dimanche 8 mai 2011

Cris et murmures


Il y a une chronique dans le New Yorker qui s'appelle "Shouts & Murmurs" et qui se moque avec drôlerie des délires techies, du genre « Wow, je vais t’envoyer une vidéo où je t’explique en temps réel comment je fais ce que je fais en temps réel ». Ou alors « Je t‘ai posté une vidéo sur Youtube pour t’expliquer comment écouter ce que je dis, ça s’appelle Ecoute ». Au niveau gay, ça donne ça :

- Non je suis dans les sciences sociales et ça m’intéresse beaucoup vos discussions sur FB sur l’affirmation identitaire – mais je signe sous un faux nom.
- En fait, je cache mon nom car je suis contre le contrôle policier des idées et le NPA, c’est vachement trop à droite pour moi tu vois.
- Nooooon, tu es anarchiste alors ?
- Non juste hétéro.
- Ah. C’est pour ça que tu es dans l’affirmation identitaire connard.
- Moi je suis militant, mais je ne supporte pas qu’on ne soit pas poli les uns envers les autres.
- Tu peux jouir dans mon cul, mais on dira au juge que c’était safe, OK ?
- J’ai 5 profils de cul différents avec des infos contradictoires sur la même photo, mais je suppose que je suis contre l’hétéronormalité.
- Je t’ai vu sur Grindr, j’étais juste à côté de toi quand tu t’es fait dépister pour la syph.
- En fait, je t’ai carrément suivi jusqu’à chez toi quand tu as lancé ta GPOW sur Tumblr.
- Ensuite j’ai publié sur Twitter les derniers datas sur mon dépistage du cancer du colon en précisant que j’avais pas 50 ans mais 22 – et fier !
- J’ai 3 chats qui me regardent à chaque fois que je baise avec mon mec, mais ça me gêne pas puisque tout le monde regarde aussi avec la webcam sur Internet as we speak.
- J’ai une app super délire de Homosexualités et Socialisme qui nous montre où on en est, en temps réel, de la réflexion de Martine Aubry et Fabius sur Tariq Ramadan.
- Si tu veux, j’ai un montage de pics de moi en slow motion sur le set de True Blood en train de boire du vrai sang.
- Que j’ai donné moi-même car je n’ai pas eu de relation sexuelle depuis 10 ans, c’est la loi en Angleterre pour les pédés.
- Oh j’arrive pas à t’envoyer un texto avec la taille de ma bite, j’ai les doigts trop gros.
- J’ai fait une hallu sur Salvia divinorum et c’était si fort que je suis tombé raide dans Séronet.
- J’ai reblogué 45 fois la même photo de Jean-Luc Roméro sur Tumblr et depuis je suis suivi par tous les hipsters d’Amérique du sud, et surtout du Chili, parce qu’ils ont pensé que c’était un collage arty.
- J’ai vu un de mes ennemis à Gambetta, il était si terne avec son par-dessus gris, ses vieilles chaussures en cuir marron, son cartable de prof, et son petit sac en plastic transparent avec le déjeuner pour midi dedans que je me suis vraiment demandé pourquoi je considère ça comme un ennemi. Vive l’Education nationale.
- Un autre que moi l’aurait pris en photo pour l’envoyer sur un site de barebacker, mais j’ai encore un peu de décence en moi.
- J’ai vraiment tout ce qu’il faut, un iPad, in MacPro, un iPod, un iPhone et un Tenga, mais quand je prends le train, j’ai une putain de valise sur roulettes et je me tiens bien droit à la gare pour faire croire que j’ai pas conscience du disconnect.
- I am gay !
- Il y a un mec qui s’est trompé de « logiciel » quand il a mis Joe Dallessandro dans la catégorie des twinkies. Attends, t’es conne ou quoi, tu as vu comment il était foutu dans « Heat » ? Si t’appelles ça un twinkie, autant dire que Michel Simon en était un aussi. Ah oui, et Freddy Mercury n’a jamais été un « bear » non plus pauvre conne.
- Il y a un Tumblr entièrement consacré aux corbeaux. J’attends celui de la 61ème association du centre LGBT qui s’appelle « Gay Corbacks for Antinoüs ». Ils ont payé leur cotisation, eux.
- Il va bien falloir s’habituer à l’idée selon laquelle nous serons tous géolocalisables quand on tirera la chasse des nouvelles chiottes de Philippe Stark, qui utilise une télécommenade. Je te dis pas les traces de caca qui s’incrustent sur la touche « Play » ou « Enter », je ne sais pas ce qui a été choisi pour le modèle d’exposition.
- Il y a un mec que j’aime tellement sur Tumblr, je l’appelle mon Tumbler swag.
- J’ai passé 2 jours à Chaumont pour le prochain Festival international du graphisme et je n’ai rien de vu de très LGBTQUIII je t’assure
- Oui mais c’est encore une manifestation de l’impérialisme homo masculin sexiste et pinkwashing.
- « Oui, c’est une sorte de Savignac pour Starbucks ! » - Mathias Augustyniak de M/M
- « Ils chantent des chansons mais ils ont oublié les paroles ! » - Mathias Augustyniak de M/M
- « A un moment, il faut les laisser subir leur propre laideur ! » - Mathias Ayugustyniak de M/M
- « Let’s not evangelize about that » - Daniel Mason
- « Ça c’est pas fini mon plus »
- Pour reconnaître les consonnes B et P, 22 sites du cerveau sont sollicités en même temps. Pour reconnaître DSK, il n’en faut qu’un seul.
- Je viens de voir sur le site IEM des pilules qui te donnent la trique pendant 36 heures, je me demande s’ils en vendent pour avoir un cou aussi épais de Channing Tatum dans « L’aigle ».
- C’est quand même incroyable que les pédés aient même peur de l’idée de bromance, dès que tu t’approches trop, tu reçois un coup de tazer.
- Roméro sort un livre sur l’histoire du mouvement gay en France et c’est chez un tout petit éditeur si marginal que ça doit être conceptuel comme démarche.
- Et je te jure, sa liste de références bibliographiques et docus fait UNE PAGE ET DEMIE et dedans il y a des livres super majeurs de l’histoire gay comme, wait for it, « Moi, l’autobiographie » de Ricky Martin et « Entre émoi et moi » de Catherine Lara « et surtout « Père comme les autres » de Christophe Girard !
- Il y a une conne anonyme qui a dit sur mon blog que c’était homophobe d’écrire sur le « pédé à chat ».
- Il y en a une autre qui ne comprend pas du tout cette manie de mettre des expressions anglaises dans l’écrit français. Hello ? Tu comprends GTFO ? Pauvre conne, tu lis encore Yves Navarre ?
- Caroline Fourest a été débordée par le printemps arabe sur FB. Son nouveau surnom c’est Irhal, as in « Irhal ! Irhal ! Leave ! Leave ! »
- Le concept de bromance est incompatible avec l’idée de kiss-in devant la Grande Mosquée de Lyon, surtout quand c’est organisé par des gens qui ont trop lu Charlie Hebdo.
- J’ai vu la fin de la Halde en direct sur Vevo.
- Oui tu crois, c'est trop ? 4800 copines sur FB, 456 followers sur Tumblr, 430 sur Twitter, 25 working girls sur LinkedIn et le matin je me réveille avec 150 mails et 99 notifications. Pourquoi ? D’un autre côté, comme je disais sur mon mur ce matin, ça fait 4592 jours que j’ai pas couché avec un Black et ça me manque grave là.

samedi 30 avril 2011

Le pédé à chat



C’est quand même incroyable d’avoir à le rappeler : cats are cunts. Désormais, même les gens les plus intelligents se montrent des images de chats sur leurs iPhones. On a beau leur dire que c’est une des plus grandes arnaques intellectuelles des temps modernes, ils le savent et répondent Ben oui, c’est comme ça, get used to it.

