vendredi 25 février 2011

I love my Tumblr! (2)



There’s a new sensation
A fabulous creation

(Do The StrandRoxy Music )
Arlindo me disait qu’une des règles secrètes de Tumblr consiste à ne pas parler de Tumblr, comme dans Fight Club. C’est très joli sur le papier (comme on dit parce que là on est sur Internet, remember) et ça fait très malin dans le genre marketing de niche hypra sélect, mais c’est impossible de ne pas parler de Tumblr.
Car ça va très vite. Avant les révolutions arabes qui ont lieu en ce moment, Tumblr était surtout un objet de plaisir et de découverte avec beaucoup de sexe et de très belles images d’art. Depuis la Tunisie, l’infime partie des Tumblrmen qui s’intéressent à la politique a commencé à publier des images de manifs ou de docus d’info tirés de Twitter ou ailleurs. Quand je dis l’infime minorité des gays, c’est vraiment le cas. Peu de gays encore sur Twitter comparés aux millions qui vont bientôt arriver et parmi eux les très rares qui ont une conscience politique qui ne se limite pas à la défense des droits LGBT mais qui les oblige à intervenir sur n’importe quel réseau social pour soutenir les peuples arabes en lutte à mort. On est quoi, 5 ou 6 à parler de ça et ça fait du bien.
Le mélange de photos de cul se trouve haché par des images de manifestants blessés ou tués par des dictateurs way out west et ce sang, cette douleur, et cette détermination aussi deviennent un nouvel élément poignant et dramatique de la poésie de Tumblr. Depuis mon dernier post, beaucoup de choses ont évolué et je me dis que si j’avais un iPad, je ne travaillerais plus du tout à cause de Tumblr. Ce truc est tellement addictif. Heureusement que je ne suis jamais allé sur les sites de cul, Tumblr me permet de passer directement à la case suivante.
Une chose me fascine terriblement, c’est le nombre finalement très réduit des personnes que je suis avec assiduité. Je ne cherche pas sans cesse de nouvelles personnes sur ce site (peut-être devrais-je), je me laisse conceptuellement diriger par le hasard. Il y a donc forcément énormément de personnes que je n’ai pas encore découvertes. Mais si on réfléchit bien, nous sommes une petite communauté de 300 à 500 personnes à travers le monde qui communique en ping pong en s’envoyant des photos parfois pour répondre à une même idée. Par exemple, quelqu’un va poster une série de portraits de mecs en train de fumer (un sujet qui a l’air d’exciter beaucoup de mecs, moi compris, c’est toujours un bel effet visuel et érotique) et quelqu’un d’autre va poster tout de suite quelques photos de mecs complètement cassés par des joints. Il y a de plus en plus de dialogues entre Tumblrmen, surtout les très jeunes qui ont beaucoup besoin de communiquer, mais souvent l'échange se fait par le contenu des photos. Si tu postes des images de typos, c’est que tu es dans une humeur un peu précieuse. Si tu mets des images de défilés de mode, je vais pas rester chez toi longtemps. Si tu postes des bites venant de l’espace, c’est pas le même état d’esprit non plus.
Mon point est que nous sommes encore très peu sur Tumblr à essayer de réussir ce mélange équilibré entre photos de beaux mecs, pas gnangnan et pétasses, des vraies images de mecs quoi, des documents d’archives, les GIF qui déchirent, et les messages en texte qui sont le backbone intellectuel de Tumbr. Une manière de créer « la pensée Tumblr » sans la décortiquer. Par exemple, celui-ci résume assez bien ce qu’est Tumblr pour quelqu’un qui ne saurait pas ce que c’est : « Mais maman, c’est pas du porno, c’est Tumblr, c’est de l’art ! »

Oui oui c’est de l’art toutes ces photos bareback où on voit des bites superbes en train d’arroser des culs de sperme, bien sûr, oui oui ben voyons. Mais le déroulé lui-même de Tumblr, ce collage vertical d’images postées par des personnes vivant aux quatre coins du monde, comme un fil d’info de la photographie, comme un Twitter qui parlait à 85% de sexe, c’est un fonctionnement incroyablement conceptuel. Tumblr est la chatroulette de Flickr. Toutes les images porno et les portraits magnifiques de lutteurs Turcs (mais laissez donc entrer ces hommes dans l’Europe ! Je le dis encore une fois !) sont alimentés par des gays obsédés qui passent leurs journées à chercher les plus belles images de Flickr . On passe d’une idée à l’autre, c’est du collage dans le plus grand sens du terme, des associations d’idées et de cut-up, tout ça dans l’art moderne d’aujourd’hui. C’est ce qui impose cette idée du porno en tant qu’art.
Les artistes qui font du visuel n’ont pas encore compris les immenses possibilités de diffusion de leur travail, en France en tout cas. Aux USA, les leaders gays de Tumblr rassemblent déjà des milliers de followers et dans la communauté hétéro, c’est des dizaines de milliers. Et tous sont complètement dans l’idée de découverte. Ils pompent comme des éponges tout ce qui les impressionne. Et je ne parle pas des kids qui ont envahi Tumblr après l’oubli consommé de la laideur MySpace (Myquoi ?). Ici, c’est une nouvelle génération qui nous renvoie les photos qu’ils prennent à longueur de journée et les images qu’ils picorent avec leur regard de teenager. Et le pire, c’est qu’un mec comme moi puisse avoir les même goûts qu’eux et qu’eux puissent s’intéresser, au Chili ou aux USA, à ce qui m’inspire.
Et puis tous ces nouveaux acronymes comme NFSW qui veut dire « heu, les images que je publie ne sont pas très conseillées sur votre écran si vous êtes au boulot » et DTS (down to sleep) qui veut dire « Bon, je suis crevé, ça fait 4 heures que je suis sur Tumblr, je vais me coucher. Mais j’ai mis le réveil pour dans 3 heures et je reviens, promis ».

mercredi 9 février 2011

Catalogué



Je suis déstabilisé par un petit groupe d’amis FB qui s’y connaissent tellement en jardinage et en botanique que je n’ose plus écrire quoi que ce soit désormais car je me goure toujours quelque part sur un détail, sur une plante ou quoi que ce soit. Mais il y a un texte que je voulais écrire depuis quelque temps. C’est sur les catalogues de plantes. Je sais, ça fait sur nous, amis de la nature, le même effet que lorsque vous allez sur le site de Kitsuné : vous avez envie de dépenser l’argent que vous n’avez plus depuis longtemps. En plus, on commande tous nos plantes sur Internet désormais, mais les catalogues de plantes, sur papier, c’est notre doudou à lire au lit le soir avant de se mettre à rêver à toutes ces plantes qu’on aimerait avoir. Il y a un aspect commercial évident, ça peut pousser à faire des folies de dépenses, mais j’arrive à me retenir et je réfléchis beaucoup avant d’acheter quoi que ce soit. En général, je reçois ces catalogues parce que j’ai déjà commandé des plantes chez tel ou tel commerçant. Mais quand je reçois un catalogue par la poste, c’est toujours un jour de fête, un peu comme si c’était un DVD porno.

