La seule chose que je demande, c'est une heure seul avant d'aller me coucher. J'ai besoin de ce moment à moi, soit pour regarder du porno ou un truc sur Netflix, soit pour ranger la cuisine pour le petit déjeuner, soit pour sortir sur la terrasse après la prise de mes médicaments. C'est le seul moment qui me permet de faire le point, revenir sur les moments agréables (ou parfois embarrassants!) de la journée, préparer le lendemain, réfléchir à mon travail, prendre des notes. Après une journée à m'occuper des autres, j'ai absolument besoin de cette solitude pour me nettoyer la tête, surtout quand le feu de la cheminée brûle encore ou qu'un clair de lune éclaire la terrasse. Pendant longtemps, j'ai cru qu'il y aurait forcément un homme que ce type de refuge loin de la ville attirerait, j'ai même écrit un livre sur ça mais les années passent et il faut bien admettre que les gays de ce pays se séparent de plus en plus de la nature. C'est l'air du temps, à un moment où l'écologie est de plus en plus pressante. Twitter, Facebook et Instagram replacent désormais les arbres.
dimanche 7 octobre 2018
My rules
La seule chose que je demande, c'est une heure seul avant d'aller me coucher. J'ai besoin de ce moment à moi, soit pour regarder du porno ou un truc sur Netflix, soit pour ranger la cuisine pour le petit déjeuner, soit pour sortir sur la terrasse après la prise de mes médicaments. C'est le seul moment qui me permet de faire le point, revenir sur les moments agréables (ou parfois embarrassants!) de la journée, préparer le lendemain, réfléchir à mon travail, prendre des notes. Après une journée à m'occuper des autres, j'ai absolument besoin de cette solitude pour me nettoyer la tête, surtout quand le feu de la cheminée brûle encore ou qu'un clair de lune éclaire la terrasse. Pendant longtemps, j'ai cru qu'il y aurait forcément un homme que ce type de refuge loin de la ville attirerait, j'ai même écrit un livre sur ça mais les années passent et il faut bien admettre que les gays de ce pays se séparent de plus en plus de la nature. C'est l'air du temps, à un moment où l'écologie est de plus en plus pressante. Twitter, Facebook et Instagram replacent désormais les arbres.
dimanche 22 août 2010
Sur la "pénalisation" du sida
Il s’est passé quelque chose cette semaine sur le sida. On a pris connaissance des derniers chiffres de l’InVS sur les nouveaux cas d'infections à gonocoques (chaude pisse) qui ont augmenté de 52% en un an seulement, de 2008 à 2009. Non seulement ces chiffres sont impressionnants et récents, mais ils donnent une idée presque en temps réel de ce qui se passe en 2010. On peut déjà supposer que la banalisation du Treatment as Prevention va contribuer à l'augmentation des IST que l'on constate depuis dix ans. Le TasP, qui propose de réduire la transmission du VIH par des campagnes intensives et ciblées de dépistage et la mise sous traitement des séropositifs pour faire baisser leur charge virale et les rendre moins contaminants, fait que les gays mettent moins souvent la capote et ils ont moins peur du sperme lors des fellations. La « couverture » espérée du TasP entrainera forcément une augmentation des IST puisque le TasP concerne la prévention du VIH (théoriquement) mais pas les IST.
Comme d’habitude, sur les webzines gays, ces chiffres qui pourtant concernent aussi les gays sont annoncés sans faire de commentaire, et certains sites n’en parlent pas du tout. Et Dieu sait que lorsque l’on apprend qu’un acteur hétéro est en couverture d’un magazine gay à l’autre bout du monde, l’info circule.
Donc on ne parle pas beaucoup des IST chez les gays et on ne parle pas beaucoup non plus beaucoup de la récente affaire de juridicialisation de la transmission du VIH alors que tout le monde en a parlé, il y a une dépêche AFP, Doug Ireland a relayé l'article d'Edwn J Bernard dans le Guardian, etc. Déjà, il me semble que certaines rédactions ont envie de faire une impasse d’info sur ces cas de contamination volontaire (ou pas). C’est un sujet sur lequel on s’est écharpé et il y a peut-être l’idée selon laquelle si on n’en parle pas, le phénomène prendra moins d’importance. Le problème, c’est qu’il y a deux forces importantes en jeu.
Primo, certains de ces procès ont un retentissement international, comme l’affaire des 3 séropos hollandais qui avaient drogué et infecté 12 partenaires de partouze en leur inoculant du sang contaminé (un des accusés était infirmier, pratique). L’autre exemple est le cas récent de Nadja Benaissa, une chanteuse allemande qui s’est exprimée la semaine dernière lors du procès pour s’excuser. Elle avait contaminé un de ses ses partenaires en ne lui disant pas qu’elle était séropositive, chose qu’elle considère aujourd’hui comme stupide. Donc c’est une affaire qui prend une nouvelle tournure. L’accusée n’est pas, comme c’est souvent le cas, une personne lambda, des classes modestes. C’est une artiste célèbre.