NOT. A cause des chats, Youtube est devenu payant. Vous avez vu ces pubs de 20 secondes qu’ils nous infligent maintenant au début de chaque vidéo de Justus Köhncke ? Quand la moindre vidéo avec un chat au piano fait 6 milliards de hits (OK j’exagère) c’est le média lui-même qui change parce que s’il n’y avait pas eu ces chats, il n’y aurait pas eu un tel succès capitaliste et on n’aurait pas passé la première décennie du siècle sous le signe du chat qui se casse la gueule, puis qui recommence le même truc, con comme il est. C’est tout un média qui bascule alors sous le signe d’un animal en particulier, et pas le plus gentil en plus, c’est celui qui porte plein de germes de maladies particulièrement sournoises. A l’époque du sida grave, il était fortement conseillé de ne pas vivre avec des chats, des oiseaux et des poissons qui transportent tous les merdes du monde moderne (d’ailleurs c’est logique puisque le chat mange les oiseaux et le poisson).

Là, aujourd’hui, c’est Tumblr. Il y a encore 4 mois, il y avait 10 chats sur ce nouveau réseau social, pas plus. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux, même sur les Tumblr de pédés. Personnellement, j’ai décidé d’une nouvelle règle de comportement : ne plus suivre un mec qui met des images de chat sur son blog. Je trouve ça atrocement pas masculin. OK, on laisse ces idioties aux filles de 12 ans. Mais un mec de 30 ans qui met une photo de chat sur son profil FB, c’est juste un surrogate marker pour crétine. Même s’il met des photos géniales par ailleurs.

Pour moi, un chat ça sert à attraper les souris. Comme il n’y a plus de souris dans le monde moderne (enfin, vous croyez), le chat est devenu un membre de la famille. Quand on est gay, c’est un symbole si envahissant que ça fait du mec un « pédé à chat ». Le mec qui va vivre jour après jour avec l’odeur du pipi et qui te jure que ça ne sent pas mauvais parce qu’il sait comment laver la litière pour qu’elle reste propre. Oui, c’est cela, c’est comme le mec qui a un labrador de 6 mois et qui sait comment faire pour que les pieds de chaise en bois de sa cuisine ne soient pas réduits à des allumettes. On connaît. Le pédé à chat, c’est celui qui s’imagine que ça ne nous dérange pas qu’il se comporte comme un félin quand il te fait une pipe ou, pire, qu’il invite le chat sur le lit pour qu’il puisse participer en regardant. Berk. Le pédé à chat, c’est celui qui va vivre avec l’odeur du ronron qui sèche dans la soucoupe parce que cet idiot de minet n’est pas foutu de finir son repas (c’est d’ailleurs un des rares animaux à faire ça, on n’a jamais vu de fourmi se dire « Ah tiens, je vais prendre la moitié de ce grain de riz et je viendrai prendre le reste dans 4 semaines »).

Ce que l’on n’accepterait jamais de son enfant, on l’accorde au chat. Le pédé à chat, c’est celui qui sera OK pour dépenser des centaines d’euros pour faire un scanner d’animal pour un bobo qui reste à diagnostiquer, j’attends impatiemment le concept de coloscopie féline, de chirurgie réparatrice pour museau ou d’IRM pour chat de gouttière, une sorte d’oxymoron en soi. Le pédé à chat, c’est celui qui ne sait plus quand il faut arrêter vraiment les frais et piquer cette putain de bête car elle souffre là et qui se prend pour un « protectionniste » doublé d’un « humaniste » (voir le très bon article du NYT du 11 mars dernier). Le pédé à chat, c‘est celui qui lui offre plus d’affection qu’à son propre mec (une manifestation de névrose totale selon moi qui appartient à la classe des « dominionistes) et qui est la source de nombreuses disputes conjugales. Enfin, le pédé à chat, c’est celui qui a besoin d’un animal de compagnie pour ne pas péter un câble face à la vie et la société et au lieu d'être un mentsch ou d’acheter un chien, ce qui est toujours plus masculin (et encore), c’est celui qui va chercher la solution la plus simple, la méchante petite bestiole qui engage à moins, qui prend moins de place, qui est facile à transporter dans le train (même si c’est un tue l’amour total).

Pour moi, un mec qui a un chat, même s’il a une bite de 25 cm, c’est comme si sa bite ne faisait plus que 20 cm. C’est rogné aux angles. Ca rabote la personnalité. C’est des discussions incroyablement ennuyeuses. C’est much ado about nothing. C’est something recherché mais pas vraiment. C’est le mec qui s‘est fait avoir à la SPA alors qu’il aurait pu envoyer 20 euros en Afrique à une personne qui en a VRAIMENT besoin. C’est se satisfaire d’une structure de poils alors qu’il y a 200 types de chats et pourquoi tu vas prendre celui-là pitite connasse alors qu’il y a un Assyrien sur le marché pas loin de chez toi ? Ah oui, toi tu as choisi le gros chat persan blanc à la Alice aux Pays des merveilles qui a tellement de poils qu’il se chie et se pisse sur lui-même, c’est haram. En fait, le mec à chat, c’est celui qui reste tellement chez lui devant l’ordi à regarder des chats sur le câble, Youtube, FB, Twitter, Tumblr et même LinkedIn qu’il a aussi besoin d’un chat sur les genoux (bonjour les hémorroïdes, l’effet secondaire assuré du chat) ou pire, carrément sur l’ordi puisqu’il est toujours branché et donc chaud.

Le pédé à chatte, je veux même pas en parler tellement je trouve ça zarbi. C’est celui qui croit qu’il va avoir des petits chatons et ça remplacera le mari et les enfants qu’il n’a pas parce qu’il ne s’est pas pris par la peau du cul pour trouver le mari et avoir des vrais enfants mais c’est à cause de la société qu’est homophobe hein. Je me demande en moi-même : Delanoë a un chat ? Passons. Le pédé à chat, c’est celui qui répond aux questions d’un bloggeur de chat, qui pose réellement des questions du genre : « Et pourquoi tu l’as appelée Philistine ? » et qui trouve normal de publier ça comme si on parlait d’un être humain. Ca ne le dérange pas de savoir que les animaux de compagnie affectent la hiérarchie de la famille, son rythme social, son entourage. Les animaux sont tellement mal élevés de nos jours que l’on les laisse gueuler comme les enfants. Et des fois, à Paris, vous entendez des chats dans les appartements qui font plus de bruit que leurs maîtres. Sick. Totally sick, man.

En 1995, je me suis juré que je ne tomberais plus amoureux d'un mec à chat, même si le mec est une bombe. Souvent, le chat est laid, il est gros et vieux, il a les yeux qui coulent et il a un nom d’humain. OK, c’est parfois drôle, quand votre mec n’est pas là ou qu’il est dans la cuisine et qu’on fout une torniole au chat parce qu’il vous regarde en chien de faïence. C’est presque aussi jouissif que lorsqu’on a mis du Tabasco dans l’eau de sa soucoupe. Trois ans après, je suis allé voir sur le site du mec et il avait toujours son chat, encore plus vieux et avec une flaque d’eau sous lui à cause des yeux qui coulent. Je me suis dit que ce mec qui avait des idées précises sur les do's & don’t de tout dans la vie avait un sérieux angle mort dans son axe de direction.

Pour moi, un chien est un animal qui doit être habitué à dormir dehors le plus souvent possible (enfin pas les petits chiens, je suis pas un monstre) car il doit garder la maison, parce qu’il est résistant, qu’il aime ça en plus parce qu’il écoute tous les petits bruits de la nuit, à condition qu’il ne pleuve pas et qu’il ne gèle pas. En tout cas never never never dans la cuisine et dans la chambre.

Bref, il y a un tel délire sur les chats dans la culture pop moderne que si vous voulez avoir du succès, c’est comme Lady Gaga, il suffit de se mettre un chat entre les jambes et vous êtes assuré de pulvériser tous les records de vente, ever. Et ça va continuer car ce n’est pas une mode, c’est un signe des temps qui durera longtemps puisque les parents sont si crétins qu’ils offrent des chats à leurs enfants pour aller avec le stylo Kitty et qu’ensuite les enfants achètent d’autres chats pour tenir compagnie à leurs poupées et tout ça grouille ensemble et the family that cats together stays together. C’est l’industrie agroalimentaire qui se frotte les mains et Monsanto qui fait une herbe à chats transgénique et la boucle est bouclée puisqu’il faut plus de bètes pour nourrir les bètes et vous avez compris ma démonstration.

