créées par Robert qui clignotent au fond derrière le DJ. Chocha longe la foule et partout c'est "LA CHOCHAAAAAAA".

Plus tard, elle arrive au backstage qui était rempli et c'te folle intervient dans les discussions de chaque petit groupe et tout le monde rigole parce que tu ne peux pas résister à la Chocha. On voit très bien l'ambiance de ce grand backstage, gratuit, ouvert à tous, qui était le plus produit de ce club. À un moment, elle monte l'escalier vers les toilettes et, bien sûr, cliché complet, y'a deux mecs en train de se faire un rail de coke. Pourtant on leur avait bien dit!

Après avoir écumé le backstage dans chacun de ses petits recoins, elle attaque la salle principale et là c'est peak hour, les gens dansent, les néons sont full blast, Vidal joue son set en honneur de Sextoy, c'est parfait et émouvant. On voit les visages de tous les gens qui ont fait de ce club un endroit sympa et mixte. Et comme la Chocha vivait chez Patrick, elle était toujours assurée de rentrer chez elle avec lui en taxi et donc elle reste jusqu'à la fermeture, 7 heures, les kids qui ne veulent pas partir, il faut les pousser littéralement dehors en rigolant pendant que Robert et moi et quelques amis rangeons le matos et les lumières en parlant de la soirée. "Tu as gobé? - Non". "Tu as bu au moins? - "Même pas, j'ai oublié". La vidéo se termine sur le boulevard Barbès au matin, la Chocha montant dans le taxi de Vidal avec les derniers clubbers qui leur font des signes. Classique.

Enfin, la vidéo ressemble à ça quand La Chocha me l'a décrite car je ne l'ai pas encore vue. La Chocha est une lesbienne imprévisible (pléonasme ou quoi) et si vous lui passez un disque dur pour qu'elle y mettre le film, vous pouvez être certain que ça prendra 6 mois ce bordel. Alors, comme j'insiste, elle finit par balancer 2 minutes du backstage sur YouTube, comme si ça allait me faire patienter et comme elle est une femme et attentionnée, elle choisi le bout de la vidéo où je suis en train de parler. Mais c'est pas ça que je voulais Chocha, je voulais voir LES AUTRES, le club, les lumières, mais surtout pas mon visage lipodystrophié de 2002.

En 2002, il y avait déjà le New Fill mais j'ai été un des derniers à m'y mettre. Comme on avait suivi ce produit au TRT-5 depuis le tout début, j'étais même allé au Ministère de la santé pour faire avance le dossier de remboursement à la Direction Générale de la Santé, il fallait vraiment montrer à ces fonctionnaires pourquoi l'accès à ce produit (cher) était si urgent pour les personnes séropositives. "Vous voyez mon visage? J'ai l'air de sortir d'un camp de concentration nan?" Ça les effrayait et ça a marché. La France a été un des premiers pays à accorder un accès gratuit au New Fill pour ceux qui n'avaient pas l'argent de se le payer.

Mais en 2002, une sorte de délicatesse idiote me faisait hésiter à me faire injecter ce truc dans le visage et me voilà dans cette vidéo, c'est comme si vous retrouviez une photo oubliée de vous après un tabassage de skins. Plus de graisse sur le visage, un look de vieux freak avant l'âge, que des os, la maigreur du Sida Old Times. Bien sûr, je n'ai pas regardé la vidéo sur YouTube jusqu'à la fin, ça va je suis pas maso et pis y'a que 2 personnes qui l'ont regardé merci Dieu tout puissant. Je n'ai jamais aimé être filmé mais on est tous passés par ces années de lipodystrophie et ça vous marque pour toujours. Cette maladresse accentue la maladresse de mes blagues même pas drôles, vous savez en même temps que vous parlez que les gens n'entendent pas vos mots, ils sont juste en train de s'acclimater à cette maigreur. J'étais dans mon rôle, au backstage, pour m'assurer que les gens se comportaient bien, que ça ne partait pas en live avec des mecs qui baisaient ou qui prenaient de la drogue devant tout le monde. J'étais la maîtresse qui fait peur. Je me rappelle très bien une nuit, quand le backstage était archiplein et que ça devenait limite incontrôlable. J'étais monté sur une chaise et je m'étais exclamé "OK les filles, je suis la patronne et je vous demande gentiment de vous calmer de 20%". Et là, j'ai vu pour la première fois le look surpris et effrayé de beaucoup de gens que je ne connaissais pas qui m'ont vu, comme un épouvantail dans un champ rempli de gazelles et de corbeaux, le visage vidé de sa substance. Je sentais dans leur regard la peur du sida, de l'énervement aussi, du genre "Mais elle devrait se cacher, elle nous fait peur, on va faire un bad trip". Je suis redescendu de la chaise. Cette image est restée dans mes cauchemars, un exemple flagrant d'overshare en public.

Aujourd'hui mon visage a été sauvé grâce aux injections de New Fill. Dix ans plus tard, j'ai l'air plus jeune qu'en 2002. Mais ce passage par les lipoatrophies du visage, nous sommes des milliers à avoir connu ça et ça fait encore mal quand on tombe par hasard sur des images ou des films qui vous rappellent ce moment atroce de votre vie. C'est d'ailleurs à ce moment que je suis parti vivre seul à la campagne, la nature est gentille à cet égard. Donc Chocha, va à Bonne Nouvelle récupérer le disque dur que j'ai passé à Robert pour toi et qui t'attend depuis deux mois pour que les fans de K.AB.P. puissent se revoir, 10 ans plus jeunes, au milieu d'une soirée parfaite.
With love, chica.


mardi 6 mars 2012

Bonne Nouvelle et BLT



C'est un joli week-end à Paris, ce qui ne m'arrive pratiquement jamais et la ville est belle quand on est avec quelqu'un qu'on aime et qui vous aime. Parce que le fait d'être amoureux augmente le taux de dopamine, le vent était doux il y a deux semaines sur le boulevard Bonne Nouvelle en direction du bar du même nom que mon ami Robert a ouvert il y a 3 mois et des poussières et qui fait restaurant à midi. La tour du Grand Rex était illuminée, on sentait que le printemps arrivait, que tout irait bien, parce que certaines nuits sont gagnées à l'avance et que "your boner is my bonheur" comme on dit tous les deux.

À l'intérieur de ce bar qui fut l'ancien restau de Fabrice Gadeau où tous les DJ's du Rex venaient manger avant de jouer, la déco a été simplifiée et tout a été refait à neuf, un endroit qui fait face au MacDo du carrefour et qui n'a pas de voisinage, ce qui veut dire qu'on peut y passer de la house jusqu'à 2h du matin sans déranger quiconque. L'idée de ce bar, c'est qu'il y a trop de monde qui ne veut plus mettre les pieds au Marais pour boire un verre et ils veulent sortir avec leurs copines et amis hétéros sans se faire insulter comme dans certains bars de la Rue de la Verrerie, if U see what I mean. Grosso merdo, le concept est le même que celui de K.A.B.P. ou Otra Otra adapté à un bar, pas forcément ouvert à tous, mais fermé à personne, ce qui est un bon slogan publicitaire. Au début de soirée, on sert de la cochonnaille gratos et il y a ce barman, Joe, barbu, hétéro, jovial, rapide, cool, le genre de mec qui semble sorti d'un tecknival, wild mais gentil, et finalement tout ça est déjà beaucoup plus profond que la pétasse qui vous sert des bières pas fraîches ailleurs TOUT EN FAISANT LA GUEULE car en fait elle veut être à Los Angeles pour encourager The Artist.