Donc, la force médiatique de ce procès est émotive et éthique. Secundo, il ne faut pas sous-estimer la force des avis exprimés par les internautes qui lisent (ou pas) les news liées à ces procès. On l’a vu avec d’autres affaires dans d’autres médias et pas les pires comme Libération, quand les gays s’expriment sur ces procès, ce n’est pas toujours l’argumentaire pré-enregistré, que l’on retrouve dans l'article du Guardian. Non, ils ne croient pas que ces affaires font le jeu de l’augmentation des cas de sida sous l’idée communément acquise (par qui ? où ça ? des études ?) que les gens ne se dépistent pas par peur de ces procès. D’abord, ces procès sont rares: plusieurs centaines de cas dans le monde, sur des millions de personnes infectées. Ensuite, le dépistage a de gros retards dans notre pays, surtout chez les gays, largement du fait des lenteurs d’adaptation des associations de lutte contre le sida et du gouvernement sur le dépistage rapide. Ce n’est donc pas ces procès qui effraient les gays au point de refuser de se faire dépister. Ils ne se sont pas dépister car, pour l’instant, ni les associations ni le gouvernement ont décidé de lancer une grande opération d’incitation au dépistage rapide pour vraiment accompagner le concept du TasP. Mettre tous les séropos sous traitement sans aller chercher les 40% de gays qui sont séropos sans le savoir, c’est bancal, ça ne marchera pas. C’est comme si vous éteigniez un feu qui continue de brûler sans entrave un kilomètre plus loin. Les 40% qui ne se savent pas séropos vont continuer à faire circuler le virus alors que les pratiques de prévention vont se relâcher encore plus qu’aujourd’hui (c’est un euphémisme).
Quand les gays s’expriment sur ce sujet, on est loin du discours rabâché lors des conférences internationales. Et il vaut mieux que le modérateur du site soit là pour mettre de l’ordre. Une bonne partie des lecteurs est ulcérée parce qu’ils le prennent personnellement. A force de nourrir ces sites Internet gay de faits divers, ils ne comprennent pas que l’on passe sous silence des histoires parfois choquantes. Ils voient bien que le risque du VIH et des IST se rapproche d’eux, même quand ils sont safe. Rappelez-vous, 52% d’augmentation de chaude pisses en 1 an, cela fait beaucoup de personnes qui se sont emmerdées à traiter une bléno, des condylomes ou une syphilis. Et je ne parle pas de l’explosion des hépatites C chez les gays.
Donc les homosexuels ont un rapport passionnel et moral face à ces procès. Parce que le sexe n’est pas que du cul, il y a tout ce qui l’entoure, le comportement des partenaires, la politesse, la correction, la morale, appelez ça comme vous voulez, mais quand on baise, on n’a pas envie de rencontrer quelqu’un qui va nous faire du mal tout en le sachant. Voilà les mots qu’il faut dire sur ces histoires. Qu’il y ait des procès ou pas (et c’est ma position catégorique depuis toujours), ce n’est pas à moi d’en décider, mais je refuse publiquement que ce soit un sujet tabou dans le sens où les gens se font des procès pour trois fois rien aujourd’hui et je comprends mal que les leaders associatifs s’adressent à l’ensemble du système judiciaire pour demander de ne pas instruire ces affaires parce qu’il faut étouffer dans l’œuf l’idée même de faire un procès si on a été affecté d’une manière particulièrement abjecte. Si on avait l’affaire des 3 gays hollandais séropos, on réagirait comment ? On dirait qu’il ne faut pas faire de procès ?
La troisième force en jeu dans ces procès, c’est le lobby international contre la jurdicialisation de la contamination du VIH. Depuis le célèbre appel du juge Edwin Cameron en Afrique du Sud, que Laurent Chambon et moi avons rencontré en 2007 pour Têtu, il y a cette idée que ces procès ont un impact encore plus grave dans les pays en voie de développement. C’est ce que nous rappelle l'article du Guardian. Et c’est vrai, c’est un fait. Il y a donc une forte pression pour faire étouffer ces procès dans les pays occidentaux (riches) parce que cela affecte les pays en voie de développement. Encore une fois, on nous demande d’ajuster notre éthique occidentale par rapport à ce qui se passe au sud. OK. Mon point de vue, de gay à gay, c’est que l’appel de Cameron est tout à fait justifié. Nous ne vivons pas, en Europe et en Amérique, comme si on était à Soweto. Nous sommes dans des pays obsédés par la protection, tout le monde le sait, et c’est un droit légitime de faire appel à la justice quand on considère que l’on a subi un préjudice qui ne peut être apaisé par l’oubli. Nous sommes dans des cas moraux qui sont très proches du viol. Bref, des sentiments très profonds qui demandent, parfois, une décision de justice par respect de ce que l’on est, pas forcément pour punir la personne accusée. Il faut arrêter de considérer le sida comme une maladie qui a ses propres lois. Surtout quand on vit dans un pays riche, où les tests de dépistage sont partout, les capotes et le gel aussi, ainsi que les traitements d'urgence et les multithérapies que les pays pauvres n’ont pas encore. Sur ce sujet, l’éthique ne peut pas être la même partout car cela fait dix ans que nous avons les multithérapies dans nos pays (pas dans le sud) et nous savons tous que cela change l’essence même de ce qu’est le sida.
