vendredi 23 avril 2010

didierlestrade.fr


Il y a des articles très amusants d’Alice Rawsthorn dans le New York Times qui se moquent de certains sites Internet arty qui sont si complexes qu’on ne sait pas où aller et, de fait, on s’en va. On se barre. C’est vraiment l’effet inverse de ce qui est recherché. C'est ce qu'elle décrit dans "Web sites, awful and not". Il y a des folles qui ont passé des journées de réunion pour trouver le look et l’esprit d’un site pour une corporate – et les gens se barrent. En général, je suis toujours d’accord avec ce que dit cette journaliste. J’ai même cherché une page FB à son nom, pour devenir fan. C’est tellement rare d’être d’accord à 100% avec ce que dit quelqu’un, surtout dans un sujet qui n’est pas vraiment le mien, le design.

Alice citait le site d’YSL comme l’exemple de référence. Trop compliqué. Dans cet article de 2008, Alice expliquait pourquoi de nombreux sites Internet n’arrivaient pas à satisfaire à la fois l’œil et le cerveau. Elle dénonçait en particulier la typo Georgia, si jolie sur un Mac et très laide sur un PC (c’est l’erreur de ce blog, mais, d’un autre côté, je suis une fille Apple sans scrupules). Elle se moquait de Flash, si populaire dans les années 90 et si ringard aujourd’hui, surtout quand on parle de simplicité (chez Minorités, le débat sur Flash a duré à peu près 4 minutes : Laurent était farouchement contre). Elle ridiculisait les sites dans lesquels il y a trop de choses. Dans les médias gays, c’est caractériel : ça rend les gens encore plus confus. Il faudra d’ailleurs se poser bientôt la question : est-ce que les médias LGBT participent de cette « confusion » culturelle LGBT non pas dans son contenu, mais dans la présentation de ce contenu ?

À un moment récent de notre passé, nous avons basculé dans une surabondance de conceptuel, comme on le voit dans les Tumblr actuels où certains mecs ne s’intéressent qu’à une partie du corps ("Fuck Yeah Beards" est un blog génial). Pour mon site, je voulais faire un truc volontairement simple, avec du bold dans les lettres. J’aurais adoré utiliser des typos plus zarbis, plus années 30, qui me ressemblent, avec des noms super jolis, puisque j’en suis, comme pas mal de monde, à cultiver des plantes non seulement parce qu’elles sont jolies, mais en plus parce qu’elles ont un nom génial.
Mais j’ai forcément essayé de me retenir, encore une fois, en utilisant la typo de Minorités pour rassembler tout ce que je fais sous la même bannière. Il y a de la mémoire sur ce site perso, par forcément nostalgique, qui nous transporte vers des périodes heureuses, même au cours des années sida. Je veux rassembler tout ça aussi dans Minorités, car tout est forcément lié. Je veux montrer que lorsque nous étions très inquiets sur nos vies ou celles de ceux qui nous entouraient, beaucoup de photos montrent des amis souriants. Aujourd’hui, tout le monde se déteste parce qu’on a survécu, mais à l’époque, c’est étrange, tout le monde souriait.

Je n’ai pas beaucoup posté de trucs sur ce blog pendant le mois d'avril car je travaillais sur ce site qui sera ouvert un peu plus tard, ce jour même. Et puis il y a l’expo de Magazine, le livre des chroniques de Libé, il y a le jardin aussi, et ma famille et mon mari et les amis qui viennent le week-end donc j’étais occupé. Je suis content de ce site, on verra comment ça fonctionnera. Ce dernier ne prétend pas être parfait, je le voulais rudimentaire, dans le genre sucré, avec du miel orange foncé dessus. Tout est gros, même la case de recherche. Les photos du site ne sont qu’une partie des nombreux négatifs qui restent à scanner et commenter. Je ne cherche même pas à faire des scans parfaits, ce qui m’intéresse, c’est la photo, le souvenir, ce que ça veut dire.

Certaines photos illustrent des pages spécifiques publiées dans « Kinsey 6 » ou « Act Up, une histoire », comme les Gay Pride, les bals du 13 juillet sur les quais de Tournelle à Paris. Le but de ce site est de partager ses images, des souvenirs musicaux ou politiques qui ont marqué ces trente dernières années.
Pour certains d’entre nous, déjà seniors, même si on est effrayés par l’étendue de ce mot, il est temps de ranger ces souvenirs pour que les plus jeunes, s’ils le veulent, on ne les oblige pas, aient un aperçu de ce qui les a précédé. Il existe une fascination pour ces décennies parce que ce sont elles, en effet, qui ont vu l’essor des minorités à laquelle j’appartiens.

Je suis un nouveau d’Internet. Je me suis battu pendant longtemps contre l’idée d’écrire un blog et je ne fais pas partie des gens qui lisent beaucoup de blogs. Il y a toujours une partie de moi qui considère que l’ordi est un outil de travail et qu’il doit me laisser le temps de sortir dans le jardin quand je veux. Je trouve effrayant, par exemple, les gens qui regardent la télé avec leur ordi. Et ceux qui se branlent devant, c’est encore pire lol. Bref, Internet ne doit pas me détourner du plaisir que j’ai à travailler dehors car je me sens responsable de ce qui m’entoure et l’ordinateur ne doit pas être un obstacle. C’est pourquoi, parfois, je ne réponds pas aux mails, ou je réponds avec du retard. Je préfère réfléchir à ce que je vais dire et je déteste cette obligation de répondre dans l’immédiateté. Je sais que c’est ça, la modernité, le fait de répondre tout de suite, mais je suis contre.

Pourtant, j’ai eu énormément de plaisir à m’engager, avec du retard, sur Internet. Je n’ai pas ressenti un tel plaisir créatif depuis, quoi, l’écriture de mon dernier bouquin. C’est grâce à Facebook et à Internet, après tout, que j’arrive à travailler, à publier un livre et organiser une expo sans avoir de téléphone portable. C’est ça le fond conceptuel de l’affaire : « Voyons si c’est possible de travailler avec des gens sans téléphone portable ». Et ça l’est.

Au fur et à mesure des années, il y a des machines que je n’utilise plus. Le répondeur, par exemple. Pas la peine de me laisser un message, je ne vais pas l’écouter. Vous avez quelque chose à me dire, il y a les mails. Les SMS ? No way. Pourquoi un tel décalage avec le monde moderne ? Je ne sais pas, c’est comme si à 52 ans, j’avais eu assez de conversations téléphoniques. Alors que les mails, j’aime toujours ça. Je trouve que le Facebook du début, en 2007, avait une ambiance vraiment chaleureuse. Cette impression subsiste toujours, FB reste un média sympa, mais à l’époque c’était encore un petit club. On pouvait encore ranger ses amis par ordre de beauté de leurs photos de profil.