Je commence par Baumaux parce que Christian s’est moqué de moi récemment car, selon lui, ils ne sont pas assez écolos. Bon, moi je suis pourtant attentif à ça, mais pas vraiment quand ce catalogue a plus de 1000 pages en couleurs, une épaisseur de tranche d’1cm et à peu près 5 trillions de références. Baumaux est LE catalogue qui a accompagné mon arrivée à la campagne et je ne l’oublierai pas. Avant, je n’en pouvais plus de feuilleter cette bible de graines en rêvant de les semer. C’est le supplice des jardiniers qui vivent en ville. J’ai passé les premières années ici à semer comme un dingue, mon massif central est passé par toutes les couleurs d’annuelles, mais au bout de trois ans, je me suis stabilisé avec un mix quasi exclusif de cosmos Versailles Dazzler pourpres (2476) et de cosmos sulphureus Sunny Red (2492). Quand Jean-Luc m’a dit « Ca serait bien de changer un peu, non? c’est la même chose tous les ans » je me suis renfrogné en contre attaquant parce qu’il ne voyait pas que le fait de ressemer ce champ tous les ans, c’était le seul moyen de se débarrasser une fois pour toutes du liseron et des autres mauvaises herbes que je ne voulais plus voir. Ce mix de cosmos, c’était comme si j’étais arrivé à un plateau de qualité et ce mini champ était envahi de milliers d’abeilles et de papillons et de grosses sauterelles vertes et toutes les bêtes qui vont avec, même les belettes et tous les chardonnerets venaient de tous les coins pour manger les graines. Avant, j’avais mélangé tout ça avec plusieurs variétés de coquelicots, de pavots, d’immortelles, d’achillées, de giroflées, de pensées, de violettes, tous les trucs qui se sèment facilement. Alors, quand j’ai eu des problèmes cardiaques en 2008, je me suis dit que c’était fini le champ à retourner et désherber à la main, à arroser l’été, à retourner la terre en hiver. J’ai tout transformé en champ de graminées. Maximum d’effet pour un minimum d’entretien.

Mais ces catalogues ne cessent de proposer de nouvelles graines et de nouveaux tubercules. Il y a une révolution en marche depuis dix ans qui renverse toutes les idées reçues sur les plantes et ces catalogues nous donnent une idée de ce qui est imaginé par les ingénieurs en agronomie, surtout quand on ne va plus, comme moi, dans les festivals du genre Chaumont ou Courson. Je découvre les nouvelles espèces dans mon lit, au chaud.
Pour que ce texte ne fasse pas un livre, voici ce que j’ai trouvé dans le catalogue Beaumaux Printemps 2011. Cette année, je vais recommencer les semis de vivaces pour mes amis Ray et Chantal qui ont besoin de belles plantes qui se débrouillent toutes seules. J’aimerais bien essayer les Eryngium leaven Worthii (1338), Eryngium giganteum Silver Frost (1600) et Eryngium alpinum Suberbum (1602) mais c’est super dur à faire lever ces trucs là, je n’ai réussi bien qu’avec les Planum.
- Isatis Tinctoria (1456) pour les cailloux chez Chantal.
- Mulhenbergia Capillaris (2092) qui est une graminée avec une floraison rose
- Hierochloe Odorata (2072), une graminée avec des fleurs qui sentent la vanille
- Hordeum Jubatum (2108) et bien sur Lagurus Bonny Tails, les plus jolies graminées à pompon
- Ammi visnagra Casablanca (2009) et Anathum graveolens Mariska (2015) pour le champ naturel de Chantal
- Centaurée moschara Suavolens Magnus (2391) jaune citron
- Chrysanthème coronarium Primrose en jaune primevère, de toute manière je suis gaga de toutes les fleures qui ressemblent à des fleurs de camomille comme les Tetra White Wonder (2416) et les achillées ptarmina Pearl (1007) tellement faciles à semer
- Carotte Black Night (2344) woaou, une fleur de carotte lilas mauve.
Toujours des œillets d’Inde tenuifolia Ornament brun rouge (3060) pour le potager mais je rêve de les remplacer par les Red (3051) en rouge acajou plus pétard. Ou alors des roses d’Inde Golden Trumpets (3308), absolument dingo et un tournesol Valentine (3457) jaune clair à disque noir, toujours très facile à semer. Il faut absolument que j’essaye cette reine marguerite Hulk (3244), une sorte de monstruosité verte radioactive, du Réséda pyramidal Machet (3290) ou la versio bio (1950) qui sentent bon l’été et je veux essayer le Teloxys aristata Ecume de mer (3532), une mauvaise graminée qui fait une floraison rougeâtre pour faire sécher.

Baumaux est un bel endroit pour noter les délires de la mode qui font que certaines plantes démodées comme des zinnias vont leur popularité remonter depuis 10 ou 15 ans. Les dahlias, c’est la folie depuis la mode des Bishop of York et Bishop of Leceister. Là il ya des couleurs qui pètent comme Night Buttefly (831), Pink Isa (797), les 3 Lucky Love (766), Lucky Heart (767) et Lucky Stripe (765) (oui, acheter une plante pour son nom !) et je ne parle pas du délirant Smarty (850), une découverte bionique avec des pétales alternés dans le désordre if you please. Les glaïeuls c’est kif kif, il y a encore 5 ans personne n’osait y toucher réellement c’est beauf, maintenant ils ont des couleurs si extrêmes qu’on peut les glisser dans n’importe quel massif pour faire genre comme le Kings Lynn (9916). Bon, les bégonias, j’y arrive toujours pas même si mon frère Lala adore ça et je vois aussi que ça bouge de ce côté. Les lys, j’y arrive pas non plus, uniquement parce que c’est trop cher mais finalement les gros lys monstrueux style Honeymoon (931) sont pas chers (3 pour 6.80€). Les arums, j’y arrive enfin avec Alberville qui a un puits noir funky dans une fleur blanche (9431) et bien sûr cet arum Cornutum mythologique (9486) dont j’ai parlé dans « Cheikh » je crois. Les hémérocalles sont en pleine vogue à nouveau avec, comme les lys, des feuillages panachés qui changent tout comme Golden Zebra (86771) et les coréopsis, c’est tellement beau que je n’en ai jamais planté pourtant Bolero (93443) est woaou ! avec des fleurs rouge bourgogne. Les hostas, j’y suis enfin, après toutes ces années pendant lesquelles je remettais à plus tard et je commence à craquer sur le monstrueux Indépendance (9680) et surtout White Feather (9687) qui est un hosta albinos à mettre dans un coin sombre pour provoquer un double take à chaque fois qu’on passe devant, mais je me demande si mon préféré n’est pas le nouveau War Paint (96826) ou Jurassic Park (96828), monstrueux.

Echinaceas hybrides Meringue (9345) un joli pompon blanc vert, une euphorbe amygdaloïdes Helena’s Blush ( 79086), pourpre marginée de crème. Je saute ici très vite plein de variétés que j’adore comme les œillets et les graminées parce que ça fait mal aux yeux et si je me mets à parler de ça, on va vraiment penser que je suis débile et on retourne le catalogue qui commence dans l’autre sens, the arabe way, pour le potager. Cette année encore, j’ai décidé de sacrifier le potager pour faire des semis de vivaces pour les amis, mais cette partie du catalogue Baumaux est vraiment ce qui rend cette marque unique. Ils vendent des trucs qui n’existent pas en France. Je ne vous décris pas les 800 engrais (OK j’exagère un peu) qu’ils ont, c’est affolant maintenant ils font des engrais spécifiques pour chaque plante, si ça continue il y en aura pour les mauvaises herbes. But what is a mauvaise herbe de nos jours anyway je vous le demande.