Je répète : je n’ai jamais dit qu’il fallait emprisonner les personnes qui contaminent. On ne peut trouver nulle part une expression de ma part qui va en ce sens. Je ne suis pas une folle sécuritaire, je n'ai même pas particulièrement confiance en la justice de mon pays. Et je ne crois pas que ces lois qui ont été instaurées à travers le monde ont un rapport direct avec l’espoir de réduire l’épidémie. Donc tout l’argumentaire actuellement présenté au plus au niveau des conférences internationales et si bien résumé par Edwin Cameron passe à côté de l’élément central : si la grande majorité des procès à travers le monde ne concerne pas des transmissions volontaires, que fait-on lorsqu’elles le sont vraiment, avec volonté de nuire ? On passe à autre chose ? On oublie ?
Ce que je dis depuis toujours, c’est qu’il y a des jugements de justice qui n’entraînent pas forcément l’incarcération. Il peut y avoir des décisions symboliques. On ne peut pas, non plus, s’en tenir au cliché du « On ne peut pas mettre un flic derrière chaque homosexuel ». C’est une réponse profondément idiote, car c’est ne pas comprendre l’évolution de cette épidémie dans les pays riches, nourrie par la remontée des cas de contamination chez les gays qui disposent de tout pour se protéger, ce qui n’a rien à voir avec ce qui se passe dans les pays en voie de développement. Chaque avancée thérapeutique comme le TasP nous éloigne un peu plus du standard de soins des pays pauvres. Le TasP est une stratégie thérapeutique de prévention pour les pays riches et on est loin de l’introduire en Afrique où l’on est même pas en mesure de donner des antirétroviraux à ceux qui sont malades. Nous sortons d’un dogme de 30 ans où la capote était centrale et on entre dans une nouvelle ère où on dit aux gays : « Vous pouvez oublier la capote si vous faites ceci ou cela ». Ce n’est vraiment pas le message de prévention qui est offert en Afrique du Sud, je vous le garantis.
Que ferions-nous si nous étions un des 12 homosexuels endormis endormis sous GHB et médicalement contaminés par trois séropos qui ont déclaré : "plus il y a de séropos chez les gays, mieux c'est"? Que ferions-nous ? Que ferions-nous si nous étions dans un couple de gays de 60 ans, qui se sont jurés de rester safe en dehors du couple pour ne pas avoir à utiliser la capote entre eux et puis un jour, un des deux devient séropo, et infecte son partenaire de 40 ans parce qu'il a peur de lui dire qu'il a rompu le pacte ? Après avoir lutté ensemble pendant 30 ans pour ne pas s’infecter l’autre ? Que ce passe-t-il s’il y a un patrimoine commun ? Que feriez-vous si votre partenaire est séropo et qu’il le sait et il ne vous le dit pas alors que vous avez, à de nombreuses reprises, des rapports contaminants? Laissez-moi vous rappeler que l’idée du TasP, précisément, c’est aussi de dire à son partenaire : « Tu sais, on ne va pas mettre de capote même si je suis séropo car je prends une multithérapie et ma charge virage est indétectable depuis 5 ans donc y’a pas de problème ». A un moment du TasP, il faut dire qu’on est séropo, non ? Ou alors vous voulez qu’on arrête carrément de mentionner le sida dans des négociations sexuelles à un moment où les chaude pisses augmentent de 52% en une année ? Comme si ces gonorrhées n’étaient pas un risque aggravant de choper le VIH ?
Mama mia.
mardi 16 février 2010
Give me the spoon!
Il y a quelques jours, je lisais le journal dans mon lit, tranquille à minuit, quand j’ai entendu un petit frottement sur le mur extérieur qui donne sur la fenêtre de ma chambre. Sous le toit, il y a ce petit trou que j’ai bouché car c’était l’ancienne porte d’entrée préférée de la fouine pour aller au grenier de la maison. Maintenant, elle préfère passer par l’autre côté de la maison. Bref, je savais que la fouine était là, sur le rebord de la fenêtre, comme elle le fait parfois quand elle fait la ronde autour de la maison, à regarder si tout est OK pour elle (« C’est OK pour moi !) et, au passage, laisser une trace comme une jolie toute petite crotte effilée.
Je me suis levé et j’ai lentement ouvert les rideaux de la fenêtre et elle était là, de l’autre côté, à me regarder avec son joli visage, ses yeux très expressifs du genre « Mais qu’est-ce que tu me veux, toi ? ». Ça n’a duré qu’une seconde, elle s’est échappée tout de suite, mais j’ai bien vu sa frimousse et cette jolie queue touffue en partant. C’est comme une belette, en plus gros et brun. Avant de disparaître en bas des marches de l’escalier extérieur, elle s’est même retournée pour me regarder. The cheek of it.