Internet me donne envie d’écrire. Je trouve que ce que les gens disent est stimulant. J’aime comment ils s’expriment. Pourtant, je suis contre le chat, je n’ai pas de profil de drague sur les sites de cul et je ne suis pas un dingue de Twitter, sans doute parce que je n’ai pas encore d’iPhone, malgré mes promesses non tenues de l’été dernier. Twitter est génial pour les infos, mais il faut y être tout le temps dessus, et ce n’est pas, encore une fois, ma manière de vivre.
See, je suis convaincu, comme beaucoup de monde, surtout en France d’ailleurs, que l’iPhone introduit des automatismes qui sont à la base de ce qui sera développé plus tard et donc autant s’y mettre tout de suite sinon le retard sera un handicap insurmontable. Mais j’ai envie de pousser l’expérience de la vie sans téléphone jusqu’à la publication de ce livre et la sortie de cette expo, pour voir.
J’aime mon site perso parce que je m’y sens bien. On fait toujours la même chose dans sa vie. On décide à 20 ans qu’on aime les lettres bold et extrabold et on aime ça toute sa vie, sans y réfléchir, en multipliant les variantes. Magazine, Act Up, Têtu, KABP, des typos bold partout. Et le noir sur ce site, autant répondre tout de suite parce que tout le monde me pose la question : c’est parce que je ne veux pas laisser une aussi belle couleur à ceux qui voudraient en faire un symbole de la noirceur.

Je me mets en travers entre cette association entre le noir et le malheur. Après tout, le contenu de ce site, c’est du bonheur. Avec l’âge, on regarde tout ce qui a été douloureux dans le passé avec un regard plus gentil, plus positif. Les garçons sourient sur les photos. Peut-être que le jour de la photo, j’étais triste ou pas bien. Le garçon aussi. Mais le sourire de la photo est ce qui reste, bien longtemps après et on oublie ce qui nous rendait malheureux quand on était jeune.

On regarde ce qu’on a écrit ou ce qu’on a fait, il y a 30 ans comme une kitscherie. Il y a des photos de boyfriends quand je les rencontrais, au moment où j’étais très amoureux d’eux. En fait, so far, la vie a été dure pour moi, mais elle a été heureuse. Je n’ai pas perdu une jambe ou deux, je n’ai pas de maladie super slash super slash super grave. Je ne suis pas mort, pour dire les choses vite. Ce site porte le noir car il est associé à des moments rayonnants. C’est donc à partir de ce noir, sur Internet, que je présente le début de ces archives et j’espère rejoindre ceux qui ont déjà commencé ce travail.

« Write for Impact » disait l’ancien boss du Boston Globe à ses journalistes. Le bold a toujours plus d’impact, c’est presque sous-entendu dans son nom. Être bold, c’est être frontal, ne pas avoir peur de dire ce que l’on pense, c’est être courageux. C’est pas loin de « blunt ». Pour moi, ce site, qui n’est pas complètement terminé, répond à mon idéal de simplicité, mais sans exagérer, après tout je ne suis pas un puriste.
Pour revenir à Alice Rawsthorn, il y a des articles où elle met le doigt sur ce que j’ai toujours pensé. Dans « Mistakes in Typography Grate the Purists », elle décrit une des raisons qui m’a fait quitter Paris. La laideur des enseignes, de toutes ces typos qui s’affrontent sur les deux côtés d’axes maudits comme le boulevard Magenta (great name, awful place). Cette ville est remplie de « gaffes typographiques ». C’est comme quand vous regardez « Mad Men » avec son esthétique sixties parfaite. Ben, la typo du générique de la série a été créée en 1992, c’est-à-dire 40 ans plus tard la narration de l'intrigue. Fail !

On ne demande pas à Paris une uniformisation des typos, comme cela se fait à Amsterdam (bien que je trouve ça génial), juste un self-control visuel. Vous imaginez Delanoë en train de dire à ses commerçants : « Alors voilà, on a défini une dizaine de typos pour vos enseignes et ça serait bien que vous choisissiez parmi elles celles qui vous convient ». Il n’est même pas foutu de mettre des guirlandes de Noël qui veulent dire quelque chose, alors créer une charte graphique pour la ville, faut pas rêver. .

C’est pourtant ce qu’il faudrait faire, j’en suis convaincu.

mercredi 7 avril 2010

Muscari avalanche


Mon ami Ray me ramène toujours des derniers exemplaires de The Garden, la revue de la Royal Horticulture Society, pratiquement le meilleur magazine de jardinage en Europe. C’est très intéressant de voir comment les Anglais abordent le journalisme du jardin. À l’opposé de la France qui favorise des magazines pratiques, qui vous expliquent dans le détail comment il faut jardiner (planter, couper, tailler, traiter), les Britanniques sont beaucoup plus dans une analyse assez intellectuelle de la vie au jardin. Dans Gardens Illustrated, ce sont les images qui sont mises en avant (forcément), tandis que The Garden, c’est surtout du texte, à part la cover qui est toujours très belle. Bloom, pour moi, c’est un objet trop hybride, trop fashion, j’ai jamais accroché. On dirait que c’est un magazine écrit par des gens qui ne vivent pas dehors.