Trois mojitos plus tard et the night is young and full of possibilities. Pierre est déjà là pour son anniversaire et a amené ses amis du Marais qui découvrent l'endroit. Ceux-là, ils sont allés partout dans le monde, ils ont tout vu, donc un nouveau bar pour eux c'est un épisode de plus de Coronation Street, un au milieu de 10.000. Orn est là, still looking good avec une chemise à carreau style LL Bean mais d'Abercombie d'il y a 15 ans. Son mari Elie est adorable, ça se voit tout de suite et comme je suis la dernière personne à le savoir, je leur demande comment ils se sont rencontrés il y a 5 ans. Orn me répond :
- Dans le Marais, il allait au Cox et moi j'étais au téléphone dans la rue et quand j'ai vu qu'il me regardait, j'ai cru qu'il draguait un autre mec derrière moi et je n'en croyais pas mes yeux
- Vous êtes allés au Cox ensemble?
- Non on est rentrés chez moi.
- Good boys.
Il y a Patrick Vidal qui passe avant d'aller à la BLT avec Gilles Beaujard et Mandel Turner arrive avec son turban à la Billy Holiday, moi si je portais un truc pareil je me ferais pourchasser dans la rue avec de la glue et des plumes mais lui, ça va, il est même butch avec ça sur la tête. Comme je présente mon nouveau mari à mes amis, il y a Eric et Fred que j'ai vus le week-end précédent à la maison, JLB qui est le seul dans le bar à avoir des cheveux en bonne santé, Hervé Lassïnce qui arrive avec son nouveau beau qui est une crème, Alice et Tewfic et la bande des avocats cools, un autre Fred qui part à New York 3 jours plus tard pour un nouveau job et qui a décroché un apparte là-bas AVANT MEME d'avoir son passeport, je lui dis "C'est formidable, tu vas échapper aux élections présidentielles, veinard". Il y a Alain, ce grand Syrien magnifique avec une barbe noire, profonde, de la vraie mythologie perse puis arrive cet immense kid black de 26 ans que Vidal me présente comme une révélation, une sorte de Sylvester des banlieues parisiennes et qui sait tout sur tout, Carlos Dalton arrive et met enfin de la musique un peu plus funky et tout de suite le son est plus sharp, plus clair, plus groove et je lui raconte mon histoire préférée sur lui quand, en 1995, j'était tellement au fond de la déprime sous Rohypnol que je l'avais suivi, lui et son mec, au Monoprix de Réaumur Sébastopol parce que je voulais juste voir comment deux mecs in love faisaient les courses et ça me rappelait trop la relation amoureuse que je venais de perdre.
Il me dit : T'es folle.
- Non j'étais désespéré et j'ai fait ça une seule fois dans ma vie, c'était avec vous.
Arrive ensuite un kid qui travaille à Respect Mag et je luis fais le compliment de la mort "Tu sais, votre numéro Noirs de France, c'est exactement ce qu'on voulait faire pour Têtu en... 2007 et vous vous le faites en vrai." Justement Gildas et là aussi et sent bon le savon de Marseille et Fred Otero arrive enfin avec Thomas et Marie. Je me retourne, le bar est plein et Robert est content. Arrivent les amis hétéros de Robert, le crew de Saint-Denis et j'adore ces mecs mais j'ai pas le temps de les embrasser comme il faudrait et mon mari me dit "C'est incroyable, c'est comme si je découvrais tous les codes gays que j'ai toujours voulu connaître, mais je suis toujours tombé sur les mauvais, ceux qu'on voit dans les mauvais endroits". Il est content et tout le monde dit qu'il a un regard qui respire la gentillesse, il y a un barbu super beau que je verrai plus tard à la BLT et qui danse très très bien, je me dis qu'il aura fallu attendre 20 ans pour que les gays ressemblent à Brad Pitt dans Kalifornia mais on y est enfin et ça valait le coup d'insister pour leur dire d'arrêter de se raser comme des branques, et tout le monde y gagne car ça fait moins de mousse à raser et de Gilette à acheter et bientôt les homos vont ressembler à Lissandro Lopez de l'Olympique Lyonnais, avec la même barbe pointue, c'est la marque du brotherhood gay comme le développe Lassïnce dans ses photos sur FB quand il parle de ses amis comme de ses frères; ce que les Noirs disent depuis des décennies avec brothers & sisters, qui sont les premiers mots du Promised Land de joe Smooth. Et après on va me dire qu'il n'y a plus de sentiment de communauté chez les gays, groumf.

Arrive le temps d'aller à Bizarre Love Triangle et on y va avec JLB, Alice et et mon mari, à la porte de Maxim's il y a Jenny Bel'Air qui fait toujours des leçons aux kids de 20 ans. Il faut l'écouter, c'est comme revenir à l'école : "C'est moi qui fais les règles ici, d'accord? C'est bien compris? Aujourd'hui vous ne payez pas, mais la prochaine fois je ne veux pas entendre un mot si je vous dis de passer par la caisse pour payer 10 euros d'entrée, OK?". Il y en a un qui est Espagnol et Jenny lui demande de parler en espagnol rien que pour s'assurer qu'il ne se fout pas d'elle. Lassïnce arrive avec son boyfriend et un garçon réalisateur qui beau que je lui dis "Tu es incroyablement beau". Moi j'étais allé qu'une seule fois à Maxim's il y a très longtemps au restau du rez-de-chaussée donc je n'ai jamais vu les étages car les garçons de mon époque, c'était impossible de pénétrer dans cet endroit si on n'avait pas un costume et des Churchs et là il y a des kids blacks et beurs qui entrent dans ce sommet du selector, et je finis par dire à Julien et Emmanuel de BLT : "C'est formidable parce qu'ici c'est Step Back Into Time mais d'avant Time, avant TOUT, et c'est formidable que vous puissiez faire venir les gosses de la banlieue à Rue Royale où jamais jamais ils auraient pu foutre les pieds" et quand ils rentrent chez eux, leurs parents leur demandent où ils étaient la nuit et ils répondent "Chez Maxim's" et tout le monde doit être fier de leurs enfants.

Tout est rouge et doré dans cet endroit et le fumoir est le plus joli de Paris je supppose même si on y trouve un bon tiers de folles insouciantes bourges, mais après tout ce sont elles qui font tourner le bar pour celles qui n'ont pas le sou. Heureusement, au milieu il y a la Bourette, qui avance vers Rodolphe avec les lèvres droit devant et il faut lui dire "Heu but yes but no but yes but yes but nooo arrête c'est mon nouveau mari quoi". C'est un club presque sans lumières, pas de flash ni de robolights qui clignotent, c'est une autre bonne idée et on danse sur de la moquette ce qui est assez agréable ma foi, même si c'est zarbi. Il devrait y avoir beaucoup plus de filles car c'est trop gay et c'est bien connu que c'est le mix de filles et de garçons qui fait le succès des jolis clubs. Et pourtant, il y a tout ici pour plaire aux filles, la musique, le décor, le prestige, la gentillesse des gens, moi si j'étais hétéro je viendrais draguer dans un endroit comme ça... Du coin du dancefloor où on s'est mis pour danser, on voit le backstage derrière le DJ avec la lumière qui passe par une grande fenêtre avec un de ces lampadaires immenses de la Rue Royale et ça donne un halo oblique qui ressemble évidemment à un tableau d'Edgar Hooper et je leur dis "Il faut absolument immortaliser ce moment" mais on danse, un tribute à Whitney, sous les encouragements du MC, Fred Otero est toujours le meilleur danseur que je connaisse, et de très loin, c'est un documentaire à lui seul, Jeffrey Hinton arrive et il me dit qu'il a un show à la Tate Gallery en avril, au fumoir il y a des folles de 22 ans qui détournent le regard quand on leur demande du feu, so shady, Il y a Hamid dans la queue pour les toilettes, Vix et son mari qui ont un truc à me dire mais qui disparaissent, ADD or what, et je danse longtemps avec un T-shirt qui ne me va pas, j'aurais pu m'habiller mieux vraiment mais je m'en fous, je suis avec mon loved one qui est heureux donc who cares. Christophe Hamaide Pierson arrive enfin, le dancefloor commence à s'éclaircir, Robert et Carlos arrivent aussi de la fermeture du Bonne Nouvelle, Alice me dit de rester sur le dancefloor jusqu'à la dernière minute, comme on faisait en boite, par respect pour les DJ's pour les applaudir quand c'est fini et après on se trouve derrière avec Vidal et les BLT qui ont l'air vraiment de princes de la nuit, cools mais calmes.