Les fouines ne sont pas très effrayées par l’homme, c’est pour ça qu’avant, sur les toits, il y avait souvent des fouines en céramique qui étaient posées sur les tuiles, comme pour rappeler leur présence. Le couple qui vit dans mon grenier se comporte assez bien. Quand j’étais petit, il y en avait dans le grenier de la maison à la ferme et elles faisaient un boucan pas possible. Elles étaient très mal élevées. Celles-ci sont correctes. Des fois, ils elles s’amusent trop, il suffit de taper sur le plafond et elles se calment.
Quand j’ai raconté cette histoire à mon mari, ce week-end, alors qu’il s’endormait déjà dans le lit, il s’en foutait complètement. D’abord il n’aime pas ces histoires de fouines et de nature en général et moi je faisais exprès de lui raconter la fouine dans tous ses détails, à voix basse, dans son oreille, comme pour l’énerver quoi. Si j’avais pu remonter à la symbolique de la fouine chez les Etrusques, je l’aurais fait. C’était drôle. J’étais juste en train de l’énerver alors qu’il voulait dormir.
Les gens se demandent quel est le type de relation que nous avons, Marc et moi, alors que c’est très simple. Il a 28 ans et moi 52, ça roule plutôt bien. Pour répondre rapidement à la question sans que ça soit trop indiscret pour lui comme pour moi, disons que nous avons de très bonnes discussions politiques, ce qui est génial quand votre mec est plus jeune et qu’il est bourré de données et d’infos que je n’ai pas. It’s a greek thing, too.
Et puis, on communique beaucoup pendant que l’on… dort. Marc est le roi du spooning et je passe mes nuits collées à lui. J’ai pourtant passé ma vie à refuser ça à mes autres maris. Surtout, je n’y arrivais pas. Même quand j’étais très amoureux, c’était impossible de m’endormir dans les bras du mec avec qui j’étais. J’étais trop excité quoi ! Et surtout, pour dormir bien, j’avais besoin d’être peinard dans mon lit, dans mon côté. Et puis, ça va, on est des mecs, chacun se débrouille dans son coin.
Donc je me demande ce qui fait qu’avec l’âge, j’ai développé cette affection pour le fait dormir collé et pourquoi j’apprécie cette communication nocturne, quand on change de position, quand on caresse sans être conscient de ce qu’on fait, tous ces murmures que l’on exprime pendant le sommeil. Il y a bien sûr des hommes qui donnent vraiment envie de les tenir toute la nuit. Laurent Chambon m’a encore envoyé une photo d’un mec tellement beau que c’est le genre de type que l’on tient toute la nuit pendant 20 ans sans pouvoir s’en lasser. D’ailleurs, Laurent me disait ce matin que ce mec a tellement de succès sur tumblr qu’il est en train de devenir une célébrité du net sans même le savoir.
Bien sûr, en étant plus âgé, je sais que ce spooning est la preuve nocturne que j’ai quelqu’un dans ma vie. Mais ça tient surtout à des trucs morphologiques minuscules, comme le fait de sentir que ces deux corps sont proportionnés et se complètent naturellement.
Je crois que je fais partie de ces gays pour qui l’idée du masculin est très très importante. J’ai passé ma vie à penser à ça, à ce que ça veut dire, pourquoi c’est important pour moi, à faire des listes sur les physiques et l’attitude. Il y a des gens qui expriment ça par leur activité sexuelle, par le sport, par plein de trucs comme les voyages ou la lecture ou le chat sur Internet, moi je le fais maintenant à travers l’image et le porno. J’ai toujours mis des images d’hommes sur mes murs. Mon rêve, ça serait de le faire d’une manière vraiment importante et recouvrir tous les murs de ma maison de photos d’hommes, comme ce qu’on voit sur les murs des serial killers dans les films. J’adore cette idée, mais, bon, c’est impossible quoi. Pour moi, il n’y a rien de plus poétique qu’un mur recouvert d’images épinglées qui se chevauchent un peu comme un collage que l’on pourrait défaire et changer selon son humeur, faire des coins avec plusieurs photos d’un homme selon les époques de sa vie et qui s’épaissirait au fur et à mesure des photos rajoutées avec d’autres hommes, d’autres stars de cinéma, d’autres sportifs, d’autres hommes, tout simplement. Ça serait l’équivalent de la pièce de Barbe Bleue, mais sur toute une maison.
Bien sûr, je ne le fais pas parce que je ne suis pas Van Gogh et je ne suis pas taré à ce point et ce serait vraiment trop long à expliquer à chaque fois que le mec de FedEx viendrait apporter un paquet et je ne parle pas du facteur ou des pompiers en décembre pour le calendrier.
Mais j’ai toujours aimé ces jardiniers fous qui finissent par transformer leur terrain en délire personnel. Il y en avait un à côté de la maison des parents de Jean-Luc dans l’Eure et sa cour était recouverte de bric à brac et de sculptures en bois peintes en bleu blanc rouge sur des socles en ciment. On l’adorait. À chaque fois qu’on passait devant, on se demandait s’il avait fait un nouveau truc. Et puis la dernière fois que j’y suis allé, sa maison avait été rasée pour en construire une autre. Banale.