J’ai découvert un produit qui s’appelle Mascara (ben voyons) que l’on sulfate sur les plantes avant un gros coup de chaleur en été, ça forme une fine pellicule sur les feuilles qui arrête les UV (98488). Cool ! J’ai vu le meilleur incinérateur de jardin ever (77096) bien que lorsqu’on voit le modèle on se dit qu’on peut le faire soi-même au lieu de dépenser 30,80€ mais quelle bonne idée. Et à partir de la page 270, on pénètre dans le monde des serres en plastoc et tout le matériel qui va avec, c’est hallucinant ce qu’on trouve comme ces sacs en plastic rouge super jolis (77823) pour planter des tomates hors sol (3 pour 20.60€), des radiateurs de serre qui n’existaient qu’en Angleterre et des outils rares comme cette faucille que je n’ai jamais vue pour faucher facilement l’herbe haute (78527) et tellement de mini-serres d’appartement qu’on se demande si Baumaux n’est pas le principal ami des accros à la ganja.

Ensuite on est noyé par les centaines de variés de salades, les légumes de toutes les couleurs et de tous les goûts et je ne reprends mon souffle qu’avec les plantes aromatiques de la fin où là, il y a vraiment plus de choix que partout ailleurs. Plein d’ail différents dont un allium fistulosom bleu (9014), plein de ciboulettes : Toga, Totem, Staro, de lepazotte pour ne pas péter le soir (9104), des poireaux chinois (9205) et toutes les plantes médicinales importantes de l’Orient qui guérissent de tout. Un truc très drôle : la seule plante qui a droit a une page entière est la Steva rebaudiana qui est interdite et le texte vous dit laconiquement pourquoi (9239) et plein de marjolaines, de thyms et de menthes (à ce stade je stabilosse tout et je finis par rien acheter, comme chaque année).

Pour résumer : un catalogue qui fait peur ! Quand on fait la liste des plantes qu’on se promet d’acheter chaque année, on arrive à un total de commande (et pourtant c’est pas cher) qui impose de tout barrer sur la liste pour ne prendre que ce qui est ABSOLUMENT nécessaire pour traverser ce cruel cruel world.

Promesse de fleurs, le nouveau nom du catalogue Schryve, est toujours aussi fascinant. Les plantes sont chères mais il y a toujours des spécimens qu’on ne voit pas ailleurs. Et parfois, j’achète une plante en quantité unique, pour l’essayer, ou pour en récolter les graines et multiplier. C’est un catalogue un peu chabada précieuse mais beaucoup d’idées, avec une maquette très claire aussi, car Baumaux a tellement de références que Christophe Hamaide Pierson m’a dit une fois qu’il n’arrivait pas à trouver les textes qui vont avec l’image, ce qui est VRAI !
Alors, Printemps Eté 2011. La tendance est : les clématites deviennent barges. Pour la première fois, une fleur blanche avec des taches de vert sur Yukiokoshi (681419) et d’autres clématites pour jardinier qu’a gobé comme I’m Lady J (681376) et Dancing Smile (681373) qui donne des fleurs si doubles qu’on dirait un dahlia. Un Echinacea Green Envy (7443). Un géranium vivace Summer Sky double mauve (7455) et un autre que je vois depuis quelques années et que je vais enfin essayer, Splish Splash (7240), trop joli avec des fleurs blanches « éclaboussées de bleu mauve ». Une euphorbe griffithii Fireglow (7297) avec des fleurs oranges « mises en valeur sur un feuillage vert olive teinté de pourpre », un arum vert Goddles en spirale de tournicotis de feuilles.

Jacques Briant. Bah, moquez vous. Oui c’est cheap, mais c’est toujours le meilleur catalogue quand vous voulez acheter une vivace en plusieurs exemplaires pour faire un effet de masse. Au départ, c’est un catalogue de vieux, pour les jardins qui gagnent des prix dans les petites villes de province. Mais ! Parfois vous trouvez des plantes super criardes que les autres n’osent pas vendre et des fleurs que personne ne vous propose. Et les prix sont si bas ici que vous pouvez faire une folie, genre acheter deux bulbes d’arum avec des couleurs psyché comme Picasso (4251) ou Lavender (4516), le genre de truc qui arrache dans un pot mis à un endroit étonnant. Par exemple, moi qui trouve que les lys sont trop chers partout, le très classique Regale (4593) coûte 8.99€ pour 3. Il y a un dahlia à fleur d’orchidée complètement barjo, Honka Surprise (4634) et le plus délire de tous est Funanbule (4638) avec des pétales fuchsia autour d’un centre bombé en nid d’abeille. Une pomme de terre bleue foncée, Bleue d’Artois (4783) et une autre encore violette, Vitelotte (4802). Une clématite de folle, Avant Garde (5457), le summum étant Viennetta (5460) qui ressemble à un paon qui ferait la roue. Et où trouver trois phlox pour 7.45€ ? Trois héleniums Ruby Tuesday pour 8.99€ ? 5 roses trémières doubles pour 8.75€ ? Je vous demande ? Et 2 chardons bleus des Alpes Blue Star (5776) que tout le monde veut pour 6.99€ ? C’mon.

Hortiflor, c’est pareil, un catalogue de prolos avec la fâcheuse tendance à donner des noms chrétiens à toutes les plantes, même celles qui sont connues sous des noms « normaux ». Mais les prix sont les plus bas et ils ont aussi des plantes que les autres n’ont pas. Par exemple, ils ont un géranium vivace Splish Splash (15007) moins cher que chez Schryve, des saxifrages, des asters, des campanules, des scabieuses et beaucoup d’autres plantes nécessaires comme l’énorme centaurée macrocephala (01226) à 2.10€ pièce. À un tel prix, ça vaut le coup d’acheter une plante que l’on ne connaît pas du tout pour voir si elle capable de nous étonner et il y a des sauges dont les graines Nemesa seront faciles à semer aussi. Je ne vais pas rater une nouveauté aussi, un lychnis flos-cuculi Nana (03004), c’est tellement facile à resemer ces trucs ! Et quelle collection de pélargoniums odorants, 31 au total, avec tous des parfums et des formes différentes, et 27 menthes différentes, toutes belles avec des parfums et des formes différentes aussi. Plein de vieux légumes aussi comme le poireau perpétuel (00925), un oignon rocambole (00923), etc.

Je ne parle pas ici de Thierry Denis sur lequel j’ai déjà écrit, mais il y a une chose qui est très intéressante dans The Garden. J’ai des cartons entiers de cette revue que me donne Ray et je suis épaté de voir le niveau de sophistication qu’ont les Anglais quand il s’agit du jardin. Bien sûr, on voit là que c’est une industrie énorme, les publicités nous montrent des outils introuvables ici ou carrément des maisons pour y parquer sa voiture que je vois moi comme de vraies maisons. Mais pour une revue hypra-select, les sujets sont toujours écolos et il y a des débats captivants dans des table rondes avec des experts qui disent des choses que même les écolos ici ne disent pas, avec un contenu très politique. C’est quand même le Journal of the Royal Horticural Society, quoi. More on that later.

PS : oui, OK, je vais vous metre les liens hypertexte pour toutes les références mais j'ai faim là.

dimanche 16 janvier 2011

Si Kafka avait été DJ....


Il y a un mois exactement, j'ai publié ici un texte d'un ami, Yves, qui critiquait la musique qui passait dans les soirées bears. Une grande discussion a suivi, sur FB et ailleurs, et DJ Yohm, qui est un ami aussi, m'a proposé d'écrire une réponse pour expliquer son point de vue. J'ai mis du temps pour le faire, je suis en retard et je m'en excuse. So it goes like this...