Ca fait partie de la métrosexualisation du chat, le chat n’a pas un engagement politique contrairement au chien (de garde, de police, de chasse, d’attaque, etc.). c’est un handicap pour bouger, pour être libre, pour partir demain matin si on veut. Un chien te suit, mais c’est toi qui suis le chat – et tu dois le porter en plus le connard! Et il lui faut 2 jours pour "décompresser" !

Je dis tout ça et ce sont mes derniers mots puisque demain je serai mort, mordu de partout par tous les chats de mon village. Je sais que je prends de très grands risques politiques face au courroux que ne manqueront pas de provoquer tous ces propos médisants sur les Lol Cats. JE SAIS que les Lol Cats sont très importants dans votre vie. Vous les utilisez comme ringtones, for fxxxsake. Mais je suis là, seul contre l’adversité féline et je dis fièrement : « Donnez-moi un homme sans chat ! ».

PS : Parce que je me sens incroyablement isolé et j’invoque à moi les forces du bien pour me sauver de tous ces Lol Cats qui débarquent dans ma vie, au point où même mes amis m’envoient des chats par mail uniquement pour me narguer et certains tentent même de m’attirer vers une Scientologie du Chat en me parlant de la mythologie du chat égyptien ou, pire, de la psychologie franchouillarde du chat dit de gouttière. Il am calling you au secours ! C’est un peu comme ces folles qui se promènent à 4 pattes sur le lit en miaulant vers vous avec la patte devant et qui ronronnent à la Eartha Kitt en disant ; « Je suis LA féline ! »
HELP !!!! Et c’est quoi aussi, cette mode de la panthère qui revient depuis 2 ans, vous regardez d’un œil distrait des photos de clubbing gay et tout à coup il y a une panthère qui apparaît. Le mec est entièrement habillé en panthère. Même au studio 54 il n’y en avait pas beaucoup! Nous voila devant la félinisation de la société, phrase zémourienne du jour car nous devons nous lever, ensemble, et nous préserver de tous ces Lol Cats et de leurs prières de rue ! Voulez-vous vivre à jamais avec des poils de chats coincés dans le clavier de votre ordi ? Oh merde, ton chat ne vient pas de pisser sur ton iPad, là ?
Miaou.

lundi 25 avril 2011

Dance, fools, dance ! (1931)



Les magazines de jardinage abordent très rarement un aspect caché de la nature, quand elle s’emballe et qu’elle joue avec nos nerfs. On fait généralement du « how to », comment choisir les plantes, comment les installer et les tailler. Tecknikart de son côté, poursuit son travail de moquerie des geeks de la nature, ceux qui font pousser des tomates dans leur cuisine, indoors, ce qui est une absurdité totale quand on pense à la dose de soleil brut, tapant, violent, pour qu’une tomate ait un goût de quelque chose. Après les idiotes qui font leur compost dans la même cuisine avec des lombrics (eeek !), le jardinage est en train de dépasser toutes les limites du n’importe quoi. Et je ne peux rien dire, je n’ai rien écrit sur ce blog depuis un mois. Le printemps est décidément arrivé trop tôt.

Ce n’est pas la même chose qu’en 2004, quand il a fait si chaud dès le mois de mars après la sécheresse de 2003. Les grillons s’étaient réveillés vers le… 15 mars (pour comparer, ils s’y sont mis ici cette semaine). Cette pelouse était déjà pratiquement grillée par le manque d’eau et les grillons s’étaient mis à grignoter méthodiquement le moindre brin d’herbe qui osait pousser, tout ça dans un délire de chant qui était si puissant qu’il produisait une onde sonore qui vous plaquait contre la porte quand vous osiez sortir de chez vous. Moi, ça ne me dérangeait pas, je suis toujours heureux à l’idée de ne pas utiliser la tondeuse.

Bref, cette année, c’est pas si grave mais la sécheresse est bien là, assez perturbante pour exagérer l’avancée du printemps avec des pics de chaleurs vraiment pas normaux. Ce mois d’avril a foutu en l’air tout ce qui était prévu de longue date pendant cet interminable hiver pendant lequel on a eu assez de temps pour rêver aux plantations et décider à l'avance du travail à faire. Mais la nature s’est emballée, peut-être à cause du Gulf Stream qui ne fonctionne plus normalement, il n’y a pas eu du tout de giboulées de mars et pas de pluie en avril non plus. Cela fait longtemps que les seaux en bas des gouttières sont vides et secs, les parisiens sont heureux, pas nous.

Je me rappellerai toujours le regard sombre qu’avait mon père quand il revenait des champs et qu’il pestait parce que ça allait trop vite, parce que les vergers étaient envahis en quelques jours par un parasite quelconque, parce que l’orage avait fait tomber les fleurs, parce que la pluie ne venait pas, parce qu’il fallait aller chercher quelque chose à la coopérative alors qu’il fallait aller labourer tout de suite, parce que c’est comme ça, les plantes n’attendent pas. Il parlait alors de scoumoune pour les grandes catastrophes, mais c’était souvent un énervement passif face au déclenchement de la nature, que les agriculteurs respectent et voient venir, comme les pêcheurs avec la mer.

Chez moi, c’est beaucoup plus terre à terre. Quand il faut finir un livre pour le 30 avril, et je déteste dépasser mes deadlines, le mois le plus important de l’année, en termes de plantations, est foutu. Quand, en plus, j’ai des dizaines et des dizaines de gros pieds de vivaces à diviser et planter moi-même dans les jardins des amis Ray et Chantal, c’est la panique. Chaque jour sans pluie est un risque accru quand on divise et plante, chaque pic de chaleur fragilise un peu plus les jeunes sujets. Lors d’un mois d’avril normal, pluvieux et assez frais, il suffit de diviser la vivace, faire un trou, la planter sans ménagement, tasser la terre, bien arroser et attendre que la pluie fasse le reste, gardant la plante à l’humidité, tassant la terre un peu plus – on est tranquille.

En ce moment, c’est tout le contraire qui se passe. Bien sûr, il fait beau, ce qui a d’énormes avantages aussi. Les fruitiers n’ont pas eu leurs fleurs lessivées par la pluie, tous les insectes butinent et fécondent à mort, pas de gelées dangereuses, les fleurs restent plus longtemps belles, sans agression extérieure et l’on peut désherber au soleil sans vergogne avec du vinaigre dans le pulvérisateur, ce qui grille les mauvaises herbes en un temps record. Les oiseaux et les insectes sont heureux, puisqu’ils n’aiment pas la pluie.

Comme la sécheresse sévit sur les deux tiers du territoire, grosso modo toute la partie ouest et centrale, toute plantation devient risquée. Normalement, on peut toujours pousser les plantations plus tard, tricher un peu, dépasser mai et même juin. Mais là on a un temps de juin en avril et en mars c’était déjà mi-mai. Tout va beaucoup trop vite. La saison des primevères coucous a été hallucinante cette année, les bords de route grouillaient de ces fleurs simples qui sont pratiquement mes préférées du règne végétal (j'en ai des rouges aussi, encore plus belles). Mais les grosses chaleurs ont fait passer les fleurs plus rapidement et, chez moi, je dois arroser mes propres primevères, ce qui est une hérésie. Le rosier le plus précoce chez moi, le Primavera, qui est précisément appelé ainsi parce qu’il fleurit avec la première primevère, avec ce jaune doux et frais qui les caractérise, a encore fleuri plus tôt que les années précédentes (c’est tellement étrange de voir un rosier fleurir en début avril, il faut absolument en avoir un dans tout jardin et le mettre devant une fenêtre, en plein soleil, pour voir ses pétales simples en contre jour. Vous êtes là à faire des spaghettis et tout à coup, vous restez devant la fenêtre, hypnotisé, oubliant que l’eau est en train de bouillir).