J’aurais pu être le Facteur Cheval pédé des photos de mecs lol. Il y aurait même eu un post sur un site de nerds où j’expliquerais que ce côté du mur de la cuisine est composé de photo des mecs des années 90 trouvées sur Flickr et que ce coin était rose, ben parce qu’il y avait beaucoup de photos de Butt. J’aurais fait aussi un lien intellectuel avec les livres de Quentin Crisp qui expliquait qu’il ne faisait plus le ménage chez lui parce qu’à partir d’une certaine épaisseur de poussière, les choses s’équilibraient. Heureusement, je ne l’ai pas fait.
Donc toutes ces images, on les fait glisser mentalement dans l’air comme dans les meilleures scènes de « Merlin l’Enchanteur » pour les réduire au maximum et on les met dans un coin de son esprit pour ne pas avoir l’air trop débile et on les ressort inconsciemment quand on tient son mari et qu’on s’endort en considérant qu’il représente tous ces hommes – même si c’est pas vrai. "Penser à des choses agréables", c'est que je lui dis toujours quand il faut chercher le sommeil.
mercredi 13 janvier 2010
Juste la beauté

Je suis incroyablement heureux de voir le renouveau des revues et fanzines gays depuis cinq ans. Avec tout ce que l’on sait sur les difficultés de la presse, il y a des homosexuels qui s’acharnent à développer une liberté éditoriale et visuelle que les médias gays traditionnels ont du mal à offrir désormais, pour les raisons que l’on connaît. Il s’agit d’un tournant décisif de la culture gay moderne. Pendant longtemps, j’ai cru que l’époque de Magazine serait révolue pour de bon. Travailler avec le papier, aller à l’imprimerie, payer les factures de l’imprimerie, diffuser des revues d’une manière artisanale, se faire payer pour des pubs difficiles à obtenir, difficiles à conserver, dans le monde actuel, c’est un labour of love.
A New York comme partout, cela fourmille de publications. Il faut au moins un fanzine gay par pays. En fait, ce revival du support papier est une des adaptations évidentes face à l’omniprésence d’Internet. Comme je le dis toujours, Flickr est une mine d'hommes magnifiques. Laurent Chambon et d’autres n’arrêtent pas de me bombarder de sites qui rassemblent ces mecs. La photographie moderne regorge de visages et de corps. Je ne parle pas de bites ici, mais de portraits. Ces revues sont une manière de trier cette surabondance d’images et de faire du sens en choisissant certaines images plutôt que d’autres.
C’est ce que faisait Straight to Hell dans les années 80, quand Boyd McDonald juxtaposait des nouvelles de sexe (toujours bien écrites, avec beaucoup d’histoires de mecs qui se draguaient dans des coins paumés des USA, à la Joe Cage) avec des photos de mecs à poil provenant de studios divers, sans rapport avec le texte. Butt, Pinups ne cessent d’illustrer cette partie sexy de la culture gay moderne, avec un fort penchant bear, mais pas seulement. Il suffit de regarder la diversité des mecs dans le calendrier 2010 de Butt. Il y en a presque pour tous les goûts, comme on dit. Même si la colle de ce calendrier ne tient pas les feuilles, ce qui est l’erreur NUMERO UNO à ne pas commettre quand on se lance dans un calendrier qui, par essence, est un objet qu’on n’arrête pas de malmener. Les folles de Butt devaient avoir un lunch avec Marc Jacobs quand le calendrier est parti au brochage.
La France est encore à un bon niveau avec Kaiserin et Monstre. Belle impression, beau papier, un travail clair sur la maquette, une tradition du formalisme français, dont se réclamait Magazine à son époque. La très grande majorité des fanzines et revues pour hommes, à travers le monde, respectent des maquettes très basiques. L’American Typewriter de Butt est le même que celui de Maga. Ce sont des fanzines qui préfèrent souvent une impression en noir et blanc, pour mieux revendiquer un lien historique avec la vieille presse. C’est aussi une manière de garder des volumes pleins, des reliefs d’encre marqués, des trucs masculins quoi.
Les fanzines et revues françaises ont ce je-ne-sais-quoi d’inquiet qui ne m’a pas échappé, bien sûr. Monstre et Kaiserin ne sont pas des médias joyeux. Tous les autres titres étrangers sont plutôt happy happy happy, on ne parle pas trop de ce qui cloche chez les gays, tout le monde est sexy, c’est normal, ce sont d’abord des revues érotiques, il ne faut pas l’oublier. Les modèles de Butt sourient souvent et il y a un élément d’humour positif affiché. Il s’agit de la génération des gays de la trentaine qui a envie de vivre et de baiser, refusant de se caler sur la génération précédente qui a BEAUCOUP SOUFFERT LOL. Dans ces magazines, le sida est persona non grata.