Si Kafka avait été DJ...
… Je parie qu’il serait pédé, séropo et voudrait jouer de la musique “pointue” dans des soirées pour Ours (Bears si vous préférez).
“Weg-von-hier', das ist mein Ziel”, vous connaissez?
Cela décrit une situation kafkaïenne qui pourrait être celle que ressentent un certain nombre de DJ’s aujourd’hui, suite à de nombreuses critiques.
Et de se poser la question:

En fait, à quoi sert un DJ?

C’est un vieux débat que nous abordons, nous DJ’s de tous bords, connus ou anonymes, depuis que nous avons commencé à pousser quelques disques près d’une simili piste de danse.
Le DJ est un bâtard. Ni musicien (à l’origine de la création de son statut), ni simple juke-box (ou en tout cas qui tente de faire croire qu’il est plus que cela).
Au départ, il a eu droit à peu d’égards. On ne l’a considéré comme artiste qu’après l’assimilation du phénomène des raves parties et de la house music. Il a fallu en France un Laurent Garnier pour se rendre compte de ce que pouvait offrir un DJ a son public. Et découvrir aussi qu’il pouvait être à son tour musicien.
Pourtant le monde du remix est également son domaine, et cela depuis la disco, donc bien avant les années 90.
Aujourd’hui on est en 2011 et le rôle du DJ est enfin reconnu. Et bien mieux valorisé. On sait qu’il est capable de produire à son tour, d’étonner, de détonner, de mixer le non-miscible, d’oser, de se lâcher, pour le plus grand plaisir soit des oreilles, soit des jambes et parfois des deux.

Mais pourtant voila que des voix s’élèvent à nouveau. Le DJ doit-il avant tout “servir” un public?
Doit-il faire ce que l’on attend de lui? Doit-il plaire à tout prix? Doit-il vendre son âme à l’enfer du “commercial” comme il y a un enfer du politiquement correct....

Il y a plusieurs facettes dans ce que certains considèrent comme un métier, et d’autres comme un passion.
C’est peut-être le grand écart entre ces deux approches qui sème la confusion: il y a les DJ’s qui pratiquent pour (essayer d’) en vivre, et les “amateurs” au sens noble du terme, qui s’adonnent à une passion et aimeraient malgré tout partager cette dite passion.
Vouloir vivre du fait de passer des disques amène à plusieurs réflexions: il y a de l’argent en jeu. La rémunération d’un tel DJ dépend plus ou moins directement de la fréquentation du lieu où il opère, et donc de la satisfaction du public. Il est de facto tenu à une notion de “rendre service”, vision professionnelle que l’on rencontre dans une foultitude d’autres métiers.
Faire plaisir musicalement, c’est un service. C’est faire entendre au public ce qu’il a envie d’entendre à un instant donné. En cela, ces DJs devraient-ils être considérés, presque, comme des employés de service.
Cela ne ressemble-t-il pas à cette profession que l’on nommait un temps, du joli nom, peut-être un peu désuet, de disquaire? Profession qui requiert de grandes qualités d’écoute et d’anticipation des désirs du public.

Pour d’autres DJ’s, c’est la passion qui les anime avant tout, bien avant la nécessité d’une fiche de paye; une passion très personnelle pour la musique et que l’on veut faire découvrir aux autres. Le sens de l’action que mène alors le DJ est plutôt flou, protéiforme, et difficile à saisir.
Il devient délicat de parler de travail, plutôt d’un ouvrage, ou d’une œuvre, au sens premier du terme. Un DJ ne passe pas des morceaux au hasard. Il les sélectionne. Il opère donc un choix. Ce choix est personnel.
Quelles sont les motivations de ces choix? Son unique plaisir? Le plaisir qu’il sait qu’il va procurer aux autres? Sa curiosité musicale? Ses propres goûts qu’il va mettre en avant à travers la musique qu’il aime chez les autres?

Est-ce une artiste raté qui va chercher dans la musique d’autrui celle qu’il n’est hélas par capable de composer lui même? Est-ce un dénicheur de son, car la production musicale actuelle est d’une telle importance que finalement les “sélectionneurs” de musique sont tout aussi importants que ceux qui en créent? Est-ce une assembleur de génie, qui a développé l’art de mettre ensemble, et pour cela a poussé plus ou moins loin une technique, aujourd’hui reconnue, et qui s’adjoint de systèmes électroniques et informatiques toujours plus sophistiqués?
Oui, le DJ est dans tous les cas artisan.

Mais qu’est ce qu’un artisan?
Permettez moi cette citation:
“ Outre la mise en œuvre des procédés qui font l'objet de l'apprentissage, un ouvrage réussi exige de l'artisan quelque chose d'autre, (...) quelque chose qui ne s'apprend pas et qu'en désespoir de cause nous appelons le « tour de main »...”
Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957, p. 42.

Et n’en deviendrait-il pas artiste, en poussant encore plus loin l’appropriation des morceaux qu’il choisi, de telle sorte à entrer dans une quasi composition originale, tant le mix est poussé et l'originalité du choix des morceaux inégalable par rapport à un autre DJ.

Voila le portrait des multiples facettes de ce personnage.

Mais les frontières ne sont pas aussi rigides. Car la question du succès (donc commercial) se pose aussi pour l’artiste.
Il y a des artistes maudits, et d’autres qui sont plein aux as.

Mais qu’attend le public d’un DJ?
Je pense qu’il y a autant de réponses différentes que d’individus différents venus mettre leur pied un jour ou l’autre sur un “dancefloor”.
Du coup, tout débat devient stérile, et tourne vite en rond.
Comme “on ne peut pas plaire à tout le monde”, mieux vaut se poser la question de voir si un DJ est à même de trouver son public....et au public de trouver son DJ.

Un DJ, une soirée, ce n’est pas quelque chose que l’on impose. Ce sont les gens qui vont chercher, comme un film ou un bouquin, leur soirée, leurs DJs.
C’est aussi en cela une démarche similaire au parcours qui nous fait approcher l’art, en général.

Et du choix il y en a. Des endroits différents dans lesquels se produisent des DJ’s différents.
On aime, on n’aime pas. Finalement tout cela ne se discute pas.
L’important c’est d’avoir le choix. Et pour cela il y a les directeurs artistiques, les responsables des différents lieux. C’est à eux à proposer la diversité.
La diversité s’obtient dans la durée.
Chaque soirée a ses spécificités. Chaque DJ, si on le perçoit comme artisan, a son univers musical. Et il vous est simplement proposé de le rencontrer.
Un DJ a une programmation, et des goûts. Ceux-ci sont vite connus.
Aujourd’hui plus qu’hier avec Internet, Facebook, les blogs, etc.... le DJ publie ses playlsits (parfois) et ses mixes, on peut écouter avant de choisir. Le zapping est aisé.

Le DJ, comme tout artiste, propose, le public dispose.
Les directeurs artistiques font leur programmation en fonction de ce qu’ils croient être les goûts de leur public.
Nous espérons seulement que le public ne vient pas dans des soirées ou des concerts par hasard, et qu’il garde une attitude musicale active.
Qu’il soit encore en mesure de trouver l’énergie de se déplacer pour ce qu’il lui plait. Et de développer son propre sens critique; plutôt que d’écouter passivement et avoir l’impression qu’on lui bourre les oreilles, alors que c’est toujours lui qui a la zapette entre les mains.