Quand un jardin arrive à l’âge adulte comme le mien, beaucoup de choses doivent être divisées. Les vivaces deviennent trop grosses, il faut les partager pour leur donner une deuxième jeunesse, c’est ce qu’elles attendent. Alors, il faut avoir des amis pas loin et remplir leurs jardins naissants de toutes ces vivaces qui ne peuvent rester chez vous car elles sont trop nombreuses. Et quand il s’agit de soulever un gros pied de miscanthus, de le sortir de terre, le diviser à la bèche ou au gros couteau, l’amener chez des amis, faire des trous, planter çà nouveau, arroser, et que vous faites ça avec 30 énormes pieds de centaurées dealbatas, de carex pendula, de marjolaine qui envahit tout chez moi, des euphorbes, des tenuissima, des milliers de muscaris qui se sèment dans le gravier et qu’il faut transbahuter dans la terre, les euphorbes fétides, les anémones Honorine Jobert, les pulmonaires, le fenouil vert et bronze, le pick-up est rempli et il faut planter ça en une après midi, presque en courant, sous le soleil et la chaleur, avec une horloge interne qui dit « Attends, ça va être encore plus dangereux chez Ray avec sa terre qui est de la glaise pure et chez Chantal, c’est sympa aussi puisqu’elle n’a pas encore de tuyau d’arrosage et qu’il faut tout arroser avec le bidon ». C’est maintenant ou à l’automne prochain, il n’y a pas d’alternative, ce n’est pas en juin ou en été que l’on plante, en tout cas pas chez moi.

Vous allez dire, même dans le jardinage, il faut qu’il râle. Mais non. La sécheresse a réduit les nappes sous-terraines, les agriculteurs pompent l’eau comme des branques pour faire lever des semis qui devraient, normalement, germer tous seuls, les arbustes sont en train de réaliser que, mince, ils n’ont plus de réserve d’eau pour leurs racines et les arbres sont hésitants entre l’appréciation de la chaleur et le manque de ressources. Il n’y a vraiment que les animaux à être contents, les papillons sont là, les souris font des bébés partout, les fourmis se croient en Afrique et les oiseaux gueulent comme s’ils avaient pris possession de l’affiche de la Gay Pride, eux aussi.

Et pendant cette course à la montre, car il faut aussi faire tout ce qu’il faut faire à ce moment de l’année: traiter contre les maladies et les pucerons, planter les derniers rosiers, tondre la pelouse, arracher les mauvaises herbes qui deviennent bonkers, couper les miscanthus et les passer au broyeur, nettoyer les allées et le potager, ranger la cabane (pas fait), curer le fossé du bord de la route (pas fait), aller chercher le bois offert par le voisin (pas fait), acheter 800 Kg de gravier pour le chemin (pas fait), déterrer les buis pour les mettre ailleurs (pas fait) et des centaines de boutures (pas faites). Quand on rajoute à ça le livre à finir, les articles pour Minorités, un autre livre à commencer, ma mère qui déménage, je ne me suis même pas attaqué au ménage de printemps. Pour la première fois chez moi, l’intérieur de la maison est plus sale que le jardin. C’est rempli de poussière ici !!!

Parce que c’est ça, un jardin. C’est pas lovey dovey tout le temps. On n’est pas toujours dans la sérénité et le zen et tout ça. Les plantes vous observent passer devant elles alors qu’elles vous attendent, comme un champ d’agriculteur est observé par les voisins agriculteurs qui se moquent parce qu’on n’a pas encore passé la herse pour casser les mottes de terre qui durcissent chaque jour davantage. Il y a un coin de mon jardin où je n’ai pas mis les pieds depuis des mois, ça doit être envahi de serpents. C’est le bordel quoi. Le jardin peut être dans votre esprit comme une idée qui vous nargue. C’est comme certaines fleurs qui ne durent que 5 jours. Votre appareil à photo est juste à côté de la porte d’entrée et vous avez tellement de choses à faire que vous réalisez, chaque soir, que vous n’avez toujours pas pris la photo. Et chaque année, cette fleur n’est pas photographiée car elle a le chic d’apparaître au moment du printemps où vous êtes le plus charrette et guess what, vous n’avez jamais cette photo à regarder en hiver pour vous faire rêver de la belle saison.

Quand on grandit dans un environnement agricole, c’est encore pire car on sait que ce que l’on ne fait pas pour les plantes, c’est de l’argent gagné en moins. Moi ça va, je ne vais pas vendre des fraises que je n’ai pas, mais si on ne change pas un arbuste de place parce qu’il est devenu trop grand ou parce qu’il étouffe et qu’il est assoiffé tout le temps, il peut mourir. Vous avez acheté une plante cher (ou pas), elle est devenue adulte et belle (ou pas), vous l’avez entretenue pendant des années (ou pas) et elle crève. Si vous ne lui trouvez pas un autre endroit pour vivre en avril dernier délai, il ne vous reste qu’à prier pour qu’une catastrophe n’arrive pas avant le mois d’octobre pour la bouger pour de bon dans un meilleur spot.

Alors, vous comprenez, quand vous recevez des messages de folles qui disent « je viens – je viens pas » ou qui vous envoient un message au dernier moment pour vous dire qu’elles ne viennent pas « parce qu’il fait trop beau », c’est un peu comme le connard barebacker qui était venu chez moi il y a 6 ans et qui m’avait dit qu’il y avait « trop de fleurs ». Les gens sont vraiment stupides avec la nature de nos jours. Ils ont perdu le fil.

lundi 28 mars 2011

Deux tendances inévitables



J’ai compris à Joiners que le fait de fumer la pipe était un très bon conversation starter. Dès que Marc et moi avons pénétré dans ce bar / club de l’est de Londres, je me suis senti chez moi, ce qui est loin d’être le cas dans la majorité des endroits gays aujourd’hui. Il était 23h30, on était passé au George & Dragon juste à côté, le pub où tout le monde nous disait d’aller pour commencer une soirée dans le coin. Rien de renversant à part une ambiance sympa, ce qui est déjà très bien, et un mélange agréable d’hypsters, de lesbiennes, de mecs plus âgés à l’aise et une musique mélange de hits des années 80 Electro et de disques plus récents tout aussi Electro 80 joués par des jeunes teenagers qui auraient pu être des trans. On était serrés, la déco était drôle mais n’importe quoi dans le genre kitsch.
Joiners, à 200 mètres, était bien mieux. D’abord c’est plus grand avec de la place pour aller au bar, pleins d’endroits pour se mettre pour regarder ce qui se passe, des toilettes propres et modernes et le truc génial: une petite cour extérieure pour ceux qui veulent prendre l’air ou fumer une cigarette. Il y avait encore peu de gens qui dansaient mais c’était déjà bien rempli, on s’est mis naturellement devant un groupe de mecs funkys dont un barbu brun vraiment joli et souriant qui dansait.

Il y a plein d’endroits comme ça à Londres qui existent depuis des années et qui sont des clubs locaux, sans prétention, qui traversent le temps pour redevenir à la mode à un moment. Joiners me rappelle certains bars et clubs de l’East Village avec des murs laiteux, en tout cas pas sombres, quelques posters au mur qui n’ont rien de spécial mais qui ne font pas mal au yeux, quelques lumières (au plus fort de la soirée, j’ai noté UN spot qui clignotait — à ce stade du rudimentaire, c’est presque classe) et un mix parfait de beaux mecs (blancs, blacks, asiats, clones, bears, hypsters, folles) pas du tout prétentieux du genre « Je suis joli et je vais t’écraser avec mon look surcool », assez peu de filles mais quand même, des hétéros par ci par là, bref de quoi draguer des mecs vraiment bien sans être dans un bar de pré-cul bien lourdingue comme ailleurs.
Tout ceci a l’air très banal mais on sait, à Paris, que même le banal de ce type est rare, avec un personnel sympa, un vestiaire qui va vite et même, youpi, un distributeur de billets dans un coin si on a besoin de liquide. Après être allé aux toilettes, j’ai remarqué un barbu gentil qui me regardait d’une drôle de manière et 10 minutes plus tard, il est venu me voir et on a réalisé qu’on se connaissait depuis des conférences sur le sida des années 90. Il était là avec son mari psy américain juif, joli lui aussi, et ils connaissaient bien, forcément, le joli barbu brun dont je parlais plus haut, qui est espagnol, of course, et qui était au centre d’une bande de mecs tout aussi sympas. Tout à coup, entre la musique et le club qui commençait à prendre forme, on parlait de prévention et de Crystal parce que cet homme était au THT et il était confronté depuis des années à des gays qui lui reprochaient son jugement trop moral sur le cul et la drogue et la capote. On était sur la même longueur d’onde, tout en rigolant de ce qu’on nous faisait subir comme bêtises.