Dans la rue, c'est drôle pour attendre les taxis qui vont chez Alice qui tient absolument à nous faire venir chez elle car elle veut acheter de la soupe et c'est vrai qu'on a faim bordel. Jenny a disparu en vitesse car elle avait un "plan". On arrive chez Alice avec Vidal, les deux anges de BLT, Fred Otero et Rodolphe, et cette soupe achetée en bas chez les Indiens est yummy to die for, avec des croutons de pain et du champagne mais moi j'en bois pas parce que j'aime pas ça. Il est 8h et ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas empêché de rentrer à la maison plus tôt et je fais encore des compliments à Julien et Emmanuel pour qu'ils comprennent que c'est pas une parole de mec bourré. En partant, au métro Strasbourg Saint-Denis, on s'embrasse avec Fred et un mec qui passe sur le trottoir nous dit : "Et moi, pas de bisou?" et on descend les escaliers en se disant "Mais bien sûr, on aurait du l'embrasser aussi". Il est 9h, all is well, a good night out.

jeudi 14 octobre 2010

Le syndrome Safire


What a pen can do. J’écrivais quelque chose et ces mots me sont venus à l’esprit car mon nouveau Paper Mate (quel nom génial) glissait si bien sur le papier que je savais que c’était grâce à lui si j’avais du plaisir à écrire. Et comme d’habitude, les mots qui me viennent à l’esprit sont des slogans anglais. Je sais très bien qu’il y a beaucoup de personnes qui sont très irritées lorsqu’on mélange l’anglais et le français et je me les aliène les uns après les autres dès que j’utilise une bêtise américaine, mais c’est comme ça, je fais ça depuis toujours, je m’en excuse même si vous voulez, mais il y a cette franchise dialectique bien connue qui permet de faire des phrases courtes qui vont à l’essentiel du mot. Par exemple, ces phrases avec des mots à une syllabe. « Otra Otra : I like it so much I say it twice ». « Be as man as you can be ». « Porn is Good ».

Dans le New York Times, il y a cette chronique sur le langage qui est, les trois quart du temps, merveilleuse et drôle à la fois. Ils n’arrêtent pas de décortiquer pourquoi on dit ça et pas ça, pourquoi certains nouveaux mots sont des hérésies merveilleuses. Par exemple, j’ai été personnellement étonné de remarquer depuis 4 ans la résurrection du mot « charmant » par les jeunes. Avant, on ne disait pas « charmant » pour désigner quelqu’un qui est sexy, on utilisait plutôt « bandant ». « Charmant » a toujours été un mot désuet, que l’on n’utilisait même pas à mon époque, à par mon frère Lala qui a jeté son dévolu sur « exquis » depuis toujours et avec qui j’ai eu des discussions sans fin (et amusantes) pour argumenter si c’était un adjectif légèrement trop exagéré dans son expression, un peu comme les gens qui font roucouler le vin dans leur bouche, quelle horreur.
Quand mon ami Fred à qui je fais confiance pour tout ce qui est cutting edge a commencé à utiliser « charmant » pour décrire les beaux mecs qu’il regardait, et que j’ai entendu mes neveux le dire dans un autre contexte (genre « Tu es sexy, mais je vais le dire d’une manière moins soutenue car on est des ados et on n’a pas envie de prendre un mot trop daté des années 90), je me suis dit que les jeunes avaient un drôle de goût pour sauver certains mots de l’oubli. Ca serait intéressant de savoir qui a lancé le mot « charmant » dans les années 2000, puisque ces mots proviennent toujours d’une source précise. Je sais pas non plus s’il existe des chroniques linguistiques de ce type en France, écrites je veux dire, mais pour moi une chronique sur le langage me semble logique dans un grand quotidien anglo-saxon.
Parfois, ces chroniques sont tellement recouvertes de mon Stabilo que je les découpe et je les range dans une boite. J’adore les mots en portemanteaux (don’t we all ?). A force de tout lire en anglais, j’ai fini par comprendre que les mots anglais ont plus d’impact pour moi. Cela ne veut pas dire que je n’aime pas le français, j’adore écrire, surtout à la main. Et j’adore la manière avec laquelle les gens formulent les choses, puisque l’on sait que les jeunes, s’ils n’écrivent plus de lettres, n’ont jamais autant écrit. Je ne parle pas des SMS parce que je ne vais pas pénétrer là-dedans, c’est trop gross. Je parle de la manière d’écrire par email et sur FB et sur Twitter. Il y a plein de livres qui sortent sur ces sujets aux USA, qui expliquent pourquoi et comment, par exemple, on juge nécessaire de n’utiliser que des minuscules. Sur FB, parfois, je fais des blagues en lettres minuscules ou des messages de dude parce que ça a un côté subdued, avec un sous-statement. Dans le genre « hey » ou « beaucoup de chouettes qui hululent autour de la maison cette nuit ». Le fait de mettre un point ou pas souligne encore plus le côté flottant de la phrase, dans de genre « je suis un peu cassé » ou « je m’endors devant mon ordi ».

Le 5 août dernier, Ben Zimmer se demandait comment on disait « on va à la plage » en anglais. En espagnol, on le sait grâce à la chanson, mais en anglais, c’est selon la proximité avec la mer, bien sûr. Dans le New Jersey on dit « down to the shore » parce que l’océan est juste là, et à Baltimore on dit « down the shore", parce que, heu, l’océan et juste là aussi. Le 1er octobre, Ben Zimmer a incorporé l’étrange mot « trifecta » dans une chronique amusante sur les gens célèbres qui disent « nous ». Comme la reine d’Angleterre qui dit « We are not amused » ou comme Thoreau qui avait déclaré (mais ce n’est pas prouvé) : « Le Nous est utilisé par les rois, les éditeurs, les femmes enceintes et les gens qui ont des asticots dans la bouche » (morts, quoi). Donc, nous, l’éditeur de Minorités, avons le droit de parler à la première personne du pluriel. Quelle horreur. « Trifecta », pour revenir au New York Times, veut dire un pari comme un tiercé où il faut prévoir les trois premières places d’une course, dans l’ordre. C’est un terme anglais qui peut être utilisé avec amusement dans une chronique de cuisine, mais encore plus dans la proctologie : « Je lui ai enlevé une trifecta d’hémorroïdes ».
Guido Minisky, avait inventé il y a quelques années, dans ses flyers de clubs, le mot génial « friendlyment », pour finir ses annonces. C’est « gentiment », ou « affectueusement », en franglais. C’est une marque linguistique géniale. Si Facebook déçoit de plus en plus sur les sujets politique, le réseau social reste toujours le creuset de l’humour de Now. Il y a des mecs comme (eeeeek! je ne me rappelle plus qui, il va falloir que je checke mes 4000 amis!) qui se font une spécialité de dire des trucs drôles tout le temps comme « Ma mère dit que ses cuisses deviennent si grosses quelles ressemblent à celles de Beyoncé ». C’est de l’humour deadpan, comme ça, un jet d’écriture sans écriture, du genre je suis drôle même quand je ne fais pas d'effort.
Le 19 mars, Ben Zimmer faisait une démonstration très délicate des utilisations politiques derrière les mots les plus simples du langage : le oui et le non. Le 12 octobre 2009, dans sa première chronique, Zimmer rendait hommage à son prédécesseur, William Safire, bien sûr, disparu un mois plus tôt, qui avait débuté cette chronique le 18 février 1978 avec ces mots extrêmement simples dans un style presque robotique à la Kubrick : « How do you do. This is a new column about language ». Car bien sûr, le grand manitou de ce genre d’obsession linguistique, c’est Safire lui-même. Il y avait bien des connaisseurs qui intervenaient régulièrement dans ses chronique comme Jan Freeman qui, le 31 janvier 2007, se posait cette question fondamentale : « Comment met-on au pluriel la voiture Prius ? » tout en produisant une suite de blagues sur les raisons qui conduisent à marmonner « Mm-humm » quand on a la flemme de répondre à une question. As in, dans l’avion : « Vous voulez un verre d’eau, Monsieur ? » - « Mm-hmm », du genre, j’ai même pas envie de m’emmerder à répondre « Non merci ». Quelle horreur.