Mais les Français sont plus inquiets. Est-ce que c’est un révélateur de la France ? Déjà, ils écrivent d’une manière beaucoup plus appliquée. On sent que ces garçons en ont gros sur la patate. Ce qu’ils veulent exprimer ici, ils n’ont pas pu le dire ailleurs. Le temps passe, les années aussi, et l’envie de s’imposer est brûlante. C’est très intense. Par exemple, j’ai totalement adoré le texte "Du voile et du placard" d'Ibrahim Abraham dans Monstre, mais je n’ai pas compris la première partie, tellement je suis cruche, ou tellement c’est compliqué. J’aurais été fier de publier quelque chose d’aussi brillant dans Minorités, même si je ne suis pas d’accord avec tout. Ce qui prouve qu’il y a des sujets transversaux qui apparaissent dans nos médias, sans pour autant rabâcher les banalités qui rassurent la communauté LGBT.
« Fanzine » a donc été un des mots-clefs des dernières années. Le renouveau du fanzine bouscule l’image des gays telle qu’elle se développe dans les pages des grands médias gays à travers le monde. Le type d’homme que l’on voit dans ces revues reste largement peu représenté dans les magazines majeurs. Et même si ces fanzines répondent à des niches très précises, avec des maquettes qui répondent à des codes bien définis dans le genre, certaines idées pourraient être adaptées par une presse dominante dépendante des nouvelles modes. Il y a plein d'idées dans No Milk Today ou Spunk.
Le seul truc qui me tarabiscute (un drôle de verbe !) avec ces fanzines, c’est (soupir, here we go again) le peu de noirs et de mecs de toutes les couleurs. Butt en choisit toujours quelques-uns, et montre aussi des latinos et quelques asiatiques, mais on ne peut pas dire qu’ils sont aussi intéressés à l’idée de montrer des noirs que des Espagnols ou des Jordaniens. Dans toutes les revues marginales, les noirs ne sont pas là. Ça m’énerve parce que ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Et ça m’irrite d’un point de vue érotique aussi, parce que je trouve qu’il faut vraiment le faire exprès pour ne pas tomber gaga devant toutes ces photos de blacks gays super beaux qu’on voit partout. Pareil pour les Arabes. Je ne parle pas de ces photos super jolies où les mecs posent devant des photographes pros, mais toutes ces photos où on les voit au naturel. Ceux que l’on voit dans ces revues, ce sont finalement ceux qui appartiennent au circuit des A gays, de la scène art/sexe/Liban/whatever qui est à la base de ces fanzines.
Ces fanzines, c’est toujours une affaire de mecs blancs, middle class. Et la lacune de la mixité raciale m’énerve d’autant plus que les gays qui dirigent ces fanzines vivent tous dans des pays où la mixité raciale existe dans la communauté gay. Par exemple, Facebook est un média de cliques, c’est bien connu. Mais même dans FB, on voit bien que beaucoup de personnes ont des « amis » noirs ou beurs ou turcs ou whatnot. Au moins, si ce n’est pas réel, ces minorités ethniques sont là grâce à un fantasme et j’ai la bêtise de penser que c’est déjà ça. Or il y a plus de mixité raciale sur FB que dans ces fanzines, qui sont pourtant le domaine du possible, de l’expérimentation, de l’audace.
Il y a un an, grâce à Facebook, j’ai retrouvé beaucoup de personnes avec qui je travaillais à l’époque de Magazine. Billy Miller, par exemple, qui dirige aujourd’hui Straight To Hell, faisait partie de l’underground arty de Chicago (je crois) et je possède encore des tirages photos de ses performances. Comme AA Bronson, il fait partie de ces mecs sympas et érudits qui n’ont cessé d’aimer ce support alternatif. Moi j’ai arrêté ces fanzines dans les années 90 et 2000, parce que j’en avais marre de la vie instable imposée par des factures d’imprimerie toujours en retard, mais eux n’ont pas cessé, ils sont restés fidèles. Quand le revival des fanzines est arrivé, ils étaient forcément aux premières places, avec des tonnes d’images à publier. Sur FB, il est très facile de repérer ce microcosme fanzine international, on voit clairement qui est ami avec qui, c’est aussi tellement plus facile de contacter les gens qui ont la même passion pour ces revues parallèles.
Si je devais faire un fanzine aujourd’hui, ce serait 1) soit Capture le projet de Thomas Doustaly, mais c’est son idée donc c’est pas possible 2) soit un fanzine qui reprendrait une partie de cette icono immense de mecs, gays ou pas, sur Flickr. En les mélangeant avec des photos de mecs vraiment bien de Facebook. Pas forcément les plus beaux (bien que), mais surtout ceux qui ont l’air d’être les plus sympas, comme lui par exemple.
Je pense même qu’il y a largement matière pour un bouquin Tashen. Exactement comme les fanzines comme Butt et Pinups illustrent d’abord une attraction pour les bears et les mecs naturels, et les sacralisent en tant qu’objets que l’on peut garder chez soi, il faudra bien que quelqu’un tente de figer une partie de la surabondance des photos de beaux mecs, d’où qu’ils viennent. C’est une question de santé mentale ! Par exemple, je retrouve désormais sur des sites des photos qui ont été, pour moi, la base de mon identité sexuelle. Des pleines pages de Playgirl d’il y a 40 ans. Je croyais être le seul à avoir un délire particulier pour telle image, je croyais surtout qu’elles étaient oubliées à jamais, et les voilà qui réapparaissent sur Internet.