À ce moment, et c’est là où j’arrive au sujet, je me suis dirigé vers la cour extérieure avec l’envie de fumer une pipe. Il n‘y avait pas beaucoup de monde dehors, à la porte une femme noire en gilet de sécurité jaune fluo qui s’assurait que tout se passait bien et que les gens avec des cigarettes ne revenaient pas sur le dancefloor. Flying High de Freeez passait et je n’ai pas pu m’empêcher de souffler de soulagement à un petit black et son copain blanc : « Mmmm, I know this song » en sortant ma pipe et mon tabac. Le temps de sortir le briquet et de me mettre contre le mur pour ne pas déranger, j’ai senti le regard de 15 personnes se tourner vers moi, comme si j’avais un gros masturbateur Tenga Flip Hole à 89,90€ ou que je me faisais un fix devant tout le monde.

Les anglais et Marc sont venus me rejoindre avec des bières, tout le monde parlait comme si on se connaissait depuis longtemps, Marc s’est fait brancher par un beur français magnifique, un des plus beaux de la soirée, grand et smart, qui avait passé deux ans à Berlin et qui se souvenait des articles de Marc. Le psy juif américain avait passé deux ans à Toulouse et c’est la première fois que j’ai entendu un gay américain de me parler, en français, des merveilleux champs de tournesol sur les collines qui entourent Condom, dans le Gers, et des étendues des pins des Landes. L’espagnol nous a rejoint et de près il était encore plus joli et souriant, surtout quand un de ses copains espagnols, qui avait l’air d’être héréro – mais s’il était gay ? Mon dieu, ce serait le phénix des hôtes de ce bois — est venu dire qu’il allait partir. Un skinhead hollandais de 35 ans vivant à Londres est venu me voir pour me parler de ma pipe et, comme tout le monde, m’a dit que ça lui rappelait son grand père qui avait toujours à proximité une allumette pour relancer sa pipe éteinte. Je lui ai dit que c’était tout nouveau pour moi, que je ne fumais plus à cause de mon cœur et que je n’avais pas encore trouvé mes gestes naturels. « I haven’t got my moves yet » et alors il m’a pris la pipe pour me montrer en faisant des poses à la Popeye et j’ai souri en lui disant que non, justement, ce n’était pas ça que je voulais faire. Il faut savoir fumer la pipe sans attirer l’attention et ressembler à un cartoon.

Tout ça a commencé il y a 3 mois quand mon cardiologue m’a dit: « Vous savez, si vous êtes vraiment frustré à l’idée de ne pas fumer, vous pouvez fumer sur une pipe de temps en temps ». Je lui ai dit que j’arrivais très bien à ne pas fumer, ça faisait trois ans, mais que ça avait changé ma relation au jardinage, le fait de finir une journée de bon travail et de ne pas pouvoir regarder le jardin avec une cigarette, comme une récompense ou un plaisir de contemplation. Par exemple, il m’est totalement impossible d’aller à la mer et de passer une après midi sur la plage ou de revenir de la baignade sans fumer une cigarette. La mer, c’est tellement beau que je refuse catégoriquement de m’empêcher de fumer une cigarette ou deux parce que c’est une célébration de cet espace, de tous les souvenirs de ma vie associés à la mer et à l’amour des hommes qui m’ont accompagné et qui sont restés avec moi sur le sable, comme les amoureux le font. En fait, je crois que je ne passe plus de vacances à la mer parce que je redoute inconsciemment de retomber dans le tabac.
Quand il m’a parlé de la pipe, j’ai été surpris et je me suis dit: un cardiologue qui autorise une pipe de temps en temps ? C’est pas possible. Et puis il m’a dit que le tabac des cigarettes était nettement plus nocif que celui de la pipe, ce que je savais, mais j’en suis resté là. Au fil des mois, je me disais que fumer la pipe pourrait contribuer à une autre image de moi-même, plus daddy, plus calme, comme un tatouage dans le cou ou comme le fait de se tenir un Komboloï comme le font les papys grecs ou turcs sur la place du village.
Et puis un jour je suis passé par l’Emmaüs de ma ville et, bien sûr, dans une boite il y avait plein de pipes que personne ne voulait acheter et je me suis dit qu’il valait mieux essayer avec des vieux objets à 1 euro pièce plutôt qu’acheter une pipe toute neuve et réaliser ensuite que ce n’était pas une bonne idée. Je suis revenu à la maison, j’ai démonté les pipes et je les ai nettoyées et désinfectées. La première, droite et simple, était la plus basique. La seconde avait cette courbe old school qui retombe sur le menton, pour essayer aussi.
Et après, j’ai fumé ma première pipe, dans le jardin. J’ai tout de suite retrouvé l’impression de mes 5 ans, quand j’essayais la pipe froide de mon père qui était passé par là avant d’arrêter pour de bon les cigarettes pour ne plus revenir en arrière. Je me suis regardé dans la glace en rentrant dans la maison pour vérifier si j’avais une gueule de vieux schnock ou pas. J’avais acheté le tabac le plus doux. Je suis sorti à nouveau dans le jardin. En effet, le cardio avait raison, la nature avait l’air plus belle encore, comme si la petite fumée qui sortait de la pipe me liait davantage avec le paysage de la fin de l’hiver.


Quand nous sommes partis de Joiners, Marc et moi étions très heureux de notre nuit. Personne ne s’attendait à rencontrer qui que ce soit et tout le monde dans ce club était génial. En traversant le quartier, à trois heures du matin, le George & Dragon était entouré de camions de flics qui disaient à tout le monde de quitter la rue RIGHT NOW comme si une explosion de gaz était imminente, mais les rues étaient envahies de party goers hétéros bourrés, drôles, se jetant sur n’importe quel vendeur de snacks pour faire marcher le système digestif après tant d’alcool et de bières. Tout le monde me dit que l’ecsta disparu de Londres et que tout le monde est revenu à l’alcool, like old times. En passant devant ce qui était avant le LA Bar où j’allais parfois, le grand pub slash club SM slash cuir des années 90, et désormais un club hétéro, il y avait plein de beaux mecs bourracha, Londres quoi. Moi qui ne voulait pas sortir, j’étais très content de cette nuit, malgré le froid. Dans le bus de nuit pris à Old Street, plein de filles qui jacassaient et rigolaient, typique. La nuit à Londres est toujours plus rigolote, même quand il gèle le 31 décembre.
Depuis sur Tumblr, je vois de plus en plus de photos de mecs barbus avec des pipes. Il y a 4 mois, je ne crois pas que j’en voyais autant ou alors je ne faisais pas attention. Hier soir, dans True Grit, Matt Damon fumait une ce ces très belles pipes blanches du Far Ouest. Je n’ai pas encore cherché la pipe que je vais m’acheter pour passer de la pipe Emmaüs à une vraie, mais j’ai toujours aimé ces pipes banches ou beiges. Très Hemingway. Il y a définitivement un revival de la pipe qui va s’étendre aux plus jeunes, c’est gros comme une maison, et je me trouve dans cette tendance grâce à un cardio qui a été assez gentil pour m’offrir, à condition de ne pas le faire souvent, un moyen de me reconnecter avec mon jardin et mes sorties dans les clubs gays.