Larry Kramer écrit


Quand je reçois un message de Kramer, je sais qu'il ne sera repris par personne ici, alors que son bouquin de 1000 pages et plus va enfin sortir dans quelques mois et qu'il serait temps de s'intéresser à nouveau à ce grand homme. Bref, les réjouissances du trentième anniversaire du sida approchent et CNN a consacré une émission sur le sujet par Anderson Cooper. Larry ne figure pas dans le reportage, trop grande gueule, mais a écrit un texte à l'occasion, que je reproduis ici. Très intéressant aussi, son introduction réservée à sa longue liste d'amis, qui explique le contexte de sa contribution sur laquelle je ne suis pas d'accord à 100% mais, hey, c'est Larry Kramer, et n'importe quoi de sa part est supérieur à (.......) remplissez la case.


Note: Anderson Cooper did a special last night (jan. 14, 2011) about 30 years of AIDS. for the most part it was a pretty lackluster and bloodless affair, with the exception of a magnificent appearance by Elton John and a moving one by Mo'nique. The rest of it was pretty much pablum, recycled stuff from eons of too familiar footage, and appearances by people with nothing new or challenging to offer. While the producer spoke to me for hours to pick my brains, he made it plain from the beginning that i was not going to be asked to be on the show because of my outspokenness (and because I threatened jokingly—yeah right—to ask Anderson when he was going to come out and be seen with his boy friend publicly), which, when I heard the cast of who was going to appear, was fine with me. instead, I was invited to write this opinion piece to say what they would not welcome on the show.

What troubled me most about the show was Anderson himself. It was a noble gesture for a reporter, closeted or not, to put on an AIDS special, but did he have to be such a wimp on it himself? Reporters are meant to ask questions, and good questions (Anderson once had a reputation for doing just that; what in the world has happened to him?); the questions Anderson asked were puerile beyond belief. He challenged no one with anything. Ss that what good reporters do? He had America's leading AIDS doctor, Anthony Fauci, on: how could Anderson not challenge him with some of the points that I made below (in a piece Anderson's folks asked me to write for him)? or indeed to raise one single point anywhere else on the show that I write about below.

The most honest part of the program came at the very end when he asked Elton (whom Anderson kept fawningly deferring to as "Sir Elton;" even Elton gave him a look as if to say, enough of that already, boy), if he was positive about the future. Elton, after a long pause, a very long pause, where you could see this great man deciding whether to say what he really thought, which was "no i am not hopeful about the future," mumble some painful words along the lines of "after thirty years we are still here talking about the same things!" and then he too offering up a platitude of hope, disingenuous in the extreme.

One wonders why Anderson put on the show at all. At least he gave me the chance to write this piece. It appears to have had a goodly number of Facebook recommendations (evidently the be-all and end-all of today's pulse taking) along with some thousand of the nastiest, most hateful comments imaginable. I am told this is usually the case with posted comments: the nutcases are ready and waiting to pounce. Still it is always disheartening to see in black and white the visible manifestations of just the hate i speak of in my article below.

larry




AIDS IS A PLAGUE ALLOWED TO HAPPEN
By Larry Kramer, Special to CNN
January 14, 2011 1:20 p.m. EST

Editor's note. Larry Kramer co-founded Gay Men's Health Crisis and founded ACT UP, an activist organization that has campaigned for treatments for HIV/AIDS. His play, "The Normal Heart," about the early years of AIDS and directed by Joel Grey, will be produced on Broadway by Daryl Roth and will star Joe Mantello; it will also be filmed next summer starring Mark Ruffalo and directed by Ryan Murphy. "The American People," his novel about the history of homosexuals in America, will be published by Farrar Straus and Giroux. Kramer, whose partner is David Webster, is HIV+ and the recipient of a liver transplant.


New York City (CNN) -- I want this article to break your heart. But it deals with a subject that has had a tough time of it in the break-everyone's-heart department. I'll bet that a number of you will be more angry at me than sympathetic by the time you finish reading it. If indeed you finish reading it.

From its very beginning, most people have not wanted to know the truths about AIDS. This is an indisputable fact that continues until this very minute. I have been on the front lines since Day 1, so I know what I'm talking about.

Here are 10 realities about AIDS, and I've learned them the hard way:

1. AIDS is a plague -- numerically, statistically and by any definition known to modern public health -- though no one in authority has the guts to call it one.

2. Too many people hate the people that AIDS most affects, gay people and people of color. I do not mean dislike, or feel uncomfortable with. I mean hate. Downright hate. Down and dirty hate.

3. Likewise, both people who don't have sex the way they do (if they have it at all) and people who take drugs in order to feel better in a world that they find wretched are considered two highly expendable populations by the powerful forces that control this world.

4. AIDS was allowed to happen. It is a plague that need not have happened. It is a plague that could have been contained from the very beginning.

5. It is a plague that is not going to go away. It is only going to get worse.

6. There is no cure and the amount of money expended toward finding one is pathetically small, miniscule, puny, and totally indicative of a system and a government and a country and a world that does not want to end this plague.

7. There is no incentive for pharmaceutical companies to find a cure since they are making billions selling, at highly inflated prices, the many anti-viral drugs that those infected must consume -- drugs that only keep us living but still infected just enough to continue to possibly still infect others.

8. Educational campaigns, indeed all attempts at prevention, have been too stupid, useless, lily-livered, and nicey-nicey to accomplish much of anything.

9. There is no one of any use really in charge of this plague, in America or anywhere else in the world -- and it is a worldwide plague by now -- and this lack of decent, responsible and humane leaders has been so since its beginning in 1981. They lie to us. I consider most of those who have been or are in charge as equal to murderers.

10. One out of every five men who have sex with men in America is now HIV-positive, and more than 50% of gay men do not know it. Doctors in Chelsea say the statistics for that New York neighborhood have jumped from one out of five to one out of four. At the rate things are going, almost all gay men in America could be HIV-positive, which a lot of people would really like to see happen.

These are appalling statistics, appalling statements, appalling facts, and yet no one responds to them when I raise them. Why should they? Too many people want too many other people dead, and it is fearful and as we continue to see over and over, often dangerous to confront them.

Governments and bureaucrats and presidents and politicians and the people who run this world lie to people. They tell us HIV is under control. They tell us case numbers are decreasing. They tell us that all is being done that can be done. They tell us HIV is too complicated to eradicate. They tell us gay people and people of color have made more progress than ever before. These are all lies.

We must not believe them. How could we when, in one place or another:
-- They also tell us we can't get legally married.
-- They also tell us that we cannot legally adopt children.
-- They also tell us religions will not recognize us.
-- They also tell us we can't serve our country yet.
-- They also tell us our real history cannot be taught in schools.
-- They also tell us that gay students cannot organize in schools.
-- They also tell us that people who murder us are not committing hate crimes.
-- They also tell us we cannot insure our partners.
-- They also tell us our partners are not legal.
-- They also tell us we cannot have equal opportunities.
-- They also tell us we can't kiss each other or hold each other's hands in public.
-- They also tell us that our Supreme Court doesn't want to know about any of this, doesn't want to make us free and equal, doesn't want to honor the Bill of Rights.

If you want to know why AIDS is a plague, I have just told you why.

I could add a thousand more "they also's." I could expound and expand and add so many facts and figures to the above they'd put you to sleep. I helped start the two major AIDS organizations in America. I have watched almost everyone I once knew die.
For some 30-plus years, I have been trying to tell the world where this plague came from and why, and I will continue to do so until I die, too.