De même, les librairies LGBT sont remplies de bouquins de photo érotiques où les mecs sont beaux, mais aussi très pétasses. Il doit y avoir un marché pour ça puisque ces bouquins ne cessent de sortir, et l’industrie porno a envahi ce créneau aussi. Mais il y a beaucoup moins de livres de photos qui montrent la vraie vie des centaines de milliers de gays à travers le monde
Ce qui se passe sur Flickr depuis plusieurs années est absolument à se tirer les cheveux. Et les gens ont besoin d’avoir un objet chez eux qui résume une partie de cette hypertrophie picturale. Exactement comme dans la musique. Plus elle devient virtuelle et plus les gens ressentent un désir confus de posséder un objet qui symbolise cette activité, qui sert de focalisation matérielle. L’iPod a servi à ça, c’est connu. Aujourd’hui, les vinyles réapparaissent. Il faut un livre qui résume et rassemble ces photos. Bien sûr, il y a le bouquin de Rough Gods, mais il devrait y en avoir beaucoup plus.
Dans la dernière décennie, il y a eu une profusion de livres de photographie sur le hip hop, le skate, le surf, les tatoos, tous les bouquins vendus chez Colette. Juste à côté, les revues et les fanzines. Ce sont des objets qui vivent ensemble. C’est pourquoi, par exemple, je ne fais pas de différence entre une revue et un fanzine. Le dénominateur commun, c’est de sortir des systèmes de diffusion de la grande presse. Et il y a eu assez de revues qui copiaient les fanzines et assez de fanzines qui copiaient les revues pour savoir que la frontière est souvent fine. Ces produits sont vendus ensemble. Vous trouvez Butt dans chaque grande libraire internationale et 50 mètres plus loin, il y a une boutique American Apparel. C’est comme ça.
Donc, pour moi, le rêve, c’est de revenir à des revues ou fanzines où ces mecs de Flickr et de Facebook sont réunis. Sans trop de blabla intellectuel. Sans trop parler de « problèmes ». J’entends certains dire que je n’y connais rien à l’art moderne. Comme si on devait être cuting edge sur tous les sujets. Comme si je n’avais pas remarqué le jargon de l’art moderne et à quel point c’est du bullshit. Moi ce qui m’intéresse, c’est un sujet beaucoup plus bête, beaucoup plus facile, beaucoup moins intellectuel. C’est juste la beauté. Il faudrait un Jamel Shabazz gay.
vendredi 3 juillet 2009
Quitoxic
Je connais une ou deux personnes haut perchées dans la société qui se sont arrangées pour ne pas laisser de traces sur Internet. J’ai toujours trouvé ça über cool comme dirait Laurent et je me renseigne régulièrement auprès d’elles pour m’assurer que leurs efforts sont toujours auréolés de succès (comme on dit). Ce sont des personnes célèbres qui ont expressément exigé que je ferme ma gueule sur ce qu’ils font et ce qu’ils disent. Dès le début d’Internet, elles ont saisi la dimension du système et ont ainsi décidé de préserver leur réputation et de vivre à l’écart de Google.
De mon côté, je dois être un des seuls hommes à se déclarer ouvertement séropositif sur Facebook. Sur mes 2000 amis FB, on doit être juste deux ou trois à l’écrire noir sur blanc. Ce n’est pas comme si je n’y avais pas réfléchi, bien sûr. J’ai reçu pas mal de commentaires de la part d’amis qui me demandaient : « Tu es sûr de ce que tu fais ? » ou « Tu sais que tu ne pourras jamais l’effacer vraiment ? ». Et je leur répondais, à chaque fois, que je ne crois pas qu’il existe un détail de ma vie qui ne soit pas déjà publié, ou enregistré quelque part.
Je n’ai pas beaucoup de vie privée sur Internet, mais je me suis arrangé pour « endormir » ma ligne de téléphone depuis plusieurs années. Mes amis et ma famille savent que je ne réponds pas toujours. Pire, ils ont appris à vivre avec le fait que je pourrais très bien ne pas les rappeler. Certains se sont lassés. Je voulais étirer ce moment le plus longtemps possible avant de refaire surface. Peut-être ne refait-on plus surface, précisément, quand on a pris tant d’années sabbatiques au téléphone. Mais je ne regrette rien : pendant quatre ans, j’ai vécu sans portable et je trouve ça formidable. C’était pour moi une expérience à la limite de l’essai scientifique : peut-on mettre le téléphone entre parenthèses ? c’est comme cet article de l’IHT du 28 mai dernier : « Learning when to say no to text messages ». Les teenagers américains envoient une moyenne de 2272 SMS par mois, soit 80 par jour. C’est deux fois plus que l’année précédente. Ils sont totalement obsédés à l’idée de savoir ce que font leurs amis et se sentent obligés de répondre tout de suite. Je considère que c’est prérogative de considérer que le téléphone est devenu chiant. Je ne réponds pas avant un certaine heure et je ne réponds pas non plus après une certaine heure.