L’autre tendance irrévocable, c’est celle des initiales sur les chemises. Bon là je m’avance dans un domaine fashion qui n’est pas le mien, mais je ne suis pas la dernière idiote non plus sur ces sujets et je suis capable d’être le premier à découvrir Supreme et Nixon dans les années 90 mais on ne va pas crâner non plus hein. Les tendances, je les vois venir gros comme un pustule de condylome sur l’anus d’une folle pas safe. Il y a 4 ans, dans Cheikh, je racontais que j’avais remarqué une boutique de blasons dans le centre de Saint Malo et je m’étais dit que c’était inévitable. Et pouf, on a vu après des blasons apparaître sur toutes les vestes preppy ou pas, puis déborder sur le streetwear, des logos de Ralf Lauren qui multiplient leur taille par 110%, une hérésie si vous me demandez mon avis. Et là, sur Brick Lane, on voit des dizaines et des dizaines de magasins de fripes dirigés par des anciens babas house, exactement comme Flip à Covent Garden dans les années 80 ou rue Tiquetonne dans les années 90. Le vintage (ce mot !) développe même des marques comme Canterbury de Nouvelle Zélande (qui ne voudrait pas avoir un logo brodé de kiwi ?) qui font des polos de rugby avec tellement de logos et de couleurs que c’est exactement ce que faisait le Sentier en… 1985.
Quand on était petits (il y a très longtemps !), nos mères et nos grand mères brodaient sur nos serviettes, nos gants et nos chemises les initiales de nos noms pour ne pas mélanger les habits des frères et ne pas perdre les survêts à la gym. On n’aimait pas particulièrement ça, on ne nous demandait pas notre avis de toute manière, c’était la France des années 60 quand les habits se gardaient longtemps et que les parents étaient trop heureux de personnaliser les habits pour mieux les posséder, je suppose. Il y avait déjà, à cette époque, un côté vieux jeu et old times dans ces petites languettes avec vos initiales (dans mon cas, DL, ou Down Low pour les intimes) et mes frères et moi n’aimions pas particulièrement ça.
Et puis, il y a 5 ans, quand mon père a vendu sa ferme et qu’il a fallu aider à vider la maison pour trier tout ce qu’il fallait jeter, je suis tombé dans les placards sur un certain nombre de torchons et de petites serviettes au nom de mon frère ainé. Je les ai prises car je les ai trouvées jolies, la broderie de ses initiales était simple et ça m’a attiré.
Ces dessins de lettres se trouvent aujourd’hui dans le tatouage. Et il est évident que l’obsession actuelle pour le logo, la marque, l’estampille, le tampon, le marquage, le branding, tout ce qui peut transformer une chemise toute bête, ça va revenir, c’est obligé. Dans les dernières décennies, seuls les gens très riches qui se font faire des chemises sur mesure chez Charvet continuaient à mettre leurs initiales. C’était vraiment un truc de bourge de la rive gauche. Aujourd’hui, tout le monde va s’y mettre. Vous imaginez un barbu sympa, hypster mais pas dingue, en train de porter une chemise toute simple avec ses initiales brodées en petit sur son cœur avec une pipe en bois de bruyère de Saint-Claude. Pfff, it’s a turn-on assuré. Et quel conversation starter ! Love comes quickly !

samedi 12 mars 2011

Super des pilules!



Cela fait des années que je prends un traitement contre le sida et j’en ai parfois parlé dans le contexte de mes chroniques du Journal du Sida qu’il faudra bien publier un jour et puis là pour m’amuser je me suis mis à faire la liste des impressions qui me passent par la tête tous les soirs quand je prends mes médocs. Ce n’est pas pour se plaindre, je me trouve chanceux de ne jamais être tombé malade à cause du sida depuis 1987 et comme j’ai commencé un traitement en 1990 ou 1991 je crois (à ce stade une année de plus ou de moins, je m’en fous un peu) mais ça fait quand même 20 ans et ça donne un peu une idée de la fatigue sur le long terme, à prendre ses putains de cachets. Je pourrais mettre ici 850 remarques mais à partir d’un moment, ça tourne toujours autour de la même idée : fait chier.
- Fait chier.
- Fait chier mais on peut pas faire autrement.
- Fait chier mais c’est pas très différent d’hier soir.
- De toute façon je les prends tout le temps.
- Mais certains soirs je me permets de ne pas les prendre parce que ça me donne l’impression d’être super wild tu vois.
- Attends il manque la toute petite de Bisoprolol, où elle est c’te pute.
- Alors la soucoupe, je le dis toute de suite mais c’est fondamental ce truc pour encourager la compliance, vous devez avoir une petite soucoupe qui a une valeur affective et je vous assure que ça vous aidera à prendre vos médocs pendant des années. Le truc est simple, soit vous avez un pilulier (pas groovy) soit vous les mettez dans un bol ou une petite coupelle qui vous rappelle un joli moment de votre vie. Moi c’est un truc en métal violet que m’a offert mon mari Jim en 1991. Donc je me dis que si je ne suis pas mort, c’est grâce à cette soucoupe dans laquelle je mets mes médocs tous les soirs et que des gens prennent pour un cendrier et il faut que je leur dise que ce truc est magique et qu’il ne faut pas mettre des mégots dedans.
- Ou des cendres.
- À partir d’un certain stade, vaut mieux pas savoir combien vous prenez de pilules exactement (10 ? 11 ? who cares) parce que c’est déprimant. Sortez-les des blisters et avalez-les, c’est le seul truc qu’on vous demande pour rester vivant.
- Non, vous n’êtes pas une personne incroyablement spéciale parce que vous êtes séropo, il y a des maladies 100 fois plus graves que le sida et au moins vous avez la Sécu donc arrêtez de geindre.
- Des fois je me couche très tard car je retarde inconsciemment le moment où je devrai prendre ces putains de pilules tellement ça me fait chier.
- Le pire, c’est de savoir qu’on est toujours surdosé, les industriels mettent toujours la dose la plus forte pour prévenir les échecs thérapeutiques.
- Le sida ça commence par la trithérapie avec 3 molécules (dont une qui est pas top, je reviendrai là-dessus) mais après c’est toujours more.
- À partir de 10 ans de pilules, on en a déjà très marre.
- À partir de 20 ans de pilules, il y a une sorte de banalité dégoûtante qui peut être le sujet de beaucoup de blagues.
- C’est comme un running joke tous les soirs.
- J’aime pas déballer mes pilules devant tout le monde mais des fois je le fais tellement je m’en branle.
- Tous les 3 mois mon médecin de demande gentiment mais avec une certaine insistance si je ne devrais pas arrêter le somnifère mais je lui dis tous les 3 mois « ça va pas la tête, si j’avais pas cette pilule qui est la seule que je suis content de prendre, alors les autres je ne les prendrais jamais ! C’est le somnifère qui me fait avaler les autres avec ! » Et il sourit.
- Si je compte bien, ça fait 3 appartes et une maison dans lesquels j’ai vécu et dans lesquels on a entendu tous les soirs le petit bruit que font les pilules quand elles tombent dans la soucoupe. C’est comme un exorcisme ou « The Omen ».
- Je n’ai jamais eu de mari qui me préparait les pilules, thank god.
- Des fois on a un boyfriend séropo aussi, on fait des concours super cons comme celui qui sort les pilules le plus vite des blisters. On s’amuse comme on peut.
- Quand tu penses qu’il y a des folles qui ont pensé à un pilulier électronique. Booooo-ring ! C’est vrai qu’à notre époque, on ne peut pas avaler une pilule sans passer par le portable. Bientôt la putain de pilule qui apparaît en fond d’écran sur l’iPad, I can’t wait.
- « Oh toi tu est jolie la super grosse pilule bleue ! ». Quand vous commencez à parler à vos pilules, il est temps de mourir.
- Si votre médecin insiste pour que vous preniez du Sustiva même si vous ne vous rappelez plus l’adresse de votre maison, je suggère une transhumance thérapeutique et changer de médecin qui ne sera pas complètement vendu au Big Brother pharmaceutique.
- Non, avaler votre trithérapie avec deux litres de bières n’est pas une bonne analyse de la situation.
- Un jeu toujours drôle: faire avaler une pilule de votre multithérapie à un ami séronéga ! Quelle bonne blague ! La tête qu’ils font ! Très fun !
- Vous savez que ces pilules sont un miracle de la science, non ? Pas une seule infection opportuniste en 20 ans !
- Bon remarquez je suis cardiaque à cause de ces pilules aussi, c’est vrai.
- Non en fait si je réfléchis bien, je suis devenu cardiaque à cause de quelqu’un donc ça ne compte pas.
- Nan je rigole, c’est les cigarettes.
- Tiens ce soir je vais me faire une petite gâterie, je vais les prendre dans le désordre.
- Tiens ce soir, je vais me faire une petite gâterie, je vais prendre une ecsta à la place.
- Pffff je rigole, j’ai pas pris d’ecsta depuis des années.
- Et ça me manque.
- Le pire c’est quand on part en vacances dans un endroit magnifique qui vous coupe le souffle et qu’il y a toutes ces pilules qui font partie du voyage aussi.
- Je crois que je prends plus de pilules que mon père. Non ça c’est pas possible en fait. En tout cas, je suis sûr que j’en prends plus que ma mère.
- Oh merci d’avoir créé une app pour mon iPhone ! Prendre des pilules ne sera plus jamais pareil ! not
- J’en suis au stade où je connais tellement bien mes médicaments que mon inconscient s’amuse à me faire oublier leurs noms ! So freudien !
- À un moment j’ai pensé à épingler sur le mur tous les blisters vides et puis je me suis dit qu’il valait mieux que ça soit une folle conceptuelle qui fasse ça.
- Genre, ça serait joli en tout cas.
- Quand tu vois tous ces pédés séropos qui font de la musique et y’en a pas un seul qui a fait une (bonne) chanson sur ça. Genre un morceau de house qui s’appellerait The Medication (STD Remix).
- Remarque y’en a pas beaucoup qui ont fait leur coming out et c’est normal, sur FB ils disent tout que ce qui est important c’est l’art et l’artiste mais pas s’il est gay à 80%. Le reste des 20%, on ne sait toujours pas ce que c’est.
- Quand je pense que je me fais cher à avaler ces pilules quand Delanoë dort déjà. Il se couche tôt quand même.
- C’est un peu Chirac sans la bière.
- Le truc qui est incroyablement répétitif avec ces pilules, c’est la répétition.
- Ah tu en veux toi aussi petit chenapan. Ben non tu peux pas, passe ta séroconversion d’abord.
- Je ne crois pas que les mecs de Warning prennent des pilules depuis 20 ans, autrement ils diraient pas la même chose.
- En fait, ces pilules ça forme la jeunesse comme les voyages.
- J’espère que vous n'avez pas pris du vintage Kaletra car ça a beau avoir été la Rolls Royce des antiprotéases il y a quelques années, la carrosserie de la voiture était quand même aspergée de caca tous les jours.
- Même parfois plusieurs fois par jour.
- Mais c’était il y a 10 ans.
- Les mecs de Warning étaient alors tous séronégas.
- Moi dans ma boite à médocs, j’ai gardé le petit bout d’ambre que m’avait ramené Hervé Gauchet de Marrakech et là comme Hervé est mort depuis 3 ans, l’ambre ne sent plus du tout.
- Quand tu penses qu’en Afrique du Sud y’a des blacks qui avalent le Sustiva comme si c’était une drogue hallucinogène. Finalement on va finir par apprendre que la formule moléculaire c’est du MDMA frelaté.
- Chaque soir quand j’avale mes pilules, c’est comme si je gobais un chèque avec pleins d’euros dessus.
- Tous les mois, ce traitement, c’est l’équivalent de mon loyer multiplié par 4.3.
- C’est comme la haute couture mais c’est juste l’industrie pharmaceutique.
- Ah bon c’est pas LVMH qui fait les pilules ? Pourtant ça serait logique comme positionnement industriel.
- C’était pas ces pilules là Galliano mais rappelez-vous : ça coûte la peau du cul quand même !
- Quand tu prenais les premières trithérapies, ça faisait comme une bombe H dans ton estomac. Aujourd’hui tu pètes un coup et c’est tout.
- Bon qu’est-ce que je pourrais faire ce soir pour changer la monotonie ? Avaler les cachets la tête en bas et les pieds en l’air ? Mmmm pas casher.
- Peut-être que si je m’abrutis avec 3 films à la télé et deux séries je serai assez naze pour ne pas remarquer que je prends encore une fois ces putains de pilules.
- Des fois je me dis que je suis en unisson avec plein de folles à travers le monde qui avalent leurs pilules en même temps. Ça fait chaud au cœur.
- Mais non ça n’interfère pas avec les relations sentimentales ! Tu peux passer 4 ans avec ton mec et il sait toujours pas ce que tu prends !
- C’est ma part de mystère à moi.
- T’as gobé ?
- Oui oui on peut aller se coucher. Laisse moi regarder mes mails d’abord.