Le leader (certains l'appelaient le "dictateur") était bien William Safire (dèjà, quel joli nom !) qui s’est fait une spécialité de décortiquer l’accélération du shortspeak (le 25 mai 2008) de ces dix dernières années, exagéré par le portable et l’ordinateur. Tout en dirigeant le lecteur vers des essais essentiels comme « Linguistic ruin ! LOL ! Instant Messaging and Teen Language » de Sali Tagliamonte et Derek Denis ou des livres comme « Always on : Language in an online World » de Naomi S.Baron.
Le 16 mars 2008, pendant la course aux élections, il décrit comment les prétendants à la Maison Blanche s’adressent à leur public et note que John McCain, le 14 janvier de la même année, avait battu un record en disant 31 fois « Mes amis » pendant un speech. C’est un peu comme compter les 256 voitures qui sont pulvérisées dans « GI Joe », le film.
Le 1er juillet 2009, il s’amuse à décrire ce qui peut être qualifié comme un « moment Aha ! », quand vous avez la preuve d’une conviction bien ancrée, comme, je sais pas moi, quand Delanoë fait un deal avec Chirac pour que certaines poursuites légales disparaissent contre quelques millions.
Le 5 octobre 2008, il fait tout un laïus sur le mot « toxique », qui est devenu si populaire avec la crise financière, quand tout est devenu toxique, des placements en bourse au karma de Madoff. Mon petit avis là-dessus, c’est que Britney Spears avait anticipé (pour une fois) cette mode du tout toxique avec son album de.. 2004.
Une de mes chroniques préférées : le 6 janvier 2009, Safire nous apprend que la ponctuation vocale « Y’know » a culminé chez les jeunes dans les années 80 (c’est vrai, tous mes amis anglais disaient ça non-stop), puis ça a été remplacé par « I mean » (j’ai commis 4 meurtres à cause de ça), puis c’est devenu « Like » (que j’utilise toujours) pour devenir juste « uh ». Comme : « Y’know, j’ai pensé à un truc que tu m’as dit l’autre jour, I mean, c’est pas que j’ai envie d’en parler forcément, like comme si ça t’intéressait, uh ». Bref, chez les jeunes, les mots deviennent de plus en plus courts, bientôt on va avoir un mot qui va dire juste : « d ».
Le 21 novembre 2009, Safire s’emmêle les pinceaux (so to speak) en hésitant entre plein de mots qui pourraient symboliser l’année écoulée. Comme c’est la crise, il finit par admettre son attrait pour « frugalista », une « personne qui vit d’une manière frugale mais reste à la mode et en bonne santé en gardant ses vêtement ou en les échangeant, en achetant des objets d’occasion et en faisant pousser ses propres produits ». C’est le nom de guerre (en français dans le texte) du « guerrier de la récession ». Hey, c’est moi ça ! Safire dit que « frugalista » est plus juste que « recessionista » qui est trop évident.
Enfin, le 19 décembre 2008, Safire se demandait pour quoi le mot « dear » était en train de disparaître des emails et des SMS, alors que ce fut le premier mot de toutes les correspondances amicales ou amoureuses pendant si longtemps. En plus, « dear », « mon cher », « ma chère » est tellement camp ! Et il s’amuse à parler de « séminal », un mot bien connu qui veut dire « créatif ». Ah oui, il se demande aussi si nous sommes en train de développer une génération de « pancake people », des personnes qui ont des connaissances très étendues dans leur domaine, mais manquant de profondeur ? Plein de sujets de réflexion !

J’ai un ami dont la spécialité est d’enfiler des expressions toutes faites, ce qui a le pouvoir de me faire rouler sur le sol. Un autre considère que le mot le plus laid de la langue française, c’est « régal » ou « se régaler ». Comme il est du Sud-Ouest, où on dit ça tout le temps sur la nourriture (enfin, la boulimie plutôt), dès qu’il entend quelqu’un dire « On va se régaler » ou « On s’est bien régalés ! », ce toulousain se tord de convulsions. Chez les gays, on est en plein dans le mot « discriminatoire » comme à la télé, on utilise encore le mot « opus » en croyant que ça fait branché (sur France 24 notamment) alors qu’il FAUT VRAIMENT ARRETER tout de suite de l’utiliser, on s’en moquait déjà en 2002. Quelle horreur.

Cette notion du langage a toujours des connotations sociales. J’ai vu que dès que j’utilise le mot « ronces », il y a des gens autour de moi qui se mettent à crier. Un exemple : si vous dites que vous allez arracher des ronces ou mettre de l’anti-débroussailleur parce que c’est vraiment le seul moyen de tuer le liseron, ils sont capables de faire tout un cinéma de parisien bobo sur le fait que les ronces abritent une diversité d’insectes remarquable et nourrissent les oiseaux et que le liseron fait de très jolies fleurs. Mais on le sait ça ! on est pas débiles ! Nous avons juste décidé (remarquez la 1ère personne du pluriel here) qu’on aurait un jardin sans ronces car nous prenons du Kardegic parce que nous sommes un homosexuel qui a des problèmes cardiaques liées aux traitements VIH et que les ronces ça fait saigner les jambes et que oui, le liseron fait de jolies fleurs, mais il y a au moins 30.000 fleurs qui seraient plus jolies à cet endroit précis, gracias de nada. C’est quoi ces idiotes de Paris qui nous disent que les orties sont géniales ! On le sait ! Mais il y en a partout, c’est pas comme si on attaquait un végétal rare ! Ce sont des plantes coriaces, il y en a plein, c’est comme les barebackers, il y en a assez partout pour qu’on se mette à les défendre ! Quelle horreur!!!

mercredi 9 juin 2010

Me acuerdo


Me acuerdo que Vincent Borel, sa bande et moi on passait notre nuit à une rave de champignonnière à mâcher des champignons noirs parce qu’on n’avait pas d’exta et on trouvait que ça ne faisait pas beaucoup d’effet. Nos dents étaient toutes noires et ça nous donnait des sourires de barjos, mais on n’avait rien d’autre donc on faisait comme si. Est-ce que quelqu’un peut raconter à quel point c’était difficile de trouver des E à la fin des années 80 ??? C’est cette nuit où Jean-Marc Arnaudé et moi on a une une sorte de connection étrange quand je dansais tout au fond de la grotte, à 1 mètre du DJ, face au seul gros stroboscope de la salle qui illuminait cette longue grotte et on était noyés dans les fumigènes et on n’y voyait pas à 40 centimètres et la seule chose qu’on sentait c’était cette house acide à fond les manettes, les strobos en plein dans la gueule et les fumigènes tout autour et j’ai senti derrière moi Jean-Marc bouger ses bras en l’air comme moi. On en a plus vraiment parlé depuis.