You see, I simply can't get the memories and the ghosts of just about every friend I had out of my life. And since there is no doubt in my mind that this plague of HIV/AIDS that took them from me was and continues to be allowed to happen, I am duty bound to tell this hideous history as best and as fully as I can. It's the least I can do.

That is correct: This plague of HIV/AIDS was intentionally allowed to happen. It still is. Nothing has changed in the intentionality department. Hate has a way of hanging around forever and too often winning out in the end.

vendredi 14 janvier 2011

Archives envy


Ce qui est passionnant quand on publie ses archives sur le net, c’est de regarder en détail le traffic que cela provoque. Il y a des documents qui plaisent et qui font plaisir à tout le monde parce qu’ils s’y retrouvent. Il y a les vieilles photos en noir et blanc des années 80, tout le monde aime ça aussi, c’est innoffensif et ça n’engage à rien. Les articles vieux de 10 ans, déjà ça commence à être compliqué, ce n’est pas assez daté pour être vintage et c’est trop polémique pour être accessible à tous. Les chroniques qui ressemblent à ce que dit le détective dans « True Blood : « Avant ils se moquaient de moi parce que je disais la vérité, maintenant ils se moquent de moi parce que j’avais raison », ça les fait chier.

Et puis, il y a les récentes publications de Magazine. Quand j'ai mis les premières le 31 décembre dernier, il y a eu un intérêt, c’est vrai, mais moins prononcé que ce que j’imaginais. Je n’ai pas pris la mouche, après tout les gens font ce qu’ils veulent et puis les jours qui suivent le réveillon, tout le monde est de mauvais poil et pas très réveillé de toute manière. C’est quand l’interview de Butt sur Magazine a été publiée que le pic des visites a été impressionnant. Soudain, mon site dépassait tous les records précédents, je n’avais jamais vu autant de monde, c’est comme si c’était le premier jour des soldes dans un grand magasin. Le nombre de visiteurs après Butt m’a étonné. Visiblement, les étrangers qui vont sur le site de Butt sont beaucoup plus curieux que les français, pourtant plus directement concernés puisque la majeure partie des textes est en français. Faut dire que ça commence à être drôle: peu de médias gay français intéressés par l’expo Maga et de ces archives alors que Butt en parle, ça commence à être ridicule pour eux, m’enfin…

Tout le monde sait que pour motiver un intérêt durable sur n’importe quel site, il faut le nourrir tous les jours. Ce qui est totalement burdensome et factice de toute manière. On n'est pas la Poste et je n’ai pas envie de devenir slave to my own website après avoir passé 40 ans à être slave to the rhythm. Ma première analyse, c’est que les français sont moins intéressés par l’idée d’archives que les américains (le site de Butt est à New York, pas à Amsterdam). Ce n’est pas parce que les américains ont une population 5 fois supérieure à la nôtre, ils sont sincèrement curieux de découvrir des archives qu’ils ne comprennent pas entièrement mais qui font partie de la culture gay en général. Les français sont intéressés par les archives de Magazine, mais mollo, et c’est leur droit. Par exemple, ils sont très rares à forwarder sur leur site les archives de Maga, à en parler sur FB, Twitter et Tumblr, alors que les américains sont plus enclins à encourager un reblog, un commentaire.

On va encore dire que je privilégie la culture américaine, que je regarde toujours ce qui est positif chez eux et le négatif chez nous. Après tout, les américains ne se sont pas beaucoup mobilisés quand les librairies LGBT ont fermé les unes après les autres. Et la disparition de ces librairies célèbres et symboliques, comme A Different Light à New York et San Francisco, Giovanni’s Room à Philadelphie, accentuent ce phénomène alors que Les Mots à la Bouche de Paris existe encore. Un commentaire intéressant sur un site américain déplorait la fermeture de ces librairies gays et la perte de l’ambiance qu’on y trouvait. Il y avait dans ces endroits un feeling important et chaleureux. Alison Bechdel a fait beaucoup de BD à partir de l'univers des librairies lesbiennes. Pour ma part, à chaque fois que j’allais à New York ou à Londres, je ne pouvais pas concevoir de ne pas aller faire un tour tout de suite à Oscar Wilde Memorial Bookshop ou Gay’s The Word.

Toute cette longue introduction (si vous êtes encore à lire ceci, c’est que vous êtres vraiment une persone curieuse) pour arriver à la description d’un des endroits que j’aime le plus au monde. J’ai souvent exprimé mon amour pour Housing Works, mais je n’ai jamais écrit de texte qui explique pourquoi j’aime tellement cette librairie sur Crosby Street à New York. Housing Works est une association qui a été créée au pire moment du sida. L’idée était simple. Les malades du sida mourraient et laissaient derrière eux des collectons entières de livres et de disques. Au lieu de jeter tout ça à la rue dans la précipitation d’un enterrement souvent problématique, Housing Works proposait de récupérer ces collections et les revendait. Et avec le bénéfice de la vente, l’association aidait les malades en leur offrant des appartements thérapeutiques pour ceux qui n’avaient plus de toit avant de mourir.

Non seulement le concept est unique et totalement généreux, mais surtout: il marchait. Grâce à une éthique et une organisation rigoureuse, les livres et les disques en vente provenaient directement de personnes disparues et on sentait dans ces objets le passé de là personne décédée. Certains livres étaient annotés, certains avaient même des dédicaces des auteurs, certains avaient des dédicaces d’homme gay à homme gay, et puis beaucoup de ces livres possédaient un parfum rare de la culture d’alors. Aujourd’hui, l’essentiel des livres vendus par Housing Works ne provient plus vraiment des personnes décédées par le sida, mais ce sont toujours des lots qui arrivent tous les jours, par cartons entiers, d’un décès, d’un déménagement, d'un divorce, d’un drame quelconque.

Ce n’est pourtant pas le drama qui m’intéresse ici. Housing Works est loin d’être un endroit lugubre. C’est un grand loft, ouvert sur la rue, avec une passerelle circulaire au premier étage, comme une bibliothèque classique, avec des rayons et des rayons de livres présentés par thème. Et ce qui est merveilleux dans cet esprit américain de la passion du livre, c’est qu’il y a un petit bar qui vend des jus de fruits, des cakes et tout ce qui est délicieux et simple dans le cadre d’une recherche de livre. Un autre intérêt non négligeable: dans une ville où il est si difficile de trouver un endroit pour faire pipi ou caca, il y a des toilettes libres toujours propres (avec de très beaux lavabos, fact fans). Donc quand on se promène dans Manhattan, il est toujours judicieux de prévoir un détour par Housing Works pour prendre un verre, se réchauffer (en hiver) et passer au pipi room.

L’ambiance de cet endroit est magique. On peut y rester des heures sans avoir le moindre regard d’interrogation de la part d’un employé. L’humeur est studieuse mais cool, les gens discutent à voix basse. Tout est en bois. Il y a une section LGBT assez renversante, avec des livres anciens et modernes. Il y a des sections historiques et scientifiques, tous les sujets en fait, c’est une sorte de mini-Strand où le prix des livres est affolant: 1 dollars pour un classique, quelques dollars pour un collector. Le seul dilemme est de se demander comment on va ramener tous ces bouquins en France, si lourds dans les bagages à l’aéroport.