mardi 8 mars 2011

C'est la France!



Just arrived at Gare du Nord from St Pancras International and you already can see their faces. And English couple with a huge staircase is looking around, obviously lost. Their eyes are widening, they just don’t get it. The man is typically brit and white, the woman is from beautiful Indian origins. They’re stepping in a métro that is full capacity, heading south on Ligne 4 and they can’t make it of the dirt.

You usually see this in a more cruel way when American land in Roissy and they have to take the RER into town. Maybe they fucked up with their destination, this can’t be Paris. The woman manages to sit on a strapontin in a corner, surrounded by pressing bodies, her nose against men’s crotches. At that point, she’s kinda giggling with her boyfriend, trying to laugh at the mayhem that she suspects to be usual. The difference between St Pancras’ cathedral space and beauty is staggering, it’s like they arrived in some third world country without a warning. I smile gently at her, silently trying to show her that I understand her emotional shock, it works on me everytime too.

Looking around, I can see right away that we’re surrounded by beautiful men, challenging my stupid notion that English people are sexier, more up to it, more out there. Here they are, the beautiful black men of my dreams, tall and proud, the young Arab gods with their head shaved and fab streetwear, the laidback bearded students. But their faces are shut down, their minds in far away places, trying to get home after work without falling into some hole of deep depression. The Ligne 4 is still dirty, like nobody has wiped the windows and steel walls for months, if not years. In the stations we pass by, the posters are all about some France that is long gone, Johnny Halliday again at the Stade de France, some naff new musical about Mike Brandt (now THAT was necessary), some concert with Charles Aznavour who is not dead yet I suppose. Sixties pop stars for the 21st Century nightmare. It’s a métro for the ederly, an underground system that doesn’t renew itself because the gay mayor of Paris, Bertrand Delanoë (somebody who was supposed to embody modern times) can’t move a finger to help millions of people who commute in this great capital, the most popular touritic destination in the world. But he keeps on doing nothing and pretends this is not his job, it’s the RATP stupid.
C’est la France.

By the time we reach Chatelet on our way to Montparnasse, the English couple nearby is like all the people around them. Their faces have shut down too. It was supposed to be a climax, a special moment discovering the town of their dreams, the city for which they saved their money for a love trip. Their faces have shut down because they are adults and they know that they have to deal wih it for the moment being, holding hands like when you travel in a rough place and you cling to each other to make it through. More people go in and out, we are now on the Left Bank and it’s not so bad anymore but it’s too late: The Paris effect is full on. They’ll always remember their first encounter with a town that is stuck in bad management, poor architectural insight, catastrophic planning. What used to be the old poetic shabby Richard Avedon Paris is now just a big town with a bad métro, appaling ads on the walls with out of touch typos, visual design for morons, sensory pollution, bad industrial smells and no ventilation whatsoever. The London Tube might be much deeper into the ground but this métro is obviously closer to hell. No escalators, nothing at all for the handicaped, people pushing and shoving in corridors with no rules about who should be stepping on the right or left side, a drama that goes on every single day with nobody saying anything about it. This is the French like they are mocked around the world.

Chances are, the English couple is only crossing town to get on another train at Montparnasse. I get off there too, on my way home to Normandy, and I left my boyfriend at Gare du Nord, unable to face the comedown in Paris after 5 great days in London. I already decided to write this rudimentary post in Franglish on my blog, words are coming to my mind as I step off the Métro and I see the English couple on the side of the platform, letting the crowd pass by. When it comes to that godawful long runway, both running escalators are broken. I’m not lying, this was yesterday evening, you can check. On both sides, it’s a standstill. Maybe it still doesn't work as we speak. This tunnel has cost already millions to get fixed and it still doesn’t work and nobody is saying anything. Millions of people use it every month, cringing their teeth as they are running late to take a train or they just got off a train from a far away town. Everytime, they are on the brink of some Network moment, I am mad as hell and I won’t take it anymore but nothing comes out of their mouths. Like sheep, they mumble some despair and anger but hey, don’t forget Bertrand Delanoë is a socialist mayor, there’s nothing he can do about it, it’s the RATP’s fault you see.