Me acuerdo le voyage à la Winter Conference de Miami avec tout le lot de la French Touch, les Stardust étaient arrivés dans un petit hôtel tout blanc vraiment classe et il y avait Michel Cerdan aussi. J’avais fait un truc de dingue en passant les customs avec une barrette de shit parce que c’était trop intenable de penser qu’il y aurait des fêtes sur la plage ou tout en haut des gratte ciels sans pouvoir se faire un joint.
Me acuerdo la première fois que j’ai vu Frankie Knuckles à Dance Tracks, j’étais si estomaqué que je n’ai rien fait, je ne lui ai rien dit, j’écoutais juste ce qu’il disait au vendeur et je l’ai laissé partir sans le suivre, même si je savais qu’il habitait juste à côté et que j’aurais pu savoir exactement quel immeuble. J’ai fini par le suivre un autre jour donc je sais où il habitait.

Me acuerdo à New York ou Jim et sa bande m’ont offert ma première nuit et on a fait Escualitas, Better Days je crois, The Saint et le Paradise Garage et je crois qu’il y avait un autre club in between. Avant de partir, on était passé chez des amis à Jim qui faisaient une petite fête et j’étais high on E et tellement amoureux que lorsque Jim m’a montré un tableau blanc sur un mur blanc je lui ai sorti : « Yeah, it looks like a Rothko » et il m’a regardé en plissant les yeux « good boy », comme quoi j’étais cassé mais je pouvais être smart. Une heure après, on descendait du taxi vers Escualitas et il y avait un groupe de 7 ou 8 blacks qui venaient vers nous sur le trottoir et ils prenaient toute la place et j’étais si high que j’ai marché au milieu d’eux alors que mes copains s’étaient mis de côté pour les laisser passer. Ils étaient si surpris et en colère qu’un petit blanc fasse une connerie de ce genre qu’il y en a un qui m’a craché dessus. Jim et les autres copines riaient en me disant : « t’es folle, don’t EVER do that again, this is New York » et moi j’étais si content de sortir que je disais « Oh it’s nothing, it’s only a spat, WE ARE GOING OUT GIRLS! ».

Me acuerdo Laurent Garnier qui m’avait amené à une tournée qu’il faisait dans le sud de l’Angleterre et on est arrivé en avion à Jersey où il y avait un club au sommet de l’esprit Joey Negro « Do What You Feel » et c’était absolument tubesque, les gens étaient encore complètement dans le truc anglais, Sharon & Tracy, très orienté filles et breakbeats à la fois. J’avais adoré.
Me recuerdo être allé voir Deep un soir au Rex parce que je ne le connaissais pas, enfin, c’était un ami à Shazz mais on ne s’était jamais parlé. Et je me suis forcé à avancer vers lui et je voyais bien qu’il voyait que je m’avançais vers lui et c’était comme dans ces films au ralenti et je lui ai coupé la parole pour lui dire à quel point j’admirais ses émissions sur FG l’après midi. Je les écoutais tous les jours en 91 ou 92 au Gai Pied, quand j’étais seul dans les bureaux et qu’il passait tous ces disques de deep techno de Detroit, la plus fine, la plus émotive.

Me acuerdo la première fois que Patrick Thévenin m’a dit que Philippe Zdar était une bête de sexe et qu’il mixait en faisant des moves avec son bassin qui n’étaient pas du tout ceux qu’on avait vu jusqu’alors dans la house française – et bingo on est tous devenus babas de Zdar parce qu’il était si beau, mais il faut dire, c’est Boom Bass qui m’a troué le cul en m’envoyant un message gentil à chaque Noël, après toutes ces années et je me demande toujours pourquoi il fait ça tellement c’est gentil.
Me recuerdo le jour où Jean-Marc m’a ramené le pressage US de Chanté Moore « This Time » et j’en ai chialé car j’étais largué par le plus beau mec de ma vie et c’est pourquoi je l’ai pas mis dans le livre des chroniques de Libé, c’est too much pour moi, je n’écoute plus ce maxi tellement il me déchire. Et quand je l’avais fait écouter à Shazz, j’étais dans un telle overdose sentimentale que je n’avais pas compris quand il m’avait dit « oui, c’est pas mal, enfin, c’est toujours le même truc, la basse arrive une minute après l’intro ».

Me acuero être passé dans le studio d’enregistrement de Clivilles & Cole et quand je leur ai demandé de décrire leur style, je n’avais pas très bien compris ce qu’ils me disaient mais en gros, c’était ça, du miel.
Ah oui, je me rappelle aussi qu’à un moment on a eu l’impression que beaucoup de DJ’s anglais étaient gays sans être gays et je me suis trouvé à faire des interviews avec des gens comme Mixmaster Morris et Baby Ford et je tournais autour du pot et je ne voulais pas faire la grosse toune donc je ne voulais pas les faire chier non plus donc je finissais l’interview avec mon gaydar un peu handicapé quoi.

Me acuerdo que ma carrière de journaliste s’est presque arrêtée parce qu’on m’a fait comprendre à Libé que j’étais trop petit pour Madonna et qu’il fallait faire l’interview à 3, alors que j’avais préparé et travaillé cette interview comme jamais dans ma vie, pendant des mois et des mois. J’ai refusé de partager, je voulais la faire seul, il était temps, et ils ont fait l’interview à trois, sans moi, et bien sûr c’était de la merde. Fuck it.
Me acuerdo avoir fait rougir Todd Terry et pourtant il a une peau très noire et je me rappelle ne pas avoir séduit Marley Marl alors que je lui posais des questions de vrai nerd blanc français. Je me rappelle avoir été très triste à la mort de Marvin Gaye alors que celle de MJ m’a barbé to the max dès la première heure. Quelle bande de ploucs. Je me rappelle avoir TOTALEMENT vidé le dancefloor du Rex, après que David Guetta l’ait mis au fer rouge, tout le monde dansait comme des branques et j’ai demandé à Vidal de mettre « The Way It Is » de Bruce Hornsby and the Range parce que je me disais que ça serait drôle et franchement je suis gaga de ce morceau depuis toujours et je me disais que les gens comprendraient peut-être et Vidal me disait en rigolant « Ah mais tu aurais du me prévenir » et c’est ce jour-là que j’ai décidé de ne plus faire le selector ever ever ever again. La piste de danse s’est vidée en 10 secondes. Complètement. Man I suck as a DJ, i do !

Me acuerdo quand j’ai compris, avec Ivan Smagghe à Rough Trade, qu’il y avait des kids qui en savaient plus sur la disco que moi et au début je n’étais pas très à l’aise avec ça, mais ça n’a pas duré longtemps parce que Ivan connaissait des trucs tellement érudits et drôles en plus et tellement camp que je voyais bien que la division hétéro / gay s’estompait très vite puisque les DJ’s hétéros avaient compris tous les codes musicaux des gays et guess what, ils le faisaient mieux. Comme les acteurs hétéros qui savent jouer les folles au cinéma mieux que les folles elles-mêmes.

Me acuerdo que ce que j’avais le plus aimé lors de ma nuit au Paradise Garage, et ça je ne l’ai jamais raconté, c’est l’esprit décontracté du club. Bon, à ce stade, j’étais passé par Escualitas qui m’a fait énormément penser à un Rocambole latino avec le même restau donnant sur le dancefloor avec les familles qui mangent et qui vont ensuite danser sur le dancefloor avec des va et viens réguliers. Et puis le Saint, ou franchement, j’étais émerveillé par l’architecture de l’endroit et on pouvait imaginer des milliers d’hommes sur les gradins et sous la coupole et tous ces bars partout. Quand on est arrivé au Paradise Garage, Jim et moi, ses amis étaient rentrés chez eux pour nous laisser ensemble et Jim avait gardé le meilleur pour la fin et tout était exactement comme on me l’avait décrit, comme quoi les clubbers savent décrire leurs clubs comme les surfers savent décrire leurs spots. Dès mes premiers pas dans la salle centrale, j’avais vu devant moi un échantillon de 10 personnes : 1 femme latina grosse, une autre blanche, 2 queens, 1 gay blanc moustachu, 3 blacks dont un avec une barbe et 2 latinos. Il n’y avait pas ça ailleurs. C’est cette ambiance décontractée, là, tout de suite en arrivant à 8h du matin qui m’a impressionné, pas du tout after hours même si c’en était un. Jim m’a offert un rail de coke dans les chiottes qui étaient étrangement vides et tout le reste était comme dans un film, quand on aime quelqu’un, lors de sa première semaine à New York de sa vie, et qu’il vous emmène dans son club puisqu’il avait une carte de membre, cette plaque plastifiée comme une carte de crédit avec sa photo dessus. J’aurai dû lui voler cette carte avant qu’il ne meure.