Les années passent, tout change, mais dès que j’arrive à New York, Housing Works est toujours une des premières choses que je fais dès le lendemain de mon arrivée. C’est un lucky charm, une manière de commencer le séjour du bon pied, comme aller voir ce que vend la boutique Supreme, juste à côté. C’est un rituel de bienvenue, qui me donne aussi une idée de l’actualité littéraire américaine car dans le lot des livres, beaucoup sont récents. En un clin d’œil, on se met à la page du discours politique du pays. De part son histoire, Housing Works est une boutique gay frienfly, mais qui n’est pas gay en soi. C’est un endroit minoritaire, mixte, des femmes, des noirs, des latins, anything. Je me rappelle qu’un jour, je devais être particulièrement sentimental et quand je suis passé à la caisse, j’ai fait une sorte de déclaration, du genre « Je viens ici à chaque voyage à New York depuis 15 ans et je voulais vous dire que j’adore cet endroit » et le vendeur gay m’avait regardé avec un look détaché, comme si j’étais en plein overshare, et je m’étais senti con, mais je n’avais pas regretté d’avoir dit ce que j’avais sur le cœur. Comme Marvin Gaye quand il avait composé un double album à son ex-femme, « Here My Dear ».

Bref, tout ce texte pour parler d’archives. Internet ferme les librairies les unes après les autres et c’est normal. C’est irréversible, mais il y a dans ces endroits un feeling unique. Après tout, dans 10 ans, je suis persuadé qu’il y aura des livres qui feront l’apologie des premiers Starbucks à Paris, comme celui à côté du Cox à Paris. « Tu te rappelles le Starbucks à côté du Cox ?" diront les jeunes folles d’aujourd’hui, qui y passent des heures à papoter, à parler sur leur portable ou faire whatever the fuck they feel like doing. Donc je ne fais que susciter chez vous l’envie d’aller à Housing Works la prochaine fois que vous irez à New York. N’oubliez pas que ces endroits sont appelés à disparaître, comme la merveilleuse Pop Shop de Keith Haring qui se trouvait à 50 mètres de Housing Works. Il faut respirer l’ambiance de ces endroits avant qu’ils ne soient dispersés par le vent moderne d’aujourd’hui.

dimanche 19 décembre 2010

L'inceste qui fait pshitt


Cette histoire d’inceste présumé dans la famille de Villiers est hallucinante. Quand on lit l’article publié dans Libération du 17 décembre, il y a vraiment de quoi se demander pourquoi cette affaire n’est pas la news politique N°1 du moment. Ce n’est pas que Libération nous apprenne beaucoup de choses, cette histoire est tellement abracadabrante que de nombreux détails ont filtré depuis quelques années et à chaque fois nos yeux se sont écarquillés, la tête a été prise de vertiges, on a tous subi une hypoglycémie soudaine et inexpliquée. Une famille hyper catholique qui se déchire pour des rumeurs de viols répétés, tout ça sous le regard de l’entourage et de la classe politique, normalement ça devrait sonner la fin d’une carrière, la fin du nom et surtout la fin de la marque de Villiers.

Dans n’importe quel pays, les médias et la classe politique auraient soulevé les contradictions entre la parole religieuse et une histoire abjecte (ce que certains ne cessent de dénoncer dans l’Islam, mais je ne sais pas si Caroline Fourrest ou Finkielkraut ont dit quoi que ce soit sur cette affaire de Villiers, étrange). Il y a ici matière à scandale énooorme. Bien sûr, la justice accouche d’un non-lieu. Soit. Mais est-ce que l’annonce de ce non-lieu ne mérite pas davantage en exposition que le simple fait de passer la news dans la file télex des chaines câblées ? Est-ce que cette histoire ne reflète pas ce qui est le pire en France ? Et surtout, quand on voit le retentissement des scandales de pédophilie dans le clergé, dans tous les pays (sauf la France, comme si les curés français ne s’étaient pas amusés avec des petits garçons et des petites filles depuis les années 60), n’y a-t-il pas un seul journaliste pour mener l’enquête à son terme ? Normalement, quand des affaires de ce genre explosent à l’étranger (et c’est courant), les télés montrent toujours la même chose: l’homme politique, père de la famille, s‘excuse devant le portail de la maison, sa femme à ses côtés (furieuse mais silencieuse) et ses enfants (mortifiés). Dans cette affaire, la justice a prononcé un non-lieu, mais cela ne veut pas dire que rien ne s’est passé.

Je me demande: où sont donc passés tous les joyeux laïcards rassemblés par Borloo il y a une semaine qui, normalement devraient dévorer cette affaire, la monter en sauce ? Si on découvrait qu’un homme politique musulman intégriste - ou pas (oui je sais, ça n’existe pas en France) vivait une telle situation dans sa famille, il ne résisterait pas une semaine à la vindicte populaire. La classe politique se détournerait de lui en 24 heures, cet homme se retrouverait isolé, acculé par ses adversaires et par ses alliés qui lui reprocheraient d’attirer la honte sur son camp politique et surtout sur ses convictions religieuses. Or, cela fait plus que 4 ans que cette affaire est rendue publique et tout porte à croire qu’elle va être enterrée. Aimons-nous à ce point de Villiers pour le protéger ainsi ? Que ce soit à droite ou à gauche, n’a-t-il pas assez d’ennemis pour que certains expriment leur dégoût pour cette affaire ? Que faut-il donc faire pour soulever le cœur de la classe politique ? Que pense Ségolène Royal, la voisine de De Villiers ?

Et là je vais aborder le point central. Que les médias et la classe politique ne fassent pas leur travail, on commence à être habitué. Le pays entier est effaré par cette affaire. Mais ces histoires de pédophilie et d’inceste sont toujours mises sur notre dos, à nous, les homosexuels, alors que dans ce cas spécifique, il n’y a pas de gay à des lieues à la ronde. Pendant des siècles et encore aujourd’hui, les homosexuels ont été associés à ces crimes, c’est notre réputation, et nous nous battons sans cesse contre cette association d’idées, cet amalgame comme on dit de nos jours. Dans cette affaire, je le répète, il n’y a pas un seul homosexuel à l’horizon. On est même au cœur d’une famille hétérosexuelle parfaite, féconde, claironnant sans cesse ses valeurs traditionnalistes. Et pas un média gay, pas une seule association LGBT qui ne fasse le lien entre ce scandale étouffé par on ne sait qui et la régularité avec laquelle les groupes cathos traditionnels de droite accusent les homosexuels de pervertir la société, sur ces thèmes précisément. Je suis fier de le dire: dans cette affaire, nous n’avons rien fait. Nous n’avons pas perverti cette famille. De fait, je suis à peu près certain que l’idée homosexuelle a été bannie à des kilomètres du foyer des de Villiers. C’est donc dans la famille la plus « juste » de France, la plus « légitime », par sa « noblesse » même, que le drame a divisé un clan, les parents et les enfants et pire: les enfants entre eux. Se rebeller contre ses parents, c’est finalement normal. Se battre entre frères et sœurs, c’est catastrophique.

Donc, mon conseil. La prochaine fois que vous entendez des hétérosexuels parler de pédophilie, d'inceste, d’impossibilité d’adoption chez les gays ou d’histoires étranges chez les lesbiennes, n’oubliez pas de rappeler ce cas d’école vendéen. Il y a eu non-lieu ? Soit. Mais tout le monde s’est fait sa propre idée. Et elle n’est pas belle du tout. La désaffection politique dont tout le monde parle sans cesse, cette perte de confiance et de respect envers ceux qui ont le pouvoir, elles sont aussi là, très visibles. Et qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on dit ? Rien.

mercredi 15 décembre 2010

La testostérone du jardinage





Une nouvelle machine est en train d’envahir les campagnes. Non, ce n’est pas un des ces tracteurs bulldozer américains de 5 mètres de haut, bourrés de chips et de senseurs électroniques qui labourent et évaluent tout ce qu’il faut savoir sur les demandes de la terre en eau et en engrais, en passant par le satellite s’il vous plait. Ce n’est pas, non plus, la machine miracle qui permettra aux agriculteurs d'arrêter de jeter leur lisier au bord des rivières, juste à côté de la route, comme ça se fait encore partout, rien que pour montrer qu’ils font ce qu’ils veulent et qu’ils vous emmerdent et qu’on n’a pas intérêt de leur dire quoi que ce soit. Cette machine est beaucoup plus humble et elle est déjà au point: c’est l’aspirateur /souffleur de feuilles mortes. Et ça fait un boucan pas possible ce bordel.