Il y a bien sûr de la beauté dans les chiffres. Le mois de juin, qui vient juste de se terminer, est toujours un mois important. Tout le monde dit pareil, je suppose. C’est le sommet de l’année scolaire. Souvent, les choses importantes de ma vie, je les ai lancées en juin. En 1980, je lançais Magazine. Neuf ans plus tard, c’était Act Up. En 1995, c’était Têtu. En juin 2000, c’était K.A.B.P.. Ce mois-ci, c’est la nouvelle version de Minorités.org. C’est probablement le syndrome Gay Pride. Fascinant de voir que le temps passe et l’on persiste à lancer des projets à ce moment. Faire partie d’une dynamique ou tout simplement faire un truc, essayer quelque chose. Le mois de juin, c’est le résultat d’un travail souvent commencé en hiver. C’est un semestre de préparation, la moitié d’une année. C’est un cycle, comme certains rythmes qui jalonnent une vie et qu’on apprend à reconnaître. 1975, c’est le début du punk et de la disco. 1985, c’est le début de la house et de la techno. 1995, c’est le sommet de la house. 2005, c’est une belle année passé en solitaire à écrire mon dernier livre sur le silence et la beauté de la nature.
J’ai donc passé ces quatre dernières années sans portable, avec un rapport de plus en plus distant avec le téléphone. J’ai poussé cette idée à son maximum, ce qui a forcément contribué à une forme d’isolement. Comme toujours, je voulais travailler selon mes règles, sans avoir à tolérer une part de bullshit journalistique que d’autres s’imposent comme si c’était obligatoire. Je voulais montrer qu’une personne qui a été à la pointe de certains sujets pouvait s’en éloigner progressivement pour ne pas lasser. Dans le fait de ne pas être joignable, je voulais bien sûr m‘écarter du délire moderne sur le portable, cette obligation à répondre à des échanges qui ne signifient pas grand-chose. Cette dévaluation de la parole. Cette contraction du mot.
Mais je voulais aussi répondre à ce que me disait Sylvain Rouzières quand il reprochait à ma génération de prendre trop de place. On en avait beaucoup parlé ensemble. Et puis, il y a quelques mois, Sylvain est mort. Je m’étais mis dans une situation de repli pour lui, pour la génération des trentenaires que j’aime tellement. Et il n’est plus là.
Je suis toujours en deuil de ce suicide. Je me suis abstenu encore davantage. J’ai fermé ma gueule. Je me suis mis en retrait pour ne pas contrecarrer la carrière de mon mari. Ne pas lui faire d’ombre. J’ai suivi les conseils de Sylvain. Je m’en fous si les gens pensent que je traverse une mauvaise passe. Je dois remonter au début des années 90 pour trouver un équivalent aussi dramatique à cette mort. C’est pour dire à quel point I don’t give a fuck about MJ… Mais je sais que cette mort met un terme à un cycle pour moi aussi. Dans une semaine ou deux, j’aurai acheté le nouvel iPhone. Je serai sur Twitter, sur FB, sur ce blog, sur mon site perso d’archives. Si tout va bien, je sortirai de ce deuil progressivement, en travaillant pour moi, pour les amis avec lesquels je développerai Minorités.org. Ce sera le nouveau projet de ma vie, peut-être le dernier.
Dans la sobriété même de son design, Minorités répond au cadre de cette crise que nous vivons tous. Dès le début, Laurent Chambon a insisté sur notre différence : pas de Flash, peu de vidéo, pas de distraction débile (il y a assez de sites qui creusent ce filon). La priorité du design de Pierre Marly, c’est encore le texte, sa mise en valeur inconsciente, sa typo, sa facilité de lecture. Dans un monde d’image, nous sommes toujours un média de mots.
Regardez comment on parle d’Internet à la télé, même sur les chaînes câblées. 50% de ce qu’on nous montre comme étant représentatif de l’activité du web, c’est du trivial. Un chat joue du piano. Une blague attire des millions de clicks. Des mecs et des nanas se mettent à poil dans les rues de Paris – mais ils ne sont pas à poil. Daniel J.Solove, dans son livre « The Future of Reputation », nous dit que les deux tiers des échanges sur Internet sont, à la base, du gossip. On est en droit de se demander, quand les temps deviennent plus durs, quand les médias titrent sur le fait que « 2009 sera l’année noire du chômage », si nous avons encore plus besoin de gossip. Il y a le concept, la série TV, le groupe, le gossip est passé, lui aussi, de phénomène underground (« New York Telephone Conversation » de Lou Reed) à une industrie dominante. Ce qui nourrit cette commercialisation du buzz, on le sait, n’est rien d’autre que du voyeurisme.
Le 10 juin dernier, une autre tribune intéressante dans l’IHT : « The joy of less ». Pico Iyer parle du fait de travailler et vivre et être heureux et atteindre ses objectifs quand « on préfère la liberté à la sécurité, quand on est plus confortable dans une petite pièce que dans une grande, quand on trouve le bonheur en accordant ses envies à ses besoins ». C’est peut-être cet équilibre qu’il faut trouver, entre le besoin impératif de s’exprimer via Internet et l’objectif de ne pas se laisser avaler par son immense distraction. Presque un sujet de livre.