Je me rappelle DJ Gregory au fumoir du Palace quand il a réhabilité « Sueno Latino », enfin, ce morceau n’avait pas besoin d’être réhabilité, mais c’est lui qui l’a remis au goût du jour et il le passait chaque semaine et c’est devenu un emblème et on l’adorait pour ça, en plus il était si sexy, mais lui au moins on pouvait lui faire des déclarations d’amour tandis de Julien Jabre, il était VRAIMENT trop beau pour tenter le moindre compliment. Beau comme ça c’est totalement impossible dans la musique.

Me acuerdo que lors des premières K.A.B.P., on était toujours en tain de régler les lumières et le son et tout ça et au bout du troisième ou quatrième mois, Vidal avait pratiquement commencé son set avec un, deux, trois morceaux de deep house soutenue, et je dansais avec un gros sourire car il venait d’enchaîner sur un quatrième morceau de deep work it to the bone et j’ai alors compris qu’il allait tenir sur au moins 10 morceaux comme ça et Emmanuel Brunet n’était pas loin et je lui ai dit en montrant les néons qui flashaient comme au Sept : « Now, this is exactly what we wanted to achieve » et Parick a travaillé le floor jusqu’au onzième morceau, les gens étaient accrochés à leur coin de dancefloor, il n’y avait personne au bar alors qu’il n’était qu’une heure du matin et les gens arrivaient directement du vestiaire pour danser SUBITO. We had something going.

Me acuerdo les explosions masculines au Tea Dance du Palace quand Didier Dart balançait (il n’y a pas d’autre verbe) « Heaven Must Have Sent You » de Bonnie Pointer, la version disco instru avec ces cloches énormes. C’était les cloches de l’église qui appelaient les gays torse nus, le Palace qui s’illuminait de lumière blanche comme des flashes hyper puissants qui faisaient qu’on était éclaboussé au point d’y voir clair partout, même au fond des bouteilles de poppers, c’était le « debout les morts ! » des homosexuels, le type de morceau qui vous rendait presque triste à la troisième minute parce que vous saviez que cela s’arrêterait bientôt BIEN QUE des fois Didier le remettait une deuxième fois à la suite ou mieux, un quart d’heure après, ce qui est très rarement fait de nos jours et je le déplore (rires).

Me acuerdo que Loïc Prigent had the good moves quand il dansait dans notre coin du Queen qu’on avait appelé Moulinsard et il avait inventé un code où il me disait « Give me the Shuffle » pour me mettre dans le mood et je lui donnais le shuffle rien que pour lui faire plaisir et il le faisait à son tour.
C’est quand je suis allé à Trade que j’ai compris que ça, c’était way above my league. Cela faisait des années que ce club était une institution et je me suis trouvé more than ébahi, à danser sur une techno de dingue que je n’aimais même pas mais il y avait ce whoooooooooosh de cette salle, c’était juste sans précédent. Et le pire, c’était lorsque l’on partait et qu’on traversait cet immense fumoir au rez-de-chaussée avec des grands fauteuils partout, des immenses rideaux qui cachaient des rayons de lumière atroce aveuglants de 11h du matin avec tous ces mecs qui étaient là à parler autour des tables basses, entre le moment du chill out et la drague et il fallait du courage pour sortir et affronter la recherche de taxi. Je me disais qu’il y avait une énorme matière à livre. Rien que le fumoir méritait un livre, car le reste du club c’était un autre livre et la salle où 200 bodybuilders torse nus étaient chock-a-block, c’était un autre livre. Victor, un ami anglais, me disait l’autre jour qu’un ami à lui a gardé les témoignages de plein de ses amis au moment où ils sortaient de tel ou tel club, à Coventry ou Manchester ou Ibiza, au fil des années. Ce type a donc le script d’années de clubbing où les gens racontent ce qui s’est passé cette nuit, et quel disque a été joué. Un film. Ou au moins un documentaire.

vendredi 23 avril 2010

didierlestrade.fr


Il y a des articles très amusants d’Alice Rawsthorn dans le New York Times qui se moquent de certains sites Internet arty qui sont si complexes qu’on ne sait pas où aller et, de fait, on s’en va. On se barre. C’est vraiment l’effet inverse de ce qui est recherché. C'est ce qu'elle décrit dans "Web sites, awful and not". Il y a des folles qui ont passé des journées de réunion pour trouver le look et l’esprit d’un site pour une corporate – et les gens se barrent. En général, je suis toujours d’accord avec ce que dit cette journaliste. J’ai même cherché une page FB à son nom, pour devenir fan. C’est tellement rare d’être d’accord à 100% avec ce que dit quelqu’un, surtout dans un sujet qui n’est pas vraiment le mien, le design.

Alice citait le site d’YSL comme l’exemple de référence. Trop compliqué. Dans cet article de 2008, Alice expliquait pourquoi de nombreux sites Internet n’arrivaient pas à satisfaire à la fois l’œil et le cerveau. Elle dénonçait en particulier la typo Georgia, si jolie sur un Mac et très laide sur un PC (c’est l’erreur de ce blog, mais, d’un autre côté, je suis une fille Apple sans scrupules). Elle se moquait de Flash, si populaire dans les années 90 et si ringard aujourd’hui, surtout quand on parle de simplicité (chez Minorités, le débat sur Flash a duré à peu près 4 minutes : Laurent était farouchement contre). Elle ridiculisait les sites dans lesquels il y a trop de choses. Dans les médias gays, c’est caractériel : ça rend les gens encore plus confus. Il faudra d’ailleurs se poser bientôt la question : est-ce que les médias LGBT participent de cette « confusion » culturelle LGBT non pas dans son contenu, mais dans la présentation de ce contenu ?

À un moment récent de notre passé, nous avons basculé dans une surabondance de conceptuel, comme on le voit dans les Tumblr actuels où certains mecs ne s’intéressent qu’à une partie du corps ("Fuck Yeah Beards" est un blog génial). Pour mon site, je voulais faire un truc volontairement simple, avec du bold dans les lettres. J’aurais adoré utiliser des typos plus zarbis, plus années 30, qui me ressemblent, avec des noms super jolis, puisque j’en suis, comme pas mal de monde, à cultiver des plantes non seulement parce qu’elles sont jolies, mais en plus parce qu’elles ont un nom génial.
Mais j’ai forcément essayé de me retenir, encore une fois, en utilisant la typo de Minorités pour rassembler tout ce que je fais sous la même bannière. Il y a de la mémoire sur ce site perso, par forcément nostalgique, qui nous transporte vers des périodes heureuses, même au cours des années sida. Je veux rassembler tout ça aussi dans Minorités, car tout est forcément lié. Je veux montrer que lorsque nous étions très inquiets sur nos vies ou celles de ceux qui nous entouraient, beaucoup de photos montrent des amis souriants. Aujourd’hui, tout le monde se déteste parce qu’on a survécu, mais à l’époque, c’est étrange, tout le monde souriait.