Dans le numéro de mars 2010 de The Garden, par exemple, Helen Yemm revient dans sa chronique sur le délire actuel des raised beds du potager. Ces banquettes surélevées sont le truc à la mode depuis plusieurs années, pour plusieurs raisons. C’est joli, facile à entretenir et à désherber, les légumes sont mis en valeur, il y a de belles bordures en bois qui retiennent la terre, tout est plus facile d’accès, les plantes poussent souvent mieux car elles disposent de plus de profondeur de terre. Bref, c’est plus joli. Dans les deux premiers tiers de son article, Helen Yemm adopte un ton moqueur sur les bobos qui développent « un culte du raised bed ». Pour elle, il s’agit surtout d’un piège de marketing qui vous fait acheter plus de choses pour votre potager : le bois, la terre, les cloches en verre, les lumières et les petites étiquettes sur les légumes, tout le tralala. Et puis c’est toute cette idée de faire un potager de pouffiase, y’a pas d’autre mot, avec une dimension plus petite, avec la nouvelle mode des petits fruits (tout en version minuscule). Le raised bed, c’est finalement l’autel des Incas, là où on met en valeur ce que l’on va sacrifier, ce qui va être mangé. Les laitues sont bien rangées, elles sont si jolies qu’on dirait qu’elles sont retouchées. On a presque envie de ne pas les manger tellement elles sont belles (un truc qui m’arrive chaque année avec les artichauts : une fleur si fascinante que je n’arrive pas à les couper avant pour les manger, tsss tsss). Le raised bed a une telle influence sur le jardinage que les variétés de légumes sont adaptées : des tomates en grappe (forcément), et beaucoup de travail pour une récolte symbolique.
Dans The Garden, il y a des discussions d’experts sur ceci et cela qui sont du plus haut niveau de journalisme. On est toujours les premiers informés si un nouveau parasite est en train d’envahir l’Angleterre avec leur manie ridicule d’importer des fougères géantes en arbre qui sont le meilleur moyen pour accueillir en Europe des bestioles qui viennent de Tasmanie.
Ce qui est génial aussi avec cette revue, mais on trouve ça dans toute la presse de jardin anglaise, c’est le nombre d’encarts publicitaires à la fin. Pas du tout le genre « Dame Irma » qui pullule les dernières pages des magazines gays (did you notice that too ? On dirait que des milliards de pédés sont en train de solliciter sans cesse des voyantes), mais des pubs qui montrent à quel point les Anglais ont réellement plusieurs années d’avance sur nous. Ce n’est pas un délire consumériste que je souligne ici, plutôt les idées derrière les objets. Il y a eu la mode des pubs avec des lutins en fonte (eeek !), des pubs avec des présentoirs pour bains d’oiseaux (don’t !) et là en ce moment, ce sont ces énormes tonneaux à compost qui permettent de tout recycler en un temps record de 3 semaines. Et je ne parle pas des garages en bois hyper spaciaux pour voitures qui sont tellement cosy qu’on pourrait y passer toutes ses vacances.
La semaine dernière, j’ai passé mes plusieurs jours au jardin et j’ai chopé mon premier coup de soleil. Là il y a tellement de travail qu’on a l’impression de courir dans tous les sens. J’ai coupé les graminées, il faut que je les passe les tiges sèches au broyeur (mais en fait j’ai tardé et elles ont pris la pluie donc je les ai mises directement au compost), j’ai taillé les rosiers et les fruitiers, il faut que je les traite et je crois même que je vais badigeonner cette année les troncs avec du blanc, je suis en train de bouger des buis dans un autre coin du jardin pour qu’ils aient d’avantage d’eau et d’air, mais je n’ai pas tondu la pelouse avant mercredi dernier, quand il faisait très beau et donc le jardin sort juste du côté sale de la fin d’hiver.
En deux jours, les jonquilles se sont ouvertes, chez moi comme dans les bois. Dans ma région, il y en a vraiment beaucoup. Je suis en retard dans le jardin car il a fait tellement froid que je n’ai pas eu le courage de sortir. Je dois commencer à me faire vieux, ou alors c’est plutôt mes problèmes cardiaques d’il y a deux ans. En tout cas, je n’ose plus sortir quand il fait froid comme je le faisais, il y a encore avant mes problèmes de cœur. Précédemment, je pouvais passer l’hiver dehors sans trop de problème, et puis il y avait le plaisir de fumer une cigarette dans le froid, c’était agréable.
Le printemps est arrivé en l’espace de quelques jours et il y a beaucoup de vivaces à diviser. Je n’avais pas encore vidé mon compost, ce que je fais d’habitude en janvier ou en février et on vient de le faire ce week-end avec Jean-Yves. La haie qui donne sur le pré des vaches a été nettoyée aussi. Avec la tempête et la neige, certains prunelliers et aubépines penchaient d’une manière qui n’était pas rassurante. On a coupé le bois avec Jean-Christophe et Arlindo et on a fait un feu qui a duré toute la journée du lundi de Pâques
Il faudrait que je fasse venir l'élagueur rouquin super sexy pour réduire les jeunes chênes qui commencent à cacher la vue sur la vallée. Il faut aussi que j’apporte à la déchèterie toutes les cochonneries qui s’amoncèlent dans la cabane en bois et tous ces pots en plastique, je ne peux plus les voir ! Je me suis endormi hier soir en pensant à la maison que vient d’acheter mon amie Chantal à 30 kilomètres de chez moi. Son terrain de 2 hectares est à flanc de colline avec des rochers et des gravas partout. C’est carrément un jardin de caillasse, il suffit de se pencher pour faire un mur on the spot. Un jardin de cailloux, quelle chance elle a, c’est magnifique.

mercredi 3 mars 2010

Gay, ma non troppo


Ce n’est pas vraiment une affirmation gay qui recule, mais c’est presque du sur place. Chaque nouvelle sortie de film gay est systématiquement accompagnée d’une campagne de promotion qui nous assure, justement, que ce n’est pas un film gay. Que ce soit Hollywood ou en France, la gêne du film gay cache une homophobie qu’il serait temps de dénoncer.

Tout le monde parle d’homophobie et pourtant le correcteur d’orthographe de Word, sur mon ordi, me signale toujours que ce mot n’existe pas. Il y a une association LGBT qui peut régler ce problème une bonne fois pour toutes ? C’est le genre de chose qui me fait bouder dans mon coin, exactement comme lorsque je vois des articles sur des films gays qui ne sont surtout pas gays. Lors de la sortie de « I Love You Phillip Morris », Ewan McGregor était interviewé sur Canal où il disait, en substance, que le film était sur un gay et un autre gay, donc ça servait à rien de tourner autour du pot : oui, c’était un film gay. Deux jours plus tard, une brève sur un média gay me rappelait à l’ordre : « Surtout, non, ce n’est pas un film gay ! ». Ensuite sort « A Single Man » de Tom Ford, qui est un film par un designer de mode gay sur un personnage central gay et, wait, nous n’allez pas me croire, c’est tout sauf un film gay. Précédemment, il y avait eu le dernier Chéreau, « Persécution » qui semblait être, selon la bande-annonce, une resucée de « L’Homme blessé » qui n’était pas un film gay en 1983. Et je peux vous faire tout un historique jusqu’à « Milk ».
Je me demande avec qui il faut coucher pour faire un film gay de nos jours. Je comprends très bien qu’une boîte de distribution renonce à définir un film avec l’adjectif gay de peur de réduire son succès en salle. Mais le mythe du film non-gay est surtout promotionné par des journalistes gays dans des médias gays. Il me semble pourtant que le public sait reconnaître tout de suite si un film est gay ou pas. Il suffit de compter le nombre de personnages gays. S’il est supérieur ou égal à 2, c’est un film gay.
Donc, Règle N°1 : un total de 2 personnages homosexuels rend un fim gay, de facto. Cela commence à être fatigant, cette rengaine à chaque fois que sort un film gay. L’industrie cinématographique nous sort le même bullshit qui veut nous faire croire qu’un film gay est réducteur. Ce n’est un pas un genre respectable. Il faut que l’histoire d’amour soit « universelle ». Il y a pourtant une longue liste de films gays qui sont des grands films et cela ne choque personne de dire que « Brokeback Mountain » est un film gay car c’en est un. Résumons le timing. « Brokeback » était annoncé pendant son tournage comme un film gay. À sa sortie, ce n’est plus un film gay. Deux ans après, avec le DVD rentabilisé, c’est un film gay à nouveau. En fait, le seul moment où le film subit un black-out homosexuel, c’est lors de sa promotion.

C’est aussi le rôle du cinéma de nous éduquer et quand il se comporte d’une manière aussi stupide, on a envie de le lui envoyer en pleine gueule. Expliquons ce cheminement : des agents artistiques gays vendent à des attachées de presse gays qui vendent à des médias gays l’idée selon laquelle le réalisateur du film gay n’aurait surtout pas fait un film gay. On peut couper le fil de cette chaîne corporatiste à un moment ? Il n’y en a pas un qui aurait le courage de se retourner vers son interlocuteur précédent pour lui dire : « Attends, c’est un film gay ! Si on ne dit pas que ce film est gay, on va le dire quand ? On devrait être fiers ! ».
Sur Canal, les interviews de Laurent Weil tombent presque toujours dans le même panneau : à chaque fois qu’un film gay-non-gay est en promo, on dirait que l’interview se dirige irrésistiblement vers ce moment éculé et catastrophique quand il demande à l’acteur hétéro qui a joué le gay : « Et comment ça a été pour vous d’embrasser un gay ? » À ce moment, votre tête tombe sur le sol, roule jusque sous la télé, là où se cachent les moutons de poussière. Dans le genre. Duh. La honte.