Avant, à la campagne, les feuilles n’étaient pas un problème. Les gens ne s’embêtaient pas trop avec ça car il y a des arbres partout et le vent se moque totalement du périmètre de votre jardin (si vous avez un périmètre d’ailleurs). Soit vous laissez les feuilles sur place et elles protègent ce qu’elles recouvrent par temps de gel (et procurent un abri à des milliards de petites bêtes comme les coccinelles donc pas besoin d’acheter ces abris ridicules qu’on essaye de nous fourguer pour faire gentil, moi je veux bien mais 15 euros pour des coccinelles quand on a des tas de bois dehors c’est irréel). Soit vous prenez votre courage à deux mains et vous achetez un des ces râteaux Fiskars magiques qui ont révolutionné la corvée des feuilles mortes : plus larges, plus légers, plus rapides.

Mais les modes citadines sont si puissantes qu’elles envahissent les petits villages et les campagnes. Tous les magasins de bricolage vendent ces machines qui soufflent et aspirent les feuilles mortes en un temps record, certains les transforment même instantanément en mulch. Avec tous les insectes qui sont passés à la broyeuse, on n’arrête pas le progrès. Le problème, c’est que tout le monde s’y met, croyant accompagner ce progrès, et dans certains endroits, le samedi, c’est un concert de tondeuses et de souffleurs.

Je n’ai pas à me plaindre de ça, à la campagne, ça reste encore minoritaire. Après tout, on est à la campagne et chacun fait plus ou moins ce qu’il veut. Mais je commence à entendre ce bruit. Et le son qui accompagnait cette belle période de l’année, le bruit du râteau sur le gravier, le silence des aller – retour de la brouette vers le compost pour y déverser les feuilles mortes, tout ça est désormais sur le point de disparaître. Comme l’automne dure longtemps et que les feuilles des arbres ne cessent de tomber à des moments divers (les chênes étant les derniers à perdre leurs feuilles), ce sont des semaines et des semaines de souffleur qui sont nécessaires pour que le jardin ne supporte plus la moindre petite feuille morte. Une catastrophe écologique, encore provoquée par le commerce.

Un article génial du New Yorker du 25 octobre dernier expose les proportions absolument débiles que prend ce phénomène aux Etats-Unis (et probablement en Angleterre aussi). Le jardinage est une occupation merveilleuse qui nous permet de nous entendre penser. On est là, dans le silence de la nature, à écouter les petits bruits du jardin et la rumeur de l’agriculture au loin. But not anymore. Tous les week-ends désormais, c’est la symphonie des souffleurs de feuilles et des tondeuses qui se répondent de jardins en jardins. Ce bruit est le dernier joujou symbolique de la puissance du jardinier viril. Plus ça fait du bruit et plus il est macho. Les hommes ont leurs jouets et celui-ci fait encore plus de bruit que les autres. C’est un bazooka à feuilles. Le jardinage n‘est plus le moment du silence, c’est celui du jeu. Il y a le coin barbecue pour jouer à la dinette du riche. Une terrasse pour faire le bobo qui agrandit sa maison. Il y a la piscine pour jouer au riche tout court.

Le problème, c’est que ce jouet a des règles et les hommes trichent au jeu. Normalement, l’aspirateur de feuilles vous permet de les amener plus rapidement à la déchèterie ou à votre propre compost (c’est mieux). Mais si vous vous êtes flemmard, vous vous amusez surtout à pousser les feuilles de votre jardin chez le voisin, qui vous renvoie à nouveau vos feuilles avec les siennes et tout ça finit en conflit de voisinage. Ah, ces hommes.
L’article de Tad Friend m’a surtout passionné pour 3 choses. D’abord, je commençais à me demander si je devenais con de penser que cet outil avait été créé par le diable. Je vois que je ne suis pas le seul, thank god. Ensuite, je me posais la question: OK, c’est pas écologique (ça marche à l’essence ces trucs), mais ça serait pas dangereux aussi ? Bingo. En fait, avec les feuilles, ces engins remuent des trillions de particules de tout, de pourriture, de germes, de microbes, d’endotoxines, de composés organiques et des crottes de chien – ou pire. On est en plein Little Britain : « Dust, anyone, dust ? ». Aux USA, ils ont réglé le problème en employant les Latinos pour faire le boulot, comme ça ce sont eux qui avalent toute la merde, et des fois on ne leur donne même pas le masque, le casque antibruit et les lunettes de protection. C’est pas cher payé en plus.
Mais ! Toute cette poussière ne tombe pas seulement sur les Latinos: elle va partout. Elle pénètre dans la maison, elle se dépose sur le potager, bref, le jardin pollue à partir de ses éléments naturels, ce qui est un comble. On remue la poussière et on étend le risque non seulement à son jardin mais aussi à celui des autres, super ! Vous avez de l’asthme, je vais vous aider ! Vous me voyez en train de dire à mon voisin par dessus la haie : « Heu, vous savez que vous êtes en train de m’envoyer des particules de caca de votre chat dont je me passerais bien parce que c’est pas parce que je suis un séropo avec une charge virale indétectable et un système immunitaire vraiment top que j’ai pas envie de me choper une toxoplasmose ou pire encore ». La tête qu’il ferait.

Aux Etats-Unis, il y a déjà des viles qui interdisent l’usage des souffleurs / aspirateurs. 24 dans l’état de Californie. Mais voilà, là-bas, l’état de la pelouse est un signe social très important, c’est quelque chose qui doit être nickel pour appartenir au tissu communautaire. Une pelouse mal entretenue devant la maison et c’est tout le quartier qui vous montre du doigt au supermarché comme si vous aviez pris en otage toute une maternelle avec deux sabres ! Cela me rappelle un article que j’avais lu et découpé (bon je le trouve pas aujourd’hui tant pis et je ne vois pas sur Google) sur les municipalités américaines qui interdisent formellement aux propriétaires de jardins de les laisser un peu sans entretien. Même si les proprios veulent rendre leur jardin plus écolo, laisser quelques mauvaises herbes pour abriter une certaine faune, c’est interdit. Dans le cas des souffleurs / aspirateurs, il sera difficile de créer une culpabilité sur le bruit. La machine de référence, le StihlBR-500, qui ne fait pas beaucoup de bruit, coûte 469$. Mais l’engin juste à côté, qui n’a pas de réduction sonore, est deux fois plus bruyant et il coûte pratiquement pareil (juste 40$ de moins) et il est 33% plus puissant. Les jules jardiniers veulent de la puissance entre les mains. C’est un peu comme si c’était un remplacement phallique, vous voyez ? Le problème du bruit, on verra plus tard. L’article du New Yorker le rappelle très bien : après tout, le bruit est une arme. On a utilisé des chansons de Britney Spears pour faire craquer les prisonniers de Guantànamo.