Je n’ai pas beaucoup posté de trucs sur ce blog pendant le mois d'avril car je travaillais sur ce site qui sera ouvert un peu plus tard, ce jour même. Et puis il y a l’expo de Magazine, le livre des chroniques de Libé, il y a le jardin aussi, et ma famille et mon mari et les amis qui viennent le week-end donc j’étais occupé. Je suis content de ce site, on verra comment ça fonctionnera. Ce dernier ne prétend pas être parfait, je le voulais rudimentaire, dans le genre sucré, avec du miel orange foncé dessus. Tout est gros, même la case de recherche. Les photos du site ne sont qu’une partie des nombreux négatifs qui restent à scanner et commenter. Je ne cherche même pas à faire des scans parfaits, ce qui m’intéresse, c’est la photo, le souvenir, ce que ça veut dire.

Certaines photos illustrent des pages spécifiques publiées dans « Kinsey 6 » ou « Act Up, une histoire », comme les Gay Pride, les bals du 13 juillet sur les quais de Tournelle à Paris. Le but de ce site est de partager ses images, des souvenirs musicaux ou politiques qui ont marqué ces trente dernières années.
Pour certains d’entre nous, déjà seniors, même si on est effrayés par l’étendue de ce mot, il est temps de ranger ces souvenirs pour que les plus jeunes, s’ils le veulent, on ne les oblige pas, aient un aperçu de ce qui les a précédé. Il existe une fascination pour ces décennies parce que ce sont elles, en effet, qui ont vu l’essor des minorités à laquelle j’appartiens.

Je suis un nouveau d’Internet. Je me suis battu pendant longtemps contre l’idée d’écrire un blog et je ne fais pas partie des gens qui lisent beaucoup de blogs. Il y a toujours une partie de moi qui considère que l’ordi est un outil de travail et qu’il doit me laisser le temps de sortir dans le jardin quand je veux. Je trouve effrayant, par exemple, les gens qui regardent la télé avec leur ordi. Et ceux qui se branlent devant, c’est encore pire lol. Bref, Internet ne doit pas me détourner du plaisir que j’ai à travailler dehors car je me sens responsable de ce qui m’entoure et l’ordinateur ne doit pas être un obstacle. C’est pourquoi, parfois, je ne réponds pas aux mails, ou je réponds avec du retard. Je préfère réfléchir à ce que je vais dire et je déteste cette obligation de répondre dans l’immédiateté. Je sais que c’est ça, la modernité, le fait de répondre tout de suite, mais je suis contre.

Pourtant, j’ai eu énormément de plaisir à m’engager, avec du retard, sur Internet. Je n’ai pas ressenti un tel plaisir créatif depuis, quoi, l’écriture de mon dernier bouquin. C’est grâce à Facebook et à Internet, après tout, que j’arrive à travailler, à publier un livre et organiser une expo sans avoir de téléphone portable. C’est ça le fond conceptuel de l’affaire : « Voyons si c’est possible de travailler avec des gens sans téléphone portable ». Et ça l’est.

Au fur et à mesure des années, il y a des machines que je n’utilise plus. Le répondeur, par exemple. Pas la peine de me laisser un message, je ne vais pas l’écouter. Vous avez quelque chose à me dire, il y a les mails. Les SMS ? No way. Pourquoi un tel décalage avec le monde moderne ? Je ne sais pas, c’est comme si à 52 ans, j’avais eu assez de conversations téléphoniques. Alors que les mails, j’aime toujours ça. Je trouve que le Facebook du début, en 2007, avait une ambiance vraiment chaleureuse. Cette impression subsiste toujours, FB reste un média sympa, mais à l’époque c’était encore un petit club. On pouvait encore ranger ses amis par ordre de beauté de leurs photos de profil.

Internet me donne envie d’écrire. Je trouve que ce que les gens disent est stimulant. J’aime comment ils s’expriment. Pourtant, je suis contre le chat, je n’ai pas de profil de drague sur les sites de cul et je ne suis pas un dingue de Twitter, sans doute parce que je n’ai pas encore d’iPhone, malgré mes promesses non tenues de l’été dernier. Twitter est génial pour les infos, mais il faut y être tout le temps dessus, et ce n’est pas, encore une fois, ma manière de vivre.
See, je suis convaincu, comme beaucoup de monde, surtout en France d’ailleurs, que l’iPhone introduit des automatismes qui sont à la base de ce qui sera développé plus tard et donc autant s’y mettre tout de suite sinon le retard sera un handicap insurmontable. Mais j’ai envie de pousser l’expérience de la vie sans téléphone jusqu’à la publication de ce livre et la sortie de cette expo, pour voir.
J’aime mon site perso parce que je m’y sens bien. On fait toujours la même chose dans sa vie. On décide à 20 ans qu’on aime les lettres bold et extrabold et on aime ça toute sa vie, sans y réfléchir, en multipliant les variantes. Magazine, Act Up, Têtu, KABP, des typos bold partout. Et le noir sur ce site, autant répondre tout de suite parce que tout le monde me pose la question : c’est parce que je ne veux pas laisser une aussi belle couleur à ceux qui voudraient en faire un symbole de la noirceur.

Je me mets en travers entre cette association entre le noir et le malheur. Après tout, le contenu de ce site, c’est du bonheur. Avec l’âge, on regarde tout ce qui a été douloureux dans le passé avec un regard plus gentil, plus positif. Les garçons sourient sur les photos. Peut-être que le jour de la photo, j’étais triste ou pas bien. Le garçon aussi. Mais le sourire de la photo est ce qui reste, bien longtemps après et on oublie ce qui nous rendait malheureux quand on était jeune.

On regarde ce qu’on a écrit ou ce qu’on a fait, il y a 30 ans comme une kitscherie. Il y a des photos de boyfriends quand je les rencontrais, au moment où j’étais très amoureux d’eux. En fait, so far, la vie a été dure pour moi, mais elle a été heureuse. Je n’ai pas perdu une jambe ou deux, je n’ai pas de maladie super slash super slash super grave. Je ne suis pas mort, pour dire les choses vite. Ce site porte le noir car il est associé à des moments rayonnants. C’est donc à partir de ce noir, sur Internet, que je présente le début de ces archives et j’espère rejoindre ceux qui ont déjà commencé ce travail.

« Write for Impact » disait l’ancien boss du Boston Globe à ses journalistes. Le bold a toujours plus d’impact, c’est presque sous-entendu dans son nom. Être bold, c’est être frontal, ne pas avoir peur de dire ce que l’on pense, c’est être courageux. C’est pas loin de « blunt ». Pour moi, ce site, qui n’est pas complètement terminé, répond à mon idéal de simplicité, mais sans exagérer, après tout je ne suis pas un puriste.
Pour revenir à Alice Rawsthorn, il y a des articles où elle met le doigt sur ce que j’ai toujours pensé. Dans « Mistakes in Typography Grate the Purists », elle décrit une des raisons qui m’a fait quitter Paris. La laideur des enseignes, de toutes ces typos qui s’affrontent sur les deux côtés d’axes maudits comme le boulevard Magenta (great name, awful place). Cette ville est remplie de « gaffes typographiques ». C’est comme quand vous regardez « Mad Men » avec son esthétique sixties parfaite. Ben, la typo du générique de la série a été créée en 1992, c’est-à-dire 40 ans plus tard la narration de l'intrigue. Fail !

On ne demande pas à Paris une uniformisation des typos, comme cela se fait à Amsterdam (bien que je trouve ça génial), juste un self-control visuel. Vous imaginez Delanoë en train de dire à ses commerçants : « Alors voilà, on a défini une dizaine de typos pour vos enseignes et ça serait bien que vous choisissiez parmi elles celles qui vous convient ». Il n’est même pas foutu de mettre des guirlandes de Noël qui veulent dire quelque chose, alors créer une charte graphique pour la ville, faut pas rêver. .