En tant que militant gay, je crois que c’est un des trucs les plus tristes de ma vie. En 2010, voir qu’on en est encore à poser des questions connes de ce genre, comme dans les médias gays qui demandent aux stars hétéros qui font leur promo (ils ont toujours quelque chose à vendre) quelles sont leurs impressions sur le monde LGBT. Les conseillers en communication (gays) s’arrachent les cheveux pour trouver des variantes au désormais célèbre : « Mon public gay et le meilleur et j’ai failli faire une fellation à un ami en terminale C ».
Ce processus d’affirmation de l’identité à rebours est une idée qui semble satisfaire le plus grand nombre. Les gays se sentent valorisés quand ils sont aimés à ce point par des célébrités qui n’ont rien à leur dire à part des banalités. Les célébrités sont heureuses de disposer de couvertures médiatiques si captives. Les médias sont heureux de perpétuer les clichés qu’ils avaient eux-mêmes abandonné un certain temps, « parce que c’est trop con ». Tout le monde est content puisqu’il n’y a pas de conflit.

Où est alors le problème ? Intuitivement, je sais que la majorité des gays ont les yeux qui montent au ciel quand ils voient ressortir cette histoire du film gay qui n’est surtout pas un film gay. Ils en ont marre que l’on leur répète ces bêtises. Changez de disque. Parlez du film, ou de l’histoire ou de n’importe quoi for all I care, mais arrêtez de poser des questions stupides qui perpétuent un besoin d’approbation débile avec dessus un vernis de politiquement correct. On en a marre d’entendre les gens dire que c’est un film gay comme si c’était la pire chose qui puisse arriver à un film. Car c’est bien connu, si un film gay est considéré comme tel, c’est qu’il a échoué en tant que grand film.

Il y a trois mois, le blog de Philippe Colomb sur Yagg mettait le doigt sur un sujet très intéressant. Selon lui, certains combats LGBT ont du mal à avancer, comme le mariage ou l’adoption, parce que, finalement, à travers le monde, les associations LGBT sont peu nombreuses, ne disposent pas de moyens conséquents et donc ne peuvent pas se permettre de constituer un lobby très important.
Il y a du vrai car si on regarde le nombre de gays à Washington, il n’y en a pas autant que ça. En tout cas, ils sont au même niveau que les lobbyistes écolos qui sont beaucoup moins nombreux que les lobbyistes pro-pétrole, pro-armement, pro-agriculture, etc.
Mais je ne partage pas ce constat d’humilité envers l’ampleur du tissu international LGBT. D’abord parce que ces associations rassemblent des milliers de personnes. Derrière elles toutes celles qui sont engagées dans le sida et il y en a beaucoup, avec beaucoup d’influence. Enfin, nous nous trouvons dans un sujet éminemment culturel et politique. Et là, ce sont des milliers de gays qui ont du pouvoir et qui ne l’utilisent pas. Faisons le calcul. Un ministère de la culture rempli de gays. Des assistants parlementaires gays très nombreux (ils n’ont pas de famille, ils peuvent travailler non stop). Des médias où les gays sont très nombreux. Des milliers de gays dans l’administration. Encore plus de gays dans les magasins qui vous conseillent pour ceci et pour cela, qui vous disent littéralement ce qu’il faut acheter. Des milliers de gays qui sont les premiers à savoir ce qui est groovy et ce qui est intéressant à Doha, Singapour, Tokyo et Brooklyn. Des milliers de décorateurs, de stylistes, de designers, de créateurs de tendance, d’écrivains qui reviennent de Reims ou de cinéastes qui adorent François Sagat ou qui dirigent des théâtres dans le 6ème arrondissent.
Cela fait beaucoup de monde. Et si toutes ces folles ne s’arrangent pas pour qu’on ait le mariage gay, que l’on s’arrange, au moins, à minima, pour qu’on arrête de nous dire que « A Single Man » n’est pas un film gay. Basta avec ces conneries.

mardi 16 février 2010

Give me the spoon!


Il y a quelques jours, je lisais le journal dans mon lit, tranquille à minuit, quand j’ai entendu un petit frottement sur le mur extérieur qui donne sur la fenêtre de ma chambre. Sous le toit, il y a ce petit trou que j’ai bouché car c’était l’ancienne porte d’entrée préférée de la fouine pour aller au grenier de la maison. Maintenant, elle préfère passer par l’autre côté de la maison. Bref, je savais que la fouine était là, sur le rebord de la fenêtre, comme elle le fait parfois quand elle fait la ronde autour de la maison, à regarder si tout est OK pour elle (« C’est OK pour moi !) et, au passage, laisser une trace comme une jolie toute petite crotte effilée.
Je me suis levé et j’ai lentement ouvert les rideaux de la fenêtre et elle était là, de l’autre côté, à me regarder avec son joli visage, ses yeux très expressifs du genre « Mais qu’est-ce que tu me veux, toi ? ». Ça n’a duré qu’une seconde, elle s’est échappée tout de suite, mais j’ai bien vu sa frimousse et cette jolie queue touffue en partant. C’est comme une belette, en plus gros et brun. Avant de disparaître en bas des marches de l’escalier extérieur, elle s’est même retournée pour me regarder. The cheek of it.
Les fouines ne sont pas très effrayées par l’homme, c’est pour ça qu’avant, sur les toits, il y avait souvent des fouines en céramique qui étaient posées sur les tuiles, comme pour rappeler leur présence. Le couple qui vit dans mon grenier se comporte assez bien. Quand j’étais petit, il y en avait dans le grenier de la maison à la ferme et elles faisaient un boucan pas possible. Elles étaient très mal élevées. Celles-ci sont correctes. Des fois, ils elles s’amusent trop, il suffit de taper sur le plafond et elles se calment.

Quand j’ai raconté cette histoire à mon mari, ce week-end, alors qu’il s’endormait déjà dans le lit, il s’en foutait complètement. D’abord il n’aime pas ces histoires de fouines et de nature en général et moi je faisais exprès de lui raconter la fouine dans tous ses détails, à voix basse, dans son oreille, comme pour l’énerver quoi. Si j’avais pu remonter à la symbolique de la fouine chez les Etrusques, je l’aurais fait. C’était drôle. J’étais juste en train de l’énerver alors qu’il voulait dormir.
Les gens se demandent quel est le type de relation que nous avons, Marc et moi, alors que c’est très simple. Il a 28 ans et moi 52, ça roule plutôt bien. Pour répondre rapidement à la question sans que ça soit trop indiscret pour lui comme pour moi, disons que nous avons de très bonnes discussions politiques, ce qui est génial quand votre mec est plus jeune et qu’il est bourré de données et d’infos que je n’ai pas. It’s a greek thing, too.
Et puis, on communique beaucoup pendant que l’on… dort. Marc est le roi du spooning et je passe mes nuits collées à lui. J’ai pourtant passé ma vie à refuser ça à mes autres maris. Surtout, je n’y arrivais pas. Même quand j’étais très amoureux, c’était impossible de m’endormir dans les bras du mec avec qui j’étais. J’étais trop excité quoi ! Et surtout, pour dormir bien, j’avais besoin d’être peinard dans mon lit, dans mon côté. Et puis, ça va, on est des mecs, chacun se débrouille dans son coin.
Donc je me demande ce qui fait qu’avec l’âge, j’ai développé cette affection pour le fait dormir collé et pourquoi j’apprécie cette communication nocturne, quand on change de position, quand on caresse sans être conscient de ce qu’on fait, tous ces murmures que l’on exprime pendant le sommeil. Il y a bien sûr des hommes qui donnent vraiment envie de les tenir toute la nuit. Laurent Chambon m’a encore envoyé une photo d’un mec tellement beau que c’est le genre de type que l’on tient toute la nuit pendant 20 ans sans pouvoir s’en lasser. D’ailleurs, Laurent me disait ce matin que ce mec a tellement de succès sur tumblr qu’il est en train de devenir une célébrité du net sans même le savoir.
Bien sûr, en étant plus âgé, je sais que ce spooning est la preuve nocturne que j’ai quelqu’un dans ma vie. Mais ça tient surtout à des trucs morphologiques minuscules, comme le fait de sentir que ces deux corps sont proportionnés et se complètent naturellement.
Je crois que je fais partie de ces gays pour qui l’idée du masculin est très très importante. J’ai passé ma vie à penser à ça, à ce que ça veut dire, pourquoi c’est important pour moi, à faire des listes sur les physiques et l’attitude. Il y a des gens qui expriment ça par leur activité sexuelle, par le sport, par plein de trucs comme les voyages ou la lecture ou le chat sur Internet, moi je le fais maintenant à travers l’image et le porno. J’ai toujours mis des images d’hommes sur mes murs. Mon rêve, ça serait de le faire d’une manière vraiment importante et recouvrir tous les murs de ma maison de photos d’hommes, comme ce qu’on voit sur les murs des serial killers dans les films. J’adore cette idée, mais, bon, c’est impossible quoi. Pour moi, il n’y a rien de plus poétique qu’un mur recouvert d’images épinglées qui se chevauchent un peu comme un collage que l’on pourrait défaire et changer selon son humeur, faire des coins avec plusieurs photos d’un homme selon les époques de sa vie et qui s’épaissirait au fur et à mesure des photos rajoutées avec d’autres hommes, d’autres stars de cinéma, d’autres sportifs, d’autres hommes, tout simplement. Ça serait l’équivalent de la pièce de Barbe Bleue, mais sur toute une maison.
Bien sûr, je ne le fais pas parce que je ne suis pas Van Gogh et je ne suis pas taré à ce point et ce serait vraiment trop long à expliquer à chaque fois que le mec de FedEx viendrait apporter un paquet et je ne parle pas du facteur ou des pompiers en décembre pour le calendrier.
Mais j’ai toujours aimé ces jardiniers fous qui finissent par transformer leur terrain en délire personnel. Il y en avait un à côté de la maison des parents de Jean-Luc dans l’Eure et sa cour était recouverte de bric à brac et de sculptures en bois peintes en bleu blanc rouge sur des socles en ciment. On l’adorait. À chaque fois qu’on passait devant, on se demandait s’il avait fait un nouveau truc. Et puis la dernière fois que j’y suis allé, sa maison avait été rasée pour en construire une autre. Banale.
J’aurais pu être le Facteur Cheval pédé des photos de mecs lol. Il y aurait même eu un post sur un site de nerds où j’expliquerais que ce côté du mur de la cuisine est composé de photo des mecs des années 90 trouvées sur Flickr et que ce coin était rose, ben parce qu’il y avait beaucoup de photos de Butt. J’aurais fait aussi un lien intellectuel avec les livres de Quentin Crisp qui expliquait qu’il ne faisait plus le ménage chez lui parce qu’à partir d’une certaine épaisseur de poussière, les choses s’équilibraient. Heureusement, je ne l’ai pas fait.
Donc toutes ces images, on les fait glisser mentalement dans l’air comme dans les meilleures scènes de « Merlin l’Enchanteur » pour les réduire au maximum et on les met dans un coin de son esprit pour ne pas avoir l’air trop débile et on les ressort inconsciemment quand on tient son mari et qu’on s’endort en considérant qu’il représente tous ces hommes – même si c’est pas vrai. "Penser à des choses agréables", c'est que je lui dis toujours quand il faut chercher le sommeil.

jeudi 4 février 2010

Dehors


J’ai noté ça dans un des derniers Indiana Jones. À un moment, un personnage se tourne vers Harrison Ford et lui dit : « Beliefs, Dr Jones, is a gift that you have left to receive ».

C’est fait, la pleine lune du dernier week-end a changé le sens des nuages et du vent. Depuis hier, il fait meilleur. C’est peut-être la fin du pire de l’hiver. Si vous avez tenu jusque-là sans vous pendre, il y a une chance pour que vous surviviez.
La fin janvier, le début février, c’est le moment de l’année qui fragilise le plus le moindre espoir, ou les rares certitudes qu’il nous reste. Dans le jardin, par exemple, pendant ces quelques semaines du début janvier, il y a tant de choses à faire, mais le froid est toujours trop puissant, surtout la nuit, qu’il faut faire très attention à ne pas faire trop de conneries. Et certains jours, même avec des gants, il fait vraiment trop froid. Il y a du vent, de la pluie, du givre. La terre est détrempée, faut pas trop y toucher. On peut planter des arbustes à racines nues qui se débrouillent toujours, mais tout le reste… Un seul gros coup de gel et la plante grille sur place.
On passe alors son temps à regarder par la fenêtre et faire des listes mentales : il faut faire ceci, cela. Et il faut être patient car, pour l’instant, c’est impossible. Trop froid pour monter dans les arbres pour élaguer. Trop tôt pour planter des vivaces ou les changer de place. Trop humide pour traiter les fruitiers. Trop glauque pour se promener. Pour beaucoup, c’est le moment anti-jardin, il faut laisser les plantes se débrouiller toutes seules pour évaluer leur résistance. Je sais qu’il existe des gens gentils qui emmitouflent leurs plantes, leurs potées et leurs sculptures. Moi je trouve qu’elles doivent se démerder toutes seules et surtout je trouve ça trop laid, ces voiles d’hivernage.
C’est pas comme si j’étais janséniste et que j’attendais que le Léviathan s’abatte sur mon jardin. À part les artichauts et les fushias, je ne protège pas beaucoup mon jardin. Je choisis des plantes résistantes comme je choisis mes amis, un peu solides. Il y a plein de plantes délicates que j’aimerais avoir, mais quand je lis qu’elles ont besoin de ceci et de cela, qu’elles sont chichiteuses pendant l’été et qu’il faut les surveiller pendant l’hiver, c’est vite décidé.
Dans le catalogue de Thierry Denis, c’est même un trait recherché. Comme ce pépiniériste est dans le Morvan où il fait parfois très froid en hiver et très chaud en été, les plantes qui savent résister sont celles qui ont du succès.
Ce qui m’amuse, c’est de voir comment on évolue au jardin. Je le vois avec les amis qui s’installent eux aussi pas loin de chez moi. Dès qu’on arrive à la campagne, les premières plantes choisies ont toujours une floraison blanche. Je l’ai remarqué chez les amis, gays ou pas, hommes ou femmes. Quand on leur demande ce qu’ils vont planter, ils ont tous des envies de blanc. Au moins, on est sûr de ne pas se tromper. Ils rêvent tous de bouquets blancs. Moi-même, la première année, je n’ai choisi que des rosiers lianes blancs, des seringats, des anémones Honorine Jobert, des hortensias paniculata, tous les clichés quoi !
Et puis, trois ans après être parti de Paris, on se met à regarder les catalogues en plissant des yeux. Avant, on passait vite devant ces pages avec des fleurs qui arrachent, les plantes cheap des catalogues comme Jacques Briant. Et puis tout d’un coup, on se met à penser : « Attends, ces fushias de grand mère complètement bioniques, ils sont drôles ! ». Ou alors « Ces rosiers pète feu comme American Pillar, c’est pas mal ! ». Et « Ces rudbeckias avec une couleur atomique, ça change ! ». Et c’est là qu’on se met à tenter un truc complètement dingue comme la reine-marguerite « Hulk », le résultat d’un chercheur botanique qui a trop bu, dans le genre « L’île du docteur Moreau », mais version Dr Folamour. En fait, il suffit de regarder tout ce qui est laid dans le jardinage pour se dire qu’il y a forcément un cultivar qui rachète l’espèce (pas les forsythias quand même).
Par exemple, je déteste les bégonias, mais Lala les adore et je sais que certains sont beaux. Les arums, les fleurs des curés ! Ben non, il y en a maintenant qui sont absolument far out, violet foncés ou pourpre presque noir. Les glaïeuls : catastrophe des sixties ! ben il en a qui sont verts fluos !

Donc, pour en revenir à Harrison Ford (y'en a qui suivent pas, là), on pourrait dire que c’est le pire moment du jardinage dans l’année. Ceux qui ont la chance d’avoir un hangar ou un abri peuvent bricoler à l’intérieur, faire du rangement, réviser les outils, tout ça. Mais mon abri à moi prend l’eau et quand il fait froid, ce n’est pas vraiment un endroit où j’aime trop aller. De toute manière, j’appelle cette partie du jardin le « coin du forcené ». Mon but, c’est que ça ressemble à la tanière du serial killer dans « Le silence des agneaux ».
Comme on ne peut rien faire, c’est le seul moment de l’année pendant lequel on regarde son jardin avec l’impossibilité d’intervenir. On est interdit parce que ce n’est pas le bon moment, surtout avec cet hiver froid actuel. Ce qui est génial, c’est que le jardin est beaucoup plus clair en ce moment qu’en été. La moindre branche qui ne va pas, elle saute à la figure. Toute la charpente des arbres et des arbustes est transparente. On voit l’arbre dans toute sa grandeur car il ne se cache pas derrière les feuilles. On voit mieux les pousses de l’année, avec leurs tiges qui passent leur premier hiver. On voit les branches qui ont souffert du vent et de la neige et l’on sait exactement là où il faut couper pour rééquilibrer l’arbre.
Quand je vais chercher le courrier, vers 13 heures, je traverse le jardin pour aller au bout du chemin. Sans crâner, je peux vous dire que c’est plus agréable que d’aller en bas de l’immeuble, je vous assure. Parfois, je reste là, au retour, au milieu du jardin, le courrier dans la main, et je m’arrête pour regarder un truc sans savoir que je me suis arrêté. Je regarde un détail. C’est comme si je bloquais. Et quand on sort pendant la pleine lune, comme le week-end dernier, j’en parle même pas tellement c’est un cliché. C’est à couper le souffle. La nuit, les arbres sont tellement visibles, avec toutes leurs branches en l’air, littéralement en train de crier sous la lune : « Regarde moi ! Regarde-moi bordel ! ».
Alors, ok, ok, on les regarde. Donc, ce moment de l’année, c’est pratiquement celui que je préfère. On voit tout, je le répète. Et on ne peut rien faire car il gèle et il fait froid et le jardin n’aime pas être dérangé quand il souffre du froid. Alors on regarde sans toucher et le jardin est vide. Mais c’est ça qui le rend encore plus visible car il est là, comme le cahier de tout ce qu’il faudra faire dans l’année qui vient. Le plan est là parce que tout se voit mieux, il n’y a pas de mauvaises herbe, tout est nu. Et on voit mieux ce qu’il faut faire : cette plante ira là, ce massif doit changer, je n’interviens plus dans ce coin, il est autosuffisant, et « ce rosier ne donne rien, j’en ai marre d’insister, je le jette ! ». C’est donc pendant ce moment où le travail est impossible qu’on a une vision claire, en tant que jardinier, de ce qui arrive.

C’est là où tout le délire de Farmville sur FB m’inquiète pour ceux qui y passent leurs journées. La ferme, le jardin, c’est vraiment pas un endroit où l’on passe tout son temps à produire. Le moment le plus décisif, pratiquement, c’est quand on ne peut pas toucher au jardin et aux champs, précisément.

mercredi 3 février 2010

Le message de Dallas


Le 29 septembre 2009, Larry Kramer était le grand marshall de la Gay Pride de Dallas. Pas vraiment le rassemblement le plus important des Etats-Unis, avec juste 10.000 personnes. Par exemple, Larry n'a pas jamais été invité à mener la Gay Pride de New York, ce qui en dit long sur les polémiques qui l'entourent et surtout les engueulades qu'il entretient avec ses propres amis.

Mais je l'adore toujours. J'ai des amis qui me disent "Tu devrais te désolidariser de Larry, il est has been". Je vois bien ce qu'ils disent, mais je ne le pense pas exactement comme ça. Je sais qu'il est incroyablement années 90. Mais il est tellement unique. Il y a quinze ans, je me disais que ça serait bien de ressembler à Mel Cheren quand je serais vieux, un daddy toujours sur le dancefloor. Maintenant, je vois vraiment que c'est pas la musique qui m'intéressera jusqu'au bout. Ce sera la politique. Et je crois que ce que dit Kramer, même si on le passe au filtre de toutes les critiques, ça reste très fondamental.
Voilà ce qu'il a dit ce jour-là.


"Nous ne devons jamais oublier que tout ce que nous avons gagné peut très vite nous être repris. Nous l'avons vu maintes et maintes fois. Les présidents se succèdent et continuent de nous ignorer. Celui-ci n'est pas différent. Une fois de plus, il ne se bouge pas pour nous et nous le laissons s'en tirer comme ça. Ce président est une cause perdue de plus pour nous et je prédis qu'il le restera.

Nous devons nous souvenir que nous n'avons pas la liberté de nous marier, d'hériter, d'adopter, de partager notre assurance santé, d'apprendre notre histoire dans nos écoles. D'apprendre que nos deux plus grands présidents, Washington et Lincoln, étaient gays. Nous n'avons pas cette liberté de vivre qu'ont les hétéros. Nous n'avons pas la liberté d'avoir des bars sans descentes de police ni agents qui nous frappent avec une telle fureur que nous finissons à l'hôpital.

Nous n'avons pas appris à nous défendre avec la même fureur que celle avec laquelle ils s’abattent sur nous. Vous n'obtenez rien de plus avec du miel qu'avec du vinaigre. Il y a plus d'un millier d'avantages sociaux que les couples hétéros obtiennent et qui nous sont refusés. Ce n'est pas la liberté. Ce n'est pas l'égalité. La Déclaration des droits américaine dit que nous sommes censés être égaux.

Vous devez savoir, nous ne devons jamais oublier que tous les traitements contre le VIH/sida ne sont là que grâce aux militants gays de la lutte contre le sida, menés par les groupes ACT UP aux quatre coins du pays et Project Inform à San Francisco. Ils ne sont pas venus du gouvernement. Ils sont venus parque la population gay s'est battue comme des tigres et furies enragées pour que le système qui nous hait veuillent bien nous les donner. Si vous voulez lire comment nous y sommes arrivés, prenez mon livre, The Tragedy of Today's Gays (La tragédie des gays d'aujourd'hui). Cette réussite, l'obtention de ces médicaments, je crois que c'est tout simplement la plus grande réussite que les gays aient accomplie dans toute l'histoire et que l'on doit se souvenir de nous pour cela.

La leçon devrait être claire. La leçon devrait être évidente. Elle doit nous montrer ce que nous sommes capables de réaliser lorsque nous regroupons nos esprits et nos cœurs et nos cerveaux et nos corps et que nous travaillons ensemble, tous ensemble, comme les frères et sœurs d'une grande famille. Il n'y a pas une personne ici aujourd'hui qui ne soit capable d'être ainsi militante.

Nous n'obtenons que ce pour quoi nous nous battons. Et nous ne nous battons pas. Chacun d'entre nous ne se bat pas. Ils se battent mieux que nous. Il y a un fond concerté et inépuisable de haine dans ce pays et dans ce monde voué à nous tenir à notre place. C'est injuste de forcer les gens à être ce que nous ne sommes pas — libres. Nous ne sommes pas libres.

J'adore être gay.

J'adore les gays.

Comment dire ça sans vexer le reste du monde, je pense que nous sommes meilleurs que les autres.

Je pense que nous sommes plus intelligents.

Je pense que nous sommes plus talentueux.

Je pense que nous sont plus conscients.

Je pense que nous faisons de meilleurs amis.

Je pense que nous faisons de meilleurs amants.

Je pense que nous sommes plus à l'écoute de ce qui se passe, de ce qui est dans l'air, de nos émotions et des émotions des autres.

Oui, je pense que les homosexuels sont mieux que les autres. Je pense que la seule chose à laquelle nous ne sommes pas si bons, c'est de nous défendre.

J'entends parler de la nouvelle génération de gays et de l'ancienne génération de gays, et de combien nous sommes différents. Ce n'est pas vrai. Nous ne sommes qu'une seule génération. Nous sommes tous apparentés. Nous sommes tous les frères et sœurs les uns des autres. Nous ne sommes qu'une seule famille, la famille gay.

Et je désire passionnément et désespérément que tous mes frères et sœurs restent en vie et en bonne santé et sur cette terre, en complète égalité avec chaque personne hé-téro.

Être gay est la chose la plus importante de ma vie.

J'adore être gay. J'espère qu'il en est de même pour vous".

Traduction par Yves Averous, that little gem.

mercredi 27 janvier 2010

The Avatar kid


Depuis plus d’un mois, le monde entier commente « Avatar » sous toutes ses coutures et le film étant le blockbuster que l’on sait, chacun a un angle fétiche qui fait que James Cameron est déjà au centre de toutes les polémiques.

En tant que gay, je n’ai pas de problème à soulever sur ce film qui, malgré ses moments « Le Roi Lion » est un truc assez énorme, dans le genre divertissement, pour qu’on soit plutôt conciliant. Je trouve que le casting est parfait, je suis gaga de Giovanni Ribisi depuis « Friends », le suis gaga de Sigourney Weaver depuis toujours. Tous les gays sont en train de devenir dingues de Sam Worthington et je ne suis pas très original, ce mec est incroyable.
La seule chose que je trouve notable, et là c’est un point de vue très pouffiasse gay, mais c’est mon identité aussi, c’est que sur les images du tournage, on voit qu’il n’a pas fait de gym pour son rôle, ce qui est vraiment rare dans le Hollywood d’aujourd’hui. Quand on voit comment Matt Damon est retourné à la gym pour son rôle d’entraîneur poupon d’équipe de rugby dans « Invictus », ou la masse musculaire de Jake Gyllenhall dans le « Prince of Persia » à venir, devenir un bodybuilder est le truc le plus prévisible que peut faire un mec pour monter plus haut dans le box-office. Et on aime ça. Jason Worthington porte des tatouages tribaux sur les bras qui ne sont même pas jolis, une sorte de souvenir de jeunesse probablement, le truc qu’il ne fallait pas faire quand on est bourré à Brisbane, comme ce que l’on voit dans plein de films pornos où l’on se dit que, finalement, le mec serait mieux au naturel. Mais ces tatouages ringards montrent Jason sous un angle encore plus normal, c’est vraiment le mec next door australien. Et on aime ça.

S’il n’a pas fait de gym pour ce film, c’est quand même un sujet de discussion. Cela veut dire que Jason ne pensait pas que son rôle nécessitait des muscles supplémentaires, alors qu’il joue un marine très physique, capable de se battre. Surtout, c’est Cameron qui a dû prendre cette décision, puisque c’est un control freak total, ce qui veut dire que le réalisateur ne voulait pas jouer la carte du mec bodybuildé au point de ne pas pouvoir entrer pas son caisson de transfert avatarien. Les bras de Jason ne sont pas épais et pourtant je m’y connais assez pour savoir que c’est le genre de mec qui prend naturellement du muscle même quand il fait la vaisselle ou qu’il vous sert du poivre fraîchement moulu. Pendant tout le film, il y a des gros plans de son visage et de son corps et j’ai enlevé 35 fois mes lunettes 3D pour le voir mieux, c’est vraiment un acteur qui va nous entrer par tous les pores de la peau.
Maintenant, avançons un peu dans le descriptif. A la fin du premier tiers du film, Jason se laisse pousser ce qu’on appelle une « barbe sincère » et c’est là que l’on comprend l’incroyable angle du casting. Il n’a pas fait de gym pour, sûrement, mettre en valeur cette pilosité si unique chez lui. Sous son t-shirt, les poils de son torse sont tellement à l’aise qu’ils envahissent une partie du cou pour rejoindre le bas de sa barbe. C’est complètement rare dans le cinéma, cette pilosité non contrôlée, et surtout dans un film de cette ampleur où chaque détail est discuté par une équipe de spin doctors. C’est l’équivalent de ce qu’on a commencé à voir dans les années 70, avec des acteurs comme James Caan qui, non seulement étaient poilus sur le torse, mais avaient des épaules et un dos poilus (on voit ça dans « Le Parrain »). Cela ne s’était jamais fait avant pour un leading role. Avant, les seuls acteurs qui avaient du poil sur les épaules étaient, eeeeek !, les bourreaux masqués super gros dans les péplums italiens, toujours sur des échafauds ou à côté d’un bûcher où une princesse était méchamment la proie des flammes.
Le casting de Jason rejoint très clairement le look masculin qui a fait le succès de Jean-Marc Barr dans « Le Grand Bleu », des mecs d’une beauté universelle avec un visage sans défaut, tout rond, avec beaucoup d’émotion, au stade de devenir des symboles d’une époque. D’ailleurs, la très grande majorité des photos de Jason pour « Avatar » le montre comme s’il était dans un timbre poste, un visage fermé dans un cadre très serré, avec plein de bleu autour. C’est le vrai sens du mot icône. Après tout, le producteur du film, Jon Landau a bien résumé ce que je pense : « Ultimately, movies are about a close-up ».
Comme c’est son premier grand grand rôle, personne ne sait comment la carrière de Jason va se dérouler. Mais il a déjà endorsé la dernière pub de Coke Zero dans laquelle il exploite encore son côté boy next door à faire le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle sur la pointe des pieds juste dans l’espoir de passer une nuit avec lui. Les gros plans de ce film ! On dirait vraiment qu’il a un duvet de poils qui remonte de son torse vers le côté droit de son cou et c’est si étonnant qu’on se pince pour savoir si c’est vrai, si on n’est pas en train de projeter sur l’écran ce qu’on a envie de voir (après tout, c’est un film en 3D).
Mais non, le mec a vraiment ces poils et sur sa page FB, avec près de 400 photos (que je ne peux vous montrer sur ce blog puisque depuis hier soir je suis déconnecté de FB, allez savoir pourquoi), on voit bien le détail de son anatomie à chaque fois qu’il pose avec sa chemise blanche ouverte. Pour un film aussi plastoc, Jason représente le degré total du mec naturel. Il ne se lave pas assez (Sigourney Weaver le lui reproche), il ne se rase pas (au début), il commence à être obsédé par cette merveilleuse jungle de Pandora avec toutes ces fleurs et ces frondes non déroulées de fougères de deux mètres de diamètre, sans oublier ces graines en forme de méduses aériennes qui lui font carrément l’amour. Et sur quelle partie du corps ? Sur le torse, là où sont les poils.
Le seul problème des gays avec « Avatar », c’est qu’on aurait préféré que Jason reste sans son avatar, juste pour qu’on puisse le voir davantage au naturel. Il y aurait forcément eu une scène de douche (c’est obligé lol), mais comme le succès de ces films est basé sur la frustration, il faudra attendre un sequel hypothétique pour nous dévoiler plus de détail.
L’analyse gay du film est donc, encore une fois, différente de l’analyse LGBT. Les mecs que nous sommes voient dans « Avatar » une grosse machine à faire du fric, tandis que tout le reste des minorités y voit une représentation de la suprématie masculine blanche américaine. OK, le mec est handicapé puisqu’il a perdu l’usage de ses jambes. Mais c’est pour mieux vous manger mon enfant ! Sur Melanine.org, l’article génial d’Analee Newitz « Quand les Blancs arrêteront-ils de faire des films comme Avatar ? » montre bien que tout le film est basé sur le sujet de la race, ce mot qu’on déteste si farouchement en France. Dans "Should a film show the real world or a better one?" de A.O.Scott du NYT du 23 janvier dernier, on apprend qu’une des grandes critiques vient des groupes anti-tabac qui sont furieux parce que la première apparition de Sigouney Weaver dans le film, c’est de gueuler pour avoir une cigarette. « Where’s my damn cigarette ? » Tout le monde trouve quelque chose à dire sur le film, d’abord parce qu’il a coûté une fortune, ensuite parce que ses bénéfices sont déjà colossaux, et donc le moindre détail prend valeur de symbole.

Quand je suis allé voir « Avatar », je me suis trouvé dans le cliché de la grande salle de Montparnasse, avec 25 kids de banlieue qui venaient voir le film avec leur prof. Ils étaient excités avant même d’entrer dans la grande salle, faisant beaucoup de bruit, des jeunes de 16 ans, blacks à 80%, deux tiers de filles, 1 pédé teenager efféminé obèse. Tous rigolaient beaucoup d’une manière inoffensive, ça se voyait qu’ils étaient contents, c’était une sortie très réussie.
La salle était immense, les kids se sont mis dans le fond, j’étais tranquille assez loin d’eux. Je savais qu’ils allaient faire les cons. Considérant que j’avais déjà trois semaines de retard après le lancement du film en France, je n’avais pas à surévaluer le moment, comme on dit. Après tout, je prenais mon train à Montparnasse quatre heures plus tard pour rentrer chez moi. All is good when you’re leaving Paris.
Vers les deux tiers du film, les méchants sont en train de détruire le grand arbre des Na’Vi et ce que je redoutais est arrivé. Les Na’Vi se sont mis à pleurer, exactement comme dans les images de ce qu’on a vu pour Haïti depuis quinze jours. Et toute la bande des filles antillaises s’est mise à exploser de rire. Plus c’était drama, et plus elles riaient. Elles n’avaient pas compris que la fable du film les concernait, dans un sens. Ou, peut-être, elles le comprenaient trop bien.
Je sais très bien que c’est ce qui se passe dans tous les films où l’on montre une minorité en train de se faire taper dessus. C’est arrivé pendant « Brokeback Mountain », quand les rires nerveux fusaient pendant les moments les plus tristes du film. Le public rigole nerveusement parce que des sentiments de souffrance sont exprimés, et même si c’est un film de divertissement comme « Avatar », cette moquerie concernait le moment central de l’allégorie écologique. Mais ce qui faisait rire ces filles, c’était les cris de la She-goddess, la femme noire qui a des pouvoirs de vision. La shawoman, si on peut l’appeler comme ça. Il doit y avoir un terme pour décrire ce fonctionnement de l’ironie devant l’anéantissement des peuples. Les Na’Vi, on le sait, c’est un mashup de toutes les peuplades qui ont été décimées par les blancs.

J’adore la sci-fi. J’aime tellement ça que je pourrais regarder des films de sci-fi tout le temps. Devant un cinéma, si je peux choisir entre un film de sci-fi et un autre genre, je vais naturellement voir le film de sci-fi (ou de gladiateurs ahahah). Je trouve que c’est un genre tourné vers le futur et je sais ce qui m’attire. Bien sûr, je suis un mec donc j’adore les effets spéciaux. Plus ça arrache et mieux c’est. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est voir comment l’homme est décrit dans le futur, à quoi il ressemble, comment il se comporte et, finalement, s’il est meilleur. Je ne suis pas particulièrement dingue de James Cameron à cause de « Titanic » que je trouve dodgy. Mais je le respecte énormément pour « Abyss ». Et même si « Avatar » est l’exemple type du film où le héros blanc est un Messie blanc blah blah blah, ce qui est vrai, il y a des messages politiques dans les films précédents de Cameron sur la guerre nucléaire, les armées, l’écologie, la force de la nature et les riches qui sont tous des pourris, et c’est quand même plus large que les films à la con de François Ozon.
Il existe désormais une tendance de meute sur Internet qui fait que, quoi qu’on fasse, il va y avoir un groupe qui va s’offusquer . J’en reviens toujours à « Brüno » où les gays se sont trouvés offensés et le pire, c’est « Hancock », quand des groupes américains se sont mis à crier parce que Will Smith avait des remarques soit-disant homophobes sur le look des héros Marvel. Come on, Will Smith homophobe ?
Peut-être suis-je sensible à ces critiques parce que ça m’est tombé dessus à cause de trois phrases dans « Cheikh » sur les transgenres, mais fondamentalement, je suis effaré de voir comment Internet devient cet élément de meute sur des sujets où même une pointe d’humour n’est plus de l’humour, ne peut plus être de l’humour, ne sera plus de l’humour, comme le décrit dans son livre "You Are Not a Gadget" de Jaron Lanier, qu’il faut absolument que je lise.
Je veux dire, les médias gays sont les premiers à nous diriger comme le proverbial troupeau de moutons de Panurge vers le précipice de la bêtise, avec des questions assez connes qui soutiennent la promo d’un film (« est-ce que Sherlock Holmes est gay ? »). Ou mieux : « est-ce que Kylie Minogue est attirée par les femmes ?». Enfin, Kylie. Tout le monde a interviewé Kylie à un moment ou un autre et tout le monde sait qu’elle n’est pas lesbienne, ni bisexuelle.