I have long left the English couple with their big red suitcase, I don’t want to see their faces as they have to endure that long runway too, I’m on a survival mode here, earplugs in my ears to shut myself from the noise, carrying on my luggage, desperate to get on any train to get out this city that is no longer mine. See, I’ve been waiting 20 years for this runway to work, we are in 2011 and it’s still a mess. And today, all the French media are all about Marine Le Pen doing 23% in the next presidential elections polls. Oh what a surprise. We didn’t see it coming ! How did we come to this ?

Well, ask the millions who take the métro and RER B every day, honey. It's not all Sarkozy's fault. Ask them what they think of the stinking corridors of Réaumur Sébastopol, a place so dirty you get the feeling the stingy smell is coming from inside the walls. Ask them about the Montparnasse runway. Ask them about riot police in train stations when France hasn’t had a terrorist attack in years and ask them about this police state that is OK with a gay socialist mayor who doesn’t see any problem with it. It’s so much fun facing a machine gun when you wake up in the morning ! Ask them about a socialist mayor that doesn’t do ziltch about Paris when London has the Tate Modern. Ask them about the pain of everyday life when millions of Londoners party in the streets of many up & coming districts like Shoreditch when nothing existed there just a mere decade ago. But I suppose I’m doing my Nick Alexander ranting there.

It’s dead in Paris, utterly dead, each day is 24 hours backwards into more dirt, more old métro lines, more seedy corridors, more fuck all attitude. I just crossed by fingers, hoping that the English couple didn’t stay in Paris after all and took a train south to San Sebastian (I pick this town at the top of my head) when 10 years ago, its new métro system was so new and clever that everytime a new train is coming into the station, the lights all go go down and up again, in such a sweet and beautiful manner, just to help the deaf people, to let them know that safety first, somebody up there has been thinking about them to warn them a train that they can’t hear is coming in this new spacious and modern glass and concrete place. And the Spanish are smiling of course. They actually sing in the métro.

Wait until 2030 to see that – maybe- in Paris.

vendredi 25 février 2011

I love my Tumblr! (2)



There’s a new sensation
A fabulous creation

(Do The StrandRoxy Music )
Arlindo me disait qu’une des règles secrètes de Tumblr consiste à ne pas parler de Tumblr, comme dans Fight Club. C’est très joli sur le papier (comme on dit parce que là on est sur Internet, remember) et ça fait très malin dans le genre marketing de niche hypra sélect, mais c’est impossible de ne pas parler de Tumblr.
Car ça va très vite. Avant les révolutions arabes qui ont lieu en ce moment, Tumblr était surtout un objet de plaisir et de découverte avec beaucoup de sexe et de très belles images d’art. Depuis la Tunisie, l’infime partie des Tumblrmen qui s’intéressent à la politique a commencé à publier des images de manifs ou de docus d’info tirés de Twitter ou ailleurs. Quand je dis l’infime minorité des gays, c’est vraiment le cas. Peu de gays encore sur Twitter comparés aux millions qui vont bientôt arriver et parmi eux les très rares qui ont une conscience politique qui ne se limite pas à la défense des droits LGBT mais qui les oblige à intervenir sur n’importe quel réseau social pour soutenir les peuples arabes en lutte à mort. On est quoi, 5 ou 6 à parler de ça et ça fait du bien.
Le mélange de photos de cul se trouve haché par des images de manifestants blessés ou tués par des dictateurs way out west et ce sang, cette douleur, et cette détermination aussi deviennent un nouvel élément poignant et dramatique de la poésie de Tumblr. Depuis mon dernier post, beaucoup de choses ont évolué et je me dis que si j’avais un iPad, je ne travaillerais plus du tout à cause de Tumblr. Ce truc est tellement addictif. Heureusement que je ne suis jamais allé sur les sites de cul, Tumblr me permet de passer directement à la case suivante.
Une chose me fascine terriblement, c’est le nombre finalement très réduit des personnes que je suis avec assiduité. Je ne cherche pas sans cesse de nouvelles personnes sur ce site (peut-être devrais-je), je me laisse conceptuellement diriger par le hasard. Il y a donc forcément énormément de personnes que je n’ai pas encore découvertes. Mais si on réfléchit bien, nous sommes une petite communauté de 300 à 500 personnes à travers le monde qui communique en ping pong en s’envoyant des photos parfois pour répondre à une même idée. Par exemple, quelqu’un va poster une série de portraits de mecs en train de fumer (un sujet qui a l’air d’exciter beaucoup de mecs, moi compris, c’est toujours un bel effet visuel et érotique) et quelqu’un d’autre va poster tout de suite quelques photos de mecs complètement cassés par des joints. Il y a de plus en plus de dialogues entre Tumblrmen, surtout les très jeunes qui ont beaucoup besoin de communiquer, mais souvent l'échange se fait par le contenu des photos. Si tu postes des images de typos, c’est que tu es dans une humeur un peu précieuse. Si tu mets des images de défilés de mode, je vais pas rester chez toi longtemps. Si tu postes des bites venant de l’espace, c’est pas le même état d’esprit non plus.
Mon point est que nous sommes encore très peu sur Tumblr à essayer de réussir ce mélange équilibré entre photos de beaux mecs, pas gnangnan et pétasses, des vraies images de mecs quoi, des documents d’archives, les GIF qui déchirent, et les messages en texte qui sont le backbone intellectuel de Tumbr. Une manière de créer « la pensée Tumblr » sans la décortiquer. Par exemple, celui-ci résume assez bien ce qu’est Tumblr pour quelqu’un qui ne saurait pas ce que c’est : « Mais maman, c’est pas du porno, c’est Tumblr, c’est de l’art ! »

Oui oui c’est de l’art toutes ces photos bareback où on voit des bites superbes en train d’arroser des culs de sperme, bien sûr, oui oui ben voyons. Mais le déroulé lui-même de Tumblr, ce collage vertical d’images postées par des personnes vivant aux quatre coins du monde, comme un fil d’info de la photographie, comme un Twitter qui parlait à 85% de sexe, c’est un fonctionnement incroyablement conceptuel. Tumblr est la chatroulette de Flickr. Toutes les images porno et les portraits magnifiques de lutteurs Turcs (mais laissez donc entrer ces hommes dans l’Europe ! Je le dis encore une fois !) sont alimentés par des gays obsédés qui passent leurs journées à chercher les plus belles images de Flickr . On passe d’une idée à l’autre, c’est du collage dans le plus grand sens du terme, des associations d’idées et de cut-up, tout ça dans l’art moderne d’aujourd’hui. C’est ce qui impose cette idée du porno en tant qu’art.
Les artistes qui font du visuel n’ont pas encore compris les immenses possibilités de diffusion de leur travail, en France en tout cas. Aux USA, les leaders gays de Tumblr rassemblent déjà des milliers de followers et dans la communauté hétéro, c’est des dizaines de milliers. Et tous sont complètement dans l’idée de découverte. Ils pompent comme des éponges tout ce qui les impressionne. Et je ne parle pas des kids qui ont envahi Tumblr après l’oubli consommé de la laideur MySpace (Myquoi ?). Ici, c’est une nouvelle génération qui nous renvoie les photos qu’ils prennent à longueur de journée et les images qu’ils picorent avec leur regard de teenager. Et le pire, c’est qu’un mec comme moi puisse avoir les même goûts qu’eux et qu’eux puissent s’intéresser, au Chili ou aux USA, à ce qui m’inspire.
Et puis tous ces nouveaux acronymes comme NFSW qui veut dire « heu, les images que je publie ne sont pas très conseillées sur votre écran si vous êtes au boulot » et DTS (down to sleep) qui veut dire « Bon, je suis crevé, ça fait 4 heures que je suis sur Tumblr, je vais me coucher. Mais j’ai mis le réveil pour dans 3 heures et je reviens, promis ».