C’est pourtant ce qu’il faudrait faire, j’en suis convaincu.

vendredi 3 juillet 2009

Quitoxic


 

Je connais une ou deux personnes haut perchées dans la société qui se sont arrangées pour ne pas laisser de traces sur Internet. J’ai toujours trouvé ça über cool comme dirait Laurent et je me renseigne régulièrement auprès d’elles pour m’assurer que leurs efforts sont toujours auréolés de succès (comme on dit). Ce sont des personnes célèbres qui ont expressément exigé que je ferme ma gueule sur ce qu’ils font et ce qu’ils disent. Dès le début d’Internet, elles ont saisi la dimension du système et ont ainsi décidé de préserver leur réputation et de vivre à l’écart de Google.

De mon côté, je dois être un des seuls hommes à se déclarer ouvertement séropositif sur Facebook. Sur mes 2000 amis FB, on doit être juste deux ou trois à l’écrire noir sur blanc. Ce n’est pas comme si je n’y avais pas réfléchi, bien sûr. J’ai reçu pas mal de commentaires de la part d’amis qui me demandaient : « Tu es sûr de ce que tu fais ? » ou « Tu sais que tu ne pourras jamais l’effacer vraiment ? ». Et je leur répondais, à chaque fois, que je ne crois pas qu’il existe un détail de ma vie qui ne soit pas déjà publié, ou enregistré quelque part.

Je n’ai pas beaucoup de vie privée sur Internet, mais je me suis arrangé pour « endormir » ma ligne de téléphone depuis plusieurs années. Mes amis et ma famille savent que je ne réponds pas toujours. Pire, ils ont appris à vivre avec le fait que je pourrais très bien ne pas les rappeler. Certains se sont lassés. Je voulais étirer ce moment le plus longtemps possible avant de refaire surface. Peut-être ne refait-on plus surface, précisément, quand on a pris tant d’années sabbatiques au téléphone. Mais je ne regrette rien : pendant quatre ans, j’ai vécu sans portable et je trouve ça formidable. C’était pour moi une expérience à la limite de l’essai scientifique : peut-on mettre le téléphone entre parenthèses ? c’est comme cet article de l’IHT du 28 mai dernier : « Learning when to say no to text messages ».  Les teenagers américains envoient une moyenne de 2272 SMS par mois, soit 80 par jour. C’est deux fois plus que l’année précédente. Ils sont totalement obsédés à l’idée de savoir ce que font leurs amis et se sentent obligés de répondre tout de suite. Je considère que c’est prérogative de considérer que le téléphone est devenu chiant. Je ne réponds pas avant un certaine heure et je ne réponds pas non plus après une certaine heure.

Il y a bien sûr de la beauté dans les chiffres. Le mois de juin, qui vient juste de se terminer, est toujours un mois important. Tout le monde dit pareil, je suppose. C’est le sommet de l’année scolaire. Souvent, les choses importantes de ma vie, je les ai lancées en juin. En 1980, je lançais Magazine. Neuf ans plus tard, c’était Act Up. En 1995, c’était Têtu. En juin 2000, c’était K.A.B.P.. Ce mois-ci, c’est la nouvelle version de Minorités.org. C’est probablement le syndrome Gay Pride. Fascinant de voir que le temps passe et l’on persiste à lancer des projets à ce moment. Faire partie d’une dynamique ou tout simplement faire un truc, essayer quelque chose. Le mois de juin, c’est le résultat d’un travail souvent commencé en hiver. C’est un semestre de préparation, la moitié d’une année. C’est un cycle, comme certains rythmes qui jalonnent une vie et qu’on apprend à reconnaître. 1975, c’est le début du punk et de la disco. 1985, c’est le début de la house et de la techno. 1995, c’est le sommet de la house. 2005, c’est une belle année passé en solitaire à écrire mon dernier livre sur le silence et la beauté de la nature.

J’ai donc passé ces quatre dernières années sans portable, avec un rapport de plus en plus distant avec le téléphone. J’ai poussé cette idée à son maximum, ce qui a forcément contribué à une forme d’isolement. Comme toujours, je voulais travailler selon mes règles, sans avoir à tolérer une part de bullshit journalistique que d’autres s’imposent comme si c’était obligatoire. Je voulais montrer qu’une personne qui a été à la pointe de certains sujets pouvait s’en éloigner progressivement pour ne pas lasser. Dans le fait de ne pas être joignable, je voulais bien sûr m‘écarter du délire moderne sur le portable, cette obligation à répondre à des échanges qui ne signifient pas grand-chose. Cette dévaluation de la parole. Cette contraction du mot.

Mais je voulais aussi répondre à ce que me disait Sylvain Rouzières quand il reprochait à ma génération de prendre trop de place. On en avait beaucoup parlé ensemble. Et puis, il y a quelques mois, Sylvain est mort. Je m’étais mis dans une situation de repli pour lui, pour la génération des trentenaires que j’aime tellement. Et il n’est plus là.

Je suis toujours en deuil de ce suicide. Je me suis abstenu encore davantage. J’ai fermé ma gueule. Je me suis mis en retrait pour ne pas contrecarrer la carrière de mon mari. Ne pas lui faire d’ombre. J’ai suivi les conseils de Sylvain. Je m’en fous si les gens pensent que je traverse une mauvaise passe. Je dois remonter au début des années 90 pour trouver un équivalent aussi dramatique à cette mort. C’est pour dire à quel point I don’t give a fuck about MJ… Mais je sais que cette mort met un terme à un cycle pour moi aussi. Dans une semaine ou deux, j’aurai acheté le nouvel iPhone. Je serai sur Twitter, sur FB, sur ce blog, sur mon site perso d’archives. Si tout va bien, je sortirai de ce deuil progressivement, en travaillant pour moi, pour les amis avec lesquels je développerai Minorités.org. Ce sera le nouveau projet de ma vie, peut-être le dernier.

Dans la sobriété même de son design, Minorités répond au cadre de cette crise que nous vivons tous. Dès le début, Laurent Chambon a insisté sur notre différence : pas de Flash, peu de vidéo, pas de distraction débile (il y a assez de sites qui creusent ce filon). La priorité du design de Pierre Marly, c’est encore le texte, sa mise en valeur inconsciente, sa typo, sa facilité de lecture. Dans un monde d’image, nous sommes toujours un média de mots.

Regardez comment on parle d’Internet à la télé, même sur les chaînes câblées. 50% de ce qu’on nous montre comme étant représentatif de l’activité du web, c’est du trivial. Un chat joue du piano. Une blague attire des millions de clicks. Des mecs et des nanas se mettent à poil dans les rues de Paris – mais ils ne sont pas à poil. Daniel J.Solove, dans son livre « The Future of Reputation », nous dit que les deux tiers des échanges sur Internet sont, à la base, du gossip. On est en droit de se demander, quand les temps deviennent plus durs, quand les médias titrent sur le fait que « 2009 sera l’année noire du chômage », si nous avons encore plus besoin de gossip. Il y a le concept, la série TV, le groupe, le gossip est passé, lui aussi, de phénomène underground (« New York Telephone Conversation » de Lou Reed) à une industrie dominante. Ce qui nourrit cette commercialisation du buzz, on le sait, n’est rien d’autre que du voyeurisme.

Le 10 juin dernier, une autre tribune intéressante dans l’IHT : « The joy of less ». Pico Iyer parle du fait de travailler et vivre et être heureux et atteindre ses objectifs quand « on préfère la liberté à la sécurité, quand on est plus confortable dans une petite pièce que dans une grande, quand on trouve le bonheur en accordant ses envies à ses besoins ». C’est peut-être cet équilibre qu’il faut trouver, entre le besoin impératif de s’exprimer via Internet et l’objectif de ne pas se laisser avaler par son immense distraction. Presque un sujet